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L'essai de la semaine

Des essaims de satellites peupleront le voisinage de la planète comme autant de " sentinelles spatiales ". Des dizaines de " forteresses de l'espace ", munies d'un armement laser, croiseront dans le ciel lointain. Le premier missile balistique hostile qui jaillira de son tube de lancement sera détruit par un rayon laser " comme un lapin sortant de son terrier ". Les fusées qui auront échappé à cette première interception seront éliminées pendant leur trajectoire ou abattues dans les dernières secondes avant leur impact, à partir de "forteresses terrestres " munies d'armes antimissiles. Cette vision hallucinante dans laquelle le globe et son environnement cosmique deviendraient un seul espace stratégique militarisé n'appartient plus entièrement à la science-fiction. Les Etats-Unis sont en train de la transposer dans la réalité, avec les premières strates de leur défense antimissile. Manifestement séduit par les perspectives ouvertes à la science et à la technologie, Bernard Lavarini, grand spécialiste français des lasers, affirme que l'Europe doit participer à cette course qui décidera des rapports de force dans le monde des vingt-cinq prochaines années. Pour justifier ce choix, il n'hésite pas à puiser dans la corbeille aux fantasmes de certains conservateurs américains, agitant les spectres du " nihilisme islamique " et des " Etats talibanisés " comme autant de menaces contre l'Occident. Cela ne l'empêche pas de discerner, derrière ces obsessions, les véritables objectifs du projet américain : d'abord se prémunir contre les menaces des futurs " géants asiatiques ", en particulier la Chine, ensuite et surtout, s'assurer une supériorité durable en matière de puissance militaire, atout indispensable à l'hégémonie économique et stratégique sur le reste du monde. Estimant que l'Europe, si elle veut jouer un rôle autonome dans le monde de demain, doit se doter elle aussi d'une " défense globale ", l'auteur plaide pour que la France propose à ses partenaires un grand programme de recherche en vue d'un futur bouclier. Mais cela n'obligerait-il pas l'Europe à clarifier sa propre identité ?

François Schlosser

LE NOUVEL OBSERVATEUR, février 2006