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" A l'écoute des ombres ", recension dans "Poésie sur Seine"

Stella VINITCHI RADULESCU - A L'ÉCOUTE DES OMBRES (L' Harmattan, 3 rue de l'École Polytechnique 75005 Paris) (12 €)

Ce recueil, rédigé dans un style concis dont l'écriture est parfois surprenante, demande une lecture attentive. Les images, les mots, surgissent, se combattent parfois, se contredisent, les oxymores ouvrent dans le poème des perspectives que le début du texte ne faisait pas attendre. "Ne me confondez pas avec / ces lettres / un corbeau vient d'attester leurs blancheur". Il ne s'agit pas ici de simples effets de style ; ces contradictions dans les termes correspondent à un thème de fond, récurrent dans ces poèmes. Si l'auteur se dit "à l'écoute des ombres", c'est, comme le dit le présentateur du recueil, parce que les apparences sont mensongères et qu'il convient, à travers le langage, de débusquer ces mensonges. Le mensonge, c'est celui de la fausse couleur du jour, "couleur d'un temps / sans couleur... couleur d'un mot accroché à la langue comme l'ombre à l'oeil", c'est celui de l'ombre qui nous tient lieu de réalité. "On est de cette race de bergers / qui titubent dans le noir / au seuil / de la lumière" ; il s'agit de passer de cette apparence de réalité qu'est la lumière noire de chaque jour vers une autre lumière, celle d'une réalité supérieure et cachée. Et découvrir à l'aube "le monde écrit / à l'envers / comme / un désert de roses", découvrir "quelque part un enfant / quelque part un sourire / quelque part il fait soir / quelque part on arrive", — "Nous et nos ombres / mains crispées / sur un morceau temps", il nous reste donc à trouver à travers l'écriture, la "nouvelle chanson" qui est aussi "chanson de tous les jours", "portée par le vent / d'un soir bohème", "Approche-toi, nuit, conclut le recueil, je m'envole, je te laisse un corps tatoué d'étoiles".

Antoine de MATHAREL

Antoine de Matharel

POÉSIE SUR SEINE, NUMÉROS 81 / 82, mars 2013

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