Articles et contributions de l'auteur

De briques et de broques, des mémoires mouvementées>

Dans ce récit, sous-titré Mémoires, Christian Alpace, raconte sa vie, de l'enfance jusqu'à la rencontre en 1982 avec celle qui deviendra sa compagne. Récit foisonnant et passionnant par les expériences de la génération du baby-boom, vécues jusqu'à l'excès par un tempérament fougueux et sensuel, et dans l'exigence intellectuelle de comprendre le monde et tenter de le changer. La plume est alerte, les scènes avec les dialogues rapportés, vivantes et colorées, et le ton, très souvent drôle, mêle humour distancié et regard affectueux sur les êtres. La narration est souvent interrompue par des digressions en italique où Christian Alpace s'interroge ou s'interpelle dans un dédoublement réflexif sur un mode familier ou plus philosophique sur ses motivations d'écriture ou sur son récit. Mon projet … est d'essayer de montrer de l'intérieur comment se construit un homme… une autogénéalogie, autoarchéologie, autodéconstruction plutôt qu'une autobiographie.
Né en 1949 dans la petite bourgeoisie bordelaise, Christian Alpace est un enfant heureux et choyé au milieu de parents et grands-parents issus d'horizons sociaux divers et à la personnalité originale pour certains. Pour des raisons économiques, la famille part s'installer à Saint-Louis au Sénégal, le père ayant passé un concours de l'administration coloniale. Rupture totale pour l'enfant de trois ans, arraché à son royaume qui s'adapte vite et grandit comme son frère dans la double liberté, celle de l'éducation des parents et celle de l'Afrique dont il aime la vitalité brouillonne et la chaleur colorée et puante. Vie heureuse et turbulente de sociabilité ouverte et tolérante, et de sensualité ce qui n'empêche pas le malaise de l'adolescence avec ses frustrations et sa peur de l'échec. En 1965, vacances initiatiques en Angleterre avec la bière, les filles, les copains et surtout le rock'an'roll et le bonheur d'assister à un concert des Rolling stones. À 18 ans, contre toute attente, il décroche son bac et sous la pression parentale, s'inscrit en préparation à HEC à Bordeaux. Le retour en France marque l'entrée dans la dure réalité : la grisaille et le froid, l'internat, l'exigence des professeurs, déception assez vite surmontée par l'ambiance de camaraderie collective entre pensionnaires, les films d'art et d'essai, la découverte de la philosophie avec Rousseau, Freud, Nietzche. Arrive mai 68, événement fondateur par ses conséquences dans ses choix de vie, engagements politiques, expériences des années soixante-dix, choix du métier, amitiés, éducation des enfants. Admis à l'E.S.C.P. de Paris qui ne correspond en rien à son idéal, il y trouve un compagnon de guitare qui partage sa révolte (toujours ami, 45 ans après)et fréquente davantage le groupe des gauchistes que les cours. Malgré un regard moqueur pour les étudiants dogmatiques qui préparent la révolution, il garde une certaine tendresse pour leurs engagements idéalistes, lui-même se définissant comme un mélange hétéroclite de "bon sauvage", de romantisme révolutionnaire et d'esprit libertaire. Belle année d'expériences nouvelles, discussions sans fin entre copains et copines, manifs, Amsterdam en stop, musique et LSD, alphabétisation de travailleurs immigrés.
Expérience dans l'air du temps avec le voyage en Inde. À l'été 1972, 3 000 kilomètres en stop, guitare en bandoulière, amitiés et amours noués au fil des rencontres, hippies, atmosphère new-age, shit et acide jusqu'à l'angoisse. Le bilan du voyage est mitigé. Autre expérience emblématique des années soixante-dix, la vie collective. À Montrouge, un noyau d'amis de lycée de Grenoble, constitué à partir d'un engagement catholique commun, fonde une communauté d'une dizaine de personnes. Longue histoire de sept ans de vie commune riche et agitée, de belles rencontres, de rêves partagés, d'expériences fortes et diverses et d'amitiés pour la vie. Christian Alpace trace des portraits chaleureux des personnages, entre autres de gauchistes fêtards comme lui, qu'il affectionne particulièrement. L'organisation est basée sur l'autodiscipline et l'autorégulation, les tâches matérielles sont affichées et les inscriptions, libres ; le financement est assuré par les salaires des étudiants à l'X ou à l'ENSET et de ceux qui commencent à travailler. La communauté prend aussi en charge ses études d'urbanisme, nouvelle orientation qui lui convient davantage par ses aspects sociétal, généraliste et pluridisciplinaire (changer la ville pour changer la vie !). Communautaire, la vie amoureuse et sexuelle l'est aussi, avec les conflits entre désirs et sentiments. Communauté mouvante avec des passages, des départs et créations de petits collectifs en province, toujours fondés sur des valeurs de générosité et de solidarité.
Avec sa compagne, il ressent le besoin d'agir à travers un engagement politique, il choisit le Programme Commun et adhère au parti communiste en 1975, il y voit une continuité avec ses années gauchistes et communautaires : l'idéal d'une société plus égalitaire et le primat de l'action. Il milite activement à Fontenay-aux Roses (où a déménagé la communauté) dont la section est tenue par des intellectuels dont il apprécie la fraternité et la vivacité des échanges. Son militantisme communiste lui permet de trouver un stage de chargé d'Études à la DDE du Val de Marne puis en 1979, un travail opérationnel de responsable d'une rénovation urbaine importante au Kremlin-Bicêtre, travail exigeant qui le passionne. Entre temps il a quitté la communauté et sa compagne, de plus, sa flamme pour le PC a faibli. Temps de papillonnage de fille en fille et d'atelier théâtral. Il renoue avec le militantisme dans l'espoir d'une victoire de la gauche en 1981, vie un peu morne jusqu'à la rencontre décisive avec Isabelle, l'amour est venu, il est resté.
Isabelle Valeyre, septembre 2015

Isabelle Valeyre

ASSOCIATION POUR L'AUTOBIOGRAPHIE APA, septembre 2015

Auteur concerné