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émission les poètes du 19/01/17 sur radio Occitania

"Dopamine et consœurs" de Christophe Lévis, 60 pages, 10 € est publié par L'Harmattan.
Du même auteur :


"tempérances intimes" Encres Vives Encres Blanches
"Du fer dans la veine" Encres Vives Encres Blanches
"Oniromance" Encres Vives Encres Blanches
"L'encolure" Encres Vives Encres Blanches
"Mam nan gofo" Encres Vives Encres Blanches
"Dors dans ma vie" Encres Vives Encres Blanches
"Fer cranté" Encres Vives Encres Blanches
"L'homme diverticules" Encres Vives Encres Blanches
"La cimenterie" Encres Vives Encres Blanches
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"Dopamine et consœurs est une étape importante dans le travail d'écriture de Christophe Lévis, à la poésie de qui je suis attentif depuis plusieurs années, l'ayant publiée dans le fanzine poétique Traction-brabant. Dans ce livre, non seulement le style de l'auteur se décante, tout en gardant sa puissance, mais ses préoccupations débouchent sur celles de la plupart des gens qui essayent de continuer à vivre dans un monde de plus en plus violent (...) À mes yeux, ce recueil restitue avec précision les vibrations d'ordre sismiques éprouvées (...) par chacun d'entre nous, et qui nous font osciller entre désespoir et révolte. La bonne nouvelle, c'est que la vie des nerfs, celle de la poésie authentique, existe toujours dans ces pages, prête à bondir sur le lecteur !" s'enthousiasme Patrice Maltaverne dans la 4ème de couverture.
De Christophe Lévis Christian Saint-Paul avait déjà écrit à propos de son recueil "Diverticules" (Encres Vives éditeur) :
Il y a du Francis Bacon chez Christophe Lévis : une beauté violente que l'on repousse sans libérer son regard. L'homme est dépendant de ses diverticules, nul n'échappe à ces sinistres labyrinthes de chair ou de béton qui l'enferment dans un monde où il va disparaître. "Qui seras-tu à l'heure du dernier souffle ?" question lancinante que rien ne peut éluder. Mais ne pas la poser, serait s'étouffer dans l'instant. Comme chez Marcel Migozzi, ce face à face obsessionnel avec la mort, n'est concevable que dans une folle révolte que bouleverse la poésie. On comprend, mieux que l'auteur lui-même, que c'est elle, la poésie, qui le sauvera. "Que vas-tu faire désormais ?" s'interroge-t-il en conclusion. Nous, nous savons. Ecrire bien sûr ; même si, comme disait Georges Bernanos : "Le Bon Dieu ne m'a pas mis une plume entre les mains, pour rigoler". Car rien d'autre ne peut sauver le poète, même pas son ego qui " n'a plus assez de place / pour profiter encore / du moindre de ses désastres.../. Et il y a du Francis Giauque chez Christophe Lévis, prisonnier d'une lucidité infernale, rongé jusqu'à l'os de cette angoisse qui le fait désespérer de lui-même. Dans "L'homme diverticules" il lance un cri pour fracasser nos illusions, mais aussi notre solitude.
Et aussi pour : "La cimenterie" de Christophe LEVIS aux éditions Encres Vives collection Encres Blanches (couverture d'André Falsen), 6,10 € à commander à Encres Vives, 2, allée des Allobroges, 31770 Colomiers :
Nous retrouvons dans cette nouvelle publication, le style bien identifiable de Christophe Lévis. Un ton déclamatoire qui ne s'embarrasse d'aucun superflu ; pas d'adjectifs en trop, une économie de mots pour racler la langue jusqu'à l'os. Préférer l'os et sa moelle cachée à la chair. La parole est saccadée, heurtée comme si elle ne pouvait résister à un coup de gueule, mais qu'il faut simplement amener vers son chemin de vérité. Pour cela, il faut la retenir dans son élan qui pourrait être dévastateur. Il faut l'enfermer dans l'intimité d'un parler humain. Alors, Christophe Lévis innove un peu dans la forme qui est la sienne et il a recours aux parenthèses, pour assourdir la violence des mots qui jaillissent en prophéties. Les parenthèses servent aussi à l'extension des menaces par ce poète prophète à chacun et chacune :
Si tu pars tu nous manques
Tu sais tu nous vaux
peut-être plus ou autant
qu'un contrat malicieux
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Christian Saint-Paul signe la préface de "Dopamine et consœurs" qui est lue à l'antenne :
"Je peux m'ensoleiller" se rassure Christophe Lévis dans ce livre de poèmes "Dopamine et consœurs", où l'ombre progresse, ravageuse. Il se range à la volonté de Joe Bousquet : "il faut que chacun habite le côté ensoleillé de sa personne". Mais le poète cloué dans son lit à Carcassonne avait désigné une autre voie qu'il allait suivre : "sois la poésie de ce qui te brise".
En fragmentant son livre en six parties, sous l'égide chacune d'une substance chimique qui conditionne un état psychique, le poète devient la poésie de ce qui le brise.
Cette brisure, réelle et certainement commune à tout individu doué de conscience, est toutefois indiscernable quant à son origine et ambigüe sur sa destinée.
"J'écorche ma langue / à vous dire / pourquoi j'ai mal" avoue-t-il.
La difficulté est d'assumer la plénitude de sa sensibilité qui est son génie - comme l'a si bien clamé Baudelaire - en dépit des autres : "regarde à ta porte / et balaye / indéfiniment / les poussières de toi / que les autres n'ont pas bouffées".
Oui, les autres nous dévorent inexorablement comme Saturne dévore ses enfants. "Ils ont gagné c'est certain / nous broutons tous / dans le même champ / de mines" est le rude constat du poète, brisé par le "concert de vanités".
Ce qui prévaut face à ces mortifères vanités qui nous submergent, est "la mitraille / des idées suicidaires". Rien d'étonnant dès lors que Christophe Lévis écrive avec ses "larmes". "La folie est [son] ombre / des acouphènes de glace / fracass[e]nt [ses] oreilles". Celui pour lequel "le paradis est mort" demeure cependant toujours habité par l'état de création, qui est la quintessence même de la vie. Cet état salvateur, qu'il a la chance inouïe de connaître, nourrit son œuvre de sa "révolte pusillanime" avec le dessein d' "en extraire la rage / l'écorce assassine / (...) jusqu'au fond du gouffre".
"L'état de création, avait expérimenté Joe Bousquet, importe plus que l'œuvre elle-même". Mais comprenons bien ! Chez Christophe Lévis comme chez Joe Bousquet, l'œuvre n'est que le produit de la création et les deux notions sont intrinsèquement liées. Le plus difficile n'est pas d'écrire, mais d'être en état d'écrire.
Et "Dopamine et consœurs" confirme, après les précédents recueils, touchants par la justesse de ton, abrupt et grinçant, que le poète, funambule sur les bords de l'abîme, bénéficie de cette grâce qu'est l'écriture de poèmes. Christophe Lévis est consacré par la poésie. Ses poèmes sont autant de sacrements, de combats d'un homme qui vit et qui devine ce qui meurt en lui, ce qui agonise et qu'il ne peut retenir, mais surtout, ses poèmes sont ce qui le porte, bien mieux que les six drogues, vers une inattendue espérance.
C'est là, certainement qu'il diffère de Francis Giauque, un de nos derniers poètes maudits, suicidé à la trentaine dans le printemps 1965. Ses poèmes déroulaient un long lamento gonflé de violence. Sa frustration de ne parvenir ni à une vie ordinaire ni à l'essence même de la vie, l'avait muré dans un esseulement haineux. Il évoquait avec une langue brillante d'émotion tranquille, l'horreur de ses expériences psychiatriques. A lui, a été refusé "le pouvoir d'aimer en liberté". Et lorsqu'il s'adresse au Christ c'est sans concession :
"sois béni toi qui me réveillais
du fond du coma insulinique
pour m'envoyer sangloter dans une chambre anonyme
aujourd'hui j'espère férocement que tu existes
afin qu'un jour je puisse te cracher à la gueule
librement".
S'il ya du Francis Giauque chez Christophe Lévis, par le ton violent, le génie de la langue, la fureur, la lucidité noire - "un con / qui suppure de tendresse / animale" - il s'en sépare justement par cette magnifique aptitude sur laquelle il faut s'attarder, sa capacité à "[s']ensoleiller".
Ce "je peux m'ensoleiller" le disqualifie des poètes maudits.
"Si tu veux espérer, cesse de craindre" nous a enseigné Sénèque.
Christophe Lévis a cette volonté de jeter aux orties la peur qui le taraude. Certes, la multiplicité des voix qu'il perçoit et qui l'égarent "en tous sens et en tous lieux" peut le figer au sol, "interdit de voler plus haut que la cime de ses pieds", mais il a le pouvoir de s'affranchir de cette désespérante pesanteur.
Christophe Lévis a le pouvoir de l'amour. "Je t'aime" lance-t-il comme une bouée à lui-même. "Aime et sois aimée / vis plus fort / fais-le pour moi / fais-le pour toi / démontre la vérité / écoute-toi / relève-toi / toujours".
Contrairement à Francis Giauque, Christophe Lévis, face à l'horreur d'un monde qui nous enferme dans sa douloureuse cruauté, a la volonté de ne pas sombrer.
"Ne salis pas / ta chance de vivre" s'exhorte-t-il. Son écriture, juste, sans fard, est cette chance de vivre.

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