Accueil Editions | Groupe L'Harmattan | Librairies | Harmathèque | Harmattan TV | Théâtre Lucernaire | Translate this page in English übersetzen in Deutsch Traducir esta página en español Traduci questa pagina in italiano Translate this page in Arabic
57998 livres | 26077 articles | 48096 ebooks | 34814 auteurs | 1209 collections | 2362 revues | 1768 vidéos | 5432 personnes en ligne
Retour accueil - Editions L'Harmattan

Article

article revue auteur
Détail de l'article
CET OBSCUR SENTIMENT QU'EST LA HONTE
André Polard
L'épilepsie du sujet
PSYCHANALYSE, PSYCHIATRIE, PSYCHOLOGIE


Ce texte a pour objet de faire le point sur le travail mené pour l'étude de LA HONTE et d'en dégager les perspectives en proposant un plan qui permette une mise en ordre des questions qui se posent, des notions étudiées et des champs d'application qui nous intéressent particulièrement.
Nous commencerons par les études théoriques en particulier psychanalytiques et d'autres références plus globalement culturelles relatives en particulier aux civilisations de la honte et aux civilisations de la culpabilité.
Nous tâcherons ensuite " d'appliquer " ceci aux situations suivantes :
- la honte de la maladie ou encore " la maladie cachée "
- Les langues " minoritaires : la " Honte de la langue "
- la honte des enfants et le fameux " t'as pas honte "


juillet 2004 • 30430 signes  • 16710 clics •  consultation libre
     [retour]     
 
Octave Mannoni dans son ouvrage " ça n'empêche pas d'exister " paru au Seuil en 1982 fait part d'une remarque souvent entendue : ".... la honte ; une notion, il me semble, à laquelle on n'a pas jusqu'ici fait, peut-être la place qu'elle mérite dans la théorie. "

Nous constatons aujourd'hui que ceci a sans doute évolué si l'on considère les nombreux colloques ou groupe de travail qui travaillent ou ont travaillé cette question ces dernières années la Bibliographie que nous mettrons à votre disposition en témoigne).

Mannoni poursuit ainsi : " je le dirais sans détour : c'est la faute de Freud. On peut voir dans sa biographie (en fait dans le rêve de l'oncle Joseph (Traumendeutung 1900) pourquoi et comment elle devait lui échapper. mais en même temps c'est lui, de façon un peu détournée, qui lui a donné un statut théorique comme on va le montrer. "

En contre-point en quelque sorte de ce statut mineur de la honte on pourra être surpris qu'elle soit citée comme faisant partie des notions réputées intouchables, sacrées ou interdites dont la liste apparaît ainsi : l'espèce, la langue, la liberté, l'autonomie, l'individu, la communauté, l'indépendance la différence,la honte, le bonheur, l'amour. "Michel Tréguer " arbirigène occidental ".



La honte et la psychanalyse

Deux souvenirs de Freud viennent ici en écho.

Dans l'interprétation des rêves PUF p 175),il raconte une scène dont il avoue qu'elle l'a profondément marqué : " j'arrive enfin à l'événement dans ma jeunesse qui agit encore sur tous mes sentiments(...)je devais avoir dix ou douze ans quand mon père commença à m'emmener dans ses promenades : Un jour......il me raconta le fait suivant : " Une fois, quand j'étais jeune, dans le pays où tu es né, je suis sorti dans la rue un samedi, bien habillé et avec un bonnet de fourrure tout neuf. Un chrétien survint ; d'un coup il envoya mon bonnet dans la boue en criant : " Juif descends de ce trottoir ! " " et qu'est-ce que tu as fait ? " " j'ai ramassé mon bonnet " dit mon père avec résignation. Cela ne m'avait pas semblé héroïque de la part d'un homme grand et fort qui me tenait la main. "

Freud opposera à cette scène une scène où Hamilcar fait jurer à son fils qu'il se vengera des Romains. est présent comme l'indique Vincent de Gaulejac auteur de l'ouvrage " les sources de la honte ".

Une faille dans la considération que Freud a toujours affichée vis à vis de son père. Nous verrons l'importance de cette " opposition " que nous allons préciser ;le subjectif et le social dirons nous pour l'instant.

Une autre scène concerne Freud directement. Elle est présentée dans l'interprétation du rêve dit " du comte de Thun " où il revient sur un épisode de son enfance :

Agé de sept, huit ans,il urine dans la chambre de ses parents et est réprimandé par son père qui dit ;

" On ne fera rien de ce garçon ". Il ajoute : " cela dut m' humilier terriblement, car mes rêves contiennent de fréquentes allusions à cette scène ; elles sont régulièrement accompagnées (cnqs) d'une énumération de mes travaux et de mes succès, comme si je voulais dire : Tu vois bien que je suis devenu tout de même quelqu'un ! ".

Ce souvenir note de Gaulejac fait écho à la scène d'humiliation paternelle et à l'identification au fils d'Hamilcar. Le lien entre les deux scènes a ici toute son importance.

La condensation des deux scènes conduit Freud à mettre en avant la première pour éluder la seconde.

L' humiliation du fils pour des raisons sexuelles fait oublier l'humiliation du père pour des raisons sociales. On retrouve ici le même cheminement par lequel la culpabilité d'Oedipe permet d'occulter la faute de Laïos. Rappelons que Laïos fut interdit de filiation pour avoir provoqué le suicide de l'adolescent avec qui il eut des relations sexuelles La scène primitive, le fantasme et le désir inconscient deviennent les clés explicatives déterminantes qui neutralisent la scène sociale, ;la réalité externe et les enjeux de pouvoir.

Il ne s'agit pas pour autant de substituer ces deux registres l'un à l'autre, mais de monter qu'il y a là un point aveugle dans la théorie psychanalytique : la Honte et l'Ambition sont le produit de facteurs psycho - sociaux et psycho - sexuels qui se combinent, se renforcent et se compensent.

Notons ici que l'Ambition est fréquemment présenté comme le remède de la Honte : " Je suis tout de même devenu quelqu'un ".

Il nous faut ici ajouter les précisions apportées par Lacan (Ecrits 1966) qui indique que pour que le père soit reconnu comme représentant la loi, il faut que sa parole soit reconnue par la mère. " Si la position du père est mise en question, l'enfant demeure assujetti à sa mère " Il faudrait compléter ici par le travail du séminaire " l'Identification " et la notion de " métaphore paternelle ".

L'invalidation prend quoiqu'il en soit ici une dimension particulière comme pouvant être le fait de la seule " parole de la mère ".

Citons à nouveau VdG : " lorsque l'identification paternelle est mise en défaut, soit par qu'il est absent, soit parce qu'il est invalidé dans le discours de la mère ou par une autorité de substitution (cnqs),l'enfant est vulnérabilisé. (.....)

La Honte s'installe lorsque le regard où la parole des autres trouve un écho dans le sujet qui ne sait comment s'y opposer. (faute de l'assise nécessaire pour enter dans le monde symbolique) nommée plus haut Vulnérabilité.

Se précisent ainsi quelques points :

La combinaison évoquée des " deux scènes "

Les processus d'invalidation du père " directement " où dans la parole de la mère.

Le manque d'assise subséquent à l'invalidation paternelle.

Le regard des autres comme déclencheur de la honte

L'Ambition comme remède de la Honte.

Poursuivons par le travail d'autres auteurs

Claudine Viala cet obscur sentiment que l'on nomme LA HONTE

Les corollaires de la Honte déclare t-elle sont la violence et la rage " je me sens m'évanouir " c'est le sujet qui dit son désir de se lâcher.

Toute la dimension de la honte est contenue dans cette courte phrase : la division interne est profonde, la faille entre le sujet et un regard supposé Autre où s'origine le sentiment qui morcelle, la violence du cri qui retourne à son insu le Sujet contre lui même, la croyance de son illégitimité d'exister en tant que Sujet.

La Honte est un obscur sentiment qui se vit le plus souvent en silence, s'autoalimente et s'enracine dans le sentiment d'illégitimité à exister ou à exister dans sa différence.

Précisons ceci :

1°(...) la honte est une émotion brute face à la perte de frontières.

Telle jeune femme ce croit dévoilée dans son intimité, et l'émotion la saisit, brutale. Elle rejoint l'émotion trouble de l'enfant qui questionnant sa mère sur le mystère de la vie,est cloué sur place, devant " tout le monde " d'un " tu n'as pas honte de poser des questions pareilles ? "

L'émotion brute et sidérante dit la brutalité de l'effraction de la limite entre le sujet et l'autre :le vu, le caché au sens de l'intimité, le monde des grands, le monde des petits.

Le sentiment de honte surgit dans l'opération de ce dévoilement réel ou fantasmé de l'intime et du plus secret de soi sur La Place Publique.

Tout se lit, tout serait dit et vu.

La honte est un sentiment social déclare encore Claudine Viala Elle est le plus souvent fantasmatique (ceci se discute) cnqs elle révèle la difficulté du sujet à vivre sa frontière dans son rapport au monde.

" Isabelle rougit nous dit elle et ce rougissement est comme un ultime rempart qui se lit dans le corps à fleur de peau afin de préserver le territoire de l'intime, afin de poser une Frontière entre elle et le monde.

Notons en passant que le rougissement caractérise la honte. on ne rougit pas pour d'autres situations.

Peut-être peut-on rosir ou blêmir quand on est amoureux. On est vert de peur, blanc comme un linge.

2° la honte porte en elle l'émotion et le jugement

Deuxième Auteur : Peer Hulberg

Peer Hultberg qui se réfère principalement à Jung, commence son texte par ceci : " les émotions, les affects, les sentiments sont des éléments essentiels de nôtre travail quotidien.

Théoriquement, Freud a souligné très tôt l'importance décisive des affects refoulés, dissociés et reniés dans l'étiologie des névroses. Pourtant les émotions et les sentiments semblent bien être les parents pauvres dans la réflexion théorique. "

Nous reviendrons à ce qu'il en est de la psychanalyse non sans quelques remarques sur le travail des anthropologues qui ont remarqué l'importance de la Honte et que Peer Hultberg nous a fait connaître

RUTH BENEDICT Souvent, on emprunte à Ruth Benedict et à son étude de 1946 sur la civilisation japonaise la distinction entre civilisation de la honte et civilisation de la culpabilité.

Dans cette terminologie, une civilisation de la culpabilité repose sur des individus ayant développé une conscience très nette de ce qu'il est bon ou pas bon de faire, et se soumettant par conséquent à des règles éthiques et morales. Dans une telle civilisation, l'autorité s'appuie sur des notions comme faute et punition, péché mais aussi pardon, salut éternel mais aussi damnation éternelle, un dieu de châtiment mais aussi de miséricorde.

Par contre, dans une civilisation de la honte, l'autorité suprême n'est pas une bonne conscience, mais une bonne réputation. Le facteur essentiel du processus de socialisation est l'identification et non la soumission. Il n'y a pas de notion métaphysique du bien et du mal, mais des concepts d'honneur et de déshonneur, de gloire et d'humiliation, de respect et de ridicule. Etre tourné en ridicule peut être, dans une telle société, la pire des punitions.

Chez certains Esquimaux, par exemple, les litiges sont résolus par des combats de chants satiriques où il s'agit de ridiculiser l'adversaire. En superbe mépris de notre conception de justice et injustice, c'est le plus fort, à savoir le plus spirituel, qui gagne, et le perdant peut, paraît-il, se sentir si ridicule qu'il lui faut quitter la communauté, ce qui dans ces civilisations équivaut pratiquement à la mort.

Dans un démêlé entre deux personnes appartenant à une civilisation de la honte, le vainqueur est fier et le vaincu se sent humilié. Au contraire, le vainqueur d'une civilisation de la culpabilité éprouve souvent de profonds sentiments de culpabilité envers le vaincu, alors que celui-ci ressent une certaine supériorité morale, qui est bien plus qu'une compensation de la défaite.

Évidemment, les frontières entre civilisation de la honte et civilisation de la culpabilité ne sont pas rigides. De nos jours, les théories de Ruth Benedict sont souvent remises en question, bien qu'elles aient influencé d'autres sciences humaines (voir à ce sujet l'étude sur la civilisation grecque de E.R. Dodds. Néanmoins, cette différenciation culturelle semble avoir contribué de façon importante à éclaircir les notions de honte et de culpabilité.

Des civilisations de la honte typique seraient, entre tant d'autres, celles des Vikings nordiques, celles de certains Esquimaux et de certains Indiens de l'Amérique du Nord, celles du Japon avant la Deuxième guerre mondiale ou de la Grèce antique telle qu'elle apparaît à travers les épopées d'Homère, notamment l'Iliade.

Et puis, il y a notre civilisation occidentale, celle de l'Europe de l'Ouest et des Etats-Unis, qui semble évoluer d'une civilisation de la culpabilité vers une civilisation de la honte, à moins qu'elle ne réalise un mélange des deux. La religion chrétienne conventionnelle régresse de plus en plus, sans qu'une alternative idéologique viable, religieuse ou politique, ait pu être élaborée. De même, les valeurs du bien et du mal, jadis ressenties comme absolues, deviennent si relatives qu'elles ont presque disparu. Ce que les psychanalystes nomment les saines valeurs du sur-moi est de plus en plus contesté. Dans la même mesure, la honte se met à l'emporter sur la culpabilité.

Il ne faut entendre dans mon exposé ni un lamento ni une tentative de restituer des valeurs périmées. Il est toujours inquiétant de voir des valeurs établies se dissoudre, mais il est encore plus inquiétant de vouloir à tout pris les maintenir quand elles n'ont plus de fondement.

Je tiens aussi à souligner qu'il serait naturellement faux d'établir une hiérarchie, de placer, par exemple, civilisation de la culpabilité au-dessus de civilisation de la honte ou de considérer cette dernière comme un état d'évolution vers la civilisation de la culpabilité. Mais une telle hiérarchisation semble à l'origine du peu d'attention qu'ont porté d'une manière générale à la honte tant les spécialistes de la psychologie des profondeurs que ceux des autres sciences humaines.

Un peu comme l'honneur et la fierté, la honte semble correspondre, dans notre civilisation, à certaines structures sociales - la société féodale, par exemple, qui était en forte opposition à la société bourgeoise telle qu'elle s'est développée après la Réforme. La bourgeoisie, qui était à l'origine fortement reliée au protestantisme et au puritanisme, conçut la honte comme un sentiment inessentiel, nuisible au travail et même moralement inférieur. La culpabilité, au contraire, fut considérée comme un facteur important. Non seulement elle mettait l'accent sur la conscience et la distinction entre le juste et le faux, mais aussi elle ancrait l'individu dans la société bourgeoise en ce sens qu'une loi quasi divine l'obligeait à lui rendre des comptes. La capacité de ressentir sa culpabilité fut considérée pour ainsi dire comme un signe de noblesse vraie, propre à la bourgeoisie, face à l'aristocrate qui se prétendait au-dessus des communes règles sociales du bien et du mal.

Cette conception se reflète certainement chez les classiques de la psychologie des profondeurs,(terme devenu obsolète pour désigner la psychanalyse) tous plus ou moins issus d'une culture et d'un mode de vie bourgeois. Il est donc compréhensible qu'ils se soient davantage intéressés à la culpabilité qu'à la honte, aussi bien en théorie qu'en pratique.

Passons à un autre domaine à reprendre certainement avec les érudits qui se trouvent dans cette salle et qui ne sera donc ici qu'une invitation à s'y consacrer plus précisant

Dans la littérature ou la philosophie

Je n'aborderais pas cette partie de notre travail que Jean Luc béquignon a évoquée et que la discussion pourra reprendre. Sartre, Camus, Annie Ernaux sont des auteurs de référence.

1° " le meilleur exemple de la relation entre honte et essence humaine se trouve certainement dans le roman " l'Idiot de Dostoïevski.La haute moralité du Prince Mychkine se révèle par ses réactions si délicates de honte.

Dostoïevski qui a certainement étudié la honte plus que quiconque et montre combien la honte est l'expression émotionnelle d'un être aussi bien en harmonie avec lui même que sensible à son entourage. La honte est en effet le signe d'un sujet dont l'individuation n'est pas un individualisme, mais une vivante relation entre le soi et l'Autre. "

Rappelons aussi la situation de Dimitri des frères Karamazov.

2° Freud, Sartre et Camus ont évoqué la question de la honte. Nous y reviendrons sans doute dans la discussion.

Quel est le poids respectif des facteurs psycho sexuels, psycho affectifs, et psycho sociaux dans la genèse du sentiment de honte

Rappelons seulement pour ce qui nous concerne que chez Freud, il reste un point obscur :la condensation des deux scènes conduit Freud à mettre en avant la première pour éluder la seconde. L'humiliation du fils pour des raisons sexuelles permet d'oublier l'humiliation du père pour des raisons sociales... comme le culpabilité d'oedipe permet d'occulter la faute de Laïos : " il ne s'agit pas ici pour autant de substituer ces deux registres l'un dans l'autre mais de montrer qu'il y a là un point aveugle dans la théorie psychanalytique : la honte et l'ambition sont le produit de facteurs psycho-sociaux et psycho-sexuels qui se combinent se renforcent et se compensent... d'où nécessité d'une démarche multipolaire.

Nous en venons maintenant à un troisième volet qui sera si l'on peut dire plus personnel et abordé donc par chacun, et peut -être ensuite par vous même, rappelons ici que nous ne présentons pas comme des conférenciers.

Nous avons noté dans nôtre parcours que ce travail n'est pas très bien reçu ou provoque un certain agacement. Pourquoi ? C'est là sans doute une question d'importance dont on peut d'ores et déjà penser qu'elle est cohérente avec le sujet abordé ; chacun entendra le terme de sujet à sa façon, ce qui n'est pas un piège de psychanalyste qui n'est pas coutumier de ce genre de stratégie ou stratagème.

Sans faire ici la " Chronique des années de thèse, Je suis parti pour ce qui nous occupe ici de la question posée par l'épilepsie et me limiterais ici à deux références princeps quitte à synthétiser plus tard le travail mené autour de cette question

Si l'on veut comme nous l' avons dit, dépasser les approximations, il ne faut pas en rester au spectaculaire de la crise associé paradoxalement à la nécessité pour celui qui est atteint de cette maladie de la maintenir cachée.

Les nombreuses dénominations de l'épilepsie pose question comme d'autres traits de cette affection que nous pourrions développer deux références seulement donc qui n'engagent que leurs auteurs mais contribue à la réflexion.

L'épilepsie prend donc, ici une place originale, alors que nous verrons combien elle ne cessera d'échapper à l'explication scientifique, médicale en particulier, jusqu'à produire cette réflexion de William Herberden, en 1872, dans ses Commentaries on the history and cure of diseases : " L'épilepsie peut être considérée au même titre que la goutte comme la honte des médecins. En effet, cette maladie était connue bien avant qu'on ait écrit les livres médicaux les plus anciens et jusqu'à présent, on n'a trouvé aucun remède. La difficulté de guérir cette maladie, soit par la pratique prudente de ceux qui ont une réputation à perdre, ou les essais les plus hardis de ceux qui ont une réputation à acquérir est évidente, puisqu'elle n'a pu être guérie chez ceux qui, grâce à leur fortune et à leur pouvoir, et mus par leur crédulité, leur impatience et leur désespoir, sont prêts à tout tenter pour en guérir. "

Hippocrate maintenant

" Les Anciens connaissaient déjà des signes précurseurs tactiles, sensitifs moteurs ou psychiques. Hippocrate, dans La Maladie sacrée, indique : " Les malades pressentent leurs crises et se cachent, mais ce n'est pas par crainte de la divinité. Les patients qui sont déjà habitués à la maladie pressentent quand ils vont avoir un accès. Ils fuient loin des regards, chez eux si leur logis est proche, sinon dans le lieu le plus solitaire, là où leur chute aura le moins de témoins et aussitôt ils se cachent. Ils agissent ainsi par honte de la maladie et non, comme certains le croient par crainte de la divinité qui les obsède. Voyez en effet les enfants, ils tombent là où ils se trouvent parce qu'ils ne sont pas habitués ; puis quand ils ont eu plusieurs accès, ils pressentent l'attaque et s'enfuient près de leur mère ; cela par la terreur du mal qui les menace, car à des enfants la honte est encore étrangère."

Je réserverais les commentaires à notre discussion posons nous tout de même sérieusement la question du pourquoi cette maladie en particulier provoque une sensation de honte et se doit d'être maintenu cachée et pas d'autres sentiments évoquant la souffrance, l'irrémédiable, la plainte permanente, l'angoisse de mort ;de la Mort, plutôt, pour le sujet concerné en tout cas etc.

La langue, La Honte de la Langue ou la Langue dans sa poche

Le second point de départ concerne la honte des bretons ou plutôt la Honte de la langue " Yezh ar vezh " pour restaurer celle ci un instant. Le macaron " Fier d'être Breton " vient ici contrebalancer cette honte. Nous tâcherons d'analyser le ou les mécanismes de l'apparition de cette honte. Si la langue est perdue ou quand celle ci l'est de fait,constatons le maintien de la transmission de la syntaxe et fameuses tournures de phrases bretonnes tel " débordé qu'il a été par la gauche ou la fille à Soaz pour la file de Soaz ou encore Paul le bars tient une épicerie (est une boutique - épicerie avec lui !) zo ur stal ispissiri gantan.

Pensons aussi à l'anglicisation des noms de lieux en Irlande ou encore la renomination par les Jésuites des noms de lieux de pays à évangéliser.

Une collègue argentine me disait son soulagement de constater que les fautes de langage de son père en espagnol ne traduisait pas son inculture mais étaient en rapport avec la syntaxe de sa langue d'origine qui n'était pas l'espagnol. la honte de cette collègue devant les " fautes " de son père était ainsi dissipée.

Un travail reste de donc ici à faire sur les contraintes formelles de la phrase bretonne per Denez et le texte de Kress qui suit :

Kress compare donc ici la volonté de faire disparaître la langue ici bretonne à la disparition de la sexualité

" Revenons aux faits. Il était fréquent qu'un enfant soit puni pour avoir parlé breton à l'école, ses camarades étaient invités à le dénoncer s'ils voulaient échapper eux-mêmes à la punition. Un objet infamant suspendu au cou du fautif et appelé curieusement " le symbole " allait ainsi de l'un à l'autre. Ce procédé, encore en usage après 1945, a été connu en Alsace, mais sur une moins grande échelle. Celui qui ramenait le symbole chez lui, ayant été le dernier à s'être laissé surprendre à parler sa langue maternelle, se faisait souvent gronder par ses parents en breton pour avoir parlé breton à l'école, ce qui réalise une situation exemplaire " d'injonction paradoxale " au sens des théories systémiques. La preuve la plus radicale de la collaboration parentale à cette entreprise d'éradication linguistique émanant du pouvoir est fournie par les parents déjà bilingues qui décident de ne plus parler la langue régionale qu'entre eux et à leurs propres parents et de n'apprendre que le français à leurs enfants. Lorsque le processus est arrivé à ce point, la perte de la langue est consommée.

Les témoignages font constamment apparaître un même sentiment lorsqu'il est question de cette situation : la honte. C'est ce sentiment qui contribue à donner à l'événement sa valeur traumatique, le sentiment de honte est l'indice d'un des moteurs psychiques principaux qui servira de guide. La Bretagne, plus encore que l'Alsace dont la situation se complique parce que sa langue est assimilée à celle de l'ennemi, a eu honte de sa langue.

Les témoignages abondent : " Le breton n'aurait jamais dû exister, j'aurais préféré être mort plutôt que de vivre cette honte, nous étions comme une portée de poulets sans défense, on disait que cette langue était réservée aux vaches et aux cochons. Dans les administrations publiques on pouvait trouver des pancartes portant l'inscription : Il est défendu de cracher par terre et de parler breton ". Voici les traces de l'intensité des sentiments qui ont poussé les parents à interdire leur langue aux enfants et à se l'interdire eux-mêmes dans leur situation de parents. Tout se passe comme si le pouvoir, figure du Maître, avait exigé qu'on se débarrasse, avec la langue, de ce qui était infantile, archaïque, originaire ; que disparaisse le système des signifiants constitutifs de l'inconscient de ces sujets et il a été entendu. Je forme l'hypothèse que la honte de la langue maternelle résulte de l'assimilation de cette langue à l'inconscient, au domaine du refoulé. Cette langue qui doit disparaître et à la disparition de laquelle les populations contribuent activement est marquée par la censure, elle est de même ordre que la langue dans laquelle se constituent les symptômes dans l'hystérie ou dans l'obsession ; il s'agit de la langue de ce que Freud appelle " l'autre scène " " der andere Schauplatz ", notion qu'il emprunte à Fechner. L'autre scène étant du côté de l'ailleurs, la figuration de l'altérité de l'inconscient. La honte a partie liée avec la sexualité dans ses avatars pré-génitaux en tant qu'elle a succombé au refoulement, la honte est en rapport avec le retour du refoulé, elle en est une trace affective. Dans la question qui nous occupe, tout se passe comme si la langue d'origine se trouvait marquée par cette connotation sexuelle, ce qui impose de la faire disparaître. Mais pourquoi cette situation nouvelle ?

Sous l'effet d'une disposition à point de départ politique et social voici qu'est offert aux sujets qui composent ces populations, de se débarrasser d'une manière illusoire bien sûr, de l'inconscient lui-même. Sacrifier la langue ce serait se délivrer(….) "



Michel Tréguer dans son ouvrage " Aborigène occidental " c' est à dire breton travaille dans le chapitre intitulé " né sous x " à la situation des personnes aux prises avec deux langues.Une langue dans sa poche et une langue pour parler.

La syntaxe de l'une ; celle pratiquée par les " ancêtres " vient s'infiltrer dans la langue " officielle " du sujet. En voici quelques exemples cités par l'auteur ou complété par nous même :

" le fils à Soaz pour le fils de Soaz, Comment qu'c'est ? pour comment çà va ?

arrivée elle est vieille elle est bien vieille, Anne se trouve l'eau " avec " elle dans ses yeux Anne a les larmes aux yeux " Débordé qu'il était " ; expression d'un reporter de télévision qui fit éclater de rire tout un dortoir de lycéens pensionnaires brestois qui reconnut une tournure de phrase bretonne utilisé par la " télévision française !

Michel Tréguer précise également : " (…) le nombre de notions réputées intouchables, sacrées ou interdites :l'espèce,la langue, la culture, la liberté, l'autonomie, l'individu,la communauté, l'indépendance00000, la différence, la Honte,,le bonheur, l'amour. " p.107M ;Tréguer op.cit..



Comment caractériser le surgissement de la honte ?

Les trois occurrences que nous avons choisies vont nous servir de support pour avancer.

Le caractère caché semble commun aux trois situations.

La nécessité pour la personne épileptique de cacher son état est connue.

Le Breton a caché à l'école de la République qu'il parlait le plus souvent en breton avec ses parents en particulier qui quelquefois ne connaissait que très peu la langue officielle. Le fameux'Il est interdit de cracher par terre et de parler breton " venait lui rappeler son devoir.

L' enfant est souvent également surpris dans une activité, un acte, un jeu qu'il maintenait caché.

Rappelons nous également comme condition nécessaire et pas suffisante, la conjugaison des deux situations.

VULNERABILITE REGARD DE L'AUTRE

Facteur intime et trait social

COMMENT CE SENTIMENT PEUT IL SE MODIFIER

La localisation voire la cause connue de l'épilepsie modifie la situation du sujet à l'épilepsie.

Une opération chirurgicale, un accident etc.

La réaffirmation du statut positif d'une langue Apprentissage officiel de la langue considérée

Comme génératrice de la honte ou dans une fierté et une identité réaffirmées.

NOUS EN RESTERONS LA CAR CE QUI NOUS IMPORTE ICI C' EST D'EN DEBATTRE AVEC VOUS. A SUIVRE...

André Polard, université du Maine, le 9 Février 2006


Bibliographie :
Aristote Rhétorique Ethique à Nicomaque Og
Barrett § Col Cognition and emotion 1993 Og jeunes enfants
Ben Ze'ev Aaron The subtelty of émotions Og
Benedict Ruth Le chrysanthème et le sabre (Japon)
Berger Rred.R le déclin de la Honte " Pornography Og
Bergliot Hobaek Haff La Honte
Bergman " la Honte " Film
Cahiers Jungiens N° 52 Le poids de l'ombre
Camus A La Chute
Claus Hugo La Honte
Connor.S The shame of beeing a man 2001 Og
Conrad Lord Jim
De Gaulejac les sources de la honte DDB 1996
Deigh Shame and self estim ; Critique Og P 104 Jeunes enfants
Didier Veil A les 3 temps de la loi
Drinan R.F The mobilization of shame 2001 Og
Ernaux. A La Honte
Espaces N°16 La Honte1988
Etymologie Littré Robert et Ogien R p40 et suiv
Dostoïevski F. L'Idiot T2 333, 364 et suiv., les frères karamazov T2 203
Frappat Hélène Honte et secret (Alia ?)
Freud S Traumendeutung 1900 rêve du comte de Thun
Hawthorne la Lettre écarlate
Herberden W. commentaries onthe history and cure of diseases.
Hultberg Peer La Honte ombre entre l'idéal du moi et le çà C.J N° 52 1987
Hume.D traité de la nature humaine Og
Isenberg.A Natural pride and natural shame Og 117
Kafka Le Procès, Oeuvres
Lacan Ecrits 1966, Séminaire sur l'Angoisse
Lehtinen.L how does one know what shame is Hypatia 1998 Og
Lelord.F André.Cla force des émotions Od Jac.2001 Og
Lowenfeld.H Notes on Shamelessness Og
Nasreen Taslima La Honte
Rawls.J Théorie de la justice 1971 trad 1987 Og
Rushdie. S La Honte
Sartre J.P L'être et le néant, Les Mots Esquisse d'une théorie des émotions 1948 Og
Scheler.M Person and self value 3 essays Og
Schnitzlzer Oeuvres
Taylor.G Pride,shame and guilt 1987 Og
Viala Claudine cet obscur sentiment qu'est la honte Art. Internet
Williams B La Honte et la nécessité 1993 trad. 1997 PUF Og
Zittoun Catherine La Honte au temps du Sida ds " La vie morale " PUF 2001 (169 -183)Og

N.B Og renvoie aux références de Ruwen OGIEN 3La honte est - elle immorale ? " Bayard 2002
Ce texte a fait l'objet d'une intervention en compagnie de Jean Luc Béquignon


Cabinet : 44 rue Guillemare, Le Mans
02 43 84 80 76 / 06 77 54 16 34
andre.polard29@orange.fr
décembre 2006
Imprimer cet article
du même auteur
ANNONCE DU DIAGNOSTIC ET L'ACCUEIL DE LA CRISE (L')
Congrès de la Ligue française contre l'Epilepsie Strasbourg 2006
André Polard
PARASITE (LE)
ARTICLE ATELIER
Le Parasite,quand l'épilepsie s'installe.......
André Polard
Paypal  Cartes supportées   Cartes supportées

Nos Auteurs


Soumettre un manuscrit


Votre espace auteur

Agenda

La presse en parle

Prix littéraires
obtenus par nos auteurs

En ce moment au



  Accueil Editions | Groupe L'Harmattan | Librairies | Harmathèque | Harmattan TV | Théâtre Lucernaire
  dernière mise à jour : 13 décembre 2018 | © Harmattan - 2018 | À propos | Paiement en ligne | conditions générales de vente et mentions légales | frais de port