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Comme un veilleur attend l’aurore
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Une démarche apparentée à celle de la psychanalyse
La figure de l'Egypte - société de consommation
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Vers un déplacement épistémologique significatif
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Entre christianisme et islam - un lien historique
Vers une approche religieuse complémentaire
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Un esprit…

Si la question du sens de la vie vous tient parfois éveillé dans la nuit, avec son poids de souffrance et son désir de vie authentique, s’il vous arrive de prêter l’oreille avec prudence à la résonance du mot de Dieu sans nécessairement abonder sans réserve au discours des religions traditionnelles, peut-être alors visiterez-vous ce site avec bonheur…

Il a pour seule ambition d’interroger le sens de notre condition humaine en dehors de toute emprise de pouvoir. Car le pouvoir est un lierre sur un chêne : un parasite vivant de la ponction de ce qu’il étreint. Et quand ce lierre s’attache à la religion, il en dénature les forces vives. Dieu devient une idole - chose manipulée et « manipulante » - ; la communauté dégénère en secte, et les fidèles, en esclaves. Alors s’entendent les sarcasmes de la modernité, les quolibets des esprits forts, les chansons des buveurs de boissons fortes, murmurait déjà le psaume… Mais la dérision est-elle un lieu de vérité ? N’est-elle pas plutôt sœur de la méprise, et la méprise, mère du mépris ? Quel chemin de vie pourrait-on trouver dans les arcanes d’une telle forêt ?

Mais comme au soir d’une longue randonnée d’été, nous voici devant une auberge sans doute austère, mais pourtant fraîche et accueillante, toute remplie du fumet d’un plat mijotant sur la braise, et du pain cuit, au ressuage. Invitation au repos du cœur et au recueillement de l’esprit. Nous allons nous asseoir dans le pré de l’auberge. Nous allons renoncer, pour un temps, à vouloir conquérir le monde. Nous allons même renoncer, pour un temps, à la prétention d’avoir à le sauver. Nous allons refuser de céder à la peur d’être agressé. Nous allons renoncer au rêve d’une vie sans souffrance et sans mort. Sans pour autant rechercher la souffrance ou la jouissance. Mais nous les accueillerons pour ce qu’elles font le jour et la nuit de nos vies. Alors nous serons disposés à entendre le chant qui monte de la nuit des temps. Alors la question de Dieu pourra être posée à frais nouveau (1), en dehors de toute prétention à la vérité : celle de Dieu qui s’imposerait à l’homme, ou celle de l’homme qui évincerait celle de Dieu. Un travail de raison est à faire, qui réconcilie la tête avec le cœur, l’esprit avec le corps ; c’est l’œuvre de la symbolisation dans le champ humain. (2).



Une démarche…

Berechit… au commencement… étaient les premiers mots. Voilà que l’homme, encore tout couvert de glaise, émerge de la terre pour entrer dans le champ du symbolique, pour entrer dans ce terrain qui devient terre des hommes. Voici un pays nouveau, voici une terre promise. Une terre qui n’existe que par la promesse qui lui est attachée. Une terre si étrange, mais secrètement si familière. Une promesse qui fait de l’homme le pôle d’un arc qui atteint le ciel. Une promesse de symbolisation (3) sans laquelle l’homme ne pourrait plus vivre, sauf à se renier lui-même en ce qu’il est en propre.

Ce qui est en cause est un travail de discernement portant sur la dynamique de notre culture occidentale autant que sur la dynamique des trois grandes religions monothéistes.


Le regard porté sur la culture sera sans doute négatif à l’excès (4). Mais l’opinion habituellement véhiculée par la société sur elle-même est tellement élogieuse et narcissique que le risque est faible d’être trop critique à l’endroit de cette culture, étant observé par ailleurs que la positivité de la modernité occidentale n’est plus à démontrer. L’approche religieuse n’est en rien phénoménologique. Volontairement. L’avant-propos du premier livre (Un Dieu vivant pour un monde vivant) indique clairement le sens de ce choix (5). L’examen de chacune des trois démarches religieuses au regard de leur logique propre y est effectué en deux phases successives : un versant de pertinence, puis un autre de critique. Mais ce qui est plus fondamental et commun à l’ensemble de la démarche est la dimension inter-active de chacune des trois religions entre elles, ce qui est plus clairement indiqué dans le second livre (Comme un veilleur attend l’aurore).

Le judaïsme, historiquement premier, est en interface par rapport au christianisme et à l’islam. Cette réalité est particulièrement perceptible à travers la thématique biblique de l’alliance. Celle-ci peut être appréhendée à partir de l’expérience existentielle du peuple (6), ou encore à travers la recherche de ce qui, dans une histoire humaine, se dirait de la fidélité aimante de Dieu (7). Selon la première accentuation, le judaïsme s’apparenterait plus nettement à l’islam par l’importance accordée au formalisme de l’observance de la Loi. Dans le second cas, la parenté avec le christianisme serait plus sensible et autoriserait une ouverture de sens réciproque.

L’islam est également en interface par rapport au judaïsme et au christianisme car il devait se situer au regard de ce double héritage incontournable. Le Coran dessine une ligne de démarcation (8) par rapport au judaïsme à partir d’une relecture négative de l’histoire. Israël, dont la Bible raconte les multiples infidélités, aurait manqué à sa vocation religieuse, tandis que l’islam, en faisant toute la lumière sur ce qui est bien et sur ce qui est mal, s’imposerait comme un rappel fort pour l’humanité tout entière et la convierait à la fidélité à Dieu dans la soumission. Le point de rupture à l’égard du christianisme serait plus fondamental puisque la divergence porte sur deux représentations différentes de Dieu, la position chrétienne faisant par ailleurs l’objet d’une méprise majeure (9). Le franchissement de ces frontières interreligieuses serait donc conditionné par un difficile travail d’interprétation de l’histoire et par une clarification des concepts culturels à partir desquels la théologie chrétienne s’est élaborée.

Mais le christianisme, lui aussi, n’est pas une île. Dans le cadre limité de l’histoire occidentale, chacun comprendra sereinement que la Réforme protestante n’est pas née de génération spontanée, mais qu’elle a été provoquée par les dérives du catholicisme au moment de la Renaissance. De la même manière, bien que de façon historiquement moins reconnue et apparente, il est indéniable que le développement spéculatif de la théologie chrétienne, très enclavée dans les schémas culturels de l’antiquité gréco-romaine, rendait la foi chrétienne inaccessible en dehors de cet univers culturel très particulier (10). Le choc des cultures ne pouvait pas manquer de provoquer de la méprise et de vigoureuses réactions religieuses. Réactions regrettables d’un certain point de vue, mais fondamentalement salutaires, et par-là fondamentalement nécessaires et positives, pour tous ceux qui se trouvaient marginalisés, de fait, par le milieu natif et par l’évolution du christianisme.



Une relecture de l’histoire…

Ce qui est sous-jacent à l’ensemble de cette réflexion est une certaine relecture de l’histoire à partir de l’antagonisme entre pouvoir et autorité : le pouvoir est-il réellement la condition sine qua non de notre existence personnelle et collective ? L’histoire de l’Occident, par la puissance de ses grandes lignes, se prête volontiers à une interprétation qui fasse sens à partir de ce dualisme. Pouvoir et autorité, deux termes qu’il serait souhaitable aujourd’hui de mieux distinguer. S’il fallait creuser par-là… Le savoir est grec. Le pouvoir est romain. Il a marqué de son moule toute la culture méditerranéenne. Le christianisme a cherché sa place à travers ce type de rationalité et à travers ces jeux de pouvoir. Religion clandestine et persécutée durant deux cent cinquante ans, le christianisme accède à la légitimité par l’édit de Milan qui accorde la liberté des cultes sous Constantin en 313, et triomphe en 380 par sa proclamation comme religion officielle de l’empire par Théodose 1er le Grand. Retour de balancier dialectique ? Revanche de l’esclave affranchi ? Le christianisme entre dans les structures de pouvoir de l’empire pour mieux répandre sa conviction de foi. Il survivra à l’empire notamment grâce à sa forte organisation et à ses monastères, châteaux-forts (religieux) avant la lettre, résistant aux assauts des barbares. On sacrera des princes pour que les peuples adoptent la religion des princes.

Au Moyen-Âge, l’Eglise s’identifie à la chrétienté, tête de pont fiabilisée en interne par un contrôle strict de la doctrine et des pratiques, prête à s’étendre vers l’extérieur pour faire entendre au monde entier sa vérité, nécessaire au salut de tous… Le savoir, l’action et le progrès étaient alors vécus au sein de la sphère religieuse et se glissaient comme une main dans un gant dans la théologie, dans les ordres religieux en prise directe sur la vie sociale (hospitaliers, enseignants, caritatifs, missionnaires), et dans la spiritualité. Au plan individuel comme à niveau collectif, le progrès s’entendait comme un travail de maîtrise sur soi-même et sur le monde en vue de la sublimation du naturel vers le surnaturel.

Mais cet investissement humain va se déplacer progressivement du champ religieux au domaine de la vie profane. Le point de départ de cette migration remonte sans doute à la Renaissance et prend sa source dans le domaine de la connaissance, lorsque Galilée affirme que la nature parle le langage des mathématiques. C’était dire indirectement que la nature ne parlait pas le langage de la Bible - ce qui vaudra au savant les démêlés que l’on sait avec l’Inquisition, mettant en cause non pas tant la réalité des mouvements respectifs de la terre et du soleil, que la véracité du langage de la science et du discours de la Bible, articulés à tort au même niveau épistémologique. Avec les Lumières, cette liberté de pensée va s’étendre à la philosophie. On osera revendiquer un athéisme de raison comme un affranchissement libérateur, de droit. Les révolutions industrielles du XIXème siècle et technologiques du XXème siècle inscriront cette libération de principe dans les pratiques sociales et culturelles : aujourd’hui, le savoir, le savoir-faire et le progrès s’expriment et se développent non plus essentiellement dans la sphère religieuse, mais à travers la connaissance scientifique, la technologie et la croissance économique. Aux plans personnel et collectif, le progrès consiste aujourd'hui à mettre en oeuvre toutes ses capacités créatives pour s'assurer, grâce à la science, de la maîtrise de l'univers et de ses propres conditions de vie.

Ainsi, - en ne parlant ici que de l’Occident - le pouvoir s’est exercé historiquement dans un empire, par une maîtrise politique, dans la chrétienté, par une maîtrise religieuse, et dans la modernité d’aujourd’hui, par une maîtrise scientifique et technologique. A chaque étape de l’histoire, et dans chacun de ces contextes particuliers, le pouvoir a élevé sur le pavois un certain type d’homme : le citoyen romain, le croyant de la chrétienté, le technocrate occidental. Et « vae victis » : malheur à ceux qui demeurent étrangers à la logique aveugle de leur temps…

D’aucuns soutiendraient aujourd’hui qu’il reviendrait à l’islam de relever le défi de la déliquescence de la religion dans les pays déstabilisés par la mondialisation. Plus que jamais, l’islam devrait assumer cette fonction de rappel de salut pour l’humanité tout entière… Mais la restauration aujourd’hui d’un univers religieux analogue à celui de la chrétienté du Moyen-Âge serait-elle une réelle avancée pour l’humanité ? Ce désir ne témoigne-il pas de l’aspiration redondante à recourir à une puissance tutélaire, quelle qu’elle soit, qui aurait en définitive pour finalité de légitimer l’imposition à tous d’un système particulier de valeurs, ou du moins, de protéger l’homme contre les risques de ses propres dérives ou de celles des autres ? Cette aspiration est-elle réellement à la hauteur de la dignité de l’homme et de la dignité de Dieu ? La véritable question ne serait-elle pas plutôt de se demander ce qui pourrait advenir de la modernité, de la science et de la religion si, par grâce, l’homme pouvait s’affranchir de la tyrannie séculaire d’un pouvoir qui n’existe dans sa positivité, quel qu’en soit le visage, qu’au prix de la mort de ce qu’il n’est pas… ? Le XXème siècle nous l’a démontré jusqu’à l’horreur. C’est très exactement cette question qui est posée dans « Un Dieu vivant pour un monde vivant », dans la partie des conclusions rédigées en forme de défis.

Renouer avec la démarche intellectuelle et libre des Grecs, avant le meurtre insensé d’Archimède par un frustre romain. Renouer avec les transhumances sans impérialisme des patriarches, ponctuées de traités de paix avec les populations locales, avant que la possession de la terre, réduite à sa seule matérialité, ne dérive en idéologie meurtrière. Renouer avec la liberté intérieure et discrète des femmes, des marchands et des esclaves chrétiens, vivant dans la clandestinité, avant qu’ils ne perdent leur âme dans une Eglise triomphante… Une utopie pour demain. Une utopie qui pourrait devenir renaissance pour l’humanité, à la condition toutefois que les religions renoncent délibérément à toute prétention de pouvoir et renouent fermement avec l’autorité légitime de leur démarche originaire (11).



Un rapport renouvelé à la laïcité…

Car cette utopie en appellerait alors à une modification du rapport entre la religion et la culture. En effet, à partir du conflit paradigmatique entre l’Eglise et l’Etat, la laïcité raisonne sur la base d’une séparation entre deux champs d’investissement différents, comme si l’un devait être cantonné à la sphère du privé et l’autre, à la sphère publique. On ne parle pas religion à l’école publique. Cependant, en partant de cet autre modèle qu’est la séparation des pouvoirs, fondement de toute saine démocratie, ne pourrait-on pas repenser les rôles respectifs du religieux et du politique comme deux approches différenciées et complémentaires d’une même réalité humaine et sociale ? Car la justice a le pouvoir légitime de dire le droit dans tous les domaines de la vie sociale - publics ou privés - soumis à son discernement, étant clairement entendu par ailleurs que la justice n’a pas à élaborer la loi ni à en contrôler l’exécution. Pourquoi n’en irait-il pas de même pour la religion, dès lors qu’elle accepterait de se limiter strictement au champ d’action qui est le sien : celui d’un travail de discernement portant sur la qualité des rapports interpersonnels au regard d’une référence qui transcende l’humain ? Pour autant qu’elle renonce à influer directement sur le cours de la réalité sociale à la manière d’un parti politique, d’une tendance parlementaire ou d’une administration relevant de l’Etat, la religion ne pourrait-elle pas se réapproprier légitimement l’autorité qui est la sienne et assumer sa fonction propre dans la société ? Le renoncement au pouvoir serait ainsi tout à la fois la limite structurelle de la religion et le fondement de sa légitimité sociale.



Pour en savoir plus sur la démarche qui s’inaugure ici, vous pourrez librement parcourir les mises en perspectives que certains développements des livres m’ont inspirées par la suite. La réflexion est ouverte. La parole vous est donnée. Un monde est à construire.



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