Critiques

Emile Digeon ou l'itinéraire singulier d'un communard

Paul Tirand, ami de la Commune de Paris, a publié un livre décapant concernant Emile Digeon, lequel fut le chef de la Commune de Narbonne en 1871. On y découvre que ce séduisant personnege, peu cité par les historiens mais homme de grande qualité toujours généreusement engagé, fut successivement au cours d'une vie aventireuse : communard, socialiste, déporté politique, journaliste, directeur d'une société à Palma de Majorque, banquier, animateur de l'insurraction en 1871 et enfin candidat aux élections législatives de la III° République. Pour couronner ce parcours insolite, il deviendra anarchiste et mourra pauvre en 1894.
Né en 1822 à Limoux dans une famille d'avocats, Emile Digeon fit ses études à Montpellier tout en découvrant au sein d'un environnemejnt aisé le ferment d'idées républicaines et l'idée de la résistance aux pouvoirs forts. C'est ainsi qu'il connut la prison aux côtés de son père lors de la prise de pouvoir de Louis Napoléon Bonaparte. Puis il fut déporté en Algérie -toujours avec son père- en tant qu'ennemis du régime. Ils s'en évadèrent tous les deux et vécurent ensuite jusqu'en 1867 à Palma de Majorque où vivait une petite colonie de Français.
Les Digeon s'intègrent rapidement dans l'île où Emile se marie et crée une raffinerie de sucre. Il devient plus tard banquier et riche notable juqu'à son retour en France au moment où le Second Empire est entré dans sa phase libérale. Les idées républicaines ont fait leur chemin. Emile, devenu journaliste, est toujours sur la brèche des revendications à caractère social et lutte toujours contre le pouvoir jusuiq'au moment où il se range sur des positions carrément révolutionnaires et participe à la Commune.
Deux raisons essentielles me font recommander la lecture de ce livre. La première est que nous sommes en face d'une partie de l'Histoire de la Commune vue d'une province éloignée mais très sensibilisée aux évènements politiques; Et la seconde est que, sur fond d'iun engagement sans faille, la vie de Digeon se lit comme un roman où l'on retrouve parmi les acteurs de cette époque Clémenceau, Jules Vallès, Louise Michel, Lissagaray, Jules Guesde, Louis Blanc, Garibaldi et bien d'autres...
En 1882, Emile Digeon fonde la Ligue Révolutionnaire Internationale qui va conduire son rêve d'utopiste (c'est ainsi qu'il se définit) à hisser le drapeau noir de l'Anarchie. On devra le prendre dorénavant comme un politique bien inspiré quand on sait que dans son rêve, il avait conçu -entre autres- l'abolition de la peine de mort, le droit pour tous à l'assistance, enfin, clin d'oeil à des responsables politiques rarement an avance sur les tendances : la décentralisation des pouvoirs. Imprimées pages 218 et 219, les dernières volontés d'Emile sont un monument de lucidité, de génrosité et de modestie. A lire absolument avant de faire votre testament.

Claude Chanaud

BULLETIN DE L'ASSOCIATION DES AMIS DE LA COMMUNE DE PARIS 1871, mai 2007

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