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Détail de l'article
L'EPISSURE DES MOTS - ARTICLE DANS LA REVUE "JOINTURE"
Marc-Williams Debono
Jean-Pierre Desthuilliers
L'Epissure des mots

janvier 2009 • 9478 signes  • 2567 clics •  consultation libre
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Marc-Williams Debono, épistémologue et plasticien, produit, métaphoriquement, une écriture à plusieurs torons. L'un d'entre eux est le lacet poétique. Les derniers textes qu'il nous propose à lecture sont recueillis sous le titre distinctif l'Epissure des Mots.

Le titre de l'ouvrage, pour certains auteurs dont je le soupçonne d'être, remplit une triple fonction. Simultanément, il est dénominatif singulier identifiant le volume dans la grande bibliothèque des idées, il est interface poreux entre son environnement lexical et littéraire et la parole qu'il compacte et condense dans l'intimité close de ses pages, il est signifiant synthétique caractérisant une des contributions de l'auteur à la construction de sa vision du monde.

L'expression L'épissure des mots peut résulter d'un choix entre combinaisons phonétiques consonnantiquement équivalentes. Pourquoi pas la poussière des mots, ou l'épaisseur des mots, ou même le passeur de mots, tous titres incitant à réflexion sur des caractéristiques accidentelles ou essentielles des mots ?

Le mot-clef est donc l'épissure.

Les marins expérimentés et les cordiers brevetés savent épisser. L'épissure est une opération qui a pour raison d'être, en travaillant l'extrémité d'un cordage, d'en modifier les propriétés. Il est ainsi possible de repiquer le cordage sur lui-même pour construire l'œil d'une boucle fermée, de rabouter deux cordages pour accroître la longueur utile sans introduire l'équivalent d'un maillon faible et sans faire de nœud, de tresser une extrémité pour l'empêcher de se détordre et de s'effilocher.

L'épissage (La logique de la langue voudrait que si l'épissoir est l'outil, l'épissure le produit, l'épissage soit le nom du processus…Louis-Sébastien Mercier avait-il inscrit ce vocable dans sa NÉOLOGIE ? Le mot existe d'ailleurs en génétique, pour désigner un processus qui voit l'ARN se déformer pour mieux remplir sa fonction…) implique la plasticité du lien épissé. Une tige métallique n'est pas épissable (La logique de la langue, etc.).

Une corde, constituée de trois (ou quatre) torons commis ensemble, est un matériau non isotrope dont la plasticité longitudinale est assurée par la capacité des torons à se resserrer sous l'effort, sans rompre, et la plasticité transversale par le jeu existant entre les torons, jeu qui leur permet, en tordant la corde à contre-sens, de faire apparaître des interstices dans les lesquels un toron d'une autre corde, ou de la même, pourra s'insérer et trouver sa place.

Si le poète juge opératoire l'invocation à l'épissure des mots, c'est qu'il les touche, les sent, les voit, les entends glisser comme autant de câbles participant à la course du navire de la connaissance, câbles donnant à la voilure sa cohésion élastique absorbant les à-coups des vents pour en extraire l'énergie, au gréement l'hyperstaticité juste suffisante pour concilier souplesse et solidité.

Le livre est place sous le patronage de deux épigraphes.

Une peinture orographique d' Isabelle Chemin, titrée ÉPISSURE, issue d'une série étiquetée jaillissements intérieurs, et qui met en scène des mouvements de soulèvement en désir de tangence, bien plus qu'une nouure intime.

Un paragraphe de Roberto Juarroz, le Poète Vertical qui voulait tracer les pensées comme une branche d'arbre se découpe sur le ciel, citation faisant l'éloge de la poésie des fragments cherchant à se rejoindre, à construire leur axe d'unité, n'ayant de sens que dans leur potentielle épissure avec d'autres linéaments de langage.

Après une prose introductive, dédiée à l'invention de pensées troglodytes, Marc-Williams Debono partage son livre entre deux suites de psaumes : une once de chair et trois volutes, puis un dédale qui pense.



Pensées troglodytes

Si nos pensées naissent, vivent et même meurent dans notre cerveau, alors cette boîte dite crânienne est bien la chambre troglodytique qui abrite ces mystérieuses opérations. Les pensées ainsi élaborées, qui habitent sous cette coupole, sont alors pour nous des symbiotes troglodytes, qu'elles plongent dans la caverne labyrinthique pour se retrouver et se reproduire incestueusement, ou qu'elles plongent hors de cette même caverne pour migrer dans le monde, chevauchant les lettres et les mots, les poèmes déchiffrés et les paroles proclamées.

Un labyrinthe s'ouvrit : sinueux à loisir, bourré d'alcôves, d'un seul tenant. A droite l'enfant, à gauche le père. Un sentiment de déjà-vu. Des sentinelles à chaque bifurcation. [ p 12 ]

Une once de chair

Une once, c'est au sens propre un douzième, atome d'alexandrin ; au sens figuré, une miette, un souffle, un presque rien, tel ce neurone infinitésimal que seule ses épissures synaptiques avec son précédent et son suivant rendent sinon intelligent du moins vecteur d'une certaine intelligence.

Trois volutes

Trois torons du même lien, auto-assemblés par épissure.

Premier toron, l'élément eau, créateur de navires et d'îles.

Fleuve second d'un monde - la lie

A bord du ru boit l'avenir. [ p 51]

Deuxième toron, l'élément terre, manteau épithélial des matrices souterraines.

Un pays de limbes et lois

De couches successives

De paliers en espalier. [ p 21 }

Troisième toron, l'élément air (hère, erre..), aux frontières d'horizons, scène ou joue la lumière et se séparent le jour de la nuit

…Ebrieux d'une image d'hère

D'un même recommencé

Il erre au souffle du déracinement…[ p 36 ]

Nattées en une épissure qui les met deux à deux en contact, les trois volutes élémentales se constituent en alphabet, de l'aleph à trois brins, lettre initiale, qui ouvre la carrière du jour, au mem, lettre mère au tracé utérin, qui en moème déforme, juste d'une lettre, le poème.

Dédale qui pense

Combien de mots liés par épissure pour que le fil d'Ariane soit assez souple pour s'adapter aux circonvolutions cérébrales, assez robuste pour ne point se rompre à l'effort que nécessite l'extraction du sens, assez lisse pour se glisser sans dommages par les pertuis qui s'entr'ouvrent dans les cloisons de la raison pure ?

Avouons qu'en chaque tête il y a une mine. [ p 76 ]

Cher lectrice, cher lecteur, j'ai choisi pour vous présenter ce travail de Marc-Williams Debono un autre chemin que celui que l'écolier parcourt d'un pied sur l'autre sur une marelle pavée de citations. De préférence à un décorticage analytique d'un texte qui, au contraire, aspire à être synthétiquement engrammé, vous avez ici la suite mentale personnelle que m'apporte la lecture des quatre-vingt trois pages qu'il nous propose de parcourir.

Je vous révèle les réflexions, les digressions, les égarements même qui sont nés de cette heureuse contamination.

Quelque remarques, plus évaluatives, pour donner à ce papier la crédibilité critique que vous en attendez.

Ecriture précise mais sans préciosité, vocabulaire recherché mais sans affectation (pellucide est transparent, noétique vient vite à l'entendement, l'organelle est bien à la cellule ce que la lettre est au mot, et quant à palpicorne, si vous avez des antennes… ; seul l'arec peut être est un truc à la noix !), syntaxe concise mais sans cassure du lien avec le sens, cette Epissure des Mots résiste aux tiraillements exégétiques autant qu'aux atermoiements stylistiques.

Papier agréable au toucher, typographie aérée et lisible bien que l'option d'associer un corps un peu petit à des interlignes plutôt larges, si elle peut faciliter la lecture de la partie versifiée, déconcerte dans la partie prosée.

Un seul regret. L'éditeur à négligé de demander à l'imprimeur d'accentuer les capitales, ce qui altère l'apparence visuelle de certains titres.

Etre poète aujourd'hui, c'est vagabonder vers une étoile - plasticité des itinéraires -, se couler dans la transcendance - plasticité des références - et se savoir habiter d'imprécises cavernes :

Le poète sait d'argile sa tanière d'errant.

NOTES :


1 - Jointure a publié des textes de Marc-Williams Debono dans ses numéros 24, 28 -ici, dans CE QUE LES LANGUES EN DISENT, il introduit le concept de moème : ce sont des mi-mots, mi-poèmes ; des entre-deux-mots, entre-deux-schèmes -, Spécial Tarot (30-31) et Spécial L'ACILECE (75). Dans ce dernier, VOLUTES, texte repris dans l'Epissure des Mots.

2 - De manière plus précise, l'œuvre reproduite est une transformation par Isabelle Chemin (Voir http://www.chemindessens.com/) d'une peinture d' Isabelle Fillon (Voir http://babelle.web.free.fr/). L'interprétation consiste à transposer le tableau coloré en relief de blanc pour capter le mouvement de la peinture et faire une création en blanc touchant mouvement.
D'après Isabelle Chemin, Marc-Williams Debono a trouvé que cette peinture évoquait bien la notion d'épissure, de lien pouvant donner naissance à une nouvelle "branche".


3 - Roberto Juarroz, 1925 - 1995, bibliothècologue, critique et poète argentin, héritier spirituel de Novalis. Il avait présente au congrès mondial de la transdisciplinarité, en septembre 1994, la communication QUELQUES IDÉES SUR LE LANGAGE DE LA TRANSDISCIPLINARITÉ, ou il affirmait que la poésie est toujours transdisciplinaire.
(Voir : http://basarab.nicolescu.perso.sfr.fr/ciret/rechnom/rech.htm).


4 - Les extraits cités veulent plus donner à voir et à lire l'écriture de Marc-Williams Debono qu'étayer une démonstration.


Marc-Williams Debono : L'EPISSURE DES MOTS, L'Harmattan, Paris décembre 2008.
Format 13,5 x 21,5. 11 €.
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