L'USAGE DU TEMPS DANS LES ORGANISATIONS

Sosthène Nga Efouba

RESUME
Le bon usage du temps dans les organisations apparait comme un outil de performance dans la mesure où il se déploie en toute flexibilité conciliant les aspirations de l'employé et celles de l'employeur dans un cadre légal. Cet équilibre recherché constitue une chance fondamentale pour éviter perte de temps, absentéisme, retard, non respect des délais … Toute démesure ou conflit avec le temps conduit inévitablement à l'échec.

INTRODUCTION
Le temps apparait comme une donnée insaisissable, complexe qui échappe à l'homme. Ainsi, il peut avoir plusieurs acceptions et semble même difficile à définir, mais, on peut comprendre que le temps renvoie à la durée, à la période et le temps est continu, irréversible. Même la vie humaine est construite autour du concept de temps. De la naissance à la mort, le cycle de vie s'articule autour des grandes étapes, de l'enfance à l'adolescence, de l'adulte à la vieillesse. On peut aussi remarquer que la vie professionnelle répond à cette exigence, le début, la vie et la fin. De ce fait, on est curieux de savoir à quoi sert le temps dans le management. Il s'agit de préciser l'impact ou la portée du temps dans l'organisation du travail. A ce sujet, Taylor notait en substance que : "Les ouvriers ont une tendance à la flânerie systématique ". (Charpentier, 2007 : p.47)
Il est question de scruter les retombées positives ou négatives liées à la gestion du temps dans les organisations.
On comprend dès lors que manager veut dire diriger, gérer. Ainsi le management est un ensemble de technique et de gestion efficiente d'une entreprise. Fayol pour s'en convaincre résumait le terme management en cinq mots : "Commander, contrôler, prévoir, organiser, coordonner." (Charpentier, 2007 : p.47)
Au regard de cette formule, il est nécessaire de s'apercevoir que la gestion du temps dans les organisations appelle au bon usage du temps qui assure la régulation de toutes les activités. La gestion du temps est au cœur des organisations et laisse apparaitre une dimension arbitraire et une dimension normale. De manière plus simple, le temps de travail est perçu comme une aliénation ou encore comme une libération. L'évolution de la gestion du temps de l'époque classique à l'époque moderne permet de souscrire à cette vision dualiste.
Le mauvais usage du temps comme source de sous-performance et le bon usage du temps comme source de performance dans les organisations.
1. Le mauvais usage du temps de travail comme source de sous-performance dans les organisations
Cette première partie de l'analyse nous permettra de mettre en évidence les caprices du temps dans l'organisation du travail. De manière plus claire, il s'agit de montrer que le travailleur est malmené par le temps, et comment le travailleur peut être responsable des pertes de temps ou du mauvais usage du temps.
1.1. Le principe d'inflexibilité du temps et ses effets pervers
1.1.1. Le principe d'inflexibilité du temps
Il est important de préciser que ce principe d'inflexibilité renvoie à une manière spécifique de gérer le temps de travail dans les ateliers de production. Ce principe correspond à l'organisation scientifique du travail mieux à l'école managériale qui se caractérise par les conditions de travail difficiles à travers des heures de travail interminables. Les patrons sont guidés par le désir effréné d'obtenir des avantages économiques, c'est l'appât du gain. De ce point de vue, F.W. Taylor considéré comme le fondateur de cette école, apporte des innovations dans la structure de l'entreprise et pense que l'homme au travail est décrit selon deux paradigmes :
- Il affirme qu' "il existe un travail pour chaque genre d'homme " (Jecko, 1971 : P.161), c'est-à-dire que chacun est fait pour un travail ou alors qu'il est prédisposé par rapport à sa morphologie, à ses forces à réaliser un type de travail qui peut être pénible ou pas. Il s'agit pour Taylor de la capacité de l'ouvrier à se surpasser à travers l'endurance et la ténacité à gagner plus.
- Il insiste sur le concept de l'homme économique : "on ne travaille bien que dans son intérêt personnel ". (Ferrol, 1989 : p.170)
A partir de cette nouvelle organisation du travail, Taylor propose une structure hiérarchique de l'entreprise (cadres, agents de maîtrise et ouvriers) avec une motivation économique partagée par tous les acteurs parce que chacun gagne quelque chose. Il ajoute que les aléas et l'arbitraire vont disparaitre. D'ailleurs, à ce sujet, il écrit : "la légitimité de la hiérarchie est désormais fondée sur la mise en ordre du travail et la lutte contre tout désordre technique ou social ". (Ferrol, 1989 : p.170)
Le pari de Taylor nous semble difficile à réaliser au regard de l'opérationnalisation de cette théorie. Pour saisir les enjeux de cette organisation du travail, il est indiqué d'analyser la démarche dans l'entreprise Taylorienne.
1.1.2. La manutention des gueuses de fonte
Cet exemple mémorable est l'émanation de l'organisation Taylorienne du travail. Il s'agit de la manutention de gueuse de fonte par des hommes à la Bethléem Steel Company disposant de 80.000 tonnes de fonte dans la cour qu'il fallait charger par wagon selon un plan incliné ; chaque ouvrier devant remuer 12.500 tonnes de fonte par jour. L'application des principes scientifiques suivants va conduire à un succès éclatant de l'entreprise taylorienne :
• La sélection des ouvriers
• Le''one best way''
• La spécialisation
• La subdivision du travail
• L'application d'une méthode rigoureuse d'observation
• La responsabilité de la direction dans la préparation du travail
A la fin de la journée, l'ouvrier a chargé 47 tonnes de fonte et déclare qu'il n'est pas fatigué, son salaire est augmenté par Taylor de 1 dollar 15 par jour à 1 dollar 85 soit un coefficient multiplicateur de 1.6 et la productivité a été multipliée par un facteur de 3.8.
Au regard de ce qui précède, l'entreprise taylorienne apparait comme une référence dans la gestion scientifique du travail, car elle puise dans les principes scientifiques rationnels qui assurent la cohérence dans l'organisation du travail. Le mérite de Taylor a été d'avoir réalisé une théorie transhistorique qui a survécu à sa propre personne. Ses enseignements ont connu un succès dans les universités occidentales et l'application de cette théorie aux ateliers de production a connu un écho favorable dans le monde industriel. Taylor peut être considéré comme l'un des auteurs de référence de l'école classique en particulier du management scientifique en général. Mais, là n'est pas le plus important, car tout n'est parfait dans l'entreprise taylorienne. Le travailleur est astreint à un certain nombre de difficultés qui entament sa conscience et surtout son physique. Les conditions de travail sont rudes, inhumaines et presqu'insupportables du fait des durées de travail très longues, du temps de repos réduit, de la routine, de la robotisation de l'ouvrier tenu à répéter les mêmes gestes, sans oublier le stress qui est la discordance entre les aspirations de l'individu et la réalité des conditions de travail. (Polar, 1995 : p. 307).
1.1.3. Les effets pervers de l'entreprise taylorienne
Le travail est une activité louable, salutaire qui permet à l'homme de satisfaire ses besoins sociaux et de s'épanouir moralement. Ainsi, Karl Marx reconnaissait que "le travail était le premier besoin de l'homme ". (Dumazedier, 1972 : p.135)
Le travail est au centre des préoccupations de tous les temps et de tous les lieux. Paul Lafargue dans son livre Droit à la paresse magnifiait le travail en ironisant que : la paresse est la mère des arts et des nobles vertus. (Sue, 1994 : p.135)
Ce travail libérateur est contraire, à celui des ateliers de production industrielle qui constitue une forme d'aliénation les plus regrettables. En effet, l'ouvrier est soumis à une exploitation continue et il y laisse ses forces jusqu'à épuisement. La fatigue, le stress et les frustrations constituent son lot quotidien. Ce travail devient destructeur, dégoûtant, avilissant pour l'ouvrier. On peut comprendre les motivations de G. Friedmann sur la condition du travailleur durant l'O.S.T (Organisation Scientifique et Technique du Travail). La vision humaniste de l'homme qui devait trouver sa réalisation et son identité au travail s'accommode mal avec la réalité qu'il observe où la division du travail est poussée à l'extrême. Il parle du travail en miettes (Sue, 1994 : p.135) qui conduit à l'inverse à "l'appauvrissement et à la déshumanisation du travail et du travailleur". Par conséquent, l'homme soumis à la machine en devient lui-même son prolongement.
La question de la gestion du temps de travail se pose avec acuité dans les ateliers de production. On parle ainsi du "temps machine" de l'employeur et du "temps humain" de l'employé. Une fois de plus, G. Friedmann précise, pour étayer son argumentation les caractéristiques de ce temps : "Un temps mécanique répétitif, séquentiel et discontinu, mesurable et divisible à l'infini grâce au chronomètre". (Sue, 1994 : p.135)
Dans ces conditions, le travail devient une véritable punition pour l'ouvrier une dérive pour la direction de l'entreprise qui souhaite obtenir des gains excessifs et accumuler des richesses au détriment de la classe ouvrière qui se sacrifie dans les ateliers. Les exigences du capitalisme sont dévastatrices pour les travailleurs.
Dans ce système, l'ouvrier est un "homme tronqué, fragmentaire ou l'appendice d'une machine". (Nisbet 1966 : p.359). L'on passe de l'illusion d'un "travail attrayant à un travail forcé". Ainsi, les conditions de travail sont anormales et soumettent l'ouvrier à "un despotisme aussi illimité que mesquin". Ce système transforme sa vie entière et "jette sa femme et ses enfants sous les roues du Jaggernaut capitaliste". (Nisbet 1966 : p.359). Ce travail aliénant et arbitraire annihile les forces de l'ouvrier et éteint ses fonctions sentimentales, intimes et familiales, car ce dernier une fois de retour à la maison s'écroule du fait de la fatigue générale du corps et de l'absence d'un temps de repos. Il a "la hantise du temps conséquent aux efforts consentis durant de longues heures de débauche d'énergie. Karl Marx, socialiste, grand défenseur de la cause ouvrière soulignait pertinemment que : "le morcellement et l'avilissement de l'individu, font comme la discipline qui anéantit son âme, de la propriété privée des moyens de productions ". (Nisbet 1966 : p.359).
Ces excès du capitalisme dans les ateliers de production ont remis en cause les fonctions humaines du travailleur, ignorant son intelligence, ses aspects sociaux pour en faire une victime, un abattoir au nom de la forte productivité. Tocqueville allant dans le même sens pense que : "l'avilissement de l'ouvrier résultait du système de production lui-même, de la division et du progrès technique". (Monteil, 1983 : p.30).
Malgré tout, les deux acteurs se rejoignent sur le caractère avilissant et destructeur du travail du fait du capitalisme. Ainsi l'ouvrier devient l'objet ou l'esclave du travail qu'il exécute.
Les déviances de l'industrie capitaliste ont torturé les ouvriers qui étaient confondus à une sorte de machine et pour ne pas tuer l'espérance Engels affirmait qu'"un jour viendra où il n'y aura plus ni manœuvres, ni architectes professionnels"
Certes, les mauvaises conditions de travail ne permettent pas toujours un usage flexible du temps de travail favorable à l'épanouissement du travailleur à travers un temps de repos, ou des congés légaux du fait des patrons tournés vers des gains excessifs.
1.2. Le mauvais usage du temps du fait d'une mauvaise organisation
1.2.1. Les pertes de temps volontaire du fait du travailleur ou de l'ouvrier
Certains travailleurs s'illustrent à travers des habitudes intolérables en milieu professionnel surtout dans les organisations ou dans les administrations publiques des pays en voie de développement. Il s'agit pour l'essentiel de :
- Des cumuls d'activités
La situation apparait comme un phénomène de mode. Si on prend l'exemple au Cameroun, où la pluralité d'activité est devenue monnaie courante et même arbitrairement une modalité de pseudo-compétence car, on trouve des fonctionnaires commerçants, agriculteurs, pêcheurs, chauffeurs etc.
Cette dispersion d'énergie entraine inévitablement les pertes de temps et des absences volontaires car on est partout à la fois sans être vraiment quelque part.
Allant dans le même sens, au plan politique, il y a le concept de député-maire ou de Lamido-maire qui a fait son temps ; homme d'affaire, arbitre, président de fédération sportive, président d'association des élites des ressortissants de… et plus encore. Le temps consacré au travail réel et bien fait devient inaccessible, volatil, fuyant voire insaisissable du fait de son émiettement continu par le prometteur d'une pléthore d'activités qui se laisse absorber, engluer, pour sombrer finalement dans l'inertie totale.
Le paysage culturel, médiatique a intégré dans ce pays une liaison incestueuse voire contre nature entre la compétence et la multi dimensionnalité des acteurs sociaux. Il n'ya qu'à observer le volume de CV ; ainsi le cumul proscrit par la loi est consacré dans la pratique.
- Les jongleries du travailleur
Il se pose un problème entre le temps réel de travail qui renvoie aux heures de travail effectué par l'ouvrier. La question étant de savoir dans quelle mesure la durée reflète ou correspond au travail réellement effectué. De manière plus claire, il s'agit de faire une différence entre les heures passées dans une administration sans véritablement travailler et les heures réelles de travail effectué, car il existe parfois un décalage entre le temps officiel et le temps durant lequel l'ouvrier triche, jongle et abuse des heures de pause.
Ce temps perdu volontairement par le travailleur constitue une perte significative pour l'administration. Par conséquent, le temps réel de travail doit être perçu comme le juste effort pour l'accomplissement des tâches normales. Il est important d'éviter toutes confusions avec le temps arbitraire ou aliénant. Ce temps perdu par le travailleur volontairement peut s'inscrire logiquement dans un registre de temps irréel ou fictif apparaissant comme un ensemble de prétextes entretenu par l'agent qui reste dans le cadre formel d'une autorisation de permission ou de renouvellement du repos médical ou d'un congé médical pour s'occuper d'autres activités. Ce temps est un supplément de temps qu'il gagne à travers l'absence de sincérité, de mobilité normale. Ces activités multiples de certains travailleurs à des lieux différents conduisent à un rapport mitigé lors de l'évaluation de l'agent. Si les ressources humaines consacrent l'amélioration des conditions de vie du salarié, en retour ce dernier ne doit pas en abuser.
- Le retard
Le retard est mis en évidence dans l'administration à travers des procédures très longues, voire interminables, du fait des agents véreux et corrompus. Si nous restons encore dans l'administration camerounaise qui est utilisée comme un échantillon idéal par rapport à toutes les administrations de l'Afrique noire francophone. Le traitement des dossiers d'avancement, d'indemnité de logement, de perception de pension retraite constituent un parcours du combattant pour les usagers qui attendent souvent durant des périodes longues parfois inacceptables, du fait des agents corrompus qui sont en déphasage avec les règles éthiques et déontologiques. Ainsi, certains retraités meurent sans avoir perçu leur pension. Ici, certaines formules révèlent le caractère perfide des agents ; il faut mouiller la barbe, il faut graisser la patte, il faut l'essence dans la voiture etc…
Un autre type de retard s'apparente au non respect des délais, certains agents-chauffeurs dans l'administration publique ou dans une autre institution prennent des véhicules des ces structures pour faire de transport clandestin dans un cadre informel, abandonnant injustement les missions à eux confiées. Cet exercice est récurrent et peut entrainer un double risque car le chauffeur ne respectera pas les délais et la voiture change d'usage et s'abîme à travers des routes d'une qualité secondaire. Il peut aussi s'agir d'un transporteur de marchandise d'une institution ; alcoolique de son état il s'arrête chaque fois pour boire un coup, oubliant le temps nécessaire pour effectuer la distance demandée.
Ce non respect de délai apparait aussi parfois dans le système de livraison de certains travaux dans l'administration ou encore dans le cadre des politiques publiques. Ici, plusieurs cas peuvent être mis en évidence. La livraison fictive où l'administration donne quitus à travers ses contrôleurs que la route a été réalisée par exemple alors que les populations en réalité n'observent aucun changement au niveau de leur quotidien. Cette route est réalisée sur''le papier'' et jamais sur le''terrain'' ou encore La livraison partielle où le maître d'ouvrage a tout simplement engagé les tâches liminaires et le chantier a été abandonné parfois envahi par la broussaille, la supercherie sera découverte plus tard.
Ces deux cas illustrent parfaitement les avatars d'un système corrompu fait de routine et de complicité qui mettent à nu l'antipatriotisme de certains compatriotes, et marquent le mauvais usage du temps. Ainsi, une route est votée régulièrement dans le budget d'investissement public pendant une dizaine d'année, mais n'est jamais construite. Cette situation inacceptable reste un gros handicap pour la réussite ou le succès des politiques publiques et compromet les chances de développement de différentes contrées. La recherche du profit est au cœur de toutes ces magouilles qui se justifient davantage par une mentalité de prédation, d'individualisme qui caractérise certains agents de l'Etat ayant encore une perception perfide de l'Etat providence mieux, de l'Etat vache à lait.
1.2.2. Les pertes du temps involontaires du travailleur
Il est important pour nous de souligner que les pertes de temps ne sont pas seulement le fait absolu du travailleur, car sa responsabilité peut être exonérée au regard de sa diligence ou même des circonstances exceptionnelles, graves qui peuvent survenir pendant l'exécution ou la réalisation d'une tâche.
Dans le domaine des transports, la bonne volonté du transporteur de marchandise peut être avérée, mais au cours du voyage, il est dans l'impossibilité de tenir des délais de livraison des marchandises, du fait par exemple d'une guerre remettant en cause un corridor qui relie des villes des pays partageant une même frontière. L'actualité politique et surtout sécuritaire en République Centrafricaine semble aller dans ce sens où l'on a observé les difficultés pour les transporteurs routiers d'acheminer les marchandises vers le Cameroun et vice-versa. Les échanges économiques ont connu un profond ralentissement et l'activité économique en a pris un grand coup.
Les conditions météorologiques peuvent à certains égards justifier les pertes de temps et mettent en difficultés la réalisation de certains chantiers. Ainsi, les abondantes pluies lors de la construction des axes routiers vont repousser les délais fixés au départ, mais cette situation ne peut pas être récurrente. Dans le même sens, l'insécurité transfrontalière peut conduire à l'arrêt des travaux. Nous en voulons pour preuve l'enlèvement d'une dizaine de chinois travaillant dans une entreprise de d'aménagement des routes au Nord-Cameroun.
L'absence de financement ou le financement tardif sont autant d'exemples qui occasionnent des pertes de temps. Car, l'Etat n'arrive pas toujours à éponger les tranches de payement à l'entrepreneur ou à l'entreprise ayant été choisie pour la réalisation d'un projet. Le préfinancement devient une véritable aventure. Cette analyse sur la gestion du temps montre clairement qu'il n'est pas aisé de mieux gérer le temps en général et celui du travailleur en particulier. Volontairement ou involontairement, c'est toujours l'administration avec l'ensemble des citoyens ou usagers qui subie et elle doit se battre pour récupérer le temps perdu. Dès lors, la gestion du temps devient un régulateur des performances, un principe incontournable en sociologie des organisations d'une part et en ressources humaines d'autre part.
2. Le bon usage du temps comme source de performance dans les organisations.
Il sera question d'examiner les évolutions de la gestion du temps marquées par une plus grande souplesse, le respect du temps de repos du travailleur et parfois ses choix d'heures de travail, L'intérêt ici étant de revisiter les travaux d'Elton Mayo qui ont conduit à la pondération du temps de travail et même au principe de flexibilité et les moyens de contrôle du temps de travail pour éviter les abus.
2.1. Les travaux d'Elton Mayo et le principe de la flexibilité
2.1.1. Les travaux d'Elton Mayo et la pondération du temps de travail à Philadelphie en 1923
La série d'expériences réalisées dès Octobre 1920 (Rabier, 1990 : p.129) par Elton Mayo à Philadelphie a montré les défaillances, les coquilles et les incohérences du temps arbitraire et excessif infligé au travailleur. Cette expérience met en exergue les durées très longues de travail, la faible rémunération, la routine, la démission en masse, la fatigue, la démotivation, le stress, la baisse de rendement …
Ainsi les propositions ou correctifs allant dans le sens de l'amélioration des conditions de travail et surtout le bon usage du temps pour relancer la dynamique de l'entreprise constituent l'essence même des changements observés en ressources humaines
L'analyse sérieuse de cette expérience laisse apparaître des conclusions suivantes :
a- Début de l'expérience
• La réduction du temps de travail est un outil de performance ou encore une modalité de productivité.
• Le repos devient obligatoire pour tous les travailleurs du monde
Le repos entre le temps de travail permet à l'ouvrier de se nourrir et de se ressourcer. L'ouvrier de se sent aimé et estimé et il retrouve un moral de gagneur ou de vainqueur. On comprend aisément que les facteurs psychosociologiques deviennent une référence incontournable en gestion des ressources humaines.
b- L'entêtement des chefs d'équipe à revenir la situation ante.
• La suppression des périodes de repos
• Le rendement des ouvriers baissent ainsi que la productivité totale de l'entreprise.
• Le moral des ouvriers retombe et l'entreprise retrouve les mêmes travers.
c- La réintroduction du temps de repos
• Le moral des ouvriers est réactivé.
• Le retour de la période de repos est un effet catalyseur source de rendement de l'ouvrier.
• Le moral et le repos constituent des leviers indissolubles dans la recherche permanente de la performance des travailleurs.
d- Les chefs d'équipe assimilent finalement la leçon introduite par Mayo et son équipe de recherche
• L'arrêt des machines et le repos sont désormais des acquis pour le travailleur qui doit se reposer normalement.
• Ainsi, il se dégage une certaine convivialité, un climat social apaisé, détendu.
• Un retour de la confiance mutuelle entre patrons et travailleurs.
• L'humanisation ou la socialisation de l'entreprise marque une étape décisive de l'affirmation de la gestion des ressources humaines dans les organisations comme fondement de toute réussite.
e- La réussite de l'expérience d'E. Mayo et son universalisation
• Désormais, on reconnait que le travailleur a une conscience, une intelligence, un libre arbitre et un certain nombre de valeurs qu'il faut entretenir.
• Le succès de cette expérience consacre la reconnaissance et surtout l'affirmation d'un auteur, E. MAYO (Schlid, 1980 : p.173) comme l'un des piliers de l'époque dans morphogénèse des ressources humaines.
Il est important à la suite des commentaires liés à cette expérience de constater que le milieu professionnel reste variable, changeant et pour en assurer la stabilité, le travailleur devrait occuper une place centrale, car la satisfaction au travail induit et conduit à un espace de vie sociale fait de fraternité, de solidarité, de coopération. Finalement, le travail est une activité sociale qui nourrit son homme.
2.1.2. Le principe de flexibilité : régulateur harmonieux du temps de travail
Contrairement au principe d'inflexibilité où le temps de travail était arbitraire, abusif, le principe de flexibilité quant à lui est beaucoup plus souple, modéré et introduit des aménagements dans les diverses activités de l'ouvrier afin de restituer sa dignité. Il s'agit d'un temps de travail humain adapté aux forces de l'ouvrier et à son libre arbitre. Dès lors, on peut comprendre aisément le sens de cette expression : "les temps sont durs, soyons souples". (Sue, 1994 : p.69) Elle s'applique dans les domaines de la relation au travail. C'est même une condition de survie et d'existence de l'ouvrier.
La recherche de la flexibilité est devenue un phénomène de mode ou de vogue dans l'univers contemporain de gestion du temps plus humain, plus efficace et se déclinant en quelques expressions de temps variable à savoir :
- Les heures supplémentaires
Elles constituent le surplus d'heures effectuées par l'ouvrier au-delà de ses heures légales ou normales de travail et pour qu'il bénéficie d'une majoration de salaire découlant de la compensation de l'effort fourni. Ces heures supplémentaires sont soumises à l'appréciation de la consultation du comité d'entreprise et à l'autorisation de l'inspecteur de travail.
- La durée quotidienne
Cette durée quotidienne maximale est en principe de 10 heures. Mais certaines entreprises pratiquent la journée continue.
- Les horaires individualisés
Ils constituent en fait des heures flexibles, souples ou variables permettant au travailleur de choisir en toute indépendance chaque jour ses heures d'arrivée et départ dans le cadre des plages mobiles (par exemple entre 8heures et 10 heures le matin, 16 heures et 19 heures le soir). (Perreti, 2002, p.185).
- Le repos hebdomadaire
C'est un principe devenu obligatoire pour le salarié qui bénéficie du repos hebdomadaire dominical.
- Le temps partiel
C'est une modalité actuelle des entreprises qui adoptent le mode de temps partiel permettant au travailleur d'être occupé pendant un certain temps et de pouvoir vaquer à d'autres activités. Ce système peut être adopté dans une certaine mesure pour lutter contre l'oisiveté et le chômage en assurant au plus grand nombre un temps de travail même si ce dernier est très limité.
Le travail par équipes successives repose sur trois variétés :
• Le travail posté discontinu (deux équipes) : ainsi l'établissement ne fonctionne pas la nuit et même le week-end.
• Le travail posté semi-continu (trois équipes) : les équipements sont utilisés jour et nuit pendant cinq jours.
• Le travail posté continu : les équipes se relaient aux différents postes de travail 24h sur 24, 7 jours sur 7. Ici, on observe que le processus de production est continu et ne s'arrête pas, le travail s'effectue en plein temps et cela est conforme à la règlementation en vigueur et selon l'accord volontaire des travailleurs qui sont regroupés en cinq équipes voire plus. (Perreti, 2002, p.186). Cette souplesse dans la gestion du temps ou de son bon usage est devenue une étape importante de la performance du travailleur dans l'entreprise moderne. La philosophie qui soutend cette vision ou orientation dans le besoin ou le souci de traduire dans les faits la gestion personnelle et la gestion du temps dans l'organisation du travail, ou par conséquent, la concordance, l'accord, la fusion entre les besoins personnels du travailleur et ceux de l'entreprise proscrit toute idée de dictat, d'exploitation de l'homme par l'homme.
Aujourd'hui, l'application des ces horaires variables est devenue monnaie courante dans les entreprises. On parle ainsi du sur mesure, car les heures de travail sont une émanation du patron et du salarié, le repos hebdomadaire, les congés annuels, les jours fériés… sont des acquis. En somme, les horaires variables donnent la possibilité au travailleur d'adopter les heures de travail selon ses convictions et ses convenances personnelles, ce qui n'était pas possible durant la période d'inflexibilité. On note aussi comme avantages l'amélioration de la ponctualité, le sentiment d'une grande indépendance, la réduction significative de l'absentéisme. La réduction de la surcharge de travail, ces horaires variables peuvent être adoptés en fonction de la production. Cette gestion souple du temps améliore la qualité du travail, et il est nécessaire de mettre en avant l'exemplarité du pointage et le fait qu'il dispense le salarié de solliciter des autorisations arbitraires à contretemps, ce qui induit le respect de la discipline établie. Ainsi, le salarié est obligé lui-même d'annoncer à son supérieur hiérarchique ses heures d'arrivée et de sortie. Ce dernier est tenu par le régulateur interne qui est sa conscience qui évalue en permanence son activité et lui rappelle ses devoirs vis-à-vis de lui-même et de l'organisation.
J.M. Peretti, auteur de référence en Management des ressources humaines répond favorablement à cette analyse sur la gestion efficiente du temps dans les organisations lorsqu'il relève les vertus de la flexibilité :
- Elle améliore la situation de l'emploi en facilitant la modernisation des entreprises.
- Elle améliore la compétitivité des entreprises en leur permettant à un moindre coût, soit de faire face à l'amortissement d'investissements coûteux ou de rendre possible les amplitudes d'ouverture plus grandes au public dans les services, soit d'ajuster les rythmes de travail aux variations de la production et la demande.
- Elle améliore les conditions de travail des salariés en ce qui concerne la durée et l'aménagement du temps de travail.
- Elle fait de la négociation collective, la voie normale de la fixation des conduites de travail.
2.2. La recherche de bons loisirs et quelques techniques de contrôle du temps de travail
2.2.1. Le travailleur et le temps de loisirs
La variation du temps de loisirs est aujourd'hui incontournable même si son appropriation véritable a soulevé une converse doctrinale. Car, pour certains, le temps libre est "un moyen de récupération de la force du travail". (Dumazedier, 1972 : p.135). Pour d'autres, c'est un cadre de réalisation de l'homme. Ainsi, la notion de loisir correspond à la liaison entre activités de loisir et travail. La recherche de l'équilibre (Robbins, 2009 : p.128) entre les deux devrait être parfaite sinon le contraire serait désastreux. Pour cela, le choix des différentes composantes de loisir reste important, car ces loisirs ne doivent pas être néfastes, négatifs, mais plutôt porteurs de vertus de réparation. L'histoire de la sociologie du travail met en lumière le rôle positif et avantageux des pauses de loisirs pour le travailleur ou l'ouvrier qui profite de ces moments pour se ressourcer, se refaire le moral et s'évader oubliant dès lors les aspects rudes du travail. Dans cette complexité de bon choix de loisirs correspondant à la forme de travail, trois indicateurs semblent donner une certaine orientation :
- Dans le secteur artistique :
Les indicateurs du goût artistique dans la vie quotidienne, fréquentation du théâtre, du concert, des expositions artistiques, du cinéma, l'écoute d'un certain type de musique (œuvres classiques ou modernes), l'écoute d'un certain type de chansons littéraires.
- Dans le secteur intellectuel :
L'achat et l'emprunt des livres, le souhait d'un congé culturel et le choix d'un sujet pour les congés culturels, la lecture de chroniques littéraires, religieuses et politiques, la lecture des biographies de savants ou d'hommes politiques.
- Dans le secteur social :
Le goût pour les réunions et fêtes de famille et l'intérêt actif pour les différentes associations volontaires qui s'offrent à l'individu pour occuper son temps de loisir.
Si la recherche de l'équilibre entre travail et loisir est irréversible, il n'est pas de même de l'équilibre entre horaire du travail et habitudes alimentaires. Dans ce cas, on peut induire la relation entre flexibilité- loisir - travail - alimentation permettant d'offrir au travailleur des conditions exemplaires garantissant son épanouissement dans le monde professionnel, social et même familial.
On s'appuie aisément sur cet exemple du moteur d'une voiture qui pour fonctionner correctement a besoin de trois choses essentielles :
a- Le carburant comme source d'énergie
b- De l'huile et de la graisse lubrifiante pour protéger les parties mobiles
c- De l'eau pour refroidir.
De la même façon, "le moteur humain" (Grandjean, 1985 : p.271) a besoin :
a- D'aliments (sucres, protéines, graisses) comme source d'énergie
b- Des matériaux de production (vitamines, sels minéraux, fer, iode, acides gras non saturés…)
c- Des liquides de refroidissement.
Cette analogie laisse apparaitre l'intérêt de l'ergonomie en gestion des ressources humaines. Il apparait pour s'en convaincre une certaine interdépendance entre les différents composants du management, car tous les pans participent à une unité d'action, d'orientation, de communication et de sollicitation pour garantir la compétitivité dans les organisations.
CONCLUSION
Au terme de cette entreprise intellectuelle, la gestion efficiente, rationnelle du temps dans les organisations a constitué la toile de fond de cette étude. L'enjeu majeur était de souligner que le temps est le principe organisateur de l'activité humaine prise dans toute sa globalité. C'est à juste titre que le temps constitue un instrument précieux de régulation et de performance dans toute organisation socioprofessionnelle. Ainsi, le temps apparait d'une part comme un facteur de progrès social lorsque son usage est positif et comme un facteur réducteur ou négatif lorsque son usage est approximatif. Dès lors, toute vie socio humaine et même tout succès se construisent autour du temps (jour, mois, année, horloge atomique, chronomètre, calendrier…).
Aujourd'hui, le temps flexible emporte sur le temps fixe ou inflexible qui s'adapte objectivement à la vie humaine. L'exemple le plus frappant est la période dite de retraite, car les prétendus inactifs d'hier (retraités) sont devenus actifs ; en plus l'espérance de vie s'est rallongée avec les progrès de la médecine. On parle désormais du quatrième âge et non plus seulement du troisième âge. Le temps devient par essence un outil de bien être social ou "bonne vie", et la conformité de l'homme au temps est une obligation indiscutable. La conscience humaine s'inscrit dans le progrès, la projection et la planification, le temps apparaissant parfois comme une lumière, parfois comme une ombre car, il est continu et irréversible. Par conséquent, notre analyse est une sollicitation, une exigence, d'une plus grande prise de conscience de la gestion du temps dans la vie sociale en général et dans la vie organisationnelle en particulier.

P., Charpentier, Management et gestion des organisations, Paris, Armand Colin, 2007, P.45.
P., Charpentier, op. cit. P. 47.
A., Jecko, Comment et pourquoi pratiquer l'analyse de l'emploi, Paris, Armand Colin, 1971, P.161.
G., Ferrol et all, Introduction à la sociologie, Paris, Armand Colin, 1989, P. 170.
L'homo oeconomicus renvoie à l'homme économique qui travaille pour satisfaire ses besoins. Il doit gagner de l'argent au terme de son effort.
G., Ferrol et all, op.cit, P. 170.
J.C., Rabier, Introduction à la sociologie du travail, Nanterre, Erasme, 1990, P.119.
Le "one best way" est la seule meilleure manière d'exécuter une tâche qui doit être imposée à l'ouvrier.
S.L., Polar, Psychologie du travail et des organisations, Montréal, Gaétan Morin, 1995, P.307.
J., Dumazedier, Sociologie empirique du loisir, Paris, Seuil, 1972. P. 135.
R., Sue, Temps et ordre social, sociologie des temps, Paris, PUF, 1994, P. 135.
Ibid
Les informations qui suivent sont sauf indications contraires tirées de la page 135 de l'ouvrage Temps et Ordre social de R., Sue
R., Nisbet, La tradition sociologique, Paris, PUF, 1966, P.359.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
Ibid.
B., Monteil et all, Cercles de qualité et progrès pour une nouvelle compétitivité, Management 2000, Paris, Ed., Montréal, 1983, P. 30.
Ibid.
La révolte de l'ouvrier dans la chaine de production risque de tout bouleverser et cette situation pourra à coup sur rétablir l'équilibre mieux l'égalité de traitement entre patrons et ouvriers.
Le fonctionnaire ou l'agent se distingue par des fausses pièces telles que : les certificats médicaux illégaux, des permissions fallacieuses et illimitées, des repos médicaux renouvelés de manière informelle tout simplement pour ne pas être présent au poste de travail ….
Le retard est une maladie dans l'administration camerounaise. Il est encré dans les mœurs et l'exemple le plus spectaculaire est l'arrivée en retard des Lions Indomptables à la dernière coupe du monde au Brésil 2014.
La situation sécuritaire en République Centrafricaine s'est dégradée considérablement entre 2012 et 2014, du fait de la guerre entre les différentes factions rivales pour le contrôle du pouvoir ; les échanges commerciaux et les transports en ont souffert.
Les informations relatives aux travaux d'Elton Mayo sont tirées pour l'essentiel des pages 6 et 7 de l'ouvrage de J.C. Rabier, Introduction à la sociologie du travail.
J.C., Schlid, Les grands auteurs en organisation, Paris, Dunod, 1980, P. 173.
R., Sue, op. cit. P.69.
J.M., Peretti, Ressources humaines et gestion des personnes, Paris, 8e édition Vuibert, 2002, P.185.
J.M., Peretti, op. cit. P.186.
Ibid.
J., Dumazedier op. cit. P.135.
S. Robbins, Bien diriger son équipe, Paris, Nouveaux Horizons, 2009, P. 128.
Ibid. 142.
E., Grandjean, Précis d'ergonomie, Paris, Edition Organisation, 1985, P271.


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