Entretien avec l'auteur

Cristina Castello, une journaliste de race

Tout au long de sa carrière comme journaliste elle s’est distinguée par ses excellentes entrevues publiées dans Viva, la revue du dimanche de Clarín, et dans Gente. Ce samedi elle se lance comme créatrice et présentatrice d’un cycle de reportages sur la chaîne câblée P&E, « avec l’intention de dévoiler la vraie nature de ceux qui prétendent gouverner et légiférer », explique-t-elle.


La chaîne câblée P&E (Politique et Économie en direct) émettra, depuis samedi prochain à 16h, un cycle hebdomadaire d’entrevues présentées par la journaliste Cristina Castello. Il s’agit d’un événement de bon augure car ce fait permet l’accès au petit écran d’une journaliste de race – liée jusqu’à présent à la presse écrite – et chez laquelle les lieux communs et le reportage complaisant n’ont pas de place. « Dans cette première étape je ferai des entrevues aux hommes politiques – dit-elle –. L’intention est dévoiler la vraie nature de ceux qui prétendent gouverner et légiférer en évitant de tomber dans le discours vide car les gens sont las des cataractes de mots. Le premier à être interviewé sera Domingo Cavallo ».

Dans une entrevue,est-il possible de dévoiler l’âme de l’interviewé ?
Il est possible de faire connaître les aspects inconnus du personnage. En toute modestie, je dis que dans la télévision en direct le métier de journaliste n’existe pas, sauf quelques rares exceptions.

Pourquoi assiste-t-on à la perte de cette qualité journalistique dans les médias ?
Il y a pas mal de raisons, parmi lesquelles j’en trouve une qui est essentielle : l’absence de croyances et de valeurs de la société argentine. Les journalistes, nous ne pouvons pas échapper à cette réalité, cependant, même si, comme tous les êtres humains, nous vacilons dans un moment quelconque de notre vie, si le métier suit un idéal, nous reviendrons toujours sur la bonne route. Il n’y a plus de maîtres…

Dans le milieu télévisif il y a une technique dominante, celle d’harceler l’interviewé. Les reporters en sont la preuve.
Ce dont vous parlez c’est la preuve scandaleuse d’une mauvaise éducation et du manque de professionnalisme. Mais les reporters ne sont pas les coupables ; ils sont obligés à faire cela ; on leur dit : « Allez-y et faites n’importe quoi pour obtenir de l’information, et si vous n’en obtenez rien, inventez la nouvelle ou bien faites-la devenir percutante ! ». Ceux qui, dans les grands médias donnent cette consigne aux jeunes reporters et les envoient dans la rue, méprisent le travail de l’archiviste et l’organisation d’un article de presse ; ils ne sont que les dévots fidèles de l’urgence.

Quel est le but de cette pratique ?
Le but, c’est que les gens deviennent un peu plus ignorants chaque jour. Le sensationnalisme, les répercussions et le manque d’essentiel sont les axes dominants.

Lorsqu’on conduit une interview, que doit-on éviter ?
Il y a un péché capital à éviter : celui de se laisser séduire par le personnage. Derrière tout homme et toute femme il y a une multitude d’héros et de méchants qui cohabitent chez eux. Les laisser couler, plonger dans leurs espoirs et même dans leurs délires, c’est la prémisse. Comme personne n’est l’enfant Jésus il s’agit donc de connaître la vraie nature de ce personnage. Et jamais, et je dis jamais, penser à devenir protagonistes. Notre rôle est celui de l’intermédiaire entre l’interviewé et l’auditoire. Notre succès ne sera que la conséquence de l’efficacité mise en œuvre en dévoilant l’âme du personnage.

Jamais un interviewé ne t’a-t-il attiré ?
Oui, et je suis tombée amoureuse de lui, follement. Mais cela n’a eu aucun rapport avec le journalisme. Comme d’habitude, lorsqu’il s’agit de l’amour, c’est irrémédiable.

Juan Carlos Novoa

REVUE « PRONTO » (BUENOS AIRES)


Traduction Patricia J.Pioli Pj_pioli@voilà.fr

Auteur concerné