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Skopje craint un non français à sa candidature

MACEDOINE
La rumeur selon laquelle Paris invoquerait la crise budgétaire européenne pour bloquer la candidature macédonienne ne cesse de grandir au sein du gouvernement de Skopje.

FAUT-IL ACCORDER à la République de Macédoine le statut de candidat à l'UE ? La question sera débattue demain par les ministres des Affaires étrangères des Vingt-Cinq et tranchée trois jours plus tard au cours du sommet européen de Bruxelles.
Le 22 mars 2004, la Macédoine a officiellement déposé sa candidature à l'entrée dans l'Union européenne. Depuis l'avis favorable émis par la Commission, le 9 novembre dernier, elle allait répétant que, pour elle, la porte de l'UE s'ouvrirait le 15 décembre avec l'accord des chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq. Elle ne tournerait plus en rond dans "la salle d'attente ", mais pourrait, comme l'annonçait son vice-premier ministre en charge de l'intégration européenne, Radmila Sekerinska, s'engager dans le long " couloir " qui mène à l'adhésion. Dans le secret des officines, une fête se préparait pour célébrer l'événement. Mais voilà, depuis quelques jours, à Skopje, l'inquiétude grandit à mesure qu'enfle la rumeur du refus qu'opposerait la France, soucieuse de ne pas engager dans de nouveaux processus d'élargissement une Europe incapable de se doter d'un budget. Une vraie douche froide!
A Paris, la Macédoine dépêche ses ambassadeurs. Après le ministre des Affaires étrangères, Ilinka Mitreva, venue plaider " l'excellence " de son pays et inaugurer une exposition célébrant les liens entre les deux nations, le premier ministre de Macédoine, Vlado Buckovski s'est employé à son tour à défendre la cause macédonienne. Ils ne sont pas sûrs d'avoir réussi dans leur entreprise. Et Skopje peine à dissimuler son désarroi.
Au coeur des Balkans où l'exacerbation des nationalismes a causé des centaines de milliers de morts, laissé de profondes blessures et peut à tout moment engendrer de nouvelles crises (1), la Macédoine, petite nation de quelque 2 millions d'habitants sur un territoire de 23 713 km' mesure sa fragilité. Avec la signature des accords d'Ohrid, qui, en août 2001, ont posé les fondements constitutionnels d'une société multiethnique, elle a su venir à bout du conflit armé qui, sept mois durant, avait opposé sur son sol la communauté albanaise, minoritaire, et la communauté slave. Mais elle demeure un pays aux faibles ressources où le taux de chômage avoisine les 40 %, un Etat aux institutions gangrenées par la corruption où la justice est bien en peine de mettre un terme à la criminalité organisée. Une société en transition, à l'avenir incertain. Dans ces conditions, " s'approcher de l'Europe, c'est comme donner un coup de pied au fond de l'eau pour remonter à la surface ", explique l'écrivain Luan Starova, membre de l'Académie macédonienne des sciences et des arts.
" L'Union européenne est notre seule alternative ", insiste Vladimir Radevki, professeur d'informatique à l'université de l'Europe du Sud-Est à Tetovo. Il a passé son troisième cycle d'études universitaires à Paris et a choisi, en dépit de la possibilité qui lui était offerte d'enseigner en France, de revenir dans son pays. II ne regrette pas son choix, mais il vit mal l'humiliation ressentie à chaque demande de visa. A chaque contrôle aux frontières de l'Europe. "Avoir un passeport macédonien ne fait pas de moi un criminel! ", s'insurge-t-il. La perspective d'un report de l'octroi à la Macédoine du statut de candidat l'accable. " Si la Grèce et le Portugal, qui, à l'époque, n'étaient pas beaucoup plus développés que nous, ont pu entrer dans l'Union, pourquoi ne le pourrions-nous pas ? Ils ont eu la volonté et la force nécessaires. Nous les avons aussi. "

De l'huile dans le moteur de la réforme

La perspective européenne recueille, selon les derniers sondages, l'adhésion de 92 % des Macédoniens. A l'approche de l'échéance, ils se font pressants. Multiplient les mises en garde. "Notre pays a fait des miracles en quatre ans p

Christine Fauvet-Mycia

LE FIGARO, décembre 2005


(1) Ouvrage collectif, préfacé par Jean-Arnault Dérens et édité par L'Harmattan, L'ex-Yougoslavie dix ans après Dayton offre une très intéressante contribution à la compréhension de cette région méconnue de bien des Européens.