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Lettre du CRIF, par Jean-Pierre Allali

Israélien depuis 1972 après avoir vécu à Moscou où il est né en 1938 et au Kazakhstan, l'écrivain David Markish, auteur d'une vingtaine d'ouvrages, est le fils cadet du célèbre poète yiddish, Peretz Markish, assassiné sur ordre de Staline en 1952.
C'est un ouvrage truculent où l'humour le dispute à la dérision qu'il nous propose avec les tribulations d'un jeune écrivain, pas vraiment juif mais peut-être un peu quand même, Vadim Soloviov, expulsé par erreur dans les années 1970 d'Union Soviétique.
Vadim, qui vivait à Moscou sans "propiska", le permis de séjour obligatoire en URSS, occupait un sous-sol crasseux, une "niche" se plaisaient à dire ses amis. Un squatter en somme. Ce que ne manquera pas de découvrir le capitaine Romanov, de la Loubianka, la "Grande Maison" de la capitale soviétique. Convoqué aux services de police, Vadim va subir un interrogatoire serré jusqu'au moment où le capitaine lui assène : "Vous avez une tante en Israël, à Tel-Aviv". Et, cas aggravant, une grand-mère au nom de Sarah Leïbovna fusillée à Baby Yar ! Malgré les dénégations du citoyen Soloviov qui persiste à déclarer "Je ne suis pas juif, je suis Russe", il doit avoir quitté les limites de l'Union Soviétique au plus tard le 31 décembre 1976.



Commence alors un périple aussi invraisemblable que mouvementé : Vienne, tout d'abord puis Rome, Paris, New York et, pour finir, Tel-Aviv et Jérusalem. Mais aucune de toutes ces villes qu'il avait tant rêvé de visiter quand il vivait tranquillement dans sa "niche", ne vaut, tout compte fait sa chère Russie et Vadim va déployer tous ses efforts pour obtenir l'autorisation de revenir au bercail. Il envisage même, tel un chien errant, de rentrer clandestinement "chez lui" par la frontière finlandaise. Réussira-t-il contre vents et marées ? Le suspense demeure jusqu'aux dernières lignes de cet livre sympathique et d'une lecture très agréable.
On doit être reconnaissant à la traductrice, Brigitte Bernheimer, pour les précieuses notes qu'elle prend l'initiative d'insérer dans le livre et qui permettent de comprendre le sens précis de nombreux mots ou expressions typiquement russes.
Un roman vraiment délicieux.
Note :
(*) Éditions L'Harmattan. Mars 2014. Traduit du russe par Brigitte Bernheimer. 276 pages. 22,50 euros.
septembre 2014

Livre associé

Le chien errant
Collection : Amarante
2014

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