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Préface Gilbert Bordes évoquant "La petite Zohra Rouge"

Le premier livre de Beaudour que j'ai lu, je m'en souviens très bien. J'étais dans le TGV. J'ai oublié où m'emmenait ce train, mais je me souviens très bien que c'était un matin de printemps ; nous traversions une campagne lumineuse avec des coteaux couverts de vignes. J'ai pris le livre dans mon sac. C'était la Petite Zohra rouge.

Jamais je n'oublierai cet instant de lecture. Dès les premières lignes le ton est donné. Je ne lisais pas des mots, je touchais des braises. Une intensité qui m'obligeait à m'arrêter de temps en temps, comme un coureur qui cherche son souffle. Car Beaudour met un nom sur chaque chose, même celles que l'on garde enfouies au fond de soi. Les pensées, les comportements intimes de Zohra, ses douleurs, ses désirs nous révèlent à nous-mêmes. Ce n'est pas de la gentille littérature, c'est la vie. Crue. Nette. Le parler vrai n'est pas à la portée de tout le monde.

Et je me disais : voilà un vrai livre ! Comment est-il possible d'écrire aussi juste, aussi fort ? Pourtant, aucun "grand" éditeur à qui j'ai confié le manuscrit ne l'a retenu. C'est vrai qu'on a beaucoup publié sur ce sujet, pourtant, à ma connaissance, jamais avec autant de force...

Mais souvent, l'échec conduit à la réussite : je peux en parler en connaissance de cause. L'échec montre le chemin du succès quand on sait regarder dans la bonne direction. Et la publication de la Valse des infidèles réserve sûrement à Beaudour de très bonnes surprises. Personne n'a jamais empêché un véritable écrivain de s'exprimer. Tous les ruisseaux s'écoulent jusqu'à la mer.

Dans la valse des infidèles, Beaudour reste ce qu'elle était dans la Petite Zohra. incisive, mettant à nu les pulsions les plus profondes, mais sans provocation ; dévoilant l'intimité des femmes et des hommes dans ces tréfonds un peu troubles que nous évitons par faiblesse.

Beaudour a beaucoup à nous dire et à nous apprendre. Cela fait bien longtemps que j'en suis persuadé. Et le public qui n'a que faire des états d'âme des éditeurs parisiens ne s'y trompera pas. C'est une évidence.

Gilbert Bordes.
mars 2013

http://www.aloys.me/article-la-preface-du-roman...

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