Les lignocarburants : une réponse aux défis de l'après-pétrole et du changement climatique

André Gabus & Bernard Martin

Article paru dans la revue Liaison Energie-Francophonie, numéro spécial, septembre 2008, à l'occasion du Congrès mondial de la Nature, UICN, Barcelone, 2008
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André GABUS est conseiller en stratégie de développement, Genève, ancien conseiller ministériel en Côte d'Ivoire et ancien conseiller scientifique à Battelle, Centre de recherches de Genève.
Bernard MARTIN est consultant, professeur honoraire, Ecole forestière de Nancy, France.

A partir de biomasse résiduelle dès aujourd'hui, du bois de plantations dédiées demain, les ligno-carburants vont pouvoir remplacer nombre d'agro-carburants désormais fort contestés. Par rapport à l'agriculture à vocation énergétique, la ligniculture présente bien des avantages pour répondre tant à la raréfaction du pétrole qu'au réchauffement climatique en convertissant en combustible liquide une biomasse ligneuse fournissant sa propre énergie pour sa transformation et poussant sur des sols pauvres impropres à la couverture des besoins alimentaires.

Après Iogen Corporation en précurseur au Canada dès 2007, l'année 2009 donnera sans doute le jour aux Etats-Unis aux premières productions commerciales d'éthanol de seconde génération. A l'instar de l'option technologique retenue par la prénommée, des entreprises comme Abengoa Bioenergy convertissent les composés cellulosiques de la biomasse en carburant par voie enzymatique. D'autres, telles Range Fuels et Coskata parmi les plus en vue, passent par la gazéification de la matière ligneuse pour arriver au substitut de l'essence (1). Ces entreprises ont réussi à abaisser très sensiblement le coût de cette étape intermédiaire, ce qui devrait aussi ouvrir prochainement la voie à la production du diesel de synthèse en remplacement du gazole (dans le monde entier, les transports routiers de passagers et marchandises reposent en très grande partie sur le diesel). De telles évolutions signifient que la demande de biomasse va croître substantiellement à l'avenir.
Il est évident que la production des carburants lignocellulosiques va commencer par s'appuyer sur la biomasse disponible la moins chère, à savoir les déchets agricoles et les rebuts des industries forestières. Viendront sans doute ensuite les résidus de récolte des plantations de bois matériau. A terme, cela ne devrait pas suffire ; des plantations de bois énergie seront sans doute requises. Il existe des précédents. Le papier a été en usage avant que sa production ne repose en grande partie, comme aujourd'hui, sur des forêts de plantation. Pour répondre au succès rencontré par les panneaux de fibres et de particules, les déchets de scieries doivent être complétés par des bois issus de plantations forestières. Un jour viendra sans doute aussi où les biocarburants de seconde génération feront appel à des plantations dédiées pour prendre le relais de ces déchets et résidus.
Se pose dès lors la question : quand ce jour arrivera-t-il ? Sans doute demain. Pour le forestier tout au moins, pour qui l'unité de temps minimale est la dizaine d'années, celle s'écoulant de l'étude de faisabilité à la première récolte en passant par la décision d'investir, l'acquisition foncière et la plantation des arbres. D'ici 2015-2020, l'industrie des substituts à l'essence et au gazole pourrait donc bien reposer sur des "arbres à vocation carburants" (2). Le développement de la ligniculture et ses impacts socio-environnementaux sont ainsi d'ores et déjà d'actualité.
Avantages de la ligniculture
L'agriculture à vocation énergétique a des caractéristiques désormais bien connues. Des avantages peuvent être apportés par la ligniculture pour pallier ses faibles performances, notamment en matière :
- de mise en valeur de terres qui ne soient pas en concurrence avec celles à affecter en priorité à la couverture des besoins alimentaires mondiaux ;
- de coût relativement élevé des produits à base de sucre ou d'amidon et des oléagineux destinés à être transformés en éthanol ou biodiesel ;
- d'intensité en travail (à l'exception de la canne à sucre triennale, les produits agricoles énergétiques requièrent des cultures annuelles) ;
- de maintien de la fertilité des sols sans apport de différents intrants ;
- de bilan d'émissions de gaz à effet de serre (dans le meilleur des cas neutre et le plus souvent négatif en raison de la mécanisation consommatrice d'énergie fossile et de la fertilisation azotée).
Par contraste, la ligniculture à vocation énergétique, notamment par des plantations en taillis à rotation courte (récoltées tous les 7 ans), a les potentialités suivantes :
- l'utilisation de vastes étendues de terres, marginales pour l'agriculture ;
- le développement de zones rurales aujourd'hui plus ou moins désertées ;
- un faible coût de production (la nature travaille seule pendant 6 ans sur 7) ;
- un rendement élevé de la production de biomasse (au moins 30 m3/ha/an de bois) :
- une culture sans irrigation et ne demandant que peu d'intrants ;
- un rendement énergétique très supérieur pour le bois (2 à 3 fois plus que pour le blé) ;
- des exportations minérales réduites (relative pauvreté du bois en éléments minéraux) ;
- une amélioration des sols (moins secs et plus riches en matière organique), notamment par la décomposition de la litière et des rémanents de récolte ;
- des besoins en azote pouvant être couverts le cas échéant par des arbres (acacias) au lieu d'engrais ;
- une protection des sols vis-à-vis des feux de brousse, du soleil et de l'érosion ;
- un bilan positif de la réduction des émissions de gaz à effet de serre par la formation d'un stock important et durable de CO2 dans les arbres (200 tonnes/ha) comme l'indique la figure ci-dessous.
Figure - Fixation de CO2 par une plantation tropicale d'eucalyptus avec acacias de démarrage
De telles potentialités vont pouvoir être développées par le secteur des plantations forestières qui est en pleine révolution depuis une trentaine d'années (AFOCEL, 1991), notamment sous les tropiques où, en raison de l'abondance en eau et en flux solaire, les rendements sont le double ou le triple de ceux des régions tempérées. Par ailleurs, poussé par un progrès génétique et technologique considérable, et tout particulièrement par les nouvelles possibilités de clonage des eucalyptus adultes (Martin & Quillet, 1973) et des jeunes pins (Chaperon, 1977), l'avenir de la ligniculture tropicale (3) semble très prometteur, notamment dans les savanes humides (Laplace, 1989).
Les plantations qui ne couvrent que 5% des surfaces forestières produisent déjà 40% du bois consommé par les industries, et certaines projections vont jusqu'à un taux de 75% d'ici 50 ans (Sedjo, 2001), traduisant une tendance à substituer les bois de plantation aux bois des forêts naturelles qui, en raison de l'impossibilité de leur extension, ne peuvent continuer à répondre à la demande mondiale croissante en bois. Avec 51 millions d'hectares, les plantations sous les tropiques représentent déjà plus de 30% des surfaces plantées (FAO, 2001) et constituent le dernier grand potentiel de développement des ressources naturelles mondiales.
L'amélioration de la qualité et la très grande homogénéité du bois des plantations industrielles sous les tropiques permettent des économies significatives d'intrants pour des rendements supérieurs. Pour les industriels européens et nord américains des pâtes à papier et des panneaux, la concurrence est très dure, tant en matière de prix que de qualité. Par ailleurs, par des développements technologiques appropriés, l'industrie a montré qu'elle peut s'adapter très rapidement à la production de matériaux moins nobles et peu coûteux. Elle devrait être ainsi en position de tirer le meilleur parti du passage à la production industrielle des biocarburants de seconde génération, centrée dans une de ses premières étapes sur la transformation des composés cellulosiques du bois en éthanol.
Le développement de programmes d'amélioration génétique pour des plantations dédiées à la production de ligno-carburants va devenir une nécessité pour disposer de variétés énergétiquement très performantes. Cela concerne en particulier les acacias (A. mangium et A. auriculiformis et leurs hybrides, mais aussi A. crassicarpa et A. aulacocarpa). La variabilité de ces espèces dans leurs aires naturelles (Océanie) étant très grande à tous niveaux (espèces, provenances, descendances, individus), on devrait aboutir très vite à des gains considérables de productivité sur de nombreux caractères (adaptation, vigueur, forme, rendement, qualité du bois, etc.) et cela pourrait se poursuivre pendant longtemps (hybridations interspercifiques et clonage), sans que l'on ait nécessairement besoin de recourir aux OGM.
Ces développements prometteurs ne sont pas sans contraintes. Le principal handicap des plantations énergétiques sont a) leur terme relativement long (par rapport aux cultures annuelles), b) le coût de transport du bois et c) les problèmes de réorientation en cas de changement d'objectif. Le coût de transport du bois est traité plus loin. Face aux énergies du grand futur (énergie nucléaire de fusion, filière hydrogène, tout solaire, etc.), la solution - partielle - des biocarburants pourrait n'être aussi que transitoire. Même si l'humanité parvient un jour à un tel âge d'or, en mettant au point une nouvelle forme d'énergie peu coûteuse et propre, les besoins en bois continueront à croître et les plantations forestières dédiées aux biocarburants devraient pouvoir retrouver un objectif bois matériau, correspondant à de nouveaux besoins industriels (pour peu que l'on ait pris en compte quelques critères de qualité du bois dans les programmes de sélection). Soulignons qu'une telle réorientation permettrait alors de réduire une fois de plus la pression sur les forêts naturelles.
La mise en valeur de terres marginales, le plus souvent excentrées, a l'avantage de permettre la création de centres ruraux, mais implique aussi la couverture des besoins de la main-d'œuvre nécessaire à l'entretien et à la récolte des plantations forestières nouvellement établies. Une agriculture adaptée et diversifiée devra donc être développée dans ces centres ruraux ou à proximité (agroforesterie et taungya avec acacias, fabrication de composts et enrichissement des zones de pare-feux, création d'aires potagères et fruitières, élevage dans les pare-feux verts, développement de l'apiculture, etc.).
Un gros potentiel lignicole en Afrique centrale : le Plateau des Batéké
Pour les raisons évoquées, la ligniculture tropicale présente des avantages déterminants pour produire la biomasse ligneuse dont l'industrie des biocarburants a besoin. Mais il y a d'autres facteurs externes à cette localisation géographique sous les tropiques : ce sont les disparités de richesse et l'évolution des prix relatifs des produits pétroliers. En voie de raréfaction, le pétrole sera un luxe pour les nations pauvres bien avant qu'il ne le devienne pour les riches. A l'instar du Brésil qui l'a compris depuis longtemps, les carburants de substitution vont constituer une priorité pour nombre de pays en développement dotés de ressources énergétiques alternatives. Ce pourrait être en particulier le cas de ceux qui, en Afrique centrale (4), partagent sur des millions d'hectares le Plateau des Batéké, ces savanes humides, particulièrement aptes à une conversion en plantations énergétiques (5).
Cet ensemble de plateaux sableux (sables quaternaires du Kalahari), partant au Gabon, d'une altitude de 500 m et s'élevant rapidement en Angola jusqu'à 1500 m d'altitude, est couvert de savanes généralement peu arborées. Il est parcouru chaque année par les feux de brousse et n'est utilisé pour l'agriculture itinérante que dans les zones à la fois proches des grandes villes (Brazzaville et Kinshasa) et des axes routiers. Les sols très pauvres ne s'enrichissent légèrement en argile que vers 3 ou 4 m de profondeur ce qui permet une bonne production forestière avec les essences pionnières habituelles (acacias, eucalyptus et pins). Des essais réussis existent depuis 1963 en République du Congo (Eucalyptus hybride PF1, E. torreliana, E.urophylla, Pinus caribaea et P. oocarpa du PK 45) et depuis les années 80 en République démocratique du Congo (Acacia auriculiformis et Eucalyptus urophylla à Mampu et Kinzono et placettes de pins à Ibi). A partir des niveaux d'amélioration déjà acquis localement, on peut tabler dès le départ sur une productivité de 30 m3/ha/an et sur des gains possibles d'au moins 30%, portant à terme la productivité moyenne à 40 m3/ha/an, soit environ 20 tonnes de matière sèche/ha/an. Le terrain relativement plat et les sols faciles à cultiver permettent de réussir les plantations sans grands risques. Les acacias, bons fixateurs d'azote, peuvent être utilisés en monoculture, en mélange avec les eucalyptus et les pins ou en alternance après ces deux espèces (6).
Selon la littérature (Parra et al., 2004, Baeza et al., 2005) les rendements de la transformation du bois en éthanol pourraient varier de 0,395 pour le bois d'Eucalyptus nitens à 0,430 pour le bois d'Acacia melanoxylon. Compte tenu des progrès à venir, en prenant 400 litres d'éthanol par tonne de bois sec, on trouve une productivité de l'ordre de 8 tonnes d'éthanol/ha/an. Dans ces conditions, une production annuelle durable de 50 millions de tonnes de carburant (soit la consommation minimale française) pourrait être assurée à partir de 6,2 millions d'ha de plantations. Ce chiffre, bien que considérable, reste relativement faible eu égard à l'enjeu énorme que cela représente, avec un impact local considérable, soit la création de 250'000 emplois et faisant vivre environ 1'500'000 personnes, en se limitant aux seuls aspects forestiers (établissement des plantations, sylviculture, exploitation, renouvellement des peuplements et transport du bois jusqu'aux usines). A cela s'ajouteraient les emplois industriels et toutes les activités liées. Enfin, la séquestration durable de CO2 atmosphérique par les nouvelles plantations, à raison de 200 t/ha, serait de l'ordre de 1,2 milliards de tonnes, soit près de 10 ans d'émission de gaz à effet de serre en France. Ceci sans compter les réductions d'émissions de 75 - 87% obtenues par la substitution de l'essence et du gazole par les nouveaux carburants (7),, la dépense énergétique pour produire le bois n'excédant pas par ailleurs une très petite fraction de l'énergie récupérée (8).
Sans devoir nécessairement avoir une telle ampleur, la conversion forestière du Plateau des Batéké pourrait néanmoins faire l'objet d'un très grand projet à la fois transnational au plan africain et exemplaire pour un partenariat Nord-Sud. Il s'agirait de :
- Produire durablement le carburant pour la sous-région et l'exportation ;
- Economiser le pétrole et réduire en conséquence les émissions de gaz à effet de serre ;
- Contribuer à réduire l'émigration rurale ;
- Développer les zones rurales sans concurrencer l'agriculture ;
- Créer de nombreux emplois avec un bon niveau de technicité ;
- Développer la production forestière tout en protégeant les forêts naturelles ;
- Développer une industrie moderne de transformation (ligno-carburants) ;
- Créer un important savoir-faire dans un secteur peu développé ;
- Apporter des solutions aux problèmes récurrents d'immigration au Nord ;
- Séquestrer significativement le CO2 atmosphérique par extension du couvert forestier.
Localisation de la ligniculture tropicale à vocation énergétique
D'une manière générale, les espaces cultivables à proximité immédiates des grandes agglomérations sont souvent déjà surexploités pour répondre aux besoins alimentaires des habitants et les terres impropres à l'agriculture convenant aux plantations énergétiques seront ainsi vraisemblablement assez loin des grands centres de transformation et de consommation énergétique.
Les plantations qui trouveront des surfaces accessibles seront d'abord orientées vers la production de bois de chauffage et de charbon de bois, tant les besoins sont élevés dans les grandes villes africaines et ce n'est qu'ensuite que les terres disponibles pourront être utilisées pour satisfaire la demande locale en ligno-carburants. La production à grande échelle, à des fins par exemple d'exportation, ne pourra donc se faire que dans des zones très décentralisées, mais de telles zones existent, en particulier en Afrique centrale.
La faisabilité économique d'une production de ligno-carburants doit donc prendre en compte le transport mais à priori, s'agissant d'un fluide, le coût devrait en être moins élevé que pour un solide, à fortiori pour du bois ou du charbon de bois. Par ailleurs, les procédés de production commerciale d'éthanol n'en sont qu'à leur début et ceux du gazole de synthèse toujours au stade pilote, ce qui laisse la possibilité de développements technologiques pour résoudre la question de l'implantation des usines et des plantations.
Selon une école de pensée, représentée notamment par les investisseurs en capital risque (tel que Khosla Ventures en Californie), la complexité de la transformation de la cellulose en carburant ne serait pas obligatoirement à l'avenir un obstacle à la diffusion de petites unités de production à proximité de la ressource en biomasse. L'évolution des mégasystèmes informatiques vers les ordinateurs personnels et les téléphones mobiles l'attesterait. A la production énergétique déconcentrée des éoliennes et de panneaux solaires devrait ainsi venir s'ajouter celle des nouveaux carburants.
A ces vues s'opposent celles de ceux qui estiment qu'on ne modifie pas l'organisation des molécules de la biomasse comme on déplace des bits d'information et que des équipements lourds seront indispensables, requérant en conséquence aussi une organisation humaine importante (9).
Encadré - Ligniculture tropicale et conservation des forêts naturelles
Avant d'être issue de plantations forestières dédiées, la production de ligno-carburants dans les pays tropicaux en développement se fera sans doute à partir de la biomasse plus facilement disponible. La tendance à la hausse du prix de cette dernière devrait donc se maintenir, voir se renforcer. L'exploitation durable des forêts naturelles concessionnées, centrée jusqu'ici sur les bois d'œuvre de valeur, pourrait ainsi s'intéresser davantage aux nouveaux débouchés pour le bois énergie. D'ores et déjà les concessionnaires engagés dans la transformation de leurs déchets investissent dans des unités de cogénération de vapeur et d'électricité. En plus de la couverture de leurs propres besoins, ils fournissent souvent le réseau local et pourraient même alimenter le réseau national. Sous réserve d'expériences prouvant le contraire, cette transformation devrait cependant se limiter aux déchets d'exploitation et de transformation pour ne pas peser davantage sur la ressource et rester compatible avec la pérennité des écosys-tèmes forestiers.
Faute de quoi, les milieux écologistes militants pourraient bien accentuer leur opposition à l'aménage-ment durable des concessions forestières de production en milieu tropical. D'ailleurs, ils s'opposent déjà par avance aux plantations tropicales énergétiques par crainte qu'elles ne se développent aux dépens des forêts naturelles et c'est ce qui en rend indispensable l'éco-certification, laquelle est encouragée d'ailleurs par les organisations internationales. Les plantations énergé-tiques éviteront le plus souvent les forêts naturelles, car le défrichement est prohibitif pour la ligniculture, tant au plan pratique (souches) qu'économique. D'autre part, pour réduire les coûts de transport du bois, les plantations ne peuvent se faire que dans un rayon limité autour des usines et l'évolution des surfaces plantées est très facile à contrôler par télédétection.
Néanmoins, au plan de l'effort d'investissement, se pose dès lors la question : l'éventuel virage des con-cessionnaires des forêts naturelles de production vers la ligniculture tropicale ne va-t-il pas de se faire à l'avenir au détriment des appuis apportés actuellement à la conservation de ces mêmes forêts par le secteur privé ?
En conclusion
En contraste avec la collecte de biomasse résiduelle relativement abondante aujourd'hui, mais dispersée et donc économiquement peu intéressante, à terme, la ligniculture tropicale permet une production concentrée de matière première énergétique, à la fois efficace et continue. Mis à part quelques alternatives possibles (10), la transformation de cette dernière en carburant paraît cependant exiger d'être effectuée pratiquement sur place. D'où le frein qu'elle pourrait rencontrer à son développement si les plantations forestières dédiées à la production de carburants devaient être établies trop loin des centres de distribution et de consommation. Toutefois, s'il y a des limites à une évolution technologique allant vers une déconcentration de la production de ligno-carburants, la continuation de la hausse des prix des combustibles fossiles pourrait bien faire sauter les verrous à l'extension d'une ligniculture excentrée. Et cela d'autant plus qu'au prix du marché viendra s'ajouter, demain plus qu'aujourd'hui, le coût du carbone ou prix à payer pour réduire les émissions à l'origine du réchauffement climatique.
L'émergence des biocarburants de seconde génération (à terme les ligno-carburants) se présente ainsi comme une véritable opportunité pour bon nombre de pays en développement sous la forme d'un large développement lignicole, tout particulièrement dans les savanes humides d'Afrique, en s'appuyant notamment sur les progrès récents enregistrés dans le secteur des plantations forestières. Il reste quelques efforts technologiques avant la percée définitive de cette nouvelle filière de l'après-pétrole et ce délai devrait être mis à profit, dès à présent, pour l'établissement de plantations dédiées dont la mise en production demandera une dizaine d'années. Le développement de cette filière peut faire l'objet d'un vaste projet international et être l'occasion d'instaurer de nouveaux rapports Nord-Sud dans l'intérêt de tous. ■
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Références
Gabus, A. & A. Hawthorne, 2008 : "Biofuels from dedicated tropical plantation forests - It is time for detailed studies of the lignofuels options" (à paraître dans une revue de foresterie).
AFOCEL, 1991 : "L'émergence des nouveaux potentiels forestiers dans le monde", Colloque AFOCEL - 10e Congrès Forestier mondial - 7e rencontres internationales des Industries papetières, 25 septembre 1991, Grenoble, France.
Martin, B. & G. Quillet, 1974 : "Bouturage des arbres forestiers au Congo. Résultat des essais effectués à Pointe Noire de 1969 à 1973", in: Bois et Forêts des Tropiques, pp. 154-157; 1974.
Chaperon, H., 1977 : "Amélioration génétique de Pinus Caribaea au Congo-Brazzaville", CTFT - Congo, 3ème Consultation Mondiale sur l'Amélioration Génétique des Arbres Forestiers, mars 1977, Canberra (Australie).
Laplace, Y., 1989 : "Les savanes humides - une chance pour notre planète (l'exemple de plantations clonales d'Eucalyptus au Congo)", 1989, texte d'une communication orale revu par Bernard Martin, son rédacteur initial, en janvier 2006 (disponible après de agabus@bluewin.ch).
Sedjo, R.A., 2001 : "From foraging to cropping: the plantation forestry, and implications for wood supply and demand", in: Unasylva FAO forestry journal, No. 204, 2001.
FAO, 2001 : "Global Forest Resources Assessment 2000 - Main report", in: FAO Forestry Paper n° 140, 2001.
Novacel, Nouvelle Société d'Agriculture et d'élevage, Kinshasa, 2006 : "Puits de carbone d'Ibi en République démocratique du Congo - Plantation forestière dans la savane du Plateau des Batéké, Note de présentation technique et financière" préparée avec l'assistance des partenaires techniques : Forêt Ressources Management, Montpellier, la Compagnie Forestière des Puits de Carbone, Bruxelles, et Stratégie Bois, Poitiers.
Parra, C., A. Berrocal, J. Freer, J. Rodríguez, M. Espinosa y J. Baeza, 2004: "Caractérisacion quimica de Eucalyptus globulus y Eucalyptus nitens para la produccion de bioetanol" - Taller Internacional de Bioenergia para un Desarrollo sustenable, Vina del Mar, 2004.
Baeza, J., A. Berrocal, S. Perez, J. Rodríguez y J. Freer, 2005 : "Prediction of bioethanol production from soft-and hardwood" - 229th ACS National Meeting, San Diego, CA, Res.13-15 march 2005.
-, 2007 : "Fairfield v the valley - Two competing models for the clean-energy business", in: "Cleaning up", A special report on business and climate change, The Economist, London, June 2nd 2007. Téléchargeable à partir de : http://www.economist.com/specialreports/displaystory.cfm?story_id=9217948
Ballerini, D. et al., 2006 : "Les biocarburants : Etats des lieux, perspectives et enjeux du développement", IFP Publications, Editions Technip.

(1) Le lecteur trouvera des détails actualisés et d'autres entreprises avec indications de leurs accès internet à l'adresse : http://homepage.bluewin.ch/agabus
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(2) Dans un article à paraître (Gabus et al., 2008), on a démontré qu'il suffirait que le prix du baril augmente durablement de une ou deux dizaines de dollars par rapport à son niveau de 2007 pour assurer à l'avenir un "débouché bioéthanol" à la conversion forestière de savanes humides ou au reboisement de terres laissées à l'abandon sous les tropiques.
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(3) laquelle a concentré jusqu'ici beaucoup d'investissements sur un très petit nombre d'espèces
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(4) Gabon, République du Congo, République Démocratique du Congo et Angola.
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(5) Sur leur potentiel et leur paysage, consulter aussi : http://homepage.bluewin.ch/agabus/352,html
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(6) Voir aussi le projet "Puits de carbone d'Ibi en République démocratique du Congo - Plantation forestière dans la savane du Plateau des Batéké" (Novacel, 2006).
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(7) D'après l'étude JCR/EUCAR/CONCAWE citée dans Ballerini et al., 2006.
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(8) En référence au process en voie d'installation par Coskata Inc., Warrenville (Illinois), chaque unité d'énergie utilisée pour la transformation en éthanol est multiplié par un facteur de 7,7 et les émissions de CO2 sont réduites de 84% en comparaison avec une analyse de cycle du puits à la route de la consommation d'essence conventionnelle issue du pétrole (selon des analyses par le US Argonne National Laboratory). Se reporter à http://www.coskataenergy.com (janvier 2008).
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(9) Point de vue exprimé dans The Economist, 2007.
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(10) Parmi celles-ci, la production d'huiles de pyrolyse à partir de la biomasse ligneuse pouvant être plus faci-lement transportées que cette dernière et être transformées en carburant près des centres de consommation (Ballerini, D. et al.,2006, pp 201-222).


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