Articles de presse

Produire, consommer... Vivre autrement. pour une société écologique : un bilan... et des questions

L'un a pour titre : Pour une économie alternative et solidaire ; l'autre : Les citoyens peuvent-ils changer l'économie ?. Ce sont deux livres récents qui relancent la vieille aspiration à un monde "autre". Les idées écolo-alternatives agitées à partir de Mai 1968, actualisant des idées du XIXe siècle, continuent de susciter de l'intérêt et une espérance. Dominique Allan Michaud, chercheur au Centre BioGéo (UMR CNRS-ENS), spécialiste de l'écologisme et auteur de "L'avenir de la société alternative", propose une analyse entre bilan et prospective.

Consommer autrement, c'est un volet d'un projet qui en comprend d'autres : produire autrement, voter autrement. Il fait appel à l'action des femmes et des hommes réunis en société. Il leur demande d'agir comme producteurs, comme consommateurs, comme électeurs. Ce projet, c'est : vivre autrement, ensemble, dans la convivialité. Quelle est la meilleure façon d'y arriver ? Et quel type de société cela désigne-t-il ?

Produire autrement

Une tendance des plus notables a consisté en des tentatives de création d'entreprises de petite taille à visée socio-écolo-économique. C'était pour produire autre chose, autrement. Des militants issus de Mai 1968, contestataires de la société de consommation, et plus précisément de la société productiviste - notamment quand ils appartenaient à la mouvance écologiste -, ont voulu faire de micro-structures des révolutions minuscules dessinant une alternative économique pour une société d'autonomie, de moindre aliénation. L'action sur l'offre a été accompagnée d'une action sur la demande grâce à des opérations d'achats collectifs de produits de l'agriculture biologique, plus rarement de matériels fonctionnant à l'énergie solaire.
Les entreprises voulues alternatives allaient-elles contribuer à la relance de l'économie traditionnelle, par recréation d'un tissu artisanal, commercial, largement troué dans les années 1960 pendant lesquelles le petit producteur fut fort dissuadé (en particulier fiscalement) ? Ou bien y aurait-il dans ces pratiques préfiguration d'un nouveau mouvement social, d'un projet idéologique, parturition d'un type différent de société ? Le discours s'est attaché à la deuxième hypothèse. Changer la vie, ici et maintenant, vivre autrement. Autant dire : ne plus attendre Le Grand Soir de la révolution violente, mais fomenter les petites révolutions pacifiques du Small is beautiful. Vivre autrement, ce serait donner corps à l'idéal pour une génération de militants de la seconde moitié du XXe siècle. L'alternative aura été un mot-clef de cette nouvelle génération de militants, décidés à rompre avec la mythologie du mouvement ouvrier pour faire la révolution autrement. Au risque de ne la faire jamais. Mais ce risque-là ne se trouvait-il pas aussi du côté d'une certaine ossification de la légende des gauches ?

Images du passé, visions du futur

Vivre autrement, c'était un beau programme. N'était-il pas plus clair, dans. sa simplicité, que l'appel à une Alternative ? L'expression faisait se retrouver un certain nombre de militants de courants issus de Mai 1968, pour des pratiques micro-économiques à motivation sociale concrétisant des idées diffusées par le discours écologique. Ces pratiques étaient souvent situées sur le terrain de l'environnement/écologisme, entre des images du passé et des visions du futur, du traditionalisme au modernisme : agriculture naturelle, alimentation saine, énergies nouvelles, techniques douces, comme s'il s'agissait de faire passer de la nostalgie à la prospective. Elles avaient pour but de démontrer la possibilité de faire fonctionner une autre société, reposant moins sur l'étatisme et la compétition que sur l'initiative personnelle et la coopération.
Les thèmes porteurs étaient ceux de la relance d'une micro-économie locale, en rapport souvent avec la volonté de mettre en évidence les virtualités des énergies renouvelables, contre l'apparente victoire d

Dominique Allan Michaud

PARU DANS ECOREV', PARIS, JUIN 2003, N°13, PAGES 27-31