"Mon pays mon blues", le nouveau recueil de poèmes de Younès Benkirane

Par : Jaouad Mdidech

"Qu'il est terrible l'exil ; non celui qui est de quitter sa terre pour un autre pays - cet exil-là fut surmonté.
Non, l'exil dont il s'agit ici est autrement plus sournois. Plus féroce que la solitude, plus vif que la chair à vif.
C'est le retour de l'exil."

Après "Bouquets de fleurs d'orangers" et "Pudeurs vertes au gré des chants" publiés en 2015, Younès Benkirane récidive avec un nouveau recueil de poèmes, "Mon Pays mon blues". Le même amour du pays, la même lancinante complainte de l'exil. Mais il s'agit d'un autre exil, celui du retour au pays, dans un Maroc qui, derrière un vernis de façade, reste inchangé.

Rien n'échappe au regard rêveur et poétique, et non moins curieux et lucide, de Younès Benkirane. Dans son nouveau recueil de poèmes intitulé, "Mon pays mon blues, réquisitoire", suivi de "Un petit bout de ciel", le poète nous prend par la main pour nous faire promener, tel un guide désabusé, au travers des outrages subis par son pays après son retour d'exil.
Le retour au pays, un exil autrement plus sournois.
C'est d'un autre exil qu'il parle et souffre. "Qu'il est terrible l'exil ; non celui qui est de quitter sa terre pour un autre pays, cet exil-là fut surmonté. Non, l'exil dont il s'agit ici est autrement plus sournois. Plus féroce que la solitude, plus vif que la chair à vif... C'est le retour de l'exil", égrène le poète en guise de préambule. Tout homme libre, qui chérit la liberté, abhorre l'injustice, ne peut qu'être sensible au quotidien de ses compatriotes quand il revient d'exil, ou même d'un long voyage, pour se retrouver dans les mêmes distorsions sociales et mêmes habitudes sournoises. Tout y est dans ce recueil, décrit d'une manière sarcastique, d'un ton tantôt corrosif et tantôt railleur, toujours un réquisitoire pour dénoncer, accuser ou excuser. Ce ton est donné dès les premières strophes : "A peine atterri, L'Épris-du-pays… S'enfonce dans la brume de la sève-mère… Tel un élargi en quête de repères il hume observe considère…Une sorte de sentence l'assaille, le sidère : lâchez ! Les déracinés au milieu de la horde des paumés…Quelle brulure que nos retrouvailles". Et Casablanca, la ville fétiche de l'auteur qui éblouit et en même temps qui révolte notre poète, par le parfum "des pains émergeant des fours", ses "vieillards bouffant de leurs calembours", autant que par ses "verdures oubliant de verdir" et "ses enfances entravées de fleurir…".
Les années de plomb ne sont pas oubliées
Les années de plomb ne sont pas oubliées, ni leur version moderne excusée, le poète aime le rappeler pour ceux qui les ont oubliées, car ce blues du pays après les retrouvailles est encore fort et l'espoir suscité avec le nouveau siècle n'est encore que chimère. A "la Chambre des faits-pipés" (des députés), on palabre d'un "dessein", pour que les paroles osées l'expliquant soient vite cataloguées. "Et pas loin dans des caves noires…A l'abri des regards…Des Anencéphales ont reproduit une chambre des amputés", allusion faire au tristement célèbre bagne de Tazmamart. Les "basseries" (Basri) sont finies et les exilés sont retournés, mais "Cet espoir tant attendu…Tant certes ont cru…Combien cela dura-t-il?... La belle affaire…" L'épisode de l'Instance Équité et Réconciliation, celui du 20 février, et tant d'autres épisodes encore sont égrenés au fil d'un recueil qu'on lit comme un livre d'histoire. C'est ça "Mon pays mon blues", ce sourd retour d'exil qu'éprouve tout passionné du pays.

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