Articles de presse

LA DERAISON CHRETIENNE

La déraison chrétienne

par Michel Bellin - 25/09/2008







"Ce que je reproche le plus au christianisme, c'est d'ajouter à l'absurdité du réel la niaiserie d'une explication." Une fois passé l'ouragan Benedetto durant lequel les foules catholiques furent délirantes, où tant d'articles de presse furent transsubstantiés en catéchèses verbeuses, où Benoît XVI a tenu à mettre en garde contre une culture purement positiviste tout en souhaitant réintroduire par la grande porte le Grand Inconnu (sic), cet aphorisme maison me tient à cœur et appelle quelques développements.

En premier lieu, on doit bien admettre que parmi les trois grandes religions, le christianisme aggrave son cas. Car si Dieu s'était contenté d'être YHWH, et Mahomet le prophète d'Allah, on laisserait volontiers chaque communauté régler ses comptes avec la divinité. Mais voilà, Jésus est passé par là : Dieu s'est fait homme pour que l'homme se fasse Dieu (disait un Père de l'Eglise). Ni plus ni moins. Un Bon Dieu, passe encore, mais son rejeton ! Pure aberration génétique, illogisme consubstantiel. D'où ma consternation à l'heure où le catholicisme relève la tête : pourquoi donc adjoindre toujours le grotesque à l'absurde, la superstition de la lettre au ridicule de l'esprit ? À l'heure où l'intelligentsia parisienne se pâme aux Bernardins, on peut s'étonner que nul aujourd'hui ne se lève - quelqu'un d'immense s'entend - pour dénoncer l'aberration chrétienne. Où sont passés les Celse, Nietzsche, Renan et compagnie ? Où se terrent-ils ? Partout la mer étale, l'embellie holiste, la bonasse papiste, l'aube radieuse d'un XXIe siècle qui "sera religieux ou ne sera pas" comme prophétisait naguère un gaulliste cacochyme. Donc plus personne pour déverser enfin une salutaire marée noire dans cet océan de guimauve et d'eau lustrale !

Et pourtant, Messieurs les Théologiens, n'y a-t-il pas de quoi pouffer quand on consent à redevenir un instant sérieux pour résumer posément votre excentrique équation : "Dieu" en personne, votre Eternel, Essentiel, Immatériel Dieu a donc envoyé sur terre son propre Fils pour racheter l'Humanité en perdition. CQFD. Et pourquoi pas sa bru ? O felix culpa ! (nous parlons de la Rédemption, pas de la dame.) En prétendant ainsi clôturer l'histoire des hommes, votre sotériologie a inventé une théologie de l'Histoire. Votre Eglise a de fait capturé le devenir de notre planète pour en faire sa chose : la seule Histoire Sainte possible. Secte originelle (victime ô combien consentante de sa propre réussite), le christianisme - qui est au Christ ce que le chauvinisme est au chauve - s'est ainsi arrogé le droit du dernier mot et prétend le proclamer en d'incessants sermons, discours et exhortations urbi et orbi. Eblouissant tour de passe-passe et fascinante métamorphose : tel le catoblépas, cet animal fabuleux des cathédrales qui se repaissait de sa propre chair, la prétention de la Tradition catholique - et son absurdité - s'engraisse d'elle-même, indéfiniment, infiniment, impunément. Et nulle objection possible : l'Eglise aura forcément réponse a tout puisque "elle a les paroles de la Vie éternelle" ! Imparable logorrhée qui décourage toute contradiction car, dixit St Paul (qui, selon la même logique, s'est autoproclamé "l'avorton"), Dieu s'est servi de ce qui est Folie pour proclamer sa Sagesse à toutes les nations jusqu'aux extrémités de la terre. Paradoxe formidable, génial coup de bluff auquel communie le croyant depuis vingt siècles : en se rassasiant d'absence, il se gave de sens ! C'est ce qui se passe dans l'eucharistie, non pas simple commémoration, mais logophagie. Que ce soit dans la main ou sur la langue, sur le parvis des Invalides ou dans la plus humble paroisse de brousse, il s'agit bien pour le catholique fervent d'absorber une parole - le Verbe fait chair - de s'en gaver, de l'avaler au double sens du terme : bobard et hostie. C'est trivial et sublime. N'essaie pas de comprendre, crois seulement, abêtis-toi et… gobe. Tra
septembre 2008

Quelques réflexions impies après la visite du pape.

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