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Médiation interculturelle : la question des compétences professionnelles

Le texte présent a pour ambition de préciser les termes d'un débat sur les pratiques de médiation interculturelle auprès des publics de migrants en Europe, à travers la question des compétences professionnelles et du profil des acteurs impliqués, ainsi que de leurs conditions générales d'emploi.


Introduction


Ces questions sont régulièrement résurgentes lorsque l'on aborde la médiation et les médiateurs interculturels.
La médiation interculturelle auprès des publics issus des migrations correspond à une série d'initiatives diverses, relativement récentes et présentes surtout dans les pays de l'Europe occidentale, traditionnellement récepteurs de main-d'œuvre d'origine étrangère. Ces pratiques visent à développer une communication plus positive entre les responsables et les professionnels des services de base (accueil, santé, éducation, justice, aide à l'emploi, aide sociale, loisirs, etc.) et les publics issus de migrations qu'ils sont amenés à rencontrer dans le cadre de l'exercice de leur fonction. La médiation et la communication interculturelles sont supposées amplifier la congruence entre les services et leurs publics divers ; elles sont supposées permettre une plus grande "intercommunication". Aussi, on estime que la médiation interculturelle peut contribuer à rendre les services plus efficaces dans le cadre de la construction d'un contexte global d'intégration des populations étrangères. La définition des pratiques interculturelles et la mesure de leur efficacité est donc inséparable de la compréhension des politiques et des philosophies générales d'intégration que secrètent les Etats récepteurs de populations d'origine étrangère.

Qu'est-ce que l'intégration? Une première perspective philosophique et politique en matière d'intégration des populations immigrées peut être qualifiée de normative. Cette perspective assez courante est relativement ancienne. Dans ce cadre, l'intégration sociale des migrants est comprise comme la transformation du différent en semblable, comme une intégration par conformisme, une intégration par assimilation. Un certain nombre d'indicateurs empiriques de l'intégration des migrants sont ainsi avancés : l'augmentation des unions mixtes parmi les migrants, l'effacement des pratiques matrimoniales traditionnelles et l'adaptation de la natalité aux normes locales, pour ce qui est du registre socio-démographique. L'accroissement des connaissances linguistiques des migrants, l'usage (dans la famille) de la langue du pays d'accueil, l'amélioration de la scolarité des enfants de migrants, l'autonomisation des individus d'origine étrangère par rapport au contrôle social communautaire, la convergence des comportements dans les domaines idéologiques fondamentaux tels que le statut de la femme, la liberté individuelle etc., le mélange des sociabilités étrangères et autochtones, et, enfin, la sécularisation de l'identité culturelle, pour ce qui est du registre socioculturel. L'amélioration de l'insertion socioprofessionnelle avec mobilité ascensionnelle et accès à des responsabilités économiques, pour ce qui est du registre socio-économique. Enfin, la constitution d'un lien national avec le pays d'accueil (naturalisation, participation syndicale, décisionnelle,...), pour ce qui est du registre sociopolitique.

Mais de nombreuses observations montrent la difficulté d'interpréter et de hiérarchiser ces "indicateurs d'intégration". Chaque fait prend en effet une signification particulière en fonction de la trajectoire et du contexte particuliers des individus ou groupes de migrants envisagés. Aussi les tentatives pour une définition normative du concept d'intégration des populations issues de l'immigration s'avèrent problématiques.

Par ailleurs, l'intégration des personnes issues de l'immigration - si courant dans le langage des experts, des décideurs politiques et des intervenants sociaux - ne semble pas appartenir au vocabulaire habituel des personnes immigrées ou des jeunes d'origine étrangère, car ce terme impose, le plus souvent, un rôle déprécié aux personnes issues de l'immigration... et provoque une certaine crispation.

Les limites théoriques et pratiques d'une philosophie normative de l'intégration poussent à imaginer de nouvelles manières de concevoir la réalité de l'intégration des populations étrangères, notamment en y soulignant la complexité des trajectoires singulières. Une conceptualisation constructiviste du changement social né de la rencontre des cultures nous permet de considérer la négociation de l'acculturation comme le processus initiateur de l'intégration sociale.

L'acculturation est la conséquence de la "négociation permanente" qui permet au sujet individuel ou collectif, indigène ou migrant, de se positionner sociopsychologiquement, dans un rapport systémique avec son contexte de vie.

L'intégration constructiviste est ainsi un processus par lequel les immigrants, comme l'ensemble de la population, participent à la vie sociale : en s'acculturant mutuellement, les migrants et les autochtones acquièrent, perdent, renouvellent, élaborent, interprètent, refusent ou acceptent des éléments culturels divers. Ils prennent part de manière dynamique à la construction d'ensembles identitaires négociés. L'intégration constructiviste est un processus réciproque de confrontation et de transformation socioculturelles.

L'intégration est le produit de l'élaboration conflictuelle de normes collectives par des groupes différents ; il s'agit donc d'une forme de régulation sociale. Celle-ci est fonction des motivations et projets des acteurs sociaux en présence.

L'intégration nécessite la participation intentionnelle à la détermination des règles qui régissent le fonctionnement de la société ; en d'autres termes, une "intégration construite" est un compromis négocié entre partenaires porteurs de projets. Les groupes et les individus sont intégrés par leur action conflictuelle et leur production culturelle. C'est par ces biais qu'ils se différencient en même temps qu'ils s'identifient à une perception unifiée de la vie sociale.

L'intégration est facilitée par la perméabilité des structures de la société d'accueil ; celle-ci correspond à la pertinence des politiques sociales : si les "espaces-temps" de rencontres et d'échanges entre populations différentes, par exemple, sont nombreux et permettent la mise en oeuvre de la négociation-acculturation, ce processus pourra être facilité... L'intégration est toutefois fortement liée au temps.

L'intégration est multidimensionnelle : ce processus, qui concerne les individus comme les groupes, peut prendre une multitude de formes différentes et impliquer de façon diverse toutes les dimensions psychologiques, sociologiques et économiques de l'existence.

L'intégration est une construction sociale dynamique et conflictuelle, son aboutissement est dans une large mesure imprévisible...

Ces constats impliquent la possibilité pour des personnes issues de migrations de combiner de manière originale des modèles de pensée divergents, selon des modalités multiples. L'approche constructiviste ouvre ainsi la voie à la compréhension de changements comportementaux parmi les migrants qui, en même temps, ménagent les allégeances anciennes.

L'intégration est ainsi un processus à la fois sociologique et psychologique. L'intégration sociale est la capacité de participation à la négociation du degré de diversité et d'unité des groupes composant la société, même si ce processus souffre d'inégalités. L'intégration psychologique est l'émancipation des individus en tant que personnes autonomes et reconnues à la faveur d'un processus d'équilibre entre l'expression d'un projet original et la conformation à des règles générales.

En articulant ces dimensions psychologique et sociale, on pourrait définir "l'intégration" comme l'état d'une personne ou d'un groupe : d'une part, pouvant tendre vers un équilibre entre son projet de singularisation et sa tendance à la conformation à un héritage collectif; et, d'autre part, pouvant participer à la négociation portant sur le degré de différenciation et d'assimilation des groupes sociaux par rapport à un cadre global.

L'intégration n'est ni le résultat d'une attitude frileuse et conservatrice, ni celui d'une assimilation sans conditions aux normes d'autrui. Elle est générée par l'interaction de ces deux attitudes de base. C'est en s'orientant simultanément vers les deux termes de cette interaction que le sujet "s'intègre", se construit et contribue à la reconstruction du contexte social qu'il pénètre.
Médiateurs : quels profils ?
Il ressort de nombreux débats que le médiateur interculturel est avant tout un professionnel de l'action socio-éducative et/ou sanitaire qui vise à faciliter la communication entre des institutions de service et des personnes issues de l'immigration. Il s'agit d'une personne de confiance qui doit pouvoir rallier au débat démocratique des protagonistes d'appartenances diverses. Son travail vise à lier les personnes et à rendre effective une négociation où personne ne peut perdre la face. La médiation doit aboutir au sentiment d'une plus grande compréhension de l'autre et à des avancées dans la collaboration entre usagers d'origine diverse et institutions d'aide, d'éducation et de service social.
En soi, l'origine culturelle du médiateur et celle de son public sont donc peu importantes. Des professionnels ressortissant du pays d'accueil peuvent également s'avérer très efficaces. Par ailleurs, il est impossible de former des médiateurs pour chaque communauté immigrée. Cependant, faut-il encore reconnaître l'éventualité d'une plus grande aisance des personnes immigrées à pratiquer la fonction de médiateur car elles sont porteuses de connaissances linguistiques, dotées de réseaux et de compétences de communication, etc. dont les autochtones ne sont pas nécessairement pourvus. Enfin, l'expérience de migration dont les médiateurs issus de l'immigration sont détenteurs contribue à les qualifier pour mieux comprendre certaines des difficultés d'autres immigrants, au-delà des différences de cultures d'origine.
Toutefois, il existe dans moult services de nombreux pays occidentaux des professionnels d'origine étrangère. Il semble utile que ces personnes (pour autant qu'elles soient volontaires) soient formées et encadrées pour une nouvelle fonction de médiation au sein de leur institution. C'est une des façons de trouver des personnes culturellement "bi-centrées" qui puissent favoriser l'insertion d'autres immigrants en distillant leur propre expérience de migration et d'intégration réussie.
Nous ne confondrons pas le médiateur professionnel ou le professionnel qui joue le rôle de médiateur avec des cadres élitaires de communautés immigrées, bien qu'en pratique, il arrive que ces deux statuts se superposent. Ces derniers sont des porte-parole d'une collectivité, ils tâchent de la représenter et s'y identifient véritablement. De manière complémentaire, des individus peuvent s'identifier à des personnalités issues de leur propre communauté, comme l'influence des musiciens ou des grands sportifs d'origine étrangère, par exemple, peut être grand au niveau des jeunes issus de l'immigration. La participation de représentants communautaires à l'identification et au traitement de problèmes concernant les communautés immigrées peut être d'un grand secours. Mais ces "intellectuels organiques" ou "leaders d'opinion" ne sont pas des "médiateurs". Ils représentent leur communauté dans le cadre d'une négociation directe. Le médiateur est, en revanche, une tierce personne, un "arbitre-facilitateur" d'une négociation dans laquelle il ne représente aucune des parties.
Les rôles des intellectuels organiques et des leaders d'opinion issus des communautés ethniques semblent toutefois importants dans la construction de la maîtrise, de la critique, de l'adaptabilité et de l'articulation des cultures, bref, indirectement, dans la médiation interculturelle … En effet, pour être "crédible", une critique doit surgir de l'intérieur du groupe. On définit ces intellectuels organiques comme des "passeurs entre cultures", comme des "intermédiaires culturels" ou des "témoins privilégiés". Ces concepts désignent les groupes socialement et culturellement bifocalisés ou en voie de le devenir qui, par leurs pratiques, construisent des transferts entre les sociabilités populaires et élitaires, contribuant de la sorte à une diffusion des innovations.
Les travailleurs sociaux, les intellectuels, les artistes, les membres du mouvement associatif issus de l'immigration, les enseignants et éducateurs, ainsi que d'autres personnages publics sont littéralement des "agents de circulation des informations et des idées". Il leur arrive de jouer un rôle de reliance, de négociation ou encore de connexion entre les groupes issus de l'immigration et les institutions du pays d'accueil. Ce rôle requiert une capacité d'explicitation des conditions de vie et des aspirations de leur communauté. Ceci souligne à nouveau l'importance de valoriser ces professionnels dans d'éventuels rôles de médiation.
Les indépendants d'origine étrangère constituent également une classe d'intermédiaires culturels (middlemen). Economiquement, il s'agit de professionnels qui établissent un lien entre un producteur (ou un autre intermédiaire situé en amont) et un consommateur. Sociologiquement, il s'agit de commerçants qui vendent les produits d'une classe prospère à des consommateurs peu aisés. Les producteurs, les commerçants et les consommateurs peuvent appartenir à des groupes socioculturels différents : l'exemple des commerçants immigrés montre l'importance des clients non-immigrés pour ces indépendants, implantés dans des quartiers populaires. "Médiateurs" …, en quelque sorte, entre les clients et les fournisseurs, il arrive que les petits indépendants jouent un rôle de liaison sociale entre la classe dominante et les groupes marginalisés.
Les intermédiaires ou "représentants" sont le plus souvent issus de la seconde génération. La formation scolaire reçue au pays d'accueil les qualifie parfois comme des professionnels du social ou, tout au moins, comme "modèles" détenteurs d'un pouvoir symbolique. Opérateurs de sociabilité, ces intermédiaires culturels génèrent une vision favorable à la mixité culturelle et contribuent, non sans difficulté, à la clarification du positionnement identitaire des populations issues de l'immigration. La possibilité d'identification positive qu'ils offrent aux membres de la communauté n'est cependant effectivement opérante que si ces personnes ont elles-mêmes la volonté de constituer "un exemple". Le rôle d'intellectuel organique nécessite en effet le maintien d'une authentique relation de proximité avec la collectivité originelle.
Il faut insister sur la dimension psychologique du travail de médiation : les professionnels issus de l'immigration ne peuvent effectuer efficacement un travail de médiation que s'ils ont réussi auparavant une "négociation intérieure", c'est-à-dire une mise au point des multiples appartenances culturelles, institutionnelles et professionnelles. Ainsi, d'un point de vue "micrologique", on peut voir que la médiation interculturelle contribue à la résorption des conflits entre les usagers et les services (par la promotion d'une meilleure compréhension des logiques en présence). Elle contribue à la construction d'une meilleure intégration entre services et usagers. D'un point de vue "macrologique", les médiateurs interculturels diffusent, par leur propre exemple, tant vers leurs collègues du champ socio-éducatif que vers la population générale (immigrée ou non), un modèle d'intégration positif. La médiation interculturelle est dès lors une des façons de donner corps au respect et à l'articulation harmonieuse des différences multiples et à la promotion des droits de l'homme.
Des compétences professionnelles
Les diversités dont il vient d'être question peuvent être ethnoculturelles, générationnelles, sexuelles, politiques, sociales, voire professionnelles. Comme on le voit, le débat est loin de se limiter à la seule dimension ethnique des communautés issues de l'immigration : la visée adoptée ici impose l'interrogation sur les identités croisées des groupes en contact sur les sites définis comme étant "socialement problématiques et culturellement hétérogènes". Aussi, faut-il, à présent, approcher la position des médiateurs face à la diversité de leurs publics.
La fonction du médiateur interculturel est de répondre à des préoccupations visant à gérer au mieux la diversité culturelle en vue de contribuer à la construction d'une articulation sociale positive entre porteurs de cultures différentes, avec, idéalement, des avantages pour tout un chacun. Ainsi, on identifie un certain nombre d'habiletés qui correspondent aux compétences des intervenants sociaux en tant qu'acteurs impliqués par un travail en contexte d'interculturalité.
Les premières compétences concernent les actions avec les publics. Il apparaît évident que des capacités linguistiques et des connaissances en rapport avec les publics facilitent le travail du médiateur. Celui-ci est au service de la communauté dans son ensemble. Il privilégie des logiques d'intervention responsabilisantes et participatives plutôt qu'un travail d'assistance. Il vise à valoriser et à contribuer au développement des compétences et ressources des publics et des professionnels entre lesquels il se situe, se centre sur une analyse positive en termes de potentialités plutôt que sur le diagnostic des "déficiences". Bref, il contribue à la construction d'un développement humain localisé à travers des pratiques différenciées en continuité avec les modes de vie et les valeurs des publics et des professionnels qu'il accompagne. Il évite les ruptures …
Il est bien entendu que dans ces tâches difficiles, le médiateur a besoin d'être soutenu notamment par des canaux d'information et des ressources à propos des communautés et des professionnels concernés par son action. Il doit générer une démarche, un état d'esprit "ouvert" concernant les aspects les plus "différents" de ses publics comme les conceptions du temps, de l'espace, du statut de la personne, des relations entre les sexes, du statut des enfants, etc.
Une des tâches les plus complexes du médiateur sera de gérer les contradictions entre le respect et la valorisation des différences culturelles et la tâche d'assimilation ou de "normalisation" implicitement dévolue aux institutions socio-éducatives et d'aide sociale. La compétence principale de l'intervenant dans une approche pragmatique centrée sur le vécu des groupes "différents" est ainsi sa capacité à créer et à maintenir les conditions de la participation de tous à la "négociation" constitutive du lien social, sans en imposer l'issue. La dynamique interculturelle et l'intégration des personnes en situation de multiculturalité ne sont possibles que dans de tels cadres globaux dont le projet est de permettre l'articulation active des traits originels aux éléments de la culture d'accueil (ou de ses institutions).
D'autres capacités concernent plus spécifiquement les relations du médiateur avec les professionnels et les institutions de son secteur d'activité. Ces rencontres relèvent en quelque sorte d'une "interculturalité professionnelle" … Celle-ci nécessite également de s'informer à propos des pratiques et ressources liées aux activités entreprises. Il s'agit d'interpeller les collègues et/ou la hiérarchie dans des termes appropriés, de situer les interventions au sein de systèmes d'actions plus généraux, de contribuer à des prises de conscience et de décision, de susciter des changements et, enfin, de développer des lieux d'échanges permanents afin de valoriser les apports des collaborations concrètes. Générer des partenariats, n'est-ce pas générer des pratiques en continuité avec les actions d'autres intervenants, éviter les ruptures, faire savoir son savoir-faire, négocier ses apports, évaluer et réguler ses démarches ?
En conclusion, on peut dire que la plus importante des compétences des médiateurs est sans doute leur capacité à permettre le plein épanouissement des "compétences interculturelles" des publics et des professionnels qu'ils relient, autrement dit leur capacité à permettre le plein épanouissement de leur possibilité à articuler efficacement des éléments culturels divers.
La médiation : des contextes d'emploi
La reconnaissance de son statut de "professionnel" au médiateur, à savoir la formation qui doit lui être prodiguée (formation initiale et continuée) et la qualité de ses conditions de travail (sécurité d'emploi, reconnaissance barémique et symbolique, insertion réelle dans des équipes pluridisciplinaires, accès à des emplois du secteur public, etc.), ainsi que l'aspect volontaire de son investissement sur le terrain de l'immigration sont des conditions nécessaires pour une pratique positive.
Ceci limite théoriquement l'opportunité de confier les services de médiation à des bénévoles dont la figure se rapprocherait davantage des "représentants des communautés immigrées". Par ailleurs, de nouveaux métiers du social émergent et présentent des ressemblances avec le "profil" du médiateur interculturel : ainsi, en France et en Belgique, de nouvelles fonctions professionnelles sont actuellement expérimentées dans les grandes villes : agents de développement local, agents d'accompagnement social, animateurs de rue, etc. qui contribuent également à sortir de l'isolement certaines catégories des publics immigrés.
En outre, nous devons également tenir compte de la spécialisation professionnelle des médiateurs interculturels : ils sont actifs dans divers champs comme la santé, la justice, l'éducation, etc. dont l'examen spécifique est une nécessité. Il serait trop long ici d'insister dans le détail à la présentation d'exemples pratiques qui de toute façon ne peuvent valoir que pour les principes méthodologiques qu'ils mettent en œuvre. Chaque application à caractère social doit, bien entendu, être fonction d'un contexte local particulier. Toutefois, afin de contribuer à l'information et à la réflexion dans ce domaine, on propose ici une brève bibliographie pratique sélectionnant des ouvrages belges et français, présentant des réalisations concrètes en termes d'actions de médiations interculturelles dans des champs d'actions divers.
Conclusion
Il convient donc de distinguer, de manière schématique, les négociateurs des médiateurs. L'appartenance socioculturelle des représentants ou des porte-parole qui prennent part à des "négociations" est en principe clairement identifiée. Le médiateur est, par contre, un intermédiaire, une personne tierce, qui doit, en quelque sorte, participer d'une "appartenance multiple" et être reconnu par l'ensemble des parties en présence. Son action est d'ordre informel, elle ne peut prétendre à l'efficacité que si le médiateur a lui-même pu faire aboutir sa propre "négociation intérieure" entre les termes de ses diverses appartenances. Les "médiateurs interculturels" et les "intellectuels organiques" issus de l'immigration ont en commun d'inventer, devant nous, une synthèse vivante et encore incertaine d'un double registre culturel.

Altay Manço


Bibliographie sélective


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ROBERT P., Les politiques de prévention de la délinquance à l'aune de la recherche, L'Harmattan, 1991 Paris.
SNACKEN J., "Guide pour la pratique dans un contexte multiculturel et interdisciplinaire", Thérapies interculturelles, De Boeck Université, Bruxelles, 1991, p. 33-140.
THEYS M., "Le concept de reliance, paradigme de la gestion moderne", BOLLE DE BAL M. (éd.), Voyages au cœur des sciences humaines. De la reliance. Tome 2. Les pratiques, L'Harmattan, 1996, Paris, p. 287-301.


Auteur concerné :

Altay Manço


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  dernière mise à jour : 19 novembre 2017 | © Harmattan - 2017 | À propos | Paiement en ligne | conditions générales de vente et mentions légales | frais de port