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Préface de Josef Schovanec à l'ouvrage "Lectures à vivre" (inédite)

"Je te convie à lire le monde". Parfois quelques mots suffisent pour montrer au voyageur la direction de son chemin à travers les pages. Plus rarement, comme ici, ces mots eux-mêmes par leur force propre lui suffisent pour surmonter les fatigues de toute longue transhumance.
Car en effet ce n'est pas à une banale entreprise, à quelque propos frivole auquel notre monde tend à s'assimiler faute de pouvoir en faire sa substance, que le présent ouvrage, ami lecteur, nous convie ; bien plutôt, à une redécouverte du parfum d'un monde auquel nous autres, habitants de l'extrême-occident languide, en des temps troublés, risquons de perdre tout à fait la clef. Un monde pourtant guère éloigné du nôtre, mais porteur de dimensions supplémentaires, celles que confère le sens, celles que parachève l'intelligence de ses pages. Dont, pour le dire avec les mots de Hans Blumenberg, le sésame propédeutique est la lisibilité même du monde.
De fait, lire le livre du monde est une tâche qui accompagne l'intellect de l'être humain dès sa première aurore. Que dire d'autre du séfer, le rouleau de lecture en hébreu biblique, qui a donné dans la même langue le verbe raconter, relater les récits, ceux-là précisément qui détiennent le mystère de la vie ? Un rouleau dont les orbes ont, bien plus tard, fini par désigner dans la langue arabe le safar, le voyage aussi bien sur la terre que celui de l'âme ? Un voyage dont nul terme ne semble devoir venir à bout, une plongée dans le yam-ha-Talmud, dans la mer infinie du Talmud. Un périple qu'entreprirent tant de savants grecs à l'aube de la civilisation des Hellènes, voyageurs tendant vers l'orient de la sagesse, et dont la langue finit par reprendre le nom de ce port sis de l'autre côté de la Méditerranée, Byblos, aujourd'hui au Liban, au pays des cèdres, pour en faire le nom même du livre, to biblion, que l'on retrouve par exemple dans le terme de Bible. Plus loin encore, la civilisation chinoise ne dut-elle pas son premier essor à l'art mantique de la lecture des craquelures des carapaces des tortues mises au feu, dont les lignes complexes seraient à l'origine des caractères des temps archaïques ?
Cette puissante invitation à la lecture du livre du monde ne saurait se déployer de manière linéaire. C'est dans les interstices, dans le secret de ce qui se retire à la vue (la racine 3-l-m, racine du verbe savoir en arabe, étant celle du verbe disparaître en hébreu), que gît son appel. Dans ce que Blumenberg nommait l'interrègne des domaines ("Zwischenreich der Fächer"), et Walter Benjamin les éclats messianiques épilotiques que tel ou tel ouvrage oublié fait scintiller d'une fascinante lueur.
Précisément, de cette lueur les présentes pages, ami lecteur, sont riches. Riches d'expériences vécues et d'érudition, que la noble pudeur de leur auteur porte à leur juste valeur. Sa double culture, dont peu à peu, au fil des pages, on saisit la substance, refait vibrer des auteurs que l'on croyait connaître, mais dont pourtant on ne savait que les ossements desséchés que l'école nous a légués. Dans un saisissant métissage, c'est le persan de la culture française qui illumine soudain sa nature propre. Un trésor dont on ne se savait plus être dépositaire.
Qu'il me soit permis, ami lecteur, d'ajouter quelques mots plus personnels. Que de fois, à tel ou tel mot, à l'issue de telle ou telle phrase, j'ai été troublé de reconnaître mes intimes pensées. Que de fois, j'ai senti que l'élan vers l'ailleurs de mon ami Julien Pélissier était le même que celui qui m'avait habité, avant que, honteusement, j'en brise les ailes. En somme, que de mieux que de reprendre ses mots : "j'ai longtemps tenté de lire pour vivre comme si lire se suffisait à lui-même, afin de vivre pour lire". Grande est ma joie et ma fierté de compter Julien Pélissier parmi mes amis. Si nous n'avons pas toujours les mêmes convictions, c'est bien le même idéal qui nous meut. Dans la langue de Mallarmé, le même Azur.

Josef Schovanec,
A Khabarovsk-sur-l'Amour, pays des steppes du bout du monde, le 26 juillet 2016

Auteur concerné :

Julien Pélissier


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  dernière mise à jour : 9 décembre 2018 | © Harmattan - 2018 | À propos | Paiement en ligne | conditions générales de vente et mentions légales | frais de port