JACQUES GUIGOU
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POÉSIE

 





Inédits                                       2016-2017 (extraits)



D'emblée                                   2015 (extraits)
 


Augure du grau                         2012 (extraits)



La mer, presque                         2011 (extraits)



Par les fonds soulevés              2010 (extraits)



Strophes aux Aresquiers          2010 (extraits)



Prononcer, Garder                     2007 (extraits)



Vents indivisant                        2004 (extraits)



Ici primordial                             2001 (extrait)



Sables intouchables                   1999 (extraits)



Son chant                                     1997 (extraits)



Elle entre                                      1995 (extraits)



Une aube sous les doigts             1994 (extraits)



Blanches                                        1993 (extraits)



Temps titré                                      1988 (extraits)



Ce monde au nid                             1986 (extraits)




Contre toute attente
 le moment combat
                         1983 (extraits)



Actives azeroles                               1981 (extraits)


L'infusé radical  
                                1980 (extraits)





                                     

                                                            

 

 

 

 

   Inédits           

                        (extraits, 2016-2017)



Lettres de la dernière tempête

les écumes de mer

étoilent la jetée

surpris par ce qui vient

le cormoran      prend son vol

maintenant

désablés       mis à nus

les cordages anciens

dessinent un devenir

sous le tablier du pont

les reflets des filets

festonnent la tendresse







Voilés       dévoilés

à cadence de mer

les sables de la grève frémissent

venue d’avant le temps

cette lumière       devenue familière

à la dune et au vent








Déplacé par les courants du Rhône

le rivage revient

chargées ou lestes

les saisons de son passé

signent ses lignes à venir

Altérés       insatisfaits

les sables de Petite Camargue

n’en finissent jamais

de faire des avances à la mer







Passé le mas Quarante sols

nos pas craquent sur la sansouïre

apaisés

ils nous mènent

vers l’assemblée des salicornes
      
        aux mains levées

passé le mas Quarante sols

l’instant échappe à la lourdeur

passé le mas Quarante sols

l'âpre sentier sur la saline

nous conduit vers un autre commencement







Donnée de face

cette lumière étrangement nécessaire

cette lumière en ut

sur la gamme des Fauves

dans les remous du contre-courant

cette lumière

qui épèle grains à grains







Sur les anneaux

du tamaris tranché

déchiffre ce que demain va dire

tout près

de la confluence des eaux

noue tes coïncidences

dans le fracas des battements de mer

entend l’harmonie

qui les accompagne






Venu du fonds des âges

voici le soleil des grandes heures

celui qui éloigne la platitude

venu du fonds des âges

ici ce silence ensablé

ce silence fidèle

qui semble ne pas finir

venu du fonds des âges

aujourd’hui cette lagune

offrande des origines







L’orage de la nuit

n’a pas terni les sables du rivage

flamands et goélands

s’éloignent vers un espoir d’horizon

insensibles

à ce qui n’apparaît pas

hommes et chevaux

épuisent la patience des dunes

dorades et pêcheurs

répètent leurs fables

avant la prochaine lame de fond

celle qui apporte

celle qui unit

qui unit des vivants

séparés par l’orage et par la nuit








Malgré l’adversité du vent de mer

l’appel de l’homme de vigie

ne s’est pas assourdi

l’appel sans nom

qui dit possible une terre à venir

l’appel des deux quais

un instant ajointés

pour la rencontre des contraires

l’appel profond

l’appel pour que vibre la note bleue

l’appel pour conception

de moments en suspens






Moulue       aplanie       ardoisée

par trois jours de Mistral

la plage n’est pas vide

à l’abri des volées de sable

l’ammophile a fait sa place

troncs et débris

à demi recouverts

n’entravent plus l’horizon sous le vent

ici se lit

le message infini du coquillage qui affleure

partout       sans cesse

ce souffle

libéré de la glu des mots camus








De la mer

ce matin

le marin ne dit rien

son nom est à venir

au large du Rhône

sars et syllabes abondent

cap au sud

vers nos aubes continuelles

et le silence du sillage

efface tous les motifs

qui nous feraient oublier la mer




© copyright
Jacques Guigou
et
les éditions de l'impliqué
ISBN 978-2-906623



   AUGURE DU GRAU

                                   (extraits, 2012)




Aujourd’hui asséchés

les sols des anciens marais

gardent le sel de leur naissance

Le temps n’a pas de prise

lorsque mer et sable

entaillent l’origine

Contre le sec et contre le cultivé

les roselières solidaires

dressent leur douce rébellion

Aujourd’hui       à midi

le rendez-vous perpétuel

est pris









Attiré

et sans doute aussi inquiété

le petit garçon au bâton

veut aller toucher la mer

la mer

à présent presque étale

la mer

qui ne prête pas ses eaux

aux jeux des petits d’hommes

la mer

étrangère à toute liberté










Assonance de la mer

ce chorus de clarinette

internise le temps

Sur la ligne de vie

du voilier délaissé

un lambeau des courses passées

n’a toujours pas lâché prise

Aperçu près du figuier

à l’instant le plus incisant de l’été

le bleu

des veines de la jeune femme

scarifie










Ici

le quai combat l’oubli

ici

le vent donne des doigts au temps

ici

se fait maintenant contingent

Contre le vieux barquet immergé

les clapots serinent leurs sanglots

Du côté laborieux du port

le marteau des ouvriers

cale des viatiques

sur la coque des chalutiers










Voici le temps des longues pluies

celui qui ensevelit les nuisances

des sables

voici le temps des étourneaux

spasme du bas souffle du haut

voici les pistes du maquis

en surplomb de la mer

les pistes aux pieds griffés

et aux tendons rompus

voici l’idylle

du soupirant et de la sauvagine








Entre cyprès du Boucanet

et lèvres de la jetée

quelque chose s’est passé

quelque chose maintenant retiré

chose éprouvante et chose bouleversante

entre jetée et Boucanet

au tréfonds des journées

les traces de cette chose

ne sont pas effacées










Contre les trop fortes courbures

de son allure

la frégate fait front

insoumise à la domination insigne

de la nuit

elle sait les promesses de l’aube

frégate

sœur des vagues

sœur d’alpha et d’omega

tu ne cèdes pas

à la saveur du mauvais infini










Avec le reflux de la vague de midi

ce qui a tressailli se retire

Déplacée par les rafales d’hiver

la dune garde pourtant

son ancienne attirance

Rendu disponible à ce qui survient

le regard du marcheur

devance maintenant

les bancs de Terre Neuve

Dans la passe asséchée

de l’étang vers la mer

du temps s’est induré










Comme surgis de rien

sur le ras du canal

canard et compagnie

courent à contre-courant

Là-bas

l’indécidable couleur du sable

contrarie le regard

et révulse la voix

Jamais au grand jamais

le familier des marais

ne pourra délaisser

leurs massettes qui enlacent









Longtemps espéré

le vent d’autan a fait le vide

chez l’homme de lagune

dégagé des algues et des griefs

il cherche       la lumière traversière

du jour anniversaire

cette lumière

dont la venue si souvent différée

lui ouvre maintenant

les martellières du monde







© copyright

éditions L'Harmattan
ISBN  978-2-296-99340-2


 





   D'EMBLÉE
                             (2015  extraits)






Les touffes des tamaris d’été

n’ont pas toutes ternies

mais les insectes des sables

savent que leur saison est achevée

habitants insatisfaits

de ce rivage inaccompli

ils veulent revivre

la fête de leurs rêves












L’aube pourtant levée

les regards maintenant accordés

mer et lumière ne coïncident pas

malgré l’exhaussé du soleil

les branles de la bouée du large

restent indiscernables












Rosies par le Mistral

les salines du Repausset

renversent l’atmosphère

chargées d’intensité

elles réconcilient l’unité déchirée

du vent et de l’instant

et les nouveaux amants

qui sur leurs bords cheminent

reconnaissent alors

l’astre de leur premier regard













Là-bas

l’infracassable secret

du soleil sur les salines

avive les désirs

Ici

ce voile de lumière

fait vibrer hommes et choses du port

Au cœur

cette prégnance des lointains

et leurs touchers incertains












À contre-temps des manières de faire

l’enfant montre du doigt le monde

il veut se diriger

vers où les sols peuvent trembler

vers ce milieu de sable et de silex

ce beau milieu

qui n’est pas un abri pour lui

au matin l’enfant n’essaie pas de sauter

par-dessus son ombre

il trépigne        à la pensée

des chemins qu’il pourra parcourir











Quai d’azur

le oui de la mer s’est assourdi

la brèche sur la coque du voilier

s’est élargie

sous les ultimes rochers du môle

lames et houles

ébruitent leur conflit

le pont ayant tourné

ces eaux cireuses du chenal

inspirent aux passants

tout autre traversée













Carte sauvage

les reliefs du rivage

arpentent la lumière frisante

du petit matin

cheminement mieux que chemin

leur tracé dément toute destinée

au soleil de midi

sa carte évanouie

le marcheur se confie

à l’humeur de la vague












Tiré de sa coquille

par l’enfant qui le taquine

le bernard l’hermite

rougit de sa mise à nu

égaré dans les rochers

il évite le labyrinthe de la gibbule

qui aplanit le temps












Comblée

par la lumière totale d’été

la femme de la rive

ne parvient pas à dire

la part qui se retire

dans la mer

avancée jusqu’à mi-corps

elle veut maintenir

ce que les autres disent mort

à lentes brassées

elle nage vers cet horizon délié

qui vient à sa rencontre












Thalassa       Thalassa

les vagues d’aujourd’hui

ne le répètent pas

jamais recommencées

leur chant est étranger

aux langues installées

Thalassa       Thalassa

les vagues du passé

venaient des plus grands fonds

souvent laissés pour reste

leur gestes coutumiers

s’obstinent sous les sables













Près du bac du Sauvage

une poignée de lauriers roses

renverse les regards

éraillés par le vent des Dames

les ramas de tamaris

attestent leur attachement

et les femmes-dauphins

devenus sédentaires

invitent à la danse

l’adolescent défait












Malgré l’autorité du soleil

les touffes de saladelles

ont gardé les promesses de l’aube

venu de haute mer

le voilier

ne veut pas affronter

les choses de la côte

déjà faisant le guet

le familier de la jetée

scrute les non-dits

qui restent du premier abîme

dans ses arrêts secrets

il accepte ce qui advient

rose des sables

craquée par le chaos













Sur les rochers algués de la jetée

la rencontre s’est déroulée

instant monté de mer

entre-temps touché de mains millénaires

une fois les rochers quittés

dans l’après-coup de la rencontre

les mots fourmillent

sur les pavés du quai








Dès l’arrivée       face à la baie

le temps est en suspend

à pas légers l’appelant

s’approche du souffle des dauphins

lové

sur cette levée des lèvres et des vagues

là où rien des choses du monde

n’est invisible

dès l’arrivée        face à la baie

seul sur l’immense plage ensauvagée

l’appelant reconnaît chaque galet










Thon rouge

premier fils des méditerranées

parle-nous de ta lignée

de ta lignée continuée

Thon rouge

rassembleur d’espèces

dissimulateur de descendances

Thon rouge

dis-nous la chance de l'avancée en banc

confie-nous tes noms d’abîme

Thon rouge

amène-nous vers les moments

où tu argentes la mer










D’emblée          là          nimbé

d’emblée           là          vibré

d’emblée

ce golfe aux regards de l’arrière

d’emblée

ce berceau ajointé à son ombre

d’emblée

cet appel à grands jours à venir

d’emblée

cet air au plus-que-parfait

d’emblée

ce golfe       cet air

qui portent tempêtes et promesses



d’emblée

ce ciel qui a trouvé son style

d’emblée

ce golfe       cet air

qui contrarient ce qui vient de travers









Te voilà       littoral

toi qui offres ce qui tient

toi qui dévoiles ce qui dissipe

te voilà       littoral

auteur des bonnes mises au monde

te voilà       littoral

précédé par ta large écharpe de présages

te voilà       littoral

accompagné par tes vagues

au chant de nouveaux-nés





© copyright

éditions L'Harmattan
ISBN 978-2-343-06563-2










 L'INFUSÉ RADICAL    

                                     (1980  extraits)

 

Agonistiques émois

 

La vivacité du mouvement de ses lèvres incandescentes

    surprit tous les observateurs encore une fois en

    retard d'une révolution.

Subtile, la courbure de ses reins présentait une face

    nouvelle du devenir principal de la contradiction

    secondaire.

Rien ne sera perdu de mes terreurs passées.

Le peuple se souvient.

La saveur ocre de ton souffle me conduit jusqu'au

    point le plus chaud de la crise institutionnelle

    généralisée.

Trois fois le soleil du soir s'immobilisa sur sa chevelure

    calmement déployée sur le vieux bois ciré comme

    pour mieux lui signifier son impériale présence.

    Échec et mat à la séduction! La pièce,

    quoique inachevée se réduit à la dimension de mes larmes.

    Le sol s'affaisse sous mes pas. Je rêve que l'État s'effrite,

    grignoté par la soudaine percée des maquisards de l'ombre.

J'habite les sablonneuses mouvances de tes terres centrales,

    les places dépavées de tes métropoles un soir d'émeute,

    les faubourgs obscurcis  de tes capitales assiégées.

Tous mes émois rivaux s'entrechoquent éperdument

    jusqu'à recomposer d'identiques images à ces mots

    solitaires.

 

                                                  (5 septembre 1978)

 

© éditions Saint-Germain-des-Prés - 1980

 

 




   ACTIVES AZEROLES

                                                 (1981   extraits)


 

Devant mon né

 

Trajets chthoniens

                             Transes vertigineuses

Mon anima s'élève de la cendrée ardente

vers ta présence perçue.

La rencontre de mes sens s'établit.

              Luminescence,

sortie criée au point de non retour.

De mes retournements abdominaux

contre le bloc de l'immobilité meurtrière

j'aspire à peins poumons les ondes de la vie.

             Que je naisse toujours.

Que jeunesse dorée, mais créant, ne se passe pas!

De ma germinations, je deviens le passeur,

torsadé par l'effroi des stases mortifères,

exalté par les flux abondants des plaisirs infinis.

             Les éclairs froids de mon altérité

M'offusquent;

             Au fond de mes étouffements noirs

roulent les plus obscures colères.

(…)

             Étrange, dans ce retard à naître,

ma manière de me guider dans l'être,

de m'absenter aux instants les plus décisifs,

de m'anéantir sur les crêtes écarlates de mes silences.

            Singulières effluves maternelles

qui m'envelopper de vos passions nocturnes,

je vous retiens, captives odorantes, tenaces à jamais…

            Au seuil de mes demeures,

aux antres de mes vitalités, j'hésite encore à

abandonner mes moteurs auxiliaires.

            Alliances pesantes

            douteuses connaissances,

            compromis intérieurs,

autant de prothèses douloureuses sur l'apparat de

            mon corps transmué.

La jaune giclée libératrice s'écoula sur les hommes en

            Blanc ébahis.

Genèse ruisselante de suavité glauque; Verseaux

énigmatiques qui m'impulsez aux confins de Vierges

rayonnantes et de Gémeaux cosmiques.

            De mon chaos initial

            j'éprouve l'angoissante actualité

            de mon concert primal

            je retrouve l'affolante sensualité.

Planète aventurière, avant-garde de mes lignées,

je m'enlace à toi, voluptueusement.

Des pieds de mon minéral à la tête de mon végétal,

Je trace fébrilement mes sentiers organiques.

            Les mille tours que je joue

dans mon sac placentaire tiennent mon vieux

            à distance.

Enfin appropriée, mon œuvre ovoïde s'étire.

            S'extraire du Nirvana

            S'abstraire du Magma compact.

Quitter mes berges aqueuses et mes muqueuses en feu

Afin de m'advenir, sein perdu sans collier, dans une lente

            Opération sur mon langage.

Au oui redécouvert, j'attribue tous mes noms

            Jacqueries séculaires

            Pléiades de prénoms

           Voyages anonymes.

Et quand ce Jacques-là deviendrait-il son maître,

tu le verrais aussi

dans ses lots de terreurs

morceler sans répit

son altière nacelle,

comme pour préfacer ses collections d'identités

            douteuses

méticuleusement rangées dans des albums épars.

            Dès ma coquille cassée, à califourchon,

je m'élance vers mes territoires nus.

Ma bile se libère,

mes ancrages se multiplient

mes propriétés m'autorisent à me délivrer pour

            rejoindre ton berceau dans l'incestueuse

            jubilation de nos gemmellitudes.

Devant mon né

j'y vois plus loin que le bout de ce monde.

 

                                  (2-3 mai 1980)

 

 

 

Vas t'emps

 

(…)

Cette époque nous perce, nous corrode, nous carotte

d'obliques puits de mine.

Mine de rien, elle nous lime, nous enlumine

aux versants des occidents décadents.

De ses cadences infernales, nous en sortons courbés,

Laminés, muselés, dandesquement baisés.

           Les métaphoriques vêpres des couchants

flamboyants

se répandent en écho sur les toits aux tuiles atterrées.

Étrange tremblement des noires vocalises.

Estivales pinèdes aux caves sablonneuses,

Vous me rétablissez dans mes accueils pratiques.

Assidûment, je me souviens de ces carpes en couvades

et dont les flancs gonflés de leur ponte mordorée

attendaient

éveillées que s'accomplît enfin le cours des ères

biologiques.

 

 

 

Tumultes

 

Tumultes intérieurs et effervescences extérieures

se mêlent

Les aubes du collectif pointent sur les noirceurs

du ghetto des groupes

            Tornades accueillies

            Tremblement des visages

Mugissement des vents au vif de notre lutte

Ondes scintillantes des tourbillons du rock

Grèves submergées par les éclats de lune

Contact des mains offertes

à la recherche de leur véridique volupté

            Fluidité de nos émerveillements

Cristaux de mes sens conjointement tournés

vers l'absolu de toi

            Pourquoi toi? Pourquoi moi?

            Moment de moi   Moment de toi

Nos humeurs exaltées

fondent au mouvement fusionnel du cercle musical

Nos fureurs révulsées

tombent aux effleurements sensuels du débat convivial

Puis

toute rage reconnue

le balancement de nos corps d'élève

alors le monde se renverse

alors l'abondance nous berce

Déjà légères

mes limites deviennent aussi ténues

que les duvets de ta nuque mise à nue

Subtils étourdissements et singuliers ravissements

portent tous deux le deuil de ta juste colère

            Étrange indécision

            Altérité naissante

            Histoire incandescente

            Instants imprescriptibles

            Courson en devenir

Soudain

les séditions se liguent

les émotions se socialisent

les séparations s'abolissent

de nouveaux cours de vie se lèvent dans le Sud

 

                                                     (28 novembre 1980)

 

 

© Copyright Jacques Guigou et

Les Presses du Castellum – 1981

 

 



  CONTRE TOUTE ATTENTE

     LE MOMENT COMBAT           

                                               (1983,  extraits)

        

 

 

 

Graphopathies chroniques

 

1

Les eaux dormantes de l'entre-deux

Ressemblent à ces mi-journées indécises

Où le vent du nord ne se lève qu'après midi

 

2

Dès la première cuisson

sous les bouillonnements

de mes confitures d'orange

le temps s'étrangle

 

3

A Mardi gras les cris des chats grasseyent

le mercredi ils perdent tous leur gris

 

4

Héraclite périclite dans cette époque

adialectique

 

5

du génital

de la veineuse souche s'écorçait

comme une nuée tourbillonnante d'étourneaux

mouvemente soudain les lagunaires rougeurs

des automnes de la basse-Costière

 

6

la vie des mots est semblable à celle d'un chewing-gum

à trop les ruminer

ils perdent les crissements subtils des commencements

s'abstenir de mastiquer

pour laisser venir l'alloplastique

 

7

la psychanalyse

ça caramélise la libido

après on peut en répandre

sur toutes les pâtisseries familiales

au dessert

elle se donne des airs de viennoiseries

mais c'est de Californie qu'elle nous vient

sous cellophane

 

8

Ras le bol

des métabolismes bidons

que nous affichent

les preneurs de sang du social

Ils s'autoproclament progressistes

car ils n'ont pas de prise

sur le présent

 

9

Dans le faisceau du luminaire

la face aiguë du graphiste projetait son ombre

comme un angle mort sur l'image publicitaire

Pris de doutes

il hachura de noir le message à traiter

Comme un événement

le double de son sens apparu contrasté

la Gauche autogère son ombre

 

 

Engendré d'équivoques

 

Acrobate de la mine de plomb

tu abandonneras tes glissements de sens

au . plaisir univoque

du génital qui t'a guéri ta toux

 

Les gendres ont toujours manqué de tact

en présence des deux dames

ils lassent l'une

à ne pas enlacer l'autre

 

Écrire à un mètre quatre vingt trois

de mon identité diaphane

voilà le juste écart

d'avec mes états de sevrage

 

« Le temps est un enfant qui pousse des pions »

dit Héraclite

L'enjeu serait-il alors de pousser son enfance

au-delà du damier?

 

Ce dimanche matin-là du Pliocène Moyen

détendu

tous ses stades normalement franchis

le petit d'homme

sortit en souriant de l'isoloir

et

déchirant son bulletin de vote

devant le scrutateur ébahi

il s'écria

« A quoi bon si l'amour n'est pas éligible? »

 

                                            (21 mars 1982)

 

 

Pierrefeu

 

Mas des cailloux ronds

des roches cramoisies

à force de solaires immobilités

Mas qui ouvre sur les lagunes

sur les touches célestes

des méditerranées aux présences en bleu

Pierrefeu

t'ai-je visité sous la pluie?

Pierrefeu sous la pluie

quelle drôle d'image

pour un hommage!

Les seuls souvenirs humides

qui montent de tes coteaux

me déplacent

à travers ces vivaces jets de vignes engrappés

me déambulent

chaotique et filial

dans tes lignées de Chasselats

secouant leurs gouttes après l'orage

Respiration d'une terre de tisons

au contact de l'ondée si longtemps attendue

qu'elle en devient prophétique

d'une récolte qui

elle

devient fable

Contrastes fructueux

vendanges de lumières

Engendrements fulgurants des silex

sur mes juvéniles lisières

Lueurs ventées des couchants corallins

Mas des Costières

privées de leur légende

préhistoire enfouie

de mes pulsions de vie

Mas sobre

où le vin n'est pas à boire

comme l'aire n'est pas à battre

ni le figuier à cultiver

Ici

l'espace ne se laisse apprivoiser

qu'à l'instant hivernal

du remplacement des manques

Opération aventurière

à la rencontre du désir plein

opération sur les frontières

où le cep absent fait signe

au cœur du vigneron

où le père absent fait vrille

au corps du robinson

Pierrefeu

mas des limites ignorées

mas des lignes de fuite ancestrales

où les énigmes s'élucident

à la cueillette des muscats

Au blanc des jours d'été

lorsque le temps hésite

les éclats des grains mûrs

embrasent les silex

Alors la terre chante

aux allégresses imminentes

 

                            (20 mai 1982)

 

 

 

Diatonique songe

 

Croches rapides pour l'attaque

Noires impavides sur la rambarde

Blanches translucides en gelée

Bougé! Bougé!

sonnaille le disc-jockey

sous le sillon rayé

Largo

Largo

Largo

Largo

Largo fut l'exécution au bandonéon

sous le Pont romain

du livret soyeux

à quatre mains

Pianissimo ma mémoire maugrée

Fortissimo mes notes survoltent le registre

Legato mon contre-chant tergiverse

telle hors d'usage une herse retournée

aimante les étoiles

Crescendo mes vocales syncopent

l'intermédiaire

jusqu'à s'en rendre aphone

 

 

 

Tous vents ouverts

 

Cette fois

pourtant encore dans l'adolescence

les vents arrachaient déjà portes et fenêtres

parvenus à maturité

c'est le village entier qu'ils soulevèrent

transpercements et hurlements

conduisaient l'avancée protectrice du rêveur

dans les périls immédiats

les pointes du souffle paroxystique

pouvaient-elles encore s'accroître?

quoi de plus aérien restait-il à abattre?

rien d'autre que du remplacement

des segments agnatiques

fou ventre offert

aux Sions effrénées

et la toiture glisse et fracasse l'oubli

étrange livraison de mots idiomatiques

oraisons de Sibylles

qui s'ouvrent sans trembler sur des harmoniques en feu

 

 

 

L'enfant au poisson

 

Inconnu

sans naissance

à l'insu des regards

sorti des eaux saumâtres

maintenant traîné vif par l'enfant

le poisson s'alourdissait

gavé des sables grossiers et poussiéreux

du chemin

la gueule et l'anus pétris à éclater le mal du poisson s'aggravait

guetté par un attroupement hostile l'enfant méthodiquement

dut lui briser les vertèbres

rêve d'eaux suspendues

qui à l'envie s'élèveraient

rêve d'un poisson-jeu

d'un enfant-devanceur

rêve d'entre-deux-mers

dans ce contact nimbé

où les flots ensalés

pénètrent les étangs

où les mulets en banc laissent apercevoir

leur origine hybride

 

 

© Jacques Guigou et Dominique Bedou, 1983.

      ISSN 0751-4905   Collection Deleatur, Gourdon.

 

 




 CE MONDE AU NID      

                                  (1986  extraits)

 

 

  Cette lumière du monde à fleur d'ajoncs

 

voici l'heure de l'ouverture de l'être

voici l'heure du silence méridional de mi-journée

les surfaces lucides des sarments offrant encore

leurs grappillons d'octobre

respirent

les extrémités gravides du laurier rose

pointent leurs intentions

dans les linéaments du vers

et cette lumière du monde à fleur d'ajoncs

 

plus haut que la resserre

les tensions des sens par l'instant suspendues

laissent apercevoir d'autres eaux que stagnantes

familiers attracteurs des moineaux en vendanges

les faux raisins

distillent de la pensée en sucre

et cette lumière du monde à fleur d'ajoncs

 

privée de ses médiocres intensités

l'ombre lâche ses prises

le moi

chargé des mêmes images envieuses

contemple en absent

les tremblements frigides des feuillus

par-delà le front latin des tuiles du bûcher

l'âme des serpents d'eau s'avive

à l'immanence sans trouble du bassin en attente

et cette lumière du monde à fleur d'ajoncs

 

il habite et n 'habite pas ce sol

fragile

ce sol réfractaire aux souverainetés des centres

de richesses immondes

à la force du jeu des vents

à la place tenue et pourtant si mouvante

au coup de dé jeté sur le schiste des Réformés

le supposé sujet s'exfolie

et cette lumière du monde à fleur d'ajoncs

 

                                   (Toussaint, 1983)

 

 

 

Sur l'orbe de ces févriers incarnats

 

Voyez

            Ma Sœur

Voyez les vastes bouleversements des archipels

Voyez la Désirade

et voyez la Barbade

toutes ces îles océanes

O

oui Ma Dame

Voyez-les voguer vers nous

dans le ravissement bleuté

de leurs sols immémoriaux

oint du bonheur de cette venue

élevé à la mesure de ces contacts intercontinentaux

je chante notre hymen

j'enlace votre élan

je farandole votre présence

autour de l'orbe retrouvé

de ces févriers incarnats

 

 

 

Ce monde au nid

 

et les trois voiles

privées d'image

signent leur route

aux types hors des bastingages

 

cela lui survint en roulant

telle la mélopée

du macadam meurtri

 

à ma main

la voûte inverse de vos reins

sillonne ma mémoire

 

dans l'unification fervente

de nos appétits déliés

se niche un monde au génitif

dont l'absolu fait surface

 

oui

sourdre à nouveau

sous les langues de l'ombilic

et y trouver l'Unique

à la membrane faste

 

à Ratisbonne

ton sang frissonne

à Marigot

tu vois ton lot

 

 

 

Entre les lèvres du temps

 

entre tes lèvres le temps s'immole

à l'ouïr de ton entre

je suspends mon instant

 

ainsi font font font

nos copules sonnant leurs grands jeux diviseurs

ainsi font font font

les spasmes concomitants d'Alpha et d'Omega

 

     cloués

     fixés aux portes     hors destinée

épines courbées à déchirer les vents

les chardons

messagers des naissances qui tardent

se dépouillent quiets

de leurs cœurs primitifs

 

les derniers tremblements du jour

accordent leur lueur

aux bouches impassables de la nuit

plus avant

les injonctions furieuses de l'évènement

altèrent même l'universelle mémoire de la source

 

la coulure de l'heure

tire des quatre noms du même corps

le venin de nos noces

 

aux rugissements valvaires de l'injure

l'anéantissement interdit tout répit

 

Sa Seigneurie Continue

 

___________

                       ô

                          ___________

 

__________

                     ôhm

                             __________

 

                                       (14 avril 1986)

 

 

 

© Jacques Guigou et Dominique Bedou – 1986.

      ISBN 0751-4905  Collection Deleatur, Gourdon.

 

 



 TEMPS TITRÉ     

                                (1988,  extraits)

 

DU TEMPS SE PLISSE SOUS NOS ASSISES

DU TEMPS ÉLOIGNE LA TRANCHANTE

ÉTOILE DE NOS NOCES

DU TEMPS OBSCURCIT NOS PASSES INÉDITES

 

VERS L'ANTRE DE CHTHONOS

SERIONS-NOUS ENTRAȊNÉS ?

 

PAS À PAS LA DURÉE

VIDE SON SAC DE VERRE

LES SELS NOIRS

DES NOËLS INENGENDRÉS

REHAUSSENT LE RIGIDE

 

AU FRONTON DES AUTELS

S'EFFRITE LE SANG D'OR

DES PIERRES PROFANÉES

 

ET

LUMIÈRE DE CRÊPES DÉLÉTÈRES

LA CONFIANCE DE L'ENFANT

SE VOIT TROIS FOIS TRAHIE

 

NOS GRIFFES QUI S'ÉMOUSSENT

À LA PASSÉE DES JOURS

INSCRIRONT DANS LE ROC

LEURS CARESSES SUBLIMES

 

DU TEMPS

POUR APAISER LES BLESSURES

PORTÉES

PAR LES FERS DE L'ATTENTE

 

LE DÉSÊTRE A PASSÉ SON TRENCH-COAT

PARCOURT IMPATIEMMENT LE CORRIDOR

ET SORT FAIRE SA PROMENADE

À SON RETOUR

COMPTE A REBOURS

L'ÊTRE ROULE SON DÉ

SUR LE TAPIS TROUÉ

 

ET PAR-DESSUS TOUT ÇA

SANS FLÈCHE ET SANS BOIS

L'ALLIANCE EXPANSÉE

DE L'ARC ET DE LA CIBLE

 

FAUCONS

DÉLIÉS DE LEURS POINGS DE CUIR

CES NUAGES DE TOUSSAINT

ACCOMPAGNENT EN FUGUE

LES LONGUES MIGRATIONS AU MÉRIDIEN

 

SOUS LES GRAVATS DES MOTS

ENGROSSÉS DE DÉGOÛT

GERME L'HAPAX LEGOMENON

 

SIGNE L'ENVOL DU FLAMANT

SIGNE LES BASCULEMENTS DU PIC-VERT

SIGNE LES TÉGUMENTS DU GEAI BLEU

SIGNE

SIGNE DE SA PRÉSENCE AILÉE

UN À UN LES INSTANTS DE TES SAISISSEMENTS

 

MARIN QUE MER MAQUILLE

ENTENDS L'ÉCLAT DU TEMPS

MONTER DES ÉCOUTILLES

 

TANT DE RETENUE

HONORE

L'HEURE QUI S'ATTARDE

 

POÈME VIT CE QUE POÈTE ÉCRIRA

 

COMMUNAUTÉ

Ô COMMUNAUTÉ VOTIVE

DE L'ONDE ET DU ROCHER

 

DU TEMPS SE PLISSE SOUS NOS ASSISSES

 

 

© Jacques Guigou et Dominique Bedou - 1988

      IBSN 2-903096-65-1

 


 


 

 BLANCHES      

                                      (1993,  extraits) 

 

Dis

ces lames révulsées d'impatience

à force de ne pas déferler en commun

 

Repoussée dans son apparence

la vague accomplit pourtant

son œuvre désagrégeante

au sommet de sa révolution

l'espérance d'une autre forme

 

Ces mots croisés de ma mère

mémoirent mes amarres

 

L'accomplissement extrême

du poème

doit rendre la tâche

impossible

à l'historien de la poésie

 

Audit d'Homo sapiens

Quarante mille années d'acquis

vers la sortie de la nature

pour se réfléchir autre

et se savoir sapiens

valait-il le détour

à cause de l'amour

ou bien

pour le parcours?

 

Avec cette voix de naguère

regardante       en dedans

étrangère à son dire

avec cette voix

       si retenue

tu endiguais l'appel

tu isolais les verbes sur leur sol

       d'incertitude

tu apprenais les baisers bruns

       de l'aube

tu faisais se dérouler       hors d'elles

les lettres vers leur faille

avec cette voix

qui te vient       pour maintenant

 

 

 

© Éditions de l'impliqué - 1993

      ISBN 2-906623-05-9

 

 

 





 UNE AUBE SOUS LES DOIGTS  

                                                                                                                (1994,  extraits)

 

Ô       lèvres soulevées

troublantes intumescences

seuils tissés aux senteurs de l'étreinte

Ô       lèvres en efflorescence

séismes qui glorifient l'orifice du

       monde

étoiles aux saveurs des naissances

Ô       lèvres dévisagées

sillons d'intempérances

 

 

Agrégé jusqu'à ce dernier grain

de mémoire de ton corps

je relève de lui

ton corps      

debout       tendu de présence

et tout autant       délié

comme une aube sous mes

doigts

dissipe ton absence

 

 

Mémoire pour ton sein

pour la ronde tension de ton

sein sous mes doigts

pour cet instant d'ébranlement

       du monde

dans la brutale dissipation de tout

ce qui nous le rend étranger

et pour cette concentration

       du cosmos

au cœur de notre communauté

 

 

Nous avons touché l'horizon

de toutes nos étreintes de l'été

nous devenons ce tressaillement même

du silence des lierres sur

leurs pierres à feu

nous enlaçons l'instant au fil nu

de l'ombre et de la lumière

le seul qui limite les corps

sans enclore leur course

 

 

L'abord de ce ciel soulevé

d'or rouge

subtilise tes très anciens émois

       de mer

tu prolonges aujourd'hui

tes marches accordées

aux larges lagunes

aux courbures des courants marins

au vent de terre avant midi

autant de forces qui faisaient

       le littoral indécis

tu découvres

la seconde vie de la

rive du vieux phare

celle qui te semblait soumise

à la dictée du port

 

 

Les huit cent soixante mille mètres

d'émois

qui me séparent de toi

hissent les baisers rouges

de notre histoire

 

 

Sur l'aile de vos lents éveils

nous étreignons les

étangs révulsés de vos sondes

ceux que j'écoute

au littoral de vos lèvres

encore destinées aux

fièvres de la nuit

 

 

Elle n'acquiescera ici à aucun

autre verbe que celui

trouble et tremblé

       du temps

elle épousera le

silence des eaux

elle entendra le cri d'effroi

de l'homme aux confins de la terre

       détruisant ses amers

elle rythmera l'étirement insoumis

       des mots

elle transformera l'instant

       en amour renaissant

 

 

Le chant et le moment

ces deux puissances exubérantes

qu'elle habitait

avec d'éclatantes intensités

 

 

 

© Éditions L'Harmattan, 1994

      Collection Poètes des cinq continents

      ISBN 2-7384-2568-2

 

 






 ELLE ENTRE      
                                              (1995,  extraits)

 

 

À l'entrée dans la nuit

de celle qui ne cachera plus son nom

à l'instant terrassant

où le collet nocif ne desserrera plus

son étreinte

elle donne à la mort

sa voix de petite fille

 

 

 

Tu dis que

son chant

ne peut plus être espéré

tu dis que

sa voix s'est brisée

avec l'égorgement des anciennes

       communautés

tu dis que

les chamans       les aèdes       les mages

ont maintenant été domestiqués

tu dis que

ciselée par le moderne

si rare dans le meilleur de ce qu'il fut

elle ne s'est pas rendue

       inconciliable

avec le règne mondain de l'individu

tu dis que

confondue dans Les Lettres

elle n'affirme plus

ses paroles et ses danses

celles qui lorsque les temps

de sa lettre furent venus édifièrent sa cité

sans murs et sans divinités

tu dis       encore      que

l'âge de l'enfance

lui a été prélevé

et tu l'entends pourtant

au détour d'un étal

aux halles

ce matin

 

 

 

Elle oriente le temps

comme l'amante attire

le regard de son amour

comme la couleur coupable

de la mer       rend

l'horizon inconciliable

comme les pas de

l'étrangère       conduisent

aux frontières du blanc

comme les devinettes des

enfants laissent les mots

hors de leur langue

 

 

 

Pour quelle descendance de

la parole

énoncerait-elle sa

généalogie des voix ennaturées

elle

qui n'a ni père ni mère

mais tant de berceuses

à chanter aux enfants?

 

 

 

Elle salue

le tamaris timide

celui dont la chevelure teinte à l'éternité

retient

ses yeux rougis d'adolescence

 

 

 

Dans les confusions lucides

de ses senteurs de l'enfance

lorsque la connaissance des sens

lui fut donnée

au sein de la ronde des hommes

       de parole

elle oublia son rang

puis répandit son chant

 

 

 

© Éditions L'Harmattan, 1995

      Collection Poètes des cinq continents

      ISBN 2-7384-3666-8



 SON CHANT      

                               (1997,  extraits)

 

 

Lorsque tarde sa venue

et que les muges

remontent       désunis

le courant du canal royal

ici

émancipé du tracas des étangs

l’instant virevolte

le poète       alors

laisse filer sa confiance

dans la continuité du vent

 

 

 

Compagne sensuelle de l’événement

sans cesse en éveil

dans l’ouverture de sa naissance

rebelle à

tout écrit domestiqué

elle laisse au roman

le soin de

ressasser l'expérience humaine 

 

 

Dès le matin

sa main se fait servante

du mot tendu d’intimité

du mot abîmé        au sortir

des mailles d’une langue désœuvrée

du mot venu       lui seul

du livre qui n’a plus de fond

au matin

cet été

d’un seul mot

elle est chant

 

 

 

Brin d’amarre sans navire

brin d’aimance relié

aux divinations des osselets

jetés sur les sols soulevés de

l’enfance

elle inverse avec le sérieux d’une

pythonisse le cours

du canal royal

 

 

Jetée sous le langage

mais toujours hors sujet

elle couvre et recouvre

à même le rivage

ses maximes de mer

incrustées en oblique

par les crabes carrés de roche

 

 

 

Rencontrée sur les sables communs

allant son pas

allant sans autre don

que celui de faire l’union

des poissons parleurs et des

       neptunes rêveurs

elle disputera toujours

le dernier mot à la mort

 

 

© Éditions L’Harmattan, 1996

      Collection Poètes des cinq continents

      ISBN 2-7384-5125-X

 


 

  SABLES INTOUCHABLES

                                                          (1999, extraits)

 

Instiller au présent

la substance blanche de ses

mots à l’écorce fendue

ne lui a jamais suffit

il lui faut affronter

les verbes survoltés

il lui faut coïncider

avec le zénith

il lui faut éprouver l’hapax

d’une danse avec la langue

il lui faut côtoyer en silence

l’espérance blessée du garçon

       solitaire

il lui faut sous les doigts

déchiffrer à l’aveugle

la lettre oraculaire des nacres

       finistères

il lui faut un littoral

       à féconder

il lui faut atteindre l’heure

de la rencontre

avec les voix qui flottent

 

 

 

Après le passage

des macreuses

dans l’angle ouvert

pour tous ceux qui

savent respirer le port

à la juste place de sa parole

qui subjugue

de sa parole imprévue

à la juste place

laissée libre par les amants

tu l’attends

 

 

 

Par elle

à l’impossible tous sont tenus

oui tenus

mais tenus d’une main qui délie

tenus sans autre lien

que celui       unissant

ce nuage de sable

au vent de Narbonne

qui argente la grève

 

 

 

Farouche comme ces

pierres que l’âge infini

de la terre

fait remonter du sol calcaire

elle cherche son

aire de battage des stances

auprès des sables du littoral

ces sables matriciels

eux seuls à même de

découvrir

l’origine des chants

remontés avec les pierres

du sol calcaire

 

 

 

À chaud

dans une rage de Ménade

elle égorge les mots

sous le porche du temps

 

 

 

Trouve

trouve son cri

sur la côte cambrée

du golfe d’Aigues-Mortes

soulève son écaille

épouse ses couleurs d’eau

lorsqu’au milieu du jour

l’heure devient confuse

et que les saladelles

accueillent les confidences

de la dune

 

 

 

Affluent soudain

ces nuits d’été adolescentes

où l’attrait des sanglots

       des saxophones

rendait toutes les amours

possibles

et voici qu’à l’entour

du tamaris le plus effronté

       de la jetée

commence la danse

du sel et de la fleur

 

 

 

© Éditions L'Harmattan  -  1999

    Collection Poètes des cinq continents

    ISBN 2-7384-7561-2



   
     ICI PRIMORDIAL

                                           ( 2001, extraits)

 

Poésie

tu habites les terres ocres

et caillouteuses de l’origine

tu mets en marche

l’enfant qui veut jouer

et qui       jouant

s’inquiète en découvrant

       la durée

 

 

Poésie

tu es présence

sur la voie des vivants

qui ne désavouent pas le terme

mais qui       sans attendre

s’unissent pour le bouleverser

 

 

Poésie

ils disent l’existant du monde

toi

tu nous donnes son tremblé

 

 

 

Aujourd’hui

la mer est d’huile

elle veut parler

de son passé

de son passé

et des télines

qui laissent sourdre

leur amour

aujourd’hui

ton cœur épelle

les impatiences de la terre

celles des asphodèles

et celles des ferventes

 

 


Après trois jours de Marin Blanc

lorsque les pierres disjointées

des demeures du quai

laissent passer humeur et mémoire

après trois jours de Marin Blanc

ses dires d'eau et de drames

préoccupent les mères des pêcheurs

après trois jours de Marin Blanc

les basses terres s'insoumettent

face à l'unité dominante

du flot de l'étang

et du flot de la mer



Jusque là sans lumière

retenu dans l’eau calme

       du canal

entre le quai et le chalutier

l’axe du monde

se découvre maintenant

dans les dictions du vent

caducée entaillé par

l’indifférence cruelle

des câbles et des mats

 

 


 

se nomme lagune

et là s’installe

le vocable désirable des algues

au matin calme

d’une mer d’hiver

s’abandonne le solitaire

cet homme inamaré

à la face tournée

vers d’autres circonstances





Ce soir

le noir de la mer

retient ses mots insoutenables

ce soir

éloigné par le noir

le phare de Sète

épèle pourtant ses stances de lumière

ce soir

l'instant hésite

pris par des mots sans nom

qui s'amarrent au mitan du langage






Venez

hautes eaux d'équinoxe

alourdies de vos roseaux arrachés

et de vos gravats emportés

venez et survenez

puisque ce soir vous m'apportez

les rires sévères d'Omar Khayyäm

mêlés aux révoltes cuivrées

de son frère Rexroth

 


© Éditions L'Harmattan - 2001

      Collection Poètes des cinq continents

     ISBN 2-7475-1468-4

 



 VENTS INDIVISANT

                                  ( 2004, extraits)


À peine effleuré

et pourtant touché

par l’étoffe trouble

       du temps

le poète

séparé de son aile

cherche encore le monde

à même les corps

 

 

 

La voilà renversée

la voilà émondée

maintenant que le fond

       de la mer

s’est entrouvert

la voilà adonnée

à l’apogée des verbes qui effilent

la voilà livrée

aux œuvres vives de ses lointaines

       intimités

initiée par la certitude de l’heure

et de sa voûte discernée

la voilà

qui s’éprend

       des familiarités

dites sur la jetée

 

 

 

Sa fuite      leste

dans le bleu capricieux de l'heure

dans ce bleu

qui la possède

avec sérieux

sa fuite n'est pas une absence

car       ici

l'oubli étant dissipé

seule

elle déverse l'éternité

du sable

sur la rime invisible

de notre amour

 

 

 

Malgré l'adversité

du vent marin

l'aigrette cherche

l'arête extrême du rocher

cette arête

qui lui permet d'espérer

l'arrivée

du mot qui contient tout

 

 

 

Aujourd'hui unie

unie

à l'horizon plénier

       de la méditerranée

aujourd'hui unie

à l'indolente présence

de la dune et de la dictée

       de ses mots retenus

aujourd'hui unie

aux frises des tamaris

et à leurs langues autochtones

aujourd'hui

uni

unies

unis

 

 

 

Un pas de plus

en présence des strophes

       dépecées

puis déposées par la tempête 

un pas de plus

vers l'énoncé venté

       de son nom

un pas de plus

à l'extrémité du passage

       des eaux

un pas de plus

et tu entends

sa voix d'enfant

à la fenêtre du vieux phare

un pas de plus

pour contempler

l'arrivée de la pluie

qui profère son phrasé

un pas de plus

en compagnie

de sa connaissance

 

 

 

Maintenant

       ouverte

exposée aux malices enjouées

       de la mer

elle pose sur l'espérance

une main possédante

une main

qui demande instamment

ses anneaux de lumière

 

 

 

© Éditions L'Harmattan  - 2004

     Collection Poètes des cinq continents

     IBSN 2-7475-6971-3

 


 

   PRONONCER, GARDER

                              (2007, extraits)


Placée sur l'avancée propice

des sables de l'Espiguette

elle parle

son dit trouble les gens d'ici

son chant suspend

les langages courants

à son parti

fait de brèves et de longues

le pianiste s'associe

elle

là ébranlée et là-bas déportée

elle

un instant approchée

elle s'est dissipée

 

 

 

Ton pas

enfin accordé

avec la levée intime

       du vent

sur la passe des Abîmes

il suffit que ta main affecte

       ce tamaris

pour que tu la rejoignes

à bord de l'esquif éseulant            

du passage du temps

 

 

 

Lorsque son visage

s'altère

le poète recherche

les rafales graves

du vent d'est

celles qui soulèvent

les voix éprouvantes

lorsque ses sols

devenus menaçants

ensevelissent désir et mer

le poète tourne la tête

pour écouter

les frissons des roselières

 

 

 

Dérange-la

derrière les rochers

révulsés de la jetée

dérange-la

elle

lumière frisante

qui pénètre la parole

dérange-la

celle

qui donne ses faveurs

au chant une seule fois

prononcé

oui       prononcé

puis pour elle

à jamais gardé

 

 

 

Voici

l'avènement estival

de l'autre voix

celle qui voile le monde

puis qui le fait

devenir vrai

voici

les prémices espérées

de la saison qui prie

voici venue

la dispute

avec les verbes qui divisent

 

 

 

Ce soir

le chat noir est passé

hiératique

sur la pente oblique du quai

avec le couchant

le vent est tombé

mais son chant persiste

maintenant que s'unissent

le passé des nuits d'été

et cette lumière

d'immédiate éternité

 

 

 

Après offrandes

houles et souffles

le jour

devient soudain sensible

à la mélodie du dedans

celle qui sépare

du siècle qui inquiète

ce jour

maintenant s'abandonnant

ce jour

d'un janvier singulier

ce jour

tout entier célébré

par le jazz de la vague

qui déroule son phrasé

 

 

 

Les humeurs réclamées

de la mer

égrènent ses vocables

et leurs sels versatiles

après l'orage

le labech s'étant levé

tout est prêt pour l'acte

le passé du sable

et demain deviné

conversent à l'unisson

 

 

© Éditions L'Harmattan  -  2007

    Collection Poètes des cinq continents

     ISBN - 978-2-296-04244-5

 

 



 PAR LES FONDS SOULEVÉS  


                                                      (2010, extraits)



A chacun de ses versets

issus des plus hauts-fonds

la mer vient

elle vient méconnaissable

elle vient précédant

le temps

elle vient

luisant depuis son origine

celle qui précipite

à chaque rencontre

avec le littoral

la mer éprouve sa voix première

éprise par le désir des sables

à présent

la mer vient

 
 
 
 

A peine devinée

adversaire du sol

présence       pour le temps nécessaire

l'ombre ne pèse pas

sur les roches de la parole

ombre et fable

complices de l'instant

ombre sans face ni autre

ombre portée

des chants d'enfants

en avant du soleil

 
 

    Calme       échappé

puis

pieds brûlés

aux sables de l'enfance

son pourquoi d'aujourd'hui

s'assourdit sur les salines

ramendé par le doigté bleuté

du pêcheur

le filet n'égrène plus

que des notes contraintes





Invisible

et pourtant là

sur l’aplat du rivage

il ne se prête pas

aux meurtrissures du Mistral

décelé naissant

parmi les mailles et les nœuds

il passe       à présent

cet espoir imprévu

 


  

Après le coup de mer

d’hier

la lumière encore frêle

ne parvient pas à établir

le meilleur du jour

l’horizon devenu probable

malmène maintenant

son adverbe de temps

pourtant noirci

par les fonds soulevés

le sable d’ici

ne déparlera pas




Les cordages sont là

mais il n'amarrent pas

seule       l'heure

à son zénith

achemine de jadis

la lumière irisée

des anciennes coulées



Elles durent

ces basses eaux

elles durent

et leur durée dévoile

sans pudeur

les simulacres à sec

des crustacés


 

D’emblée débaptisé

par les embruns

qui oublient le rituel

voici le feu de port

à présent effacé

jusqu’à perte de vue

la mer       cette inconnue




Unie à son origine

l’hérésie d’aujourd’hui

ne fait pas comme si

un seul désir l’avive

s’inscrire

dans le premier serment

scellé sur la jetée

 


Sous la texture troublée

du ciel et de son blanc

le temps est en avant

sous la rencontre

des eaux saumâtres

et des eaux de mer

il n’y a pas de place pour

l’entre-deux

sous le désir du phare

indifférent

la lumière se refuse






Amarrée à regret

mais son mat

toujours là

prendra-t-elle le large

cette barque Espérance ?

Ils furent pourtant grands

ces thons agonisant

mais trouvant la force

de refuser son pont

ils furent pourtant gais

ces pêcheurs de soupirs

partis avec elle

pour ameuter la mer

 





Alliée

à la poussée des hautes eaux

de ce février sans pareil

la mer

lance ses justes injures à la jetée

conquérante des mots immobiles

sa voix n’est plus captive

elle dit son appel d’impératifs

pour d’incorrectes conjugaisons

 




Aujourd’hui la jetée

sépare

et aussi nourrit

oui       sépare

puisqu’il n’y a

qu’un seul soleil à partager

sur la jetée

oui       nourrit

malgré ce mulet mort

rejeté par la mer




Combattant le contre-courant

les mouettes

cherchent à se combler d’espoir

ici

privé de ses premières berges

le flot charrie ses pertes

là-bas

fragments inachevés

Cévennes et Causses

hésitent à médire

de leurs schistes et de leurs granits






Cahier des intensités

du solstice d’été

l’aplat de la jetée

offre de l’instant le feuillet

alphabet pour nouveau-né

les déferlantes maintenant

familières

et pourtant séparées

refusent le verbe

qui profane leurs effusions



 ©  Copyright   

Éditions L'Harmattan 2010

Collection Poètes des cinq continents

ISBN 978-2-296-11272-8

EAN 97822296112728

 

 

STROPHES AUX ARESQUIERS

(2010, extraits)
     


Chorale sans partition

la procession des ceps

dévale sur la grève

à l’approche des tamaris

elle place son attaque de la parole

venue avec ce vent du large

une voix dévariée

entaille de sa clé

l’arbre qui a flotté






Elle est toujours là

cette matière lagunaire

celle qui ne connaît pas

la pensée verticale

son fond est éphémère

il laisse soupçonner

les parlers de la pêche

       à l’épervier

elle est toujours là

cette matière syllabaire

celle qui charge de possibles

chaque aiguille de pin

 


© Copyright Éditions de l'impliqué
Montpellier, juin 2010
ISBN 2-906623-16-4



 

               

     LA MER, PRESQUE


                                      (2011  extraits)



Commencé sous le vent

à la strophe en suspend

c'est le scherzo des flots

qui donne le tempo

poursuivi grâce au vent

le verbe du ponant

éraille les reliefs

lettre inachevée

les rameaux du mûrier

arrachés par l'orage

raturent le rivage







Il se forme

ce ballant

de suffocation à invocation

il est graveur

ce ballant du cœur à l'extérieur

il dure

ce ballant de l'une à l'autre mer

ce ballant

en cercle sur le sable

ce ballant

sans aube ni crépuscule

ce ballant

ce ballant

ce ballant








Au sortir de la plongée

le blanc du goéland

échappe à l'ordre des choses

Égaré par sa longue veille

la veuve du pêcheur

échappe à l'ordre des choses


Sur le point de se défaire

la brume sur le port

échappe à l'ordre des choses

Son bateau désarmé

le vide du ponton

échappe à l'ordre des choses

Privé de son bosquet

le pin du Boucanet

échappe à l'ordre des choses







À l'à-pic du cap gris

la mer languit ses laves

les vapeurs       les soupirs

que lui tirent ses laves

à l'à-pic du cap gris

la mer veut brasiller

à l'à-pic du cap gris

des humains vont s'aimer






Pas une rature

sur la première page des sables

ce matin

Mourante dès l'avant plage

une vague efface les traces

des pattes calligraphes des mouettes

Attelé à sa traîne

le pêcheur de tellines

drague ses alphabets




© copyright

éditions L'Harmattan
ISBN  978-2-296-55417-7


 


 

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