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L'histoire vraie d'une migrante, premier livre prometteur de Dominique Rijbroek

"Un récit sobre et très bien documenté". C'est ce qui a plu à la maison d'édition L'Harmattan lorsqu'elle a reçu le manuscrit de Dominique Rijbroek. Dix jours après, elle donnait une réponse positive. Un fait suffisamment rare dans le milieu de l'édition pour être souligné. "La Survivante" est effectivement un livre singulier d'humanité. Il retrace une histoire vraie, le destin d'une migrante kurde.
Spontanément, c'est Dominique Rijbroek qui pose des questions lorsqu'on se retrouve autour de la table de sa salle à manger. Autour d'un café, dans une maison perdue dans la campagne, qu'elle habite depuis dix ans avec son mari.
Mue par une curiosité naturelle. Cette même posture qui l'a sans doute emmenée à écrire, de façon étonnamment neutre, le parcours de vie terrible d'une femme kurde irakienne, migrante échouée dans la région. "J'ai toujours aimé les biographies" raconte Dominique Rijbroek, mais j'attendais un sujet suffisamment concernant".
Un sujet qui lui est arrivé par le biais d'une amie avocate. "Elle m'a appelée un jour en me disant que quelqu'un voulait me rencontrer, qu'il fallait faire vite". Cette personne, c'est Dila. Une Kurde irakienne marquée au fer rouge par une vie qui a été une succession d'atrocités. Orpheline, battue dans son enfance, emprisonnée, mari assassiné, échouée dans la jungle des réseaux de passeurs de la région, violée, recherchée...
En préambule, Dominique Rijbroek, qui a été journaliste, correctrice pour des maisons d'édition ou encore chargée de communication, écrit : "Le récit qui va suivre est basé sur le témoignage volontaire d'une femme qui vit dans la peur". Elle a rencontré Dila trois fois, presque en cachette, avec un interprète. Dominique Rijbroek s'est beaucoup documentée et a eu accès au dossier judiciaire de la femme. Elle a reconstruit le fil de la vie que lui a livré, abrupt et décousu, Dila. "Au moment où elle a voulu me voir, elle était arrivée à un point de non-retour. Cela a marché car on a établi tout de suite une relation de confiance. Je ne crois pas qu'elle se serait livrée à un homme". Et on le sent dans le livre, puisque l'auteur fait des allers retours entre la vie de la femme et leurs rencontres.
Dominique Rijbroek ne laisse pas affleurer la compassion, malgré des scènes d'une extrême violence. Elle garde - et c'est toute la force du récit - un regard neutre, jamais misérabiliste sur Dila. "Ce livre n'était pas un exercice de style, le sujet ne s'y prêtait pas. Je n'ai pas voulu, non plus, prendre parti". D'ailleurs, elle n'est aucunement militante. Et reconnaît qu'elle ne connaissait des migrants que leurs silhouettes croisées le long de l'A 16. Mais "Dila a un parcours atypique pour une migrante : femme d'un certain âge, mère, cultivée..." Un portrait édifiant, dépeint par un regard curieux, au sens noble du terme.

Raphaëlle Remande

LA VOIX DU NORD, juin 2012

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