Communiqué

Jean Borella, un philosophe révolutionaire

Jean Borella (1930) est un « philosophe révolutionnaire ». Pouvait-on, en effet, encore faire œuvre de métaphysique après les critiques physicistes (Galilée), philosophiques (de Kant, Heidegger ou Derrida), sociologiques (de Marx à Lévi-Strauss), psychologiques (de Freud ou Lacan), voire même (pseudo) théologiques (Küng, Drewermann) ?
Eh bien, oui ! L’œuvre de Jean Borella témoigne de cette possibilité ; elle est cette possibilité même, au terme d’une simple révolution de la pensée de la connaissance, laquelle d’ailleurs, n’est pas sans analogie avec cette révolution de la physique (relativité générale, physique quantique) qui finit, avec un siècle de retard, par pénétrer les esprits les plus rationalistes (voire les plus rabougris, si Sartre veut bien prêter son mot), sans doute grâce à des colloques universitaires transdisciplinaires, tels que ceux qu’un Michel Cazenave peut organiser avec l’Université libre de Bruxelles.
Cette révolution borellienne, certes, a pu être initiée à une époque où l’œuvre métaphysicienne d’un René Guénon venait de poser un pavé inamovible dans la mare du modernisme, mais elle aura su s’en éloigner, s’épurer, se sublimer ! C’est que, derrière cette révolution réussie, il y avait un secret.
Ce secret, c’est la simple pensée du tout, la pensée qui se refuse à tout réductionnisme (fût-il méthodologique), une pensée donc qui ne rejette rien, à commencer par la Révélation . Alors seulement l’œuvre philosophique peut-elle vraiment commencer, découvrir sans tabou à quel point le croire et le savoir sont intimement liés au cœur de toute connaissance (fût-elle scientifique) et de retrouver cette distinction fondamentale entre intelligence (intuitive) et raison (discursive), deux fonctions tellement indissociables que la pensée moderne avait fini par les confondre.
Dès lors, la pensée borellienne peut prendre toute son ampleur : démonter trois siècles de critiques du symbolisme , réfuter les catégories artificielles imposées d’une nature et d’une surnature qui s’excluraient réciproquement , déconstruire les discours kantiens et derridiens d’une raison qui ne se sent plus ou qui se suicide et, positivement cette fois, retrouver le sens du surnaturel, redécouvrir que « l’intelligence est le sens du réel », bref, identifier et nommer, au cœur de la possibilité du connaître, cette réminiscence platonicienne dont on a entendu parler mais qu’on ne comprendra jamais assez .
Pour autant, l’objectif de cette œuvre n’est pas nécessairement d’infléchir la pensée populaire ou académique de notre civilisation, mais peut-être de simplement contribuer à perpétuer, à travers les âges, l’écho de la réalité d’une gnose christique, laquelle, de Platon rectifié par S. Augustin en passant par S. Denys L’Aréopagite, Jean Scot, Nicolas de Cues, S. Thomas d’Aquin, Maître Eckhart et tant d’autres, doit rester à la disposition de celui qui, quelque jour, fera sa propre révolution métaphysique.

Pour nous dresser le panorama de cette pensée majeure, Bruno Bérard a choisi d’en présenter une « synthèse », exclusive de tout commentaire, sous forme d’un patchwork très ordonné. Ainsi, une première partie regroupe les fresques, issues de 3000 ans d’histoire de la pensée et peintes par Jean Borella : la crise sophistique et les réponses de Platon et d’Aristote, les quatre régimes historiques de la raison, le meurtre en trois siècles du symbolisme… Une deuxième partie rassemble les définitions de ces types (et modes) de connaissances que constituent la philosophie et la science, l’ésotérisme, l’ontologie, la théologie, la mystique et la métaphysique, tous domaines dont nous connaissons bien les noms, mais dont les champs spécifiques et interrelations deviennent moins précis, dès que nous avons à les expliciter. La troisième partie nous permet d’entrer dans une métaphysique de la relation, à travers, d’une part, une théorie du symbole, lequel non seulement « donne à penser » (Paul Ricœur) mais davantage encore « donne la pensée à elle

Bruno Bérard
mai 2006


VIENT DE PARAÎTRE
Jean Borella : La Révolution métaphysique
Après Galilée, Kant, Marx, Freud, Derrida
de Bruno Bérard, chez L’Harmattan