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Le travail dans la pensée de Marx.

Introduction :


On peut dire que Marx (1818.1883) a été un philosophe de l'histoire et de la société, un journaliste et polémiste politique et social, et surtout l'auteur d'une critique qui se voulait radicale de l'économie politique classique qui venait de s'ériger comme science notamment en Angleterre avec A.Smith et Ricardo et qu'il admirait. Il a été tout cela à la fois et successivement parce qu'il s'est toujours voulu d'abord un penseur et un militant actif du socialisme naissant à son époque. On ne peut donc dire aucunement qu'il ait été un sociologue au sens où on l'entend aujourd'hui, en tant que savant objectif et non directement "engagé".. Si du reste le mot lui-même de sociologie, qu'il semble avoir ignoré, venait à peine d'être créé par son contemporain A.Comte (qui avait d'abord parlé de "physique sociale"), on peut dire que la discipline scientifique en tant que telle n'existera guère avant Durkheim et Weber.

Mais on peut dire aussi que sa critique de la philosophie et de l'économie (et en un sens de la psychologie qui elle non plus n'existait pas encore comme discipline scientifique) est profondément sociologique avant la lettre en ce sens qu'elle s'appuie toujours sur la mise en évidence des dimensions historiques et sociales des phénomènes économiques comme de la pensée individuelle rationnelle. Elle est par là fondatrice d'un des principaux points de vue sociologiques sur l'homme. Tous les sociologues jusqu'à aujourd'hui n'ont cessé en conséquence de s'y référer que ce soit pour s'en inspirer directement ou implicitement ; pour le critiquer de front ou comme on pourrait dire de Durkheim et Weber eux-mêmes pour le contourner.

On peut dire aussi pour ce qui nous intéresse directement ici que comme critique de la philosophie et de l'économie de son temps Marx est le grand penseur du travail dans notre société contemporaine et du coup, selon lui, dans toute société. Cette pensée est donc incontournable en sociologie du travail, quelqu'usage qu'on en fasse en définitive. Toute la vie de Marx, il est vrai, baigne dans une époque où, non sans symétrie peut-être avec la nôtre, l'essor extraordinaire du capital industriel et du travail salarié, en Angleterre surtout alors, fascinait tous ceux qui réfléchissaient, à la fois les émerveillant par l'énorme augmentation des richesses qu'il produisait et les terrifiant par le déracinement et la misère des masses populaires qu'il provoquait. C'est ce qu'on appelait alors le paupérisme et la question sociale et qui d'une certaine manière redevient d'actualité ().

On ne fera donc ici aucunement un exposé de la pensée de Marx, ni même, comme dirait H.Lefèbvre, de la sociologie qu'elle contient (). On se contentera d'essayer de présenter schématiquement, et c'est déjà une gageure, l'évolution de ses principales conceptions et sa conceptualisation essentielle concernant le travail comme phénomène social.







I - Marx, critique de Hegel et de toute philosophie : le travail comme aliénation ou libération, phénomène essentiellement social et fondement de toute société.


1-1 Le travail, source potentielle de libération, source réelle d'aliénation.Dans ses tous premiers écrits M se présente d'abord comme le philosophe qu'il est de formation, disciple critique de son maître Hegel, avec d'autres "jeunes hégéliens" dits "de gauche".

Critiquant lui-même les philosophies de la raison et de la liberté de Kant ou de Descartes, idéalistes aussi (au sens philosophique et non "moral" du terme), mais a-sociales et a-historiques, Hegel avait développé une grandiose philosophie de l'histoire. Il y voyait à travers ses aléas, ses contradictions et ses violences, dans la vie et la mort des grandes civilisations successives, la réalisation progressive et dialectique de l'Esprit et de la Liberté, synonymes pour lui de Dieu, dialectique largement inconsciente aux individus et même aux grands hommes qui en étaient les principaux artisans. La civilisation occidentale de son temps et son Etat rationnel, notamment prussien, lui en paraissait l'accomplissement.

Auparavant dans la "Phénoménologie de l'Esprit" Hegel avait exposé la même intuition philosophique sous forme de succession dialectique de "figures de la conscience", sortes d'expériences archétypiques ou de paraboles de l'esprit humain s'identifiant progressivement à l'Esprit Absolu. Il n'y a, pense Hegel, de conscience de soi que dans la conscience de l'autre. Mais au départ chaque conscience veut être tout et posséder tout l'univers par la pensée. La première figure est donc celle de la lutte à mort. Si le vainqueur fait grâce de la vie au vaincu en échange de sa soumission absolue, la dialectique continue, c'est à dire que la contradiction ou l'antagonisme devient celle de la figure du maître et de l'esclave. Le maître peut penser que lui seul est libre et homme en tant que tel, n'ayant qu'à jouir des fruits de la vie grâce au travail de l'esclave. En fait l'expérience lui montre que cette liberté est toute formelle et illusoire. Il ne se réalise pas comme homme en jouissant passivement et en dépendant de la médiation de l'esclave. Il reste "aliéné". Celui-ci au contraire, qui au départ est aliéné dans sa liberté d'homme, prend conscience de soi, se réalise et se libère à travers son activité laborieuse et intelligente de transformation de la nature et d'organisation du monde...Le travail, en ce sens, est l'expérience fondamentale de l'homme qui le révèle à lui-même en le faisant passer de l'aliénation à la liberté. Au terme de la dialectique doit apparaitre la "figure de la reconnaissance" où chacun se reconnaît en reconnaissant l'autre, devient conscience de soi dans la conscience de l'autre par la médiation d'un travail partagé et d'un ordre politique assumé...

Dans les "Manuscrits de 1844" et les autres écrits de cette époque, le jeune Marx s'efforce de comprendre la situation de son époque à partir d'une relecture de Hegel et d'une première lecture des économistes qu'il fait se critiquer les uns les autres. Oui le travail est l'activité vitale "générique "de l'homme car il y réalise à la fois sa pleine individualité et son essence spécifique d'homme en réalisant la transformation du monde. Du moins le devrait-il. Mais dans le capitalisme plus que jamais auparavant au lieu de récupérer son identité profonde dans ce mouvement d' extériorisation (ent-ausserung) de soi, il est plongé dans l'aliénation (ent-fremdung), c'est à dire au sens propre devient étranger à lui-même comme individu et dans son essence d'homme : déshumanisé. L'aliénation de l'homme n'est donc pas seulement et principalement dans la religion, "cœur d'un monde sans cœur", projection de l'essence humaine dans un être distinct qui cache la dépossession de l'individu concret, réel, comme le disait Feuerbach. Elle n'est pas non plus d'abord politique. Pourtant dans les faits, pense Marx, l'Etat se révèle bien un paravent des intérêts des plus forts, et non pas cette instance représentant l'intéret général au delà des intérêts économiques particuliers comme le pensait Hegel. Mais la source de l'aliénation gît au cœur de la société civile, dans la condition du prolétaire qui ne possédant que son travail, se voit obligé de le vendre pour subsister, dépouillé ainsi non seulement de ses moyens de travail, mais du produit de ce travail et de son contenu, bref aliéné dans son essence d'homme. Ce n'est que dans une société communiste où il n'y aura plus séparation entre travailleur et propriétaire des moyens de production, que chaque individu pourra se réconcilier avec le monde, avec lui-même et avec les autres, récupérant ainsi sa dignité essentielle d'homme dans la construction laborieuse et collective d'un monde humain désaliéné...

Dans les années 197O, il y aura des polémiques ardentes entre marxistes pour savoir s'il y a continuité ou au contraire "rupture épistémologique"(Althusser) totale entre cette pensée philosophique du jeune Marx fondée sur cette vision "humaniste"de l'aliénation ()et la critique de l'économie du Marx de la maturité qui se voudrait ou serait purement scientifique... On se contentera ici sans plus de commentaires indéfinis possibles de remarquer à quel point cette pensée du jeune Marx inspirée de Hegel sur ambiguïté objective et l'ambivalence subjectivement vécue du travail, est représentative et inspiratrice de tant d'autres jusque et y compris aujourd'hui. D'une part c'est une valeur centrale de notre société prométhéenne et une source éminente d'identité et de dignité, d'autre part le facteur essentiel de l'aliénation et de l'exploitation.

2-2 - Le travail, rapport fondamentalement social et rapport social fondamental. Dans l'Idéologie allemande Marx se démarque encore plus de Hegel et de toute philosophie entendue comme débat d'idées abstraites et par là illusoires, dans la mesure où ne sont analysées ni les conditions concrètes c'est à dire sociales d'existence des intellectuels qui parlent ni de ceux dont ils parlent. On voit dans ce manuscrit brouillon () s'élaborer dans une conceptualisation encore imprécise ce qui sera appelé après Marx et déjà par Engels en 1888, et non sans dogmatisme de plus en plus lourd, le matérialisme dialectique et historique ainsi que la théorie, devenue plus tard platement évolutionniste, des modes de production, concepts sur la définition desquels je ne m'attarderai pas ici. On peut aussi y voir, plus modestement, ébauchés les principes épistémologiques et méthodologiques d'une véritable sociologie objective et ses premiers résultats. Le travail comme activité productive collective y apparaît d'emblée comme un phénomène fondamentalement social et le fondement de toute société ou plutôt le fil conducteur de la compréhension de toute société. C'est ce sur quoi je m'attarderai un moment.

Il ne faut pas partir, dit Marx, pour y comprendre quelquechose d'idées fumeuses ou arbitraires mais "des individus réels, leur action, leur condition d'existence matérielles, celles qu'ils ont trouvé toutes prêtes comme aussi celles qui sont nées de leur propre action". Il ne faut pas partir de "la conscience comme étant l'individu vivant", mais "des individus réels et vivants eux-mêmes et considérer la conscience uniquement comme leur conscience" (). Un individu concret se définit en effet pour Marx par l'ensemble des rapports sociaux dans lesquels il se trouve inséré à sa naissance et qui le constituent notamment par l'éducation, mais aussi par ceux qu'il construit à partir de là en fonction des circonstances (). Or de ce point de vue "le premier fait historique" et social, (premier au sens en tout cas épistémologique et méthodologique, mais sans doute aussi pour Marx du point de vue de l'évolution) c'est que les hommes se mettent à produire leurs moyens d'existence pour satisfaire leurs besoins et se reproduire eux-mêmes. Pour comprendre une société objectivement, il convient donc d'abord non pas de croire d'emblée ce qu'elle dit et pense d'elle-même, mais d'analyser la manière dont elle produit et reproduit les conditions de son existence matérielle. Le travail est précisément ce rapport de l'homme avec la nature ou la matière par l'intermédiaire de moyens de production, outils ou machines, ou en transformant la nature, il développe ses propres facultés, à commencer par celle qui lui est spécifique, son intelligence et sa raison (). Mais ce rapport à la nature est d'emblée en même temps un rapport social, puisqu'il est toujours et partout une activité collective socialement organisé. Dans toute société on trouve donc une division sociale du travail, autrement dit une stratification sociale spécifique. Elle est caractérisée bien sûr par la nature, l'usage et la propriété des moyens de production (qui les utilise et comment, qui en dispose et comment, selon quels rapports des uns et des autres). Mais elle l'est aussi par les modalités de l'échange (marchand ou par don et contre-don, monétaire ou de troc etc.) de la répartition et de la consommation (ostentatoire, d'investissement, de subsistance etc.) des biens, services et valeurs ainsi produites, c'est à dire par des conditions de reproduction déterminées à la fois des richesses matérielles et des catégories sociales de cette société

Dans l'I.A. Marx explore à travers toute l'histoire ces formes de division sociale du travail ou ce qu'il appelle encore les formes d'échange ou de circulation sociale (Verkehrsweise) et qui sera appelé par la suite d'une manière devenue sans doute réductrice les rapports sociaux de production. Car il s'interroge ici aussi bien sur les groupes et classes sociales dans leurs dimensions politiques et idéologiques que sur les mentalités des individus qui en font partie. Dans la suite de son œuvre, il ne intéressera plus que marginalement à ces autres aspects sociaux et psyché-sociaux passés ou contemporains. Toute son attention et son énorme force de travail (!) sera absorbée par l'analyse du rapport de production spécifique au capitalisme à travers une polémique permanente et une critique des économistes "bourgeois" de son époque. C'est à quoi il faut en venir. C'est aussi pourquoi sa pensée sans doute inclassable dans nos catégories scientifiques actuelles n'est pas vraiment celle d'un sociologue.


II - Travail salarié et capital.


Le capitalisme est donc pour Marx le mode de production où le rapport social (de production) fondamental est celui, antagonique, entre capital et travail salarié. Dans toutes les sociétés où il naît, pénètre, s'étend, dominant les autres rapports de production existants (rentes, travail indépendant de l'artisan ou de l'agriculteur...), il génère deux nouvelles classes sociales qui deviennent les principales et sont par nature, pour ainsi dire, en lutte l'une contre l'autre : bourgeoisie et prolétariat, ou capitalistes et salariés. Dans le "Manifeste du Parti communiste" et un certain nombres d'autres opuscules ou écrits plus ou moins conjoncturels () Marx procède à des analyses concrètes et empiriques de ces classes et de leurs luttes de fait complexes. Dans le Capital, notamment dans les trois premières sections du 1° livre, il reprend ou forge un certain nombre de catégories pour analyser la structure fondamentale de ce rapport et en particulier de son pôle travail dans ses dimensions proprement économiques. Ce sont ces catégories que je voudrais rappeller ici dans la mesure où, à propos de Marx ou pas, on continue à s'y réfèrer dans les analyses actuelles.


2-1 - Valeur d'usage, valeur d'échange : travail concret, travail abstrait.

Le capitalisme "apparaît" d'emblée dit Marx- c'est la première ligne du Capital (- comme "une immense accumulation de marchandises", un monde où tout se vend et tout s'achète, même l'honneur ou le pouvoir, même et surtout le travail.

Or ce qui fait la valeur d'une marchandise est la combinaison de deux aspects. Elle a une valeur d'usage et comme telle doit être estimée utile par quelqu'un d'autre que son producteur sinon elle ne se vendrait pas. Elle a aussi une valeur d'échange exprimée dans un prix et qui permet de l'échanger contre d'autres marchandises ou contre de l'argent,"équivalent général" de toutes les autres.

L'argent exprime la valeur de tout produit échangé sur le marché, mais qu'est-ce qui la constitue ? Les économistes néo-classiques parleront plus tard d'utilité et de coût marginal, évitant ainsi bien des questions théoriquement mais aussi socialement délicates. Marx répond avec A.Smith et Ricardo et toute l'économie classique de son temps : c'est la quantité de travail cristallisé ou incorporé dans cette marchandise, soit une partie de "travail mort" (matières premières, usure des outils...) et une partie de "travail vivant" (quantité ou temps de travail mis à le fabriquer avec matière 1° et outils). Dans une société et une conjoncture donné, s'établit un temps de travail moyen nécessaire pour produire telle ou telle marchandise en fonction de l'état des forces productives.

A ce double (mais inséparable) caractère de la marchandise correspond semblablement dit Marx un double caractère ou une double dimension du travail : travail concret, utile, particulier, sous son aspect qualitatif différent de tous autres et incommensurables avec eux, mis en œuvre pour produire une marchandise en tant que valeur d'usage spécifique ; travail abstrait, "travail en général". Là ne comptent plus sous cet angle que la quantité de travail, mesurable avec toute autre en heures et en coût qui constitue la valeur d'échange de cette marchandise Mais pour Marx dans la dynamique du capitalisme le travail abstrait (i.e. cette dimension abstraite du travail : combien il vaut) a toujours tendance a primer le travail concret (sa dimension concrète d'activité intelligente et épanouissante). Disons pour illustrer que le demandeur de travail à la limite fera n'importe quel "travail concret"pourvu qu'il "se vende" pour vivre. De son coté le capitaliste offreur de travail prêtera surtout attention à ce qu'il vaut. A la limite il embauchera n'importe qui pour produire n'importe quoi pourvu que le résultat se vende avec profit, et plus le travail sera "simple" (unskilled ou non qualifié dit Marx) plus les ouvriers seront estimés interchangeables, moins le travail concret aura d'importance pour l'un comme pour les autres. Ce primat du travail abstrait est pour Marx une autre façon de parler de l'aliénation du travailleur et aussi en un sens de ce qu'il appelle "le fétichisme de la marchandise"propre au capitalisme : les rapports entre les hommes y passent par les rapports entre les choses et ne sont plus qu'une question de valeur abstraite, d'argent.

2-2 L'achat et la vente de la force de travail.

Échange de travail contre un salaire. On pourrait croire que tout est dit. Mais d'abord ce n'est pas le travail qui est vendu et acheté sur le marché de l'emploi comme le croyaient les économistes classiques, ce ne peut être que la force de travail et pour un temps déterminé. Marx définit celle-ci au niveau le plus général comme un "ensemble de facultés physiques et intellectuelles qui existent dans le corps humain et qu'il doit mettre en mouvement pour produire des choses utiles", bref il s'agit d'une capacité déterminée en savoirs et savoirs-faire, ce qu'on appelle aujourd'hui la qualification.

Ensuite ce marché du travail pas plus que tout échange de marchandise n'est un rapport naturel issu de l'instinct mercantile inné de l'homme comme le croyait A.Smith chantant les vertus de toute division du travail. Le salariat a pas toujours existé et le capital non plus. Leurs rapports sont le fruit d'un processus historique et social, c'est à dire contingent et construit. Il a fallu en particulier qu'existent face aux capitaux accumulés cherchant à se multiplier des travailleurs libres, c'est à dire d'une part disposant de leur force de travail (à la différence de l'esclave, du serf ou du compagnon avec son travail juré ou réglé), d'autre part forcé de la vendre pour survivre car dépourvus de moyens de production.

Enfin la force de travail n'est pas une marchandise comme une autre. Ou plutôt si sa valeur d'échange paraît être constituée comme une autre, ce n'est pas le cas de sa valeur d'usage. Quelle est en effet la valeur d'échange de la force de travail ? Comme toute marchandise, dit Marx, au delà des variations conjoncturelles de l'offre et de la demande, elle oscille autour du temps de travail nécessaire à un moment donné pour la produire et la reproduire, autrement dit de la valeur nécessaire et suffisante pour entretenir cette force de travail (nourriture, habitat, vêtements, etc) mais aussi pour la reproduire (éducation des enfants).

Et quelle est sa valeur d'usage ? Pour le savoir dit Marx il ne faut pas en rester à la surface des phénomènes économiques, à ce qu'ils apparaissent manifestement d'abord, c'est à dire au niveau de la circulation des marchandises et du capital, là où sont "réalisées" leurs valeurs. A ce niveau "n'apparaissent que Liberté, égalité, propriété et Bentham"() et le contrat salarial un échange donnant-donnant où chacun est quitte. Il faut descendre dans "le laboratoire secret de la production" qui à la fois celui des marchandises (ou des services) et de la plus-value où il est écrit "No admittance, except business"et où va être utilisée cette force de travail.

2-3 Usage de la force de travail et production de plus-value : le rapport d'exploitation.

La force de travail comme marchandise est ce qui permet en définitive au capital d'être lui-même, c'est à dire de produire plus de valeur qu'investie au départ au terme d'une opération de production, parce que c'est une marchandise dont la valeur d'usage employée à bon escient produit plus de valeur que n'en coûte sa propre valeur d'échange (sa propre reproduction).

Le capitaliste verse en effet un salaire équivalent à x heures de travail correspondant à la valeur des marchandises nécessaires à la reproduction de la force de travail dans des conditions historiques déterminées, mais il l'emploie durant y heures de travail, y étant toujours supérieur à x. Durant ce temps de surtravail l'ouvrier continue à cristalliser du travail sur l'objet qui appartient au capitaliste. Il dégage ainsi une valeur supplémentaire à sa propre valeur en tant que force de travail. C'est une survaleur ou plus-value au bénéfice du capital. A ce niveau, le contrat de travail apparaît comme un marché de dupe : derrière l'apparence d'échange égalitaire, le rapport capital/travail se révèle comme un rapport d'exploitation. Ainsi, dans l'esclavage ou le servage, le rapport d'exploitation est évident (le travailleur doit tout ou partie de son temps ou de sa production à son maître ou seigneur), mais il n'est pas le plus souvent vécu comme tel, enrobé qu'il est dans des relations affectives politiques et religieuses. Dans le salariat, il peut-être vivement ressenti mais pas explicable du premier abord.

Pour le capital par définition "assoiffé de plus-value", il y a plusieurs manières de la maximiser. La plus simple est toujours d'augmenter (ou refuser de diminuer) la durée de travail et donc la quantité de surtravail. C'est ce que Marx appelle la plus-value absolue. Mais outre les limites physiques, il y a des limites sociales posées par la résistance du salariat et l'intervention législative de l'Etat. On peut alors aussi, à durée de travail constante, augmenter l'intensité du travail (par l'organisation du travail) et augmenter sa productivité (par la mécanisation des processus productifs grâce aux applications industrielles de la science). C'est ce que Marx appelle la plus-value relative ou extra et dont il nous reste à étudier les effets selon lui. Mais rappelons-nous que pour Marx c'est la nécessité de produire de la plus-value qui est le nerf et l'aiguillon à la fois du progrès scientifique appliqué, de l'efficacité organisationnelle et de l'exploitation parce que le procès de production de marchandises ou de services marchands est identiquement procès de valorisation et d'accumulation du capital.


III - Division et organisation du travail dans l'entreprise capitaliste.

3-1- Division sociale et technique du travail et coopération.

Comme A.Smith, Marx pense que dans toute société et l'histoire humaine en général s'exerce un processus de division du travail, facteur de stratification sociale et de différenciation des individus. Dans tous les cas elle peut se produire par division d'un groupe et de sa tâche, mais aussi en sens inverse par agrégation dans un même processus de plusieurs groupes et de leurs tâches. Mais à la différence de ce dernier il établit soigneusement la différence entre deux types de division du travail ; division sociale et division qu'on appelle le plus souvent technique et qu'il appelle souvent manufacturière parce que c'est d'abord là pour lui qu'elle se réalise dans le capitalisme.

La division sociale est celle qui s'établit entre des producteurs indépendants, individus ou collectifs, qui devront ensuite échanger leurs marchandises sur le marché pour réaliser leurs valeurs. Elle est donc régulé "ex post", par l'anarchie dit Marx, c'est à dire par la loi de la concurrence sur le marché. La division technique est celle établie entre "travailleurs parcellaires" qui ne produisent pas de marchandises individuellement. Celle-ci est leur produit collectif et appartient au capitaliste qui a acheté diverses forces de travail et les emploie comme force collective. Là point d'anarchie, mais une organisation minutieuse établie a priori par l'expérience et la réflexion au service du capitaliste pour produire le plus possible de marchandises et donc de plus-value. Deux rationalités donc : celle de "la main invisible du marché" d'un coté, la "rationalisation" toujours plus poussée de l'organisation du travail de l'autre qui se voudra avec Taylor "scientifique" (O.S.T.).

Parler de division du travail, c'est en fait la même chose que de parler de coopération comme le fait Marx dans un chapitre précédent du Capital. Celle-ci a donc toujours existé que ce soit sous sa forme simple (tout le monde fait la même chose en même temps) ou complexe (chacun accomplit une tâche distincte complémentaire et coordonnée aux autres). Elle a pu être poussée très loin sous sa forme sociale (le système des castes aux Indes) ou technique (la construction des Pyramides ou des cathédrales) avant le capitalisme.

Mais dans le capitalisme la coopération comme division technique est la forme fondamentale ou intrinsèque. "L'emploi simultané de plusieurs travailleurs", ce que Mx appelle "le travailleur collectif" "est donné avec l''existence même du capital". "Une multitude d'ouvriers fonctionnant en même temps sous le commandement du même capital dans le même espace en vue de produire le même genre de marchandises, voilà le point de départ historique de la production capitaliste" qu'on a vu de fait se réaliser à partir de l'organisation du travail à domicile (par ex. le tissage ou l'horlogerie) par le regroupement des travailleurs et des moyens de production dans les manufactures puis dans la grande industrie. L'énorme avantage (que le capitaliste ne paye pas puisqu'il n'embauche que des individus isolés), c'est que l'efficacité de ce travailleur collectif est toujours plus grande que celle de la somme des travailleurs individuels, comme l'avait vu A.Smith. Non seulement par l'émulation même spontanée entre ceux-ci, mais aussi parce que celui-ci peut être présent partout à la fois et veiller à tout avec une multitude de mains, d'yeux et d'intelligence dans la durée et l'espace nécessaire à un processus de production unique et de plus en plus complexe.

Mais la coopération dans la production capitaliste n'est pas seulement fondamentale, elle revêt un mode spécifique. En effet elle est subordonnée aux intérêts du capital qui domine le travail et du coup objet de la résistance latente ou manifeste de celui-ci. Tout travail collectif pour être efficace requiert une organisation fonctionnelle et sans doute hiérarchique, comme tout orchestre, dit Marx, a besoin d'un chef d'orchestre. Mais dans le capitalisme, il y a identité entre cette fonction de gestion et d'animation et la fonction de capitaliste producteur de plus-value, même s'il est amené à la déléguer comme le remarque Marx, parce qu'il y a identité entre le processus technique et scientifique de plus en plus complexe de production de marchandises et le processus économique de production de plus-value.

3-2- De la manufacture au machinisme et à la grande industrie.

Au début, le capitaliste, dit Marx, ne change guère l'organisation artisanale du travail. Il se contente de faire travailler le plus longtemps possible la force de travail salariée sur les moyens de productions qu'il possède. Cela peut se faire à moindre frais en organisant le travail à domicile, comme cela persistera longtemps dans certains secteurs (par ex l'horlogerie en Franche-Comté ou la broderie jusqu'à la première guerre mondiale dans les Vosges) et comme cela tend à se refaire grâce à l'informatisation. Puis la recherche de plus-value relative, c'est à dire de l'intensité du travail dans une même unité de temps va l'amener à instaurer de plus en plus la parcellarisation des tâches qui est l'innovation propre de la manufacture et qui suppose la réunion des travailleurs et de leurs moyens de production dans un même espace.

Historiquement, la manufacture peut se réaliser selon deux processus. On réunit sous le même toit plusieurs métiers qui jusqu'ici produisaient pour le marché divers produits séparés pour n'en fabriquer plus qu'un, par exemple charron, menuisier, serrurier, doreur etc. sont mis ensemble pour fabriquer un carrosse : division du travail par agrégation de tâches jusqu'ici séparées, où chacun cependant se spécialise dans une partie seulement de son ancien métier. Ou bien, on divise un seul métier en une multitude d'opérations séparées : c'est l'exemple célèbre de la manufacture d'épingles évoqué par A. Smith. Une même tâche relativement complexe est divisée en un grand nombre d'opérations simples auxquelles chaque ouvrier est exclusivement affecté. Du coup on peut recruter des forces de travail peu formées, qualifiées et bien meilleur marché.

Avec la parcellarisation, chaque opération successive peut être à la fois mieux faite et plus vite. Il n'y a plus les interruptions inévitables chez l'artisan passant de l'une à l'autre. Les outils aussi se perfectionnent en se spécialisant préparant ainsi le machinisme. Un marteau universel de l'artisan devient 25 types de marteaux adaptés précisément à chaque opération. Le machinisme qui déclenche la révolution industrielle et crée la "grande industrie", ce n'est pas pour Marx comme on le dit souvent l'invention de la machine à vapeur à l'énergie décuplée par rapport à la simple force musculaire, c'est d'abord et fondamentalement l'invention de la machine-outil, c'est à dire le remplacement d'une intervention manuelle sur la matière qui occupe tous les organes d'un seul homme par une multitude d'opérations accomplies simultanément par autant d'instruments mus automatiquement que le même homme n'a plus qu'à surveiller et corriger, multipliant ainsi le rendement de la force de travail.

Mais il est vrai dit Marx que la mécanisation de l'outil, c'est à dire de la plupart des gestes manuels finaux, amène celle des processus de transmission intermédiaire (courroies, poulies, engrenages) et accélère le remplacement de l'énergie motrice humaine par d'autres sources d'énergie (vapeur, électricité etc).

Dans les définitions que Marx donne de la "fabrique" (ou usine), entreprise caractéristique de la grande industrie de son temps, on voit déjà se profiler nettement l'automation comme finalité derrière la mécanisation. Dans tous les cas, il s'agit d'augmenter l'intensification et la productivité du travail en supprimant les temps morts et au moins de maintenir à tout prix la durée du travail, car il s'agit cette fois aussi de rentabiliser des machines couteuses devenant rapidement obsolètes.

3-3- Les conséquences de la manufacture et du machinisme industriel sur le travail salarié.

Il est difficile de résumer des centaines de pages d'analyse en quelques lignes, sans simplifier. Sans prétendre être exhaustif, on se contentera de noter ici trois principaux traits dont on peut encore aujourd'hui discuter l'actualité du moins dans leurs principes.

Un mouvement toujours recommencé de déqualification relative de la masse de la force de travail et de surqualification d'une minorité

Avec la parcellarisation introduite par la manufacture, les ouvriers salariés qui n'étaient déjà plus maîtres, par définitiion, des moyens de travail et du procès de production des marchandises, ne maîtrisent plus non plus l'ensemble du procès de travail. Mais on assiste déjà à la création d'une première hiérarchisation de la force de travail. Beaucoup deviennent ou sont engagés comme simples manœuvres sans apprentissage spécial. Par contre le capitaliste ne peut se passer de la connaissance du matériau, du coup de main et des ficelles du métier possédées par l'ouvrier qualifié sur le segment ou la parcelle du métier ou de l'opération qu'il maîtrise.

C'est ce qui va changer avec la mise en œuvre de la machine-outil. "La spécialité qui consistait à manier pendant toute sa vie un outil parcellaire devient la spécialité de servir sa vie durant une machine parcellaire...Dans la manufacture l'ouvrier se sert de son outil, dans la fabrique, il sert la machine. Là le mouvement de l'instrument part de lui ; ici il ne fait que le suivre". On retrouve alors, mais "dépersonnalisés" dans les machines, face à l'ouvrier qui n'a plus qu'à s'y plier comme aux conditions objectives de son travail, les deux formes de coopération : "simple" dans le cas de plusieurs machines "homogènes" en série faisant en même temps la même opération ; complexe "quand l'objet de travail parcourt successivement une série de divers procédés gradués, exécutés par une chaîne de machines-outils

"La virtuosité dans le maniement passant de l'ouvrier à la machine", la tendance est à niveler les travaux et à supprimer les gradations existantes entre ouvriers de métier. A coté des travailleurs encore qualifiés affectés aux machines outils, on trouve donc d'une part une masse plus grande de manœuvres qui peuvent être des femmes et des enfants et d'autre part "une classe supérieure de travailleurs", c'est à dire "un personnel numériquement insignifiant d'ingénieurs et de mécaniciens (d'entretien) les uns formés scientifiquement, les autres ayant un métier" et promus à partir de lui.

Cette division technique renforcée du travail, Marx la décrit souvent comme une hiérarchie militaire avec ses officiers (ou ingénieurs-chefs), sous-officiers (ou contremaîtres et techniciens) et sa multitude de simples soldats. C'est d'autant plus vrai que la"subordination technique d'une masse de travailleurs de tout âge et sexe à la marche uniforme des moyens de travail impose une discipline de caserne" avec ses règlements intérieurs et ses amendes exigeant ponctualité, attention, obéissance aux consignes etc.

Séparation accrue entre travail manuel et travail intellectuel.

La grande industrie achève dit Marx la séparation entre le travail manuel d'un coté et ce qu'il appelle les"puissances intellectuelles" de l'autre, c'est à dire aussi bien les sciences appliquées des ingénieurs que les consignes d'organisation du travail qui sont devenues des "pouvoirs du capital". La soumission du travailleur à ses conditions de travail se retrouve "objectivée" devant lui dans les machines de son atelier et leurs modes d'emploi commandé. "Le travail mécanique" est à la fois usant nerveusement et dépouillé d' intêret ()

On retrouve nettement dans les pages du Capital quelquechose de ce que le jeune Marx appelait aliénation. Il y parle en effet du travailleur exécutant de la grande industrie comme d'un "individu morcelé, porte douleur d'une fonction productive de détail". Il rêve de le remplacer par "l'individu intégral qui sache tenir tête aux exigences les plus diversifiés du travail et ne donne dans des fonctions alternées qu'un libre essor à la diversité de ses capacités naturelles ou acquises". Mais cela supposerait à la fois une formation générale, "polytechnique" et professionnelle dispensée à tous et à la fois une recomposition et un enrichissement des tâches qu'il n'imagine pas comme réalisable dans les conditions de la production capitaliste, c'est à dire sous l'aiguillon d'une recherche forcenée de plus value dans un marché régi par la seule concurrence.

Mouvements de mobilisation-démobilisation de la force de travail et mobilité obligée du travailleur /

L'industrialisation pour Marx est un processus incessant et toujours renouvelé du capital qui ne cesse de se répandre dans toutes les branches, tous les secteurs et tous les espaces disponibles ou de la plus-value peut être produite, et d'y révolutionner les rapports sociaux de production en bouleversant les moyens de production. Ce faisant il produit d'incessantes et nouvelles divisions économiques et professionnelles du travail et en rend d'autres complétement obsolètes. Il détruit des masses d'emplois devenus trop nombreux ou déqualifiés dans un secteur, pour en produire d'autres en quantité et en qualité là ou ailleurs.

Le machinisme ou le progrès technique détruit-il plus d'emplois qu'il n'en crée ? La discussion existait déjà du temps de Marx sous le terme de "théorie de la compensation "et il pensait déjà quant à lui qu'ils en créent moins et des différents. Il pensait de toutes façons que ce n'est pas les machines et le progrès technique mais le capital privé qui les emploie et le met en oeuvre dans un contexte de concurrence sauvage acharnée qui, en s'investissant à la recherche de profit ici ou là, provoque des phases de croissance énorme en même temps que ces crises cycliques de surproduction qu'a connu le 19° siècle (et le 20° jusqu'à la grande crise des années 3O et semble-t-il de nouveau depuis la crise du fordisme). Ce sont ces conditions, pensait-il, qui provoquent des mouvements successifs ou simultanés selon le temps et l'espace de "démobilisation" massive et de "mobilisation" intensive de la force de travail, tout en maintenant en permanence une "armée industrielle de réserve" c'est à dire un chômage structurel, réserve permanente de main d'oeuvre bon marché pesant sur le salaire et les conditions de travail obtenues par les actifs déjà "mobilisés"...


Conclusion : actualité ou inactualité de Marx ?

Après une période de fortune énorme, confinant parfois au dogmatisme et à l'idolâtrie, dans les années 68 notamment, la pensée de Marx semble déconsidérée, emportée par l'échec économique manifeste et les crimes politiques devenus indéniables du communisme qui la revendiquait. Du coup la pensée libérale est devenue plus que jamais dominante, exaltant comme toujours la liberté, l'initiative, la rationalité individuelles mises en œuvre par le capitalisme - vu comme étant le meilleur ou le moins mauvais régime économique - et mettant en avant des résultats incontestables. Il n'est guère contestable non plus que toute une tradition en sociologie et organisation du travail surtout, s'inspirant notamment de Weber et de son acteur rationnel contre Marx, est davantage en connivence avec cette pensée libérale et inspire de nombreuses analyses aujourd'hui.

En dépit de tout cela, cette pensée de Marx reste-t-elle actuelle et utile ou pas ? On ne donnera ici que quelques éléments pour un jugement que chacun peut se faire.

Marx a été un observateur et un analyste incomparable en même temps que radicalement critique (tout en l'admirant)du capitalisme tel que naissant et s'épanouissant en Angleterre où il vivait. Il en a extrapolé un certain nombre de traits pour proposer un modèle également polémique et critique de l'essence du capitalisme, à prétention universelle. Or le capitalisme n'a pas commencé et ne commence pas partout comme en Angleterre et de toutes façons, à travers des crises, a évolué depuis cette époque selon diverses phases (cf. les économistes de la régulation ou la sociologie de Touraine), sans exploser de par ses propres contradictions comme le pensait Marx.

Certains des traits dégagés restent-ils valables ? Les trois "conséquences" de la logique capitaliste industriel sur le travail qu'on vient de résumer ci-dessus, semblent permettre d'analyser des réalités postérieures à l'époque de Marx. En tout cas, les deux premières ont inspiré fortement beaucoup d'analyses sociologiques du taylorisme et du fordisme. La troisième semble retrouver un regain d'actualité avec la crise de ce fordisme et le regain des politiques libérales. C'est pourquoi on ne peut ignorer en sociologie du travail ces descriptions et analyses de Marx et les principaux concepts qui les structurent.

F. de Chassey

LEÇON N°3 D'UN COURS DE TÉLÉENSEIGNEMENT DE SOCIOLOGIE DUI TRAVAIL. UNIV. DE BESANÇON ANNÉES 94-95, 1995


En dépit de tout cela, cette pensée de Marx reste-t-elle actuelle et utile ou pas ? On ne donnera ici que quelques éléments pour un jugement que chacun peut se faire.

Marx a été un observateur et un analyste incomparable en même temps que radicalement critique (tout en l'admirant)du capitalisme tel que naissant et s'épanouissant en Angleterre où il vivait. Il en a extrapolé un certain nombre de traits pour proposer un modèle également polémique et critique de l'essence du capitalisme, à prétention universelle. Or le capitalisme n'a pas commencé et ne commence pas partout comme en Angleterre et de toutes façons, à travers des crises, a évolué depuis cette époque selon diverses phases (cf. les économistes de la régulation ou la sociologie de Touraine), sans exploser de par ses propres contradictions comme le pensait Marx.

Certains des traits dégagés restent-ils valables ? Les trois "conséquences" de la logique capitaliste industriel sur le travail qu'on vient de résumer ci-dessus, semblent permettre d'analyser des réalités postérieures à l'époque de Marx. En tout cas, les deux premières ont inspiré fortement beaucoup d'analyses sociologiques du taylorisme et du fordisme. La troisième semble retrouver un regain d'actualité avec la crise de ce fordisme et le regain des politiques libérales. C'est pourquoi on ne peut ignorer en sociologie du travail ces descriptions et analyses de Marx et les principaux concepts qui les structurent.

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