Bachelard avec Kant : une exploitation pédagogique de l'idée de transcendantalité

Alain Panero

Résumé
Libérée de l'injonction métaphysicienne de fonder la scientificité des sciences, l'entreprise criticiste prendrait chez Bachelard un nouvel éclat. En assumant pleinement le concept d'une transcendantalité sans pourquoi et sans but, et en l'identifiant à celui de symbolisation scientifique, Bachelard redonnerait au coup d'envoi kantien, mais également à la recherche scientifique elle-même, toute leur portée éducative, celle d'une sensibilisation radicale à l'énigme de l'existence.

Introduction
Peut-on, après Kant, n'être pas kantien ? Telle est sans doute la question préliminaire que se posera le commentateur désireux de déterminer quelque parenté philosophique entre Kant et Bachelard. La doctrine kantienne de l'objectivité effectue en effet dans l'histoire des idées une percée tellement significative qu'il paraît désormais impossible de revenir en arrière. Que le philosophe Bachelard soit ainsi "pour" ou "contre" la transcendantalité exhibée par l'auteur de la Critique de la raison pure (1), qu'il l'élargisse ou en marque les limites, dans les deux cas, la transcendantalité est une idée ou une vision qui à présent gouverne explicitement ou secrètement toute pensée de notre être-au-monde. Oui, il n'est guère facile, sinon impossible, de revenir à une sorte de pré-kantisme. Car l'irrésistible idée de transcendantalité a fait son chemin dans nos esprits, faisant de nous, phénoménologues, épistémologues ou pourquoi pas poètes, des continuateurs involontaires du criticisme. On pourrait même parler en ce sens d'une sorte de clôture ou d'enclos transcendantal (2). Comment Bachelard peut-il n'être pas kantien ? Comment échappe-t-il, lui qui n'ignore nullement l'importance d'une surveillance intellectuelle de soi, à l'enclos d'une pensée qui s'interroge méthodiquement sur ses propres représentations ? Si, en matière de kantisme, aucun parricide ne semble pensable ou, en tout cas, décisif, faut-il dire - mais en quel sens - que Bachelard est kantien ?
I. De la transcendantalité des sciences à la scientificité du transcendantal
En un sens, tout sépare les positions kantienne et bachelardienne puisque, aux yeux de Bachelard, la valeur de la science n'a pas à être fondée ou refondée. La fécondité opératoire de la science contemporaine, qui se suffit à elle-même, est absolument parlante et dispense les philosophes de tout discours méta-scientifique. Se demander si la vérité et l'universalité de la physique et de la chimie du XXe siècle tiennent à la présence dans le donné d'un élément transcendantal reste certes intéressant pour tout métaphysicien anti-humien (3) ou non, voire pour tout épistémologue en quête d'absoluité ou d'une vérité qui excède la seule vérification. Toujours est-il que la question kantienne n'est plus la question prioritaire ; ce n'est plus, en tout cas, une hypothèse susceptible d'aider ou d'influencer le savant qui travaille au moment même où il travaille. La fondation kantienne du savoir au moyen de l'idée de transcendantalité est devenue secondaire ou superfétatoire : le réel n'est autre que le fonctionnel (4).
Que la question de la fondation transcendantale de la scientificité ne soit plus à l'ordre du jour ne signifie toutefois pas que l'idée même de transcendantalité soit hors-jeu. Au contraire, on pourrait inverser la perspective et se dire qu'après tout, grâce aux avancées incomparables (et impensables à l'époque des Stahl et Newton cités par Kant) des sciences exactes, c'est l'idée même de transcendantalité qui reçoit une fondation jusqu'à présent inégalée. Les progrès scientifiques, avec tous les chamboulements intellectuels qu'ils supposent, seraient une écriture en acte, d'une finesse inimaginable, d'une Critique de la raison pure que Kant, seulement soucieux de pointer en gros quelques structures a priori du sujet connaissant, ne pouvait imaginer. Que la scientificité et les succès de la physique et de la chimie ne soient fondés désormais que sur la seule qualité des procédures expérimentales, et non plus sur une dimension cachée, dite transcendantale, cela n'annule toutefois pas la pertinence de l'investigation criticiste. Le tout est de s'entendre sur le sens de ce qui a pour nom "logique transcendantale" (5). Le langage des sciences contemporaines, dont le formalisme s'avère intrinsèquement dédié au donné sensible, peut très bien tenir lieu d'esthétique et d'analytique transcendantales revues et corrigées. Que l'idée d'une logique transcendantale puisse être coupée de toute intention métaphysicienne et devenir ainsi, envers et contre Kant, la logique même des scientifiques, cela ne contrecarre nullement le projet d'une Critique de la raison pure (6) :
La possibilité d'établir un kantisme de deuxième approximation, un non-kantisme susceptible d'inclure la philosophie criticiste en la dépassant, serait fortifiée si l'on pouvait montrer que la science mathématique pure, travaillant sur les intuitions d'espace et de temps, prépare des connexions capables de s'offrir comme des cadres préalables à la physique de deuxième approximation, à la physique du micro-objet (7).
Si donc rien dans les textes bachelardiens n'interdit la perspective d'un tel renversement ou dépassement - que l'on pourrait qualifier de non-kantien parce que plus-que-kantien (8) -, on doit tout de même s'interroger alors sur un nouveau statut possible du sujet transcendantal. Que devient en effet la description du sujet kantien, avec ses catégories et ses schèmes, son imagination ou encore son rapport à la loi morale si la transcendantalité apparaît d'essence scientifique et non plus la scientificité d'essence transcendantale ? Faut-il, en outre, continuer à présupposer, au nom de l'idée de transcendantalité, une inconnaissabilité foncière du réel alors que les descriptions affinées des savants laissent déjà penser qu'ils percent quelque chose du secret des choses mêmes ? Que notre connaissance du réel nous renseigne par surcroît sur notre façon de nous y rapporter reste vrai. Mais le regard des savants, voire des épistémologues, du XXe siècle n'est plus tourné vers le sujet. La révolution copernicienne accomplie par Kant n'est plus une occasion d'émerveillement. L'atome, l'électron, l'espace-temps, les isotopes, telles sont les nouvelles figures de l'étonnement scientifique. Reconnaître que le langage scientifique suppose bien un auteur, fût-ce un "Je pense", est une chose. Se focaliser, en métaphysicien ou en psychologue, sur l'auteur de ces nouveaux savoirs, au point d'en oublier leur portée objectivement innovante (9), est autre chose. En d'autres termes, l'idée d'une scientificité du transcendantal - d'une compréhension et d'une extension beaucoup plus riches que celles de la mathématicité ou de la géométricité du transcendantal envisagée par Kant (10) -, induit des effets centrifuges : elle ne réduit pas le sujet ni ne le met entre parenthèses mais elle provoque un décentrement (11), une dépolarisation qui, de fil en aiguille, c'est-à-dire de symbolisations en symbolisations, donnent à penser autrement la clôture criticiste (12). Toujours est-il qu'un tel dérèglement, d'ordre langagier, ne revient jamais à s'expatrier, hors des signes, pour s'établir dans une connaissance strictement nouménale. Tant que demeure le principe ou plutôt l'évidence expérimentale d'une altérité impensée, la pensée du noumène n'équivaut pas à la connaissance du noumène (13). L'idée d'une scientificité du transcendantal, de par sa dimension transcendantale, continue ainsi, même si elle n'est plus de facture kantienne, à préserver la science de tout idéalisme absolu (14). En ce point, la résistance de la matière, dans l'ordre de l'infiniment grand comme de l'infiniment petit, dit bien que la réduction de l'inconnaissable à l'inconnu puis au connu se fait, jusqu'à présent, sur fond d'inconnaissable (15).
II. Le transcendantal en suspens : le contingent plutôt que l'inconnaissable
Que la physique et la chimie contemporaines confirment (d'ailleurs à leur insu puisque telle n'est évidemment pas leur visée) la pertinence de l'idée - d'inspiration kantienne - de transcendantalité, rien, en l'état actuel des connaissances, ne nous retient de l'admettre. Car les savants, qu'ils soient réalistes ou idéalistes, criticistes ou objectivistes, sceptiques ou dogmatiques, athées ou croyants, n'ont jamais réussi à réduire effectivement tout l'inconnu au connu. Cela dit, en passant de la perspective d'une transcendantalité qui avait pour vocation chez Kant de garantir la nécessité du déterminisme scientifique à celle d'une scientificité du transcendantal, quelque chose a viré qui renouvelle radicalement l'idée de clôture ou d'enclos transcendantal, au point sans doute de modifier profondément le sens des mots. Là où Kant décrétait, au nom de présupposés ou d'enjeux métaphysiques et moraux, l'inconnaissabilité de la Chose en soi, force est de reconnaître que le savant, lui, ne saurait être aussi catégorique, même s'il reconnaît bien sûr, comme nous l'avons déjà indiqué, les limites d'un savoir toujours provisoire. Il est vrai que cette question kantienne d'une inconnaissabilité de l'en-soi n'est pas son problème et, à la limite, n'entre même pas dans son champ de vision. Le primat accordé par Bachelard à la science produit donc des effets que l'on pourrait penser contradictoires puisque lester le transcendantal de scientificité s'accompagne tout de même d'une suspension de la thèse de l'inconnaissabilité foncière du réel. En d'autres termes, la requalification du transcendantal kantien au nom des résultats scientifiques examinés par Bachelard conduit forcément à une disqualification de la vision proprement kantienne de la transcendantalité. Les progrès scientifiques sont tels qu'ils révèlent au sujet des pouvoirs dont il ne se savait pas capable, au point d'inciter tous les philosophes à réviser entièrement leur conception du sujet connaissant, au point même de les faire douter de la pertinence des limitations criticistes. Au fond, tout se passe comme si le seuil infranchissable fixé par Kant devenait moins infranchissable, comme si, le compagnonnage des idées de transcendantalité et de scientificité devait conduire à un abandon de l'idée de transcendantalité au nom de l'évidence d'une puissance démiurgique quasi illimitée de la science. Le "Je pense", catalysé par ses activités et ses réussites scientifiques, étonné lui-même par la coexistence en lui d'une inventivité débordante et d'une surveillance de soi exemplaire (16), devenu maître de la nature comme de lui-même, se métamorphoserait en une sorte de surhomme, esprit libre, jamais dogmatique, peu prompt à verser dans un idéalisme mais peu prompt également à figer une fois pour toutes les limites du connaissable et de l'inconnaissable, du possible et de l'impossible, du sens et du non-sens (17).
Ce qui ne revient plus alors à seulement penser une refonte - élargissement ou maillage plus fin - de ce que nous avons appelé l'enclos transcendantal mais à repenser la transcendantalité en un point qui est sa tache aveugle, à savoir l'articulation de la matière (le divers sensible) et de la forme (en tant que structure a priori de la sensibilité), ou si l'on préfère, l'articulation des concepts et des images au moyen des schèmes. Certes, toute connaissance, pour Bachelard comme pour Kant, débute avec l'expérience ; ce qui veut dire que, dans tous les cas, l'expérience réelle, qui précède toujours l'expérience dite possible, garantit la vérité de descriptions transcendantales par essence rétrospectives. L'articulation du divers sensible et des formes transcendantales, des images et des concepts, a donc bien lieu (et c'est pourquoi nous pouvons en parler avec certitude) même si plusieurs aspects de cette articulation demeurent énigmatiques ou implicites, dont, au premier chef, l'événement même de la donation d'une phénoménalité paradoxalement en relation et sans relation avec la Chose en soi. Aux yeux de Bachelard, la connaissance scientifique de la matière, toujours rétrospective au sens que nous venons de rappeler, nous instruit ainsi sur nos propres pouvoirs de connaissance, mais surtout, elle en révèle l'infinie plasticité, ce qui, par un effet dialectique - et contrairement à la perspective de Kant qui définit une fois pour toutes (et d'ailleurs de façon très formelle puisque l'essence de la matière est sa multiplicité) la matière comme "divers sensible" - nous renseigne aussi toujours mieux, au-delà des intuitions et des images, sur la matérialité des matières. Cela veut dire qu'entre la forme et la matière, entre l'être et le connaître, une certaine affinité s'impose qui excède la simple information, selon un principe purement formel (et figé) d'identité (18), d'un objet par un sujet et revient, pourquoi pas, à une matérialisation du sujet par l'objet (19). Une matérialisation des formes transcendantales, voire, si l'on peut dire, une nouménologisation des phénomènes (puisque les frontières bougent et que la notion scientifique de matière enveloppe tout, par-delà les partages métaphysiciens) définiraient ainsi la nouvelle figure d'une transcendantalité rigoureuse, où la raison pure suspend certaines options onto-théologiques (20).
Ce qui ne veut certes pas dire que l'inconnaissabilité de la Chose en soi soit effectivement dissoute. Mais cela conduit le phénoménologue ou le métaphysicien qui sommeille en Bachelard (21), lorsqu'il réfléchit sur les sciences, à repenser l'expérience, en sa donation même, autrement qu'en termes de parallélisme de l'être et du connaître, de temps et d'intemporalité. L'affinité, l'accord, l'articulation, ou si l'on préfère la synchronisation du sujet et du monde, de la matière et des formes, de la Chose en soi et des phénomènes sont totalement mais provisoirement effectifs tant que dure notre être-au-monde. Ce qui est une façon de reconnaître la contingence foncière d'une nécessité dont le propre est de durer, et qui, tant qu'elle dure, fait oublier sa propre contingence. On pourrait dire que le déterminisme est avéré sur fond de contingence radicale, à condition de ne pas assimiler précipitamment, au nom de présuppositions métaphysiques, l'idée d'une contingence radicale qui enveloppe toutes choses à celle d'un Néant (fonds sans fond) ou à celle du Rien (pure idée ou négation produite par notre jugement) (22). L'inconnaissabilité en tant que telle prend donc pour nom "contingence" (23). Sauf à faire du "Je pense" une hypostase de l'être (ce qui était bien le cas chez Kant : même si le "Je pense" n'est jamais substantiel, il reste le centre de gravité d'une onto-théologie), les vérités à la fois provisoires et certaines de la science nous proposent bien une vision plus aboutie, c'est-à-dire non métaphysique, de la transcendantalité. Or, sortir de la métaphysique grâce aux sciences ne revient pas à sortir de la philosophie. Il s'agit seulement de reconnaître que toute structure, fût-elle très consistante, reste pour le sujet de la science de l'ordre de l'événement. La genèse même (ou plutôt la fabrication) de phénomènes, à laquelle Bachelard nous exhorte (24), n'abolit pas le hasard d'une donation qui précède ou sous-tend toute phénoménotechnique. L'enclos transcendantal n'enclot pas sa propre contingence, ce qui ne l'ouvre pas pour autant au transcendant, mais ne le réduit pas non plus aux seules représentations du sujet. Devenue plus rigoureuse, l'idée de transcendantalité traduit l'expérience d'une contingence et d'une nécessité qui est le tout de l'expérience. Ainsi, un supplément d'intelligibilité métaphysique peut naître paradoxalement d'une suspension de thèses métaphysiques : le savoir de la raison n'est ni savoir absolu des pouvoirs du sujet, comme chez Kant, ni savoir absolu de l'Absolu, comme chez Hegel.
III. Les vertus éducatives d'une réédification du transcendantal
Que notre expérience d'une contingence radicale permette une détermination plus rigoureuse de l'idée de transcendantalité, nul ne le contestera. Que cette expérience excède même toute représentation scientifique, et soit en ce sens irréductible, comment ne pas l'admettre puisqu'il y va d'une contingence radicale ? On ne saurait exiger de la raison scientifique qu'elle arraisonne ce qui est sans pourquoi. Dès lors, en donnant à penser une transcendantalité par-delà l'Inconnaissable, Bachelard ne redevient-il pas après tout et malgré lui un métaphysicien comme un autre et, qui plus est, ne nous entraîne-t-il pas sur la pente d'un irrationalisme ou d'une phénoménologie aux allures d'existentialisme, voire sur le terrain d'une sorte d'herméneutique de l'être dont les règles de déchiffrement resteraient à jamais cachées ? Cette expérience durable qui peut néanmoins cesser à tout instant, et d'où émerge la nécessité observable, qu'est-ce donc sinon notre façon d'être-là, de dévoiler l'être ? Comment en parler sans aussitôt mettre en branle un questionnement ontologique ou recourir à des métaphores poétiques, à une sorte de "fantastique transcendantale" (25) ? À vouloir penser jusqu'au bout, c'est-à-dire plus loin que Kant n'a souhaité le faire, l'idée de transcendantalité, ne risque-t-on pas soit d'en venir à des descriptions confuses, mêlant symbolisme scientifique et récit phénoménologique (26), soit de proposer une fois de plus une interprétation philosophique ou épistémologique qui doublerait inutilement le discours scientifique ? En concédant l'inconnaissabilité de la Chose en soi, en reconnaissant notre ignorance des règles de synthèse d'une imagination pure (27), Kant évitait, contrairement à Bachelard, l'écueil d'une incertitude durable. Arrimée à une métaphysique encore éternitariste et substantialiste (il n'y a pas de contingence mais seulement une inconnaissabilité du nouménal), la connaissance kantienne du transcendantal, ou plutôt la pensée du transcendantal, s'inscrivait dans le cadre d'un projet parfaitement délimité et assumé. Il s'agissait en effet de faire d'une pierre deux coups : prendre acte du déterminisme naturel et, dans une perspective eschatologique, nous donner des raisons de croire. Il est vrai que Kant ne pouvait, sauf à défaire de leur apodicticité le divers sensible, le "Je pense", mais aussi le fait même de la loi morale, faire toute sa place à l'irrésistible impression d'une contingence qui pouvait frapper jusqu'à Dieu lui-même.
Une chose est sûre : le métaphysicien ou le poète qui sommeille en Bachelard ne manque jamais de s'exprimer, sans pour autant suivre les sentiers battus de la philosophie pérenne. Si Bachelard critique toute phénoménologie de l'absurde ou de l'être et du néant (voire, à l'opposé et en filigrane, Ravaisson, Bergson et aussi toute théologie de la grâce), il ne nie pas l'expérience d'une contingence radicale. Mais la conscience rationaliste, qui, elle ne se complaît jamais dans ses émotions ou ses certitudes, ne surdétermine pas cette expérience : son but n'est pas, soit au nom d'un fonds sans fond, soit au nom d'une toute-puissance divine, de désancrer les sciences de tout sol ontologique pour les réduire à de simples approches superficielles de l'être. Tout se passe donc comme si, aux yeux de la conscience rationaliste, aucun alibi, fût-il justifié philosophiquement, ne pouvait permettre d'esquiver les tâches scientifiques et épistémologiques requises. Bien penser, c'est tout penser sans exclure les sciences :
L'esprit accède aux valeurs du bien pensé. C'est ici l'entrée de la conscience rationaliste. Nous sommes alors loin de l'absurdité des choses et de la gratuité de l'esprit. Cette absurdité et cette gratuité, l'esprit rationaliste pourra sans doute en connaître, tout comme un autre, peut-être même plus facilement qu'un autre. Ne bénéficie-t-il pas, pour cet examen, de la dialectique du savoir valorisé et de la connaissance brute, de l'opposition de l'enchaînement apodictique et des ivresses du coq-à-l'âne. Peut se détendre surtout celui qui s'est tendu. Aussi la psychologie de la détente où se complaît la psychologie naturaliste ne fait que rendre plus claire, par contraste, l'existence de ce que nous avons appelé dans une conférence à la Société de Philosophie de Paris le tonus rationaliste. Et c'est ce tonus qui se définit au mieux dans le dualisme de l'esprit scientifique et de la réalité instituée techniquement, au nœud même d'un couplage métaphysique bien défini (28).
Ce qui confère d'ailleurs à l'épistémologie bachelardienne une portée originale et inattendue. À la limite, on pourrait dire que toute une poétique des éléments tient lieu, dans l'œuvre bachelardienne, de pensée méthodologique du transcendantal (29). L'essentiel est bien de redonner à l'expérience métaphysique de la contingence la place qui lui revient, en faisant de la nécessité et de la contingence l'envers et l'endroit de notre être-au-monde. Le mérite du poète épistémologue est de tenir ensemble ces deux aspects sans surdéterminer plus ou moins consciemment l'un des deux. Le but n'est jamais de réduire la nécessité au seul déterminisme scientifique ; ce qui reviendrait à gommer la contingence qui justement l'enveloppe. Le but n'est pas non plus, en parlant de l'air, de la terre, de l'eau et du feu (30), de revenir à un substantialisme d'allure alchimique ou à une pensée présocratique de l'ordre et du chaos ; ce qui reviendrait à dénier la causalité scientifique, et donc à nier paradoxalement l'évidence d'une maîtrise de forces fondamentales. La réduction scientifique de l'inconnu au connu, si elle accroît l'intelligibilité du réel et nous oblige à délimiter, toujours plus précisément, les frontières du connaissable et de l'inconnaissable, ne fait jamais cesser, en profondeur, notre impression de contingence. Trouver les causes d'un enchaînement de phénomènes n'est pas percer le sens de ce qui nous arrive. "Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?", la question, qui traduit l'épreuve de la contingence du monde, ne saurait être reléguée, comme certains ont pu le croire un peu rapidement, au rang de faux problème. L'actualité du questionnement métaphysique va de pair avec l'actualité de l'interrogation scientifique : plus l'on connaît, plus l'on est en droit de s'étonner de l'efficacité d'une rationalité qui en outre s'accommode parfaitement de la contingence qui la frappe, peut-être, qui sait, pour mieux la stimuler. Ce qui est incompréhensible, c'est que le monde soit compréhensible, remarquait Einstein. Ce qui était une façon commode de pointer la contingence d'un accord de l'être et du connaître, pour ne plus avoir à la penser et exonérer ainsi le savant de toute investigation métaphysique qui lui ferait perdre son temps.
Au contraire, Bachelard, puissant pédagogue en cela, n'entend pas esquiver le mystère qui nous interpelle. La collusion d'une nécessité (qui est aussi contingence) et d'une contingence (qui n'exclut pas la nécessité) est pour le moins instructive, voire édifiante. Tout se passe comme s'il y avait là une occasion rêvée pour que se manifestent les puissances de l'esprit, comme si, au fond, la contingence constatée d'un accord de l'être et du connaître faisait pédagogiquement sens, comme s'il fallait en tirer des leçons de vie qui outrepassent les seules leçons logiques des oppositions de concepts (liberté/nature, etc.). Ce qui est incompréhensible, c'est l'intelligibilité même des choses et de notre pouvoir de les rendre intelligibles. Une telle énigme n'a pas de réponse, et surtout pas de réponse formelle ou hâtive. Les succès d'une science en quête de lois ne seraient rien sans un fond de contingence. L'impression de contingence ne serait rien sans notre formidable pouvoir de prédire les phénomènes, voire d'en produire d'inédits. Refusant, au nom d'une investigation de nos puissances poétiques, l'asile de l'ignorance de l'inconnaissabilité kantienne et démystifiant, au moyen d'une épistémologie aux allures de psychanalyse ou de thérapie, notre fascination pour la toute-puissance opératoire des sciences, Bachelard entend stationner au carrefour d'une foule d'interrogations qui se croisent. La raison, peu importe alors qu'elle soit qualifiée de scientifique, de métaphysique, d'épistémologique ou de surrationnaliste, est raisonnable de par, si l'on ose dire, sa relationalité même (31). C'est bien d'une prise en compte de notre finitude, d'une finitude pleinement assumée, dont il s'agit finalement : notre connaissance est d'autant plus rationnelle qu'elle admet continûment son irréductible contingence (32). Combien de temps la raison pourra-t-elle endurer la double évidence d'une incroyable puissance phénoménotechnique et d'une contingence qui l'accompagne comme son ombre ? La contradiction ici n'est plus celle de la liberté et de la nature, ni même celle d'une raison à la fois calculante et morale. S'il y a contradiction ou déchirement, cela tient plutôt à l'ivresse quasi dionysiaque de la raison épistémologique, à une forme de surrationalisme débordant ou conquérant, à une espèce de dérèglement méthodique de savoirs institués avec, ici ou là, des bribes d'enthousiasme prométhéen. Bachelard était-il quelque peu mystique ? Était-il surréaliste ou nietzschéen ? Bachelard pensait-il la durée de l'histoire des sciences comme celle d'un seul instant éclatant ? Une chose est sûre : son ambition pédagogique ou thérapeutique est, au moyen d'une espèce d'épistémologie pédagogique ou de pédagogie épistémologique, au moyen, en tout cas, d'une sorte de psychanalyse de l'esprit scientifique qui est davantage qu'une simple critique de la raison pure, de rendre notre raison plus vigoureuse, de développer les puissances de notre esprit, de décupler en quelque sorte nos facultés de résilience. Cette résilience est aussi, intrinsèquement, une aptitude à surmonter les crises de la raison elle-même, notamment dans les champs mathématique et physique :
Aussi, à mon avis, entre les pessimistes et les optimistes, il y a place pour une thèse moyenne que je voudrais exposer. Cette thèse revient à installer la raison dans la crise, à prouver que la fonction de la raison est de provoquer des crises, et que la raison polémique, que Kant a placée dans un rôle subalterne, ne peut laisser longtemps la raison architectonique à ses contemplations. Nous devrons alors accéder à un Kantisme ouvert, à un Kantisme fonctionnel, à un non-Kantisme, dans le style même où l'on parle d'une géométrie non-euclidienne. C'est, je crois, le plus bel hommage que l'on puisse faire à la philosophie kantienne, en prouvant, par cette extension, qu'elle est susceptible d'une traduction moderne pour passer de la structure à la fonction (33).
Loin de détruire notre soif de connaissance, l'épreuve de la contingence nous rend plus forts et plus dignes. En ce point, l'éducation de notre raison devient une leçon éthique (34), voire politique : elle vise à réaliser les conditions d'une vie meilleure. Loin de nous pousser à croire, l'abolition d'un savoir absolument fondé nous conduit à faire une place toujours plus grande aux connaissances.
Conclusion
Pour Bachelard, la fécondité opératoire des sciences s'impose d'elle-même, c'est-à-dire indépendamment de toute entreprise systématique de justification ou de fondation métaphysique. En aucun cas, il ne s'agit pour lui d'adopter une position de surplomb et d'effectuer résolument, au nom d'une intuition infaillible de l'Absolu, de nouveaux partages ontico-ontologiques, en l'occurrence de renforcer l'enclos transcendantal ou, au contraire, d'en penser la dilatation. Si Bachelard rencontre la question kantienne de la transcendantalité, c'est plutôt par accident : qu'on le veuille ou non, le formidable progrès des sciences exactes éclaire d'une lueur rétrospective pour le moins flatteuse l'idée de transcendantalité. Tout se passe comme si les équations mathématiques ou les formules chimiques du corpus scientifique exprimaient de façon enfin précise et totalement explicite ce que la Critique de la raison pure ne pouvait que balbutier. Une esthétique transcendantale, qui défie les règles de la représentation euclidienne de l'espace-temps (35), une analytique qui déjoue les catégorisations convenues, y compris le principe d'identité, telles seraient les déterminations renouvelées du transcendantal en tant que transcendantal. Libérée de l'injonction kantienne de fonder la scientificité des sciences, l'entreprise criticiste trouverait paradoxalement son aboutissement en se confondant de part en part avec l'entreprise de symbolisation scientifique. Si, d'un point de vue proprement métaphysique, il n'est pas interdit d'envisager la refondation transcendantale d'une transcendantalité devenue pure symbolisation scientifique, il appert toutefois, d'un point de vue pédagogique, qu'un tel redoublement ou dédoublement qui vise à disqualifier le langage scientifique, et même l'esprit scientifique, n'est guère formateur. Endurer l'idée d'une transcendantalité sans pourquoi et sans but, c'est au contraire redonner à la raison critique toute sa place. Cette épreuve, qui vaut comme émancipation de l'homme par l'homme, inclut donc, sans paradoxe, la quête de preuves :
Nous devons profiter de tous les enseignements de la science, si spéciaux soient-ils, pour déterminer des structures spirituelles nouvelles (36).

1. Voir Kant, Critique de la raison pure, "Logique transcendantale. II.", traduction française avec notes par A. Tremesaygues et B. Pacaud, Paris, PUF, 1971, p. 79.
2. Bachelard parle de la "force de clôture du criticisme" (La philosophie du non, Paris, PUF, 4e éd. "Quadrige", 1994, p. 108).
3. L'un des résultats principaux, sinon l'un des buts de la Critique de la raison pure, est de réfuter le scepticisme de Hume qui jetait un discrédit sur la validité universelle de la causalité scientifique (voir Kant, Critique de la raison pure, "Théorie transcendantale de la méthode. Chapitre premier", op. cit., p. 522-523).
4. "Le plan fonctionnel, c'est-à-dire le plan où se représente la liaison des fonctions, est le véritable plan réel : si l'on tient une fonctionnalité, on tient une réalité" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 75).
5. Voir sur cette question La philosophie du non,op. cit., p. 105-107, où Bachelard conclut que "le mouvement spirituel du kantisme reste bon" et que "le criticisme a besoin d'une refonte profonde".
6. Didier Gil le signale à juste titre : "Le nouvel esprit scientifique ne transgresse pas l'interdit kantien : mais l'interdit kantien correspond à l'état positif naissant de la science" (Bachelard et la culture scientifique, Paris, PUF, Collection "Philosophies", 1993, p. 105). Toute La philosophie du non dit bien ce rapport d'intégration et de dépassement du kantisme (voir La philosophie du non, op. cit., p. 11, p. 12, p. 15, p. 53, p. 58 et p. 59, p. 60.
7. Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 94.
8. Bachelard n'ignore pas la portée d'un tel renversement, déjà attesté et très prometteur pour l'avenir (cf. Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 29-30). Dans cette perspective prometteuse, les crises de la raison elle-même, sont des occasions de surrationalisme (cf. Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 144).
9. Ces innovations sont davantage que la révolution copernicienne effectuée par Kant (voir G. Bachelard, Le rationalisme appliqué, Paris, PUF, Collection "Quadrige", 6e éd : 1986, p. 45).
10. "Le kantisme a laissé l'emploi des catégories dans le décousu" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 67).
11. "Il faut renouveler l'esprit au contact d'une expérience nouvelle" (Bachelard, Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 43).
12. Sur la question du statut des mathématiques chez Bachelard, voir Bernard Barsotti : "Le " non-kantisme " de Bachelard : vers le sens transcendantal de la rupture épistémologique", dans Jean-Jacques Wunenburger (coord.), Bachelard et l'épistémologie française, Paris, PUF, Collection "Débats philosophiques", 2003, p. 183-213.
13. "Le noumène scientifique n'est pas une simple essence, il est un progrès de pensée" (Bachelard, Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 110).
14. Bachelard peut donc, sans paradoxe, à la fois exclure toute perspective d'une totalisation idéaliste et souligner que "les caractères dominants de l'être sont des caractères qui apparaissent dans une perspective de rationalisation. La véritable solidarité du réel est d'essence mathématique" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 88).
15. En ce sens, Bachelard suggère la possibilité de distinguer entre un "inconnaissable" et un "totalement inconnaissable" (voir Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 48). Dans la même perspective, il oppose l'"inconnu précis" à l'"irrationnel vague" (La philosophie du non, op. cit., p. 37). Autre formule bachelardienne : "l'inconnu est formulé" (La philosophie du non, op. cit., p. 58).
16. Sur "la surveillance de surveillance", cf. Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 78.
17. Le thème de l'ouverture est très présent dans La philosophie du non (cf., op. cit., p. 7, p. 9, p. 15, p. 30, p. 128 et p. 130). Il s'agit toujours pour l'esprit de "dialectiser ses principes" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 10).
18. Certes, Kant a le mérite d'examiner dans le donné les conditions transcendantales, elles-mêmes données, du donné. Mais, chez lui, cet examen fait trop vite appel au schème métaphysique traditionnel qui veut que tout être soit un. Pour Bachelard, la solution est de parler d'"identité continuée" (Bachelard, Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 82). Sur la question d'une "désuétude" du principe d'identité, voir aussi, par exemple, La philosophie du non, op. cit., p. 112.
19. Bachelard parle en ce sens d'un "dépassement d'ontologie" et d'une "ré-intuition" (dans Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 108 et p. 121) ou encore d'une "intuition travaillée", d'une "intuition fine" et d'une "tâche de libération intuitive" (dans La philosophie du non, op. cit., p. 16, p. 100 et p. 104).
20. On pourrait dire ici, en langage bachelardien, que l'inversion d'une transcendantalité du scientifique en scientificité du transcendantal "impose une conversion dans les valeurs métaphysiques" (voir Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 110).
21. "L'esprit peut changer de métaphysique ; il ne peut se passer de métaphysique" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 13).
22. Il convient d'éviter tout contresens : prendre en compte cette contingence radicale ne revient pas à déplorer "l'irrationalité de la base sensible" (voir Bachelard, Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 113 et suivantes, p. 202 et aussi dans Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 8) ou à réhabiliter un irrationalisme de la substance (voir Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 96) ou du temps (voir Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 192). Il ne s'agit pas davantage de se complaire dans une philosophie de l'absurde (cf. Bachelard, Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 199).
23. Ce qui appelle sans doute une sorte de théorie de la "consolidation" ou du "psychisme vibré" (cf. La dialectique de la durée, Paris, PUF, Collection "Quadrige", 1993, p. 80 et suivantes ; p. 125).
24. Sur cette idée de fabrication, voir par exemple Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 78 et p. 202.
25. D'autant que Bachelard reconnaît explicitement que "si fort engagé que nous soyons dans les voies de l'intellectualisme nous ne devrons jamais perdre de vue un arrière-fond du psychisme où germinent les images" (Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 19). Voir aussi Le matérialisme rationnel, p. 84.
26. Contre un tel confusionnisme, Bachelard dit bien que "les symboles scientifiques ne sont pas des images" (Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 158).
27. Pour Kant, "le schématisme de notre entendement, relativement aux phénomènes et à leur simple forme, est un art caché dans les profondeurs de l'âme humaine" (Critique de la raison pure, op. cit., p. 153).
28. Bachelard, Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 199-200.
29. Mieux : Bachelard n'hésite pas, dans un ouvrage pourtant explicitement épistémologique comme La philosophie du non, à évoquer un "art poétique de la Physique", qui, s'inspirant d'une quadri-dimensionnalité spatio-temporelle ne saurait s'en tenir à une simple poétique des quatre éléments (voir La philosophie du non, op. cit., p. 40).
30. Nous ne pouvons évidemment pas examiner ici la foule d'aperçus très suggestifs qui se trouvent dans tous les livres de Bachelard.
31. Cf. Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 121. Sur la question d'un primat du "relationnel" chez Bachelard, voir François Dagognet : "Le relationnel éclipse le rationnel", dans Bachelard : Confiance raisonnée et défiance rationnelle, Presses de Universitaires de Franche-Comté, Robert Damien, Benoît Hufschmitt (dir.), Collection "Annales littéraires", 2006, p. 13-18.
32. Quand Bachelard parle de "facticité" à propos de la vie et du travail de l'homme ainsi que de "valeurs de culture" (cf. Le matérialisme rationnel, op. cit., p. 33), c'est aussi une façon de pointer, en creux, la contingence de notre situation. Toute valeur est infiniment valable parce que précaire. C'est sans doute à l'aune de cette conscience d'une consistance précaire des valeurs que Bachelard peut mesurer et déconstruire, en psychanalyste de la connaissance objective, les savoirs survalorisés.
33. "La Psychologie de la Raison", dans Publications de l'Institut international de collaboration philosophique : Les conceptions modernes de la Raison" (Entretiens d'été - Amersfoort 1938). I. Raison et monde sensible, Paris, Hermann & Cie éditeurs, 1939, p. 28-29. Dans "L'idonéisme ou l'exactitude discursive" (in Études de philosophie des sciences. En hommage à Ferdinand Gonseth, Neuchâtel, Suisse : éditions du Griffon, 1950, p. 7-10), Gaston Bachelard parle d'une "conscience tonique (…) tonique parce qu'elle est rigoureuse, de plus en plus rigoureuse".
34. Ce qui veut dire aussi que la "joie de comprendre" (voir Bachelard, Le rationalisme appliqué, op. cit., p. 215) est le bonheur effectivement atteint ici-bas de celui qui en est digne.
35. "Il faut prouver que les formes a priori de l'espace et du temps n'engagent qu'un type d'expériences" (Bachelard, La philosophie du non, op. cit., p. 42).
36. Bachelard, La philosophie du non, Paris, PUF, 4e éd. "Quadrige", 1994, p. 126. Voir dans le même sens les dernières lignes de La philosophie du non, op. cit., p. 145.


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