Hommages

Christian CAZALS primé par L'Alliance Française de Lyon

Deuxième prix de poésie francophone : Yassa

Tendre la main et toucher le cœur des enfants de la brousse.
Yassa


Rassemblée sur le sol écorché
Le sol de terre battue
Le sol gris de la case ronde.
Au centre le grand plateau d'aluminium poli y frémit le riz le poulet le citron dans son jus l'huile en gouttelettes.
Une multitude de doigts
des minuscules
des boudinés
des très fin bagués de cuivre
et d'argent gravé à la pointe du silex.
Adembo l'aîné, griot et musicien habile, ses doigts glissent sur les cordes de la kora.
Mahfou le jardinier, ses yeux lumineux fixent les bougainvilliers et ses lèvres tremblent… un chant intérieur. Pour l'heure il participe au grand repas de fête.
Awa revient au village.
Awa, studieuse, toujours très loin dans ses pensées.
Awa la comédienne, elle qui parcourt le pays, chante, danse.
Dans quelques jours elle va franchir les mers, les continents, pour une lointaine métropole.
Avec délicatesse, elle plonge ses doigts et roule le riz et le poulet. Gourmande, dépose une boulette sur sa langue. Hostie. Douceur du citron.
Plaisir répandu dans sa gorge et celle de ses frères.
L'enfance au village des pêcheurs… souvenirs en images de soleil, le rythme du djembé dans son cœur de femme libre.
Envol d'une palombe noire au dessus de l'écume, semence étalée sur la plage.
Babacar et Souleymane, inséparables sur les chemins de la brousse et dans les branches des arbres.
Plaies et bosses en cours d'école et sur le terrain de foot.
Lamine encore étonné, à peine sorti de l'âge du bébé, il commence à marcher, se roule dans le sable chaud,
Et puis Maurice Idrissa DIEDHIOU le vieux maçon
Accroupi auprès du fromager
l'œil sur la case familiale,
prés de la porte Ngoné Nuaa Mariana
et dans ses bras le dernier : Ibrahim,
enveloppé de batik bleu et or
bouche soudée au téton du sein généreux.
Toute une famille en Casamance dans l'entrelacs des bolongs prés de l'île aux oiseaux.
novembre 2006

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