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CLAUDE-ETIENNE LE BAULD-DE-NANS, JEAN-CHARLES DE LAVEAUX ET LA QUERELLE DU FRANÇAIS À BERLIN À TRAVERS LA GAZETTE LITTÉRAIRE DE BERLIN
1780-1792
François Labbe
ETUDES LITTÉRAIRES, CRITIQUES EUROPE


septembre 2008 • 8157 signes  • 2398 clics •  consultation libre
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Il est notoire qu'au cours des dix dernières années de son règne, Frédéric II évolua considérablement dans son appréciation de la langue française, qui avait à la fois pris une place importante dans la vie intellectuelle, économique et politique de son royaume, mais était aussi l'objet de railleries : Voltaire ainsi prenait un malin plaisir à ironiser sur le français de Berlin, le " style réfugié ", auquel, avec d'autres, il reprochait son antiquité et ses impuretés.

Pour le souverain, d'autres facteurs venaient s'ajouter à ces critiques formelles. La Prusse était en voie d'accéder aux premiers rangs des nations européennes et le français, en plus d'une vocation universelle à laquelle il voulait encore croire, était aussi l'idiome d'une nation concurrente et dominante. D'autre part, l'évolution des Lumières françaises vers un radicalisme voire un matérialisme envahissant ne plaisait pas au souverain resté fidèle aux premières Lumières. Enfin, les transformations que connaissait la vie intellectuelle française, les distances prises avec un classicisme qu'il prônait le froissaient. Tout cela allait jusqu'à faire naître en lui l'idée - répandue en France même - que ce pays (dont les aléas politiques et financiers défrayaient la chronique européenne) était entré, après une période de grandeur, dans une phase de décadence et qu'il convenait sans doute de se tenir désormais à distance du modèle français[1].

En outre, le ministre Christian Ewald Hertzberg, le philosophe Christian Garve, entre autres, tentèrent parallèlement de convaincre le roi que la Prusse, et l'Allemagne, au contraire, étaient en passe de combler leur retard dans tous les domaines. Ils essayèrent d'intéresser le roi à la littérature allemande et de lui prouver que si l'excellence française était encore inaccessible, la langue allemande et les lettres pour le moins, étaient sur la bonne voie et qu'on pouvait déjà juger de progrès considérables.

Hertzberg avait rédigé sur ce thème un important discours au début des années 1780 et le souverain en personne fit paraître une dissertation qui n'eut pas l'heur d'être comprise comme elle le méritait, mais qui annonçait bel et bien des lendemains qui chantent pour les lettres germaniques[2].

A la suite de ces deux textes, publiés intégralement dans la Gazette littéraire de Berlin, fondée en 1764 par Joseph Dufresne de Francheville[3], avec d'autres contributions comme la réponse de Johann Friedrich Wilhelm Jerusalem au roi, sa Lettre sur la littérature allemande[4], une véritable querelle littéraire et linguistique s'enflammera dans la capitale prussienne, dont cette Gazette sera un des principaux vecteurs. La querelle reprend, en les radicalisant, certains éléments de la dispute qui avait naguère secoué la capitale lorsque, quelques lustres plus tôt, Le Guay de Prémontval avait lancé sa croisade de défense et illustration du bon français[5], mais elle va beaucoup plus loin.

 

*

 

On peut distinguer, pour clarifier les choses, trois moments principaux : la controverse qui opposera Claude Le Bauld-de-Nans, le directeur de la feuille, à un maître de langue de la capitale, Jean-Charles de Laveaux, puis les retombées du Discours sur l'universalité de la langue française, enfin les ouvrages et contributions polémiques ayant pour thème la culture française dans son ensemble.

 

 

Le directeur de la Gazette contre le Maître de langue

 

Le nouveau directeur de la Gazette, depuis 1781, Claude-Etienne Le Bauld-de-Nans[6], rompt en effet des lances avec Jean-Charles Thibaut ou Thibault de Laveaux, un jeune lettré champenois, venant de Bâle, où il a enseigné le français avec apparemment assez de bonheur pour que des protecteurs suisses de l'entourage du roi le recommandent à leur maître ou à des relations de Berlin.

Ce jeune homme est un bénédictin défroqué - ou dominicain, selon les sources - qui a abjuré vraisemblablement à Francfort après avoir fui la France et avoir été refusé à Genève début 1773, puis à Noyon et à B

[1] Frédéric II et d'Alembert échangent à ce sujet. Pierre-François Guyot-Desfontaines (1685-1745) sera un des principaux défenseurs du purisme classique, si tant est que ce purisme fût possible, un ennemi du roman et des réformes aux théâtre, particulièrement des tentatives de Voltaire. Ses attaques contre le néologisme et ses abus son restés célèbres (voir ses Jugemens sur quelques ouvrages nouveaux, Avignon, 1744-1746)
[2] Respectivement : Dissertation tendant à expliquer la supériorité des Germains sur les Romains (Gazette du 28 février 1780) et De la littérature allemande, des défauts qu'on peut lui reprocher ; quelles en sont les causes ; et par quels moyens on peut les corriger (Gazette à partir du 11 décembre 1780).
[3] Une étude sur ce journal est parue chez Honoré Champion : F. Labbé, La gazette littéraire de Berlin 1764-1792, Paris, 2004. Les textes précédents y sont décrits.
[4] Gazette littéraire de Berlin, décembre-mars 1780.
[5] L'Académicien André-Pierre Le Guay de Prémontval (1716-1764) avait publié à cet effet un périodique, le Préservatif contre la corruption de la langue française dans lequel il constatait les dérives du français de Berlin et s'en prenait très violemment parfois à son confrère Formey, ce qui suscita d'ailleurs un procès, que Le Guay perdit. Sur ces regards critiques jetés sur le français de Berlin et sur les vertus de la " langue universelle ", il est indispensable de lire l'excellent livre de Jürgen Storost : 300 Jahre romanische Sprachen und Literaturen an der Berliner Akademie der Wissenschaft, P. Lang, Frankfurt am Main, 2001, voir en particulier les pages 57-187.
[6]  Claude Le Bauld est né à Besançon en 1735 dans une famille de la bonne bourgeoisie de la ville. Il quitte la France vers 1757 pour Parme où il bénéficie de la protection du célèbre ministre Guillaume de Tillot, fait partie de la troupe de théâtre français. Deux années plus tard, il se rend à Schwetzingen, devient régisseur de la troupe de l'électeur. Il a de nombreuses activités maçonniques, rejoint la troupe de Berlin en 1774. C'est un comédien et un régisseur apprécié. Il est aussi journaliste, professeur de langue, lecteur de la future reine de Prusse… Il est orateur puis vénérable de la loge Royale Yorck de l'Amitié… Il meurt en 1792.
[7] Selon les dictionnaires biographiques, d'origine modeste, à Troyes, chez les Oratoriens, il est un élève médiocre puis, après un séjour à Paris, il va à Clermont où il entrerait chez les Dominicains, reçoit la prêtrise et devient confesseur. Il aurait séduit une de ses pénitentes (qui était probablement religieuse) et s'enfuit avec elle. A Genève il affirmera être bénédictin de Grenoble, mais cet ordre n'est pas représenté dans cette ville.
[8] Archives de la ville de Bâle, Kleiner Rath, 148. 
[9] L'orthographe de ses noms varie même sous sa plume. Il semble que son nom original soit Thibaut, mais il orthographie parfois Thibault et à Bâle donne Thiébault comme patronyme.
[10] La Gazette du 23 février 1784 s'adressant à Laveaux fait référence en ce sens à " l'emploi dont vous êtes venu vous charger ".
[11] Dieudonné Thiébault, Mes souvenirs de vingt ans de séjour à Berlin ; ou Frédéric le Grand, sa famille, sa cour, son gouvernement, son académie, ses écoles, et ses amis littérateurs et philosophes, 3e éd., T.3, Paris, 1813. Sur ces questions on se reportera à l'étude exemplaire de Jürgen Storost, Langue française - Langue universelle ? Die Diskussion über die Universalität des Französischen an der Berliner Akademie der Wissenschaften zum Geltungsanspruch des Deutschen und Französischen im 18. Jahrhundert, Romanistischer Verlag Bonn, 1994.
[12] Denina déplorera, comme Le Bauld, ses faibles capacités. Il ajoutera à la fin de l'article sarcastique qu'il lui dédie dans sa Prusse Littéraire (T.III, p. 434) : " Il est dommage que ce professeur n'ait pas été jésuite dans sa jeunesse plutôt que dominicain. Il aurait acquis un fond de littérature classique qu'on néglige chez les d


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