JACQUES GUIGOU
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DITS SUR LA POÉSIE
DE
JACQUES GUIGOU


 

DITS SUR UN LIVRE


 

D'emblée

Augure du grau

La mer, presque

Par les fonds soulevés

Prononcer, Garder

Vents indivisant

Ici primordial

Sables intouchables

Temps titré

Ce monde au nid

L'infusé radical

 

  

 


DITS SUR L'ENSEMBLE DE LA POÉSIE








D'EMBLÉE


"D'emblée, merci, pour ce "D'emblée" qui impose ses assauts (staccato) jusqu'à aiguiser toute prétention de dunes et de roches. Belles paroles salines encore à feuilleter comme roselières..."

Stéphen Bertrand

20 juillet 2015

 

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"Merci pour ce nouveau recueil que je vais lire à coté d'un ventilateur.
Je suis admiratif devant votre production qui me paraît inépuisable."

Frédéric Jacques Temple

22 juillet 2015


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(...) je trouve ton livre où j'entends, à chaque page, s'élever non pas toujours, heureusement, "le soupir", mais toujours les "grouillements et frétillements" des "espèces de la mer".
Ta fidélité à ce lieu, cette mer, là, cette terre, là, est une chose admirable et je te remercie de m'en faire partager les éclats que tu sais en tirer".

Franc Ducros

7 août 2015


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Cher Jacques Guigou,
Merci beaucoup pour les poèmes si sobrement et passionnément marins de votre livre D'emblée ; ceux-ci (Dans l'œil de l'oubli), plutôt terriens, mais inquiets aussi d'un "infracassable secret" qui n'existe peut-être pas, sinon dans les mots mêmes du poème.
Amicalement
James Sacré
à Montpellier en août 2015 - en partant pour le Maroc...


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Dans la vie, Jacques Guigou (né en 1941) est un intellectuel militant, qui réfléchit activement, en temps réel, sur les dissonances et disparités de son époque. En poésie, bien sûr, le voici, tout au contraire : contemplatif, lent badaud du littoral méditerranéen, nostalgique, impartial observateur des dunes, algues et marais. Comment comprendre alors cette sorte de parenthèse anhistorique, cette séquence de détachement enchanté (qui n'est pas la première, car voici son dix-neuvième recueil de poésie !) dans l'engagement socio-politique constant d'une démarche ?
    C'est peut-être qu'il reste militant dans son attention même aux choses non-humaines, qu'il est sensible au travail propre du réel, au jeu dialectique de ses éléments, aux élans et affres de la société naturelle du monde. Ce baroque cheminement marxiste parmi les saladelles et les arapèdes n'a rien de dérisoire : cet (en apparence) oisif arpenteur de détails de bord de mer arrive à nous ... en lucide et inquiet citoyen de la côte camarguaise. Singulier auteur ! Voici comment :

   Il est le plus souvent devant la mer, par exemple en enfant qui attire à lui les vagues et fête les embruns :
         « Grâce à l'audace de la vague/ audace tenace/ mais audace d'un instant/ grâce à cette audace de la vague/ l'enfant du front de mer/ ose s'énamourer/ sur le môle/ dès lors devenu hyménée/ le vent inéluctable/ n'arrête pas l'arrivée de la rencontre/ et de ses aléas » (p. 11) 

    mais il est aussi dans la mer, progressant en nageuse scrupuleuse, loyale :
       « Comblée/ par la lumière totale de l'été/ la femme de la rive/ ne parvient pas à dire/ la part qui se retire/ dans la mer/ avancée jusqu'à mi-corps/ elle veut maintenir/ ce que les autres disent mort/ à lentes brassées/ elle nage vers cet horizon délié/ qui vient à sa rencontre » (p. 23)

   il est parfois sur la mer même, faisant entendre le « soupir » créaturel de ressources surexploitées :
       « L'épais soupir s'élève/ de l'amas de poissons/ soudain lâché sur le pont du chalutier/ dans grouillements et frétillements/ s'entend la complainte/ des espèces de la mer »  (p. 46)
   

      mais où qu'il se place, l'auteur ausculte les forces à l'œuvre, en scribe de l'alternance des contraires, spatiale d'abord,
   « coquilles qui se font/ fossiles qui se défont »  (p. 33),
   fossiles que par ailleurs « les eaux de mer voilent et dévoilent » (p. 45),

      mais aussi temporelle,
    « Serrées puis desserrées/ par les spasmes de la mer/ les algues rousses de la jetée/ rajeunissent leurs rochers... »  (p. 49)

      comme si Jacques Guigou savait prendre pour nous le pouls vrai de l'Évolution.

    Réellement, il figure la sorte de droits et devoirs mutuels des éléments, dans le rendu de choses qui, à la régulière, se défendent les unes des autres, et se défondent, se destituent, les unes les autres – moins par la loi du plus fort que par celle du mieux influent, du plus durablement prégnant :
     « Assaillie par le dernier coup de mer/ la dune a laissé s'effriter/ les certitudes de ses plus hautes touffes/ sous la critique des vagues/ sables et racines/ ont cédé de leurs croyances/ de leurs croyances/ conquises depuis peu/ contre le mouvant et l'accident » (p. 48)

     Tout dans cette étrange poésie relève d'une sorte de panthéisme activiste, où la voix interroge une sorte d'Immémorial actuel, en secrétaire de Déluge, en porte-voix nuancé, mais incorruptible, du lamento déterministe de l'Univers, de « l'infracassable » toutes-choses-causantes-et-causées de l'Être.

    C'est un homme qui connaît les cruautés incompressibles de la vie, quand
   « la lame sauvage du sagneur/ déloge la macreuse qui couve » (p. 34), oui, l'alerte et fragile macreuse, poule-de-mer dont la chair même a goût de poisson !
     même si les cruautés ont pu venir aussi de lui,
    « Tiré de sa coquille/ par l'enfant qui le taquine/ le bernard-l'ermite/ rougit de sa mise à nu/ égaré dans les rochers ... » (p. 21), 

     mais cela ne l'empêche pas de se tenir en joie, à la vitesse nécessaire de la liberté, récoltant à leur rythme les possibles :
      « ...ce beau milieu/ qui n'est pas un abri pour lui/ au matin l'enfant n'essaie pas de sauter/ par-dessus son ombre/ il trépigne à la pensée/ des chemins qu'il pourra parcourir » (p. 13)

    et pardonnant à l'impossible, dans une sorte de prescription concédée aux faits de l'abîme :
         « Après l'assombri et le meurtri/ ce que la mer laissait encore apercevoir/ de l'épave de guerre/ n'est plus vu ni connu ... » (p. 7)

    Pour souligner encore la singularité de cet homme et d'une démarche qui porte la contradiction dans son recueil même des choses, on dira que ce panthéisme est pragmatique, est humaniste, est mystique,

     pragmatique, car on voit dans ce poète une sorte de magicien public (mais secret), qui œuvre fonctionnellement à la transfiguration de tout, en guetteur bénévole, en guide intérieur des gémissants efforts de la Création (dont parle une fois Saint-Paul), ce « familier de la jetée », « homme des marais », « amateur de l'évènement », « marcheur du môle » se présentant fidèlement comme un « devin du rivage », qui, rituellement, « se confie à l'humeur de la vague », parce que pour lui, réellement, le littoral se fait « auteur des bonnes mises au monde ».
 
  humaniste, car soucieux de l'avenir réellement semé, et n'oubliant jamais - en vaquant sur les Lidos - que l'eau monte, que le littoral se bétonne, que la surpêche épuise la mer, mais soucieux plus encore de chanter l'intensité des situations biophysiques, le nœud intact de leurs lumières !

    et mystique pourtant, car on ne peut pas jouer, sur des décennies, comme il fait, au Pierrot des bacs (du Sauvage), des forts (de Peccais), des phares (de l'Espiguette), des estuaires (du petit-Rhône), fixer inlassablement les couleurs locales en leur visibilité globale, sans stationner devant une Porte vue de soi seul. Le titre énigmatique de ce recueil (« D'emblée ») résume le signal de présence suffisante qu'il poursuit, la surprise pour lui continuée d'une sorte de perfection d'office, où se « rencontre »  l'instant de grâce, le moment héritier de la totalité du temps (un héritier indiscutable, comme né directement avec sa couronne), pendant lequel et depuis lequel « la journée de joie ne se laisse pas faire » (p. 52)

     « d'emblée/ ce berceau ajointé à son ombre/ d'emblée/ cet appel aux grands jours à venir/ d'emblée/ cet air au plus-que-parfait ... » (p. 53)


      C'est un vieux poète, un homme déroulant ses « paroles premières à la levée des lèvres et des vagues », et qui obtient, quand « la prose du monde se tait », de faire surgir, dans une farouche élégance, « le coup de patte de ce qui n'apparaît pas ».


Marc Wetzel
février 2016
À paraître dans la revue Traversée (Belgique) en avril 2016.
en ligne ici
 
https://traversees.wordpress.com/2016/02/22/jacques-guigou-demblee-lharmattan-2015/






Augure du grau



31 août 2012

Un grand merci pour ce nouveau recueil, en fait un livre-poème.
Grau est presque l'anagramme d'Augure.
On y est dans l'air du pays
Bien à vous

Frédéric-Jacques Temple

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Montpellier, 3 septembre 2012

Cher ami,

Merci beaucoup pour ton dernier livre qui rejoindra les précédents dans les rayonnages de la maison familiale à Carnon, au bord de la plage, face à la mer des rêves et des légendes où Callimaque voyait la matrice même du poème. Je le relirai le matin en contemplant le lever du soleil sur l'infini des songes.

Jean-Frédéric Brun

 

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Pignan, 10 septembre 2012

Cher Jacques,

du Grau j'accepte, venant de toi, l'augure que la poésie, nommément la tienne, les ouvre vraiment, ces martellières par où affluent les eaux vives du monde. Merci, cher Jacques, et puissent les deux lettres — D,E — qui "ouvrent" l'anagramme, te fournir tes futurs instants de "levée du monde".

Amitiés

Franc Ducros et Gisèle Pierra


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À propos de AUGURE DU GRAU (2012)

L’Harmattan

 

« Rassemblées sur les tuiles/chagrines/de l’hôtel d’Angleterre/les mouettes repues/entonnent leurs lamentos/Avec le flot repoussé/par l’étrave blessante du chalutier/le temps serre le cœur »

 

Eh bien, Jacques Guigou, comment survivez-vous à tant de guets ?

Comment avoir approché d’aussi près, aussi méthodiquement, avec une telle ardeur, le silence de la nature n’a-t-il pas neutralisé à jamais votre (farouche et noble) faconde ?

D’où savez-vous ces choses qui « échappent à l’ordre des choses » ? (car la nature n’a pu vous les révéler, puisqu’elle y perdait elle-même ses traces ; et vos maigres auxiliaires, vos évanescents relais – une navigante, des femmes des lagunes, d’anciens pêcheurs amateurs, des sirènes de l’hiver, les familiers des marais – n’ont pas ensemble le dixième de votre courage !)

Votre visa pour la nursery démoniaque des êtres, qui vous l’a donc délivré ? (ce placenta de brume, obscur, et dont les choses mêmes s’extirpent si tard et si mal, comment le connaissez-vous ? Où étiez-vous dès l’origine placé pour savoir comment les choses adviennent en accouchant malaisément d’elles-mêmes ? Car nous entendons bien que vous le savez !)

Où avez-vous appris comment le monde recycle le désaffecté de lui ? (« Vigie devenue saxophone/la colonne de l’ancien phare/exécute les diatoniques/de la tempête ») : on dirait votre oreille née directement de la Mélodie !

Et quel ami êtes-vous devenu des bêtes pressées, des forcés d’être indifférents à eux-mêmes (les canards, les frégates, les avocettes, les fous de Bassan, les macreuses, le butor coincé par l’incendie soudain du marais, les aigrettes …) ? Que vous importe tant leur agonie ? Pourquoi leurs cris inintelligibles pour nous savent-ils vous enjoindre au meilleur ?

Jacques Guigou, pourquoi perdez-vous toute timidité en articulant votre chant ? Car vous semez, vous distancez, vous abandonnez à elle-même votre image de vous dès que vous lisez publiquement vos mots ! Et même dans notre lecture muette de vos recueils, vous êtes sur la grève commune à scander dans le vent ! Vous dites : tout ce qui avance vraiment « est coupé de ses arrières ». Mais comment le pouvez-vous ?

Vous dites : personne n’explorerait quoi que ce soit en restant à couvert. Mais comment l’osez-vous ?

Car vous êtes un intime de la Grande Affaire. On le sent, on ne vous envie pas votre native exposition. Vous semblez mieux savoir qu’un marin pourquoi naviguer torse nu sale la peau ; mieux qu’un insecte des sables ce qui scie toute hauteur de sens et condamne au discours écrasé, à la parole horizontale ; vous paraissez savoir ouvrir pour elle la bouche des baies, des ports !

Vous, le militant sincère, le politico-historiquement actif, l’homme qui fait bouger les lignes de ce qui est bougeable, et remue le destin de ce qui en a un, vous, pourtant, qui n’espérez rien du littoral, des dunes, de la mer même (« étrangère – comme vous l’avouez divinement - à toute liberté »), parce que vous savez que leurs lignes ne peuvent jamais ni bouger ni répondre, comment supportez-vous d’inlassablement chanter, tous les matins de votre vie, ce qui jamais ne console ?!

Vous refusez même si peu que ce soit de jouer des éléments (sur le sable et les jetées d’ici, que vous arpentez pourtant plus souvent qu’un plagiste, qu’une mouette même !, il n’y a pas un surfeur – vous méprisez ces bouchons vivants sur l’écume, pas un plongeur – l’apnée vous semble être misérable performance de mammifère marin, et pas même un estivant, pas un seul enfant à seaux et pelles)

Le seul enfant qu’on voit dans votre texte, une fois, est vous, un petit garçon tout sauf nostalgique (hier, déjà, Jacques Guigou, vous étiez effroyablement attiré ici, mais rien ne vous attire moins qu’hier), qui suivait amoureusement la prudence sans maître de son père :

   « Pour conjurer la menace des mines/l’enfant pose ses pieds/dans les pas de son père/par l’ouverture du blockhaus/à moitié ensablé/l’enfant n’observe/aucune guerre imaginaire/seul vestige des violences passées/ces barbelés défaits/qui hérissent le rivage »  

 Jacques Guigou, vous assimilez sans trahir (sans même superposer en vous les formes de vie approchées et comprises ; vos différents âges ne se cachent pas les uns les autres !) ; vous êtes l’homme au lancer, et lui seul, quand il maudit sa prise (une baudroie) ; l’homme de mémoire, et lui seul aussi, lorsque la grâce mobile d’un refrain de baisers est ce que vous venez attendre ; l’homme du large, et lui seulement encore, quand agenouillé sur les rochers qui ne sont jamais secs, vous bonifiez les jours à venir

Et votre amour des choses est poétique ; il n’est pas écologique (je crois que vous préférez les frégates à leurs défenseurs, et que dans son progrès sans frein ni fin, l’homme cède à la saveur du mauvais infini, alors qu’elles, non – cela va sans dire pour vous ; cette sollicitude raisonnée vous paraît presque insulter ce qu’elle ménage ; et l’homme ne peut pas plus se guider sur ce qu’il défait du monde qu’il l’a pu sur ce qu’il en faisait) ; il n’est pas religieux (Dieu ne vous intéresse pas ; si les êtres qui n’entrent pas dans le jeu vous importent, ce sont seulement ceux du monde) ; il n’est pas scientifique (les transitions de phase vous fascinent, mais seulement vues du flocon qui cristallise ou du glaçon qui fond). Votre amour des choses est éclairant et contagieux ; il est né avant l’aube qu’il fait comprendre, il ne se couche – par principe furtivement – qu’après le crépuscule.

Pour moi, la Croix est le volant de la Mort ; pour vous – plus profondément, plus honnêtement, plus fidèlement, Jacques Guigou – les brisants du Boucanet sont la suffisante barre de la Nuit.

 

Marc Wetzel.

Octobre 2012

publié dans SOUFFLES, printemps 2013, n°240-241, p.290-292.



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Augure du Grau

Coll. Poètes des cinq continents. Éditions L’Harmattan. Paris, 62 pages, 10 euros.

La poésie de Jacques Guigou ramène à un sentiment océanique de la vie par delà tout ce qui la taraude comme la mer creuse le sable. Ce livre devient la dune en sursis qui surplombe les vagues et les abîmes. Il ne s’en satisfait peut-être pas mais il unit le lecteur à ce qui le dépasse. Augure du grau permet en effet de voir et de toucher au pouls du cosmos caché dans les plis des vagues.

C’est donc en mer que le poète va à la rencontre de l’étranger en lui : il y est à découvert car en elle il n’existe pas de refuge. Les mots ont fort à faire pour l’affronter. La mer ne distrait pas de la mort mais peut faire surgir une poésie vitale là où le vent d’Autan « ouvre les martellières du monde ». Car le passage à l’élément marin ne peut se faire que là où il rejoint « l’indécidable couleur du sable » : dans les aléas du delta de Rhône comme dans celui des nuages. Dès lors avec Augure du grau la poésie devient un mirage que l’œil de Guigou apprivoise. Il n’a pas peur de s’engouffrer dans des lieux qui s’ouvrent et se gorgent d'alluvions pour ensuite reprendre le large « face au vent qui violace ».

Comme le Grau la poésie devient soudain littorale : à savoir non une frontière mais le lieu du passage. De la grande prêtresse maritime l’auteur se fait épigone afin de dire à l’homme ose qui tu deviens, ose le génie de ton lieu de passage, ton marais d’âge. Le Grau représente au sein de ses moirures argentées et au milieu de ses fractures l’espace qui permet non seulement aux chimères de vagabonder mais à l’inéluctable de se faire entendre. Dans le feu changeant des plages et des rochers la nostalgie « attirée par les brisants » y trouve sa crique. Mais — et tout autant — le futur provisoire peut s’arrimer aux fragments d’absolus courants entre marais, étangs que sont les mots. Ils servent chez Jacques Guigou à ébaucher le bateau ivre prêt à affronter celle qui « étrangère à toute liberté » suscite pourtant « les sentiments du tout ».

Jean-Paul Gavard-Perret

Chambéry, 1er octobre 2012


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En Beule, le 29 décembre 2012

Cher Jacques,
Tout d'abord te remercier pour Augure du grau; ce bord de mer et son vocabulaire qui fait le ventre des voiles.


Joël Bastard



La mer, presque

 

 

25 juillet 2011

« Merci pour cette « mer, presque » mais proche.

N’allez pas sur les plages. Attendez que septembre vide le sable des larves estivales.

Cordialement

Frédéric-Jacques Temple


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14 août 2011

Cher Jacques Guigou,

Je vous remercie de votre envoi de « La mer, presque ». C’est avec plaisir et sympathie que j’ai lu et relu ce recueil, qui célèbre avec sensibilité un rivage auquel je suis moi-même très attaché. Il y a aussi des paysages fondamentaux qui nourrissent notre imaginaire.

Jean Joubert


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Pignan, le 19 septembre 2011

Cher Jacques,

Tu es habité par la mer — celle, toute proche, que nous connaissons de l’enfance, et celle — la même — infiniment hors de portée, que nous pressentons au plus intime.

Ton « presque », du coup, m’a ravi, comme expression la plus juste de cet entre-deux qui ne cesse de renouveler ta parole, dès lors qu’en effet, le « gris banal » de la mer dans le noir, contient en soi tous les possibles, c’est-à-dire indissociablement, de nous et du monde.

Merci de ce cadeau, et pardonne-moi d’avoir tardé à te dire le bonheur qu’il m’a donné.

Franc Ducros


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Par mèl, le 28 septembre 2011

Cher jacques,
(...)

la lecture de tes poèmes m'est agréable, quoique je ne parvienne pas, en quelque sorte, à les traduire. Je ressens comme un murmure en lequel s'affirmerait la recherche d'une sérénité.
 
Bien à toi
Jacques Camatte



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Par mèl, d'Aigues-Mortes, le 13 septembre 2011

Bonjour, Jacques,

Merci infiniment pour le recueil. De très beaux textes, très musicaux, qu'on a envie de lire à voix haute. Et une sensation de grande sérénité.

Magali Morin


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Note de lecture


Jacques Guigou - La mer, presque

Éditions L’Harmattan, publié en 2011


par Gaston Marty

 

Je perçois l’agacement de quelques grincheux : « encore la mer ! » En revanche, elle est pour nous particulièrement précieuse dans sa présence nuancée et la proximité des lieux chers à nos provenances, un « pays » assez proche des sites évoqués : les étangs de Camargue, les Costières du Gard, voilà qui ravive mes souvenirs des Corbières et des étangs du Narbonnais. Autant de sites proches d’un golfe léonin, furieux ou adouci. La fine pointe de l’épée du poète fouille ce pays d’exception qui nous habite et entraîne dans ses caprices et sa solidité. Plutôt que de se perdre en vaines palabres, je préfère ici tenir debout une citation qui mérite amplement cet honneur de par la sensation diffuse d’éterniser l’instant sur le rythme d’une omniprésente mer, d’un juste soleil. 

 

                  Il se forme

                  ce ballant

                  de suffocation à invocation

                  il est graveur

                  ce ballant du cœur à l’extérieur

                  il dure

                  ce ballant de l’une à l’autre mer

                  ce ballant

                  en cercle sur le sable

                  ce ballant

                  sans aube ni crépuscule

                  ce ballant

                  ce ballant

                  ce ballant

                 

Ces répétitions de vague, ces marches du soleil fixent la précision implacable, imprenable, d’êtres qui respirent. D’autres pages nous enchantent par ce mouvement régulier, par exemple celle où on entreprend des travaux pour ouvrir la « rue de l’amour », rue trois fois répétée, au bénéfice du délectable. Quelques cuistres ont beau se gausser de ces sortes de berceuses. Oublierons-nous pour autant l’effet enchanteur et hypnotique de celles-ci, au parfum d’espoir et de désir ? Vrai genre poétique, ladite berceuse, destinée à endormir l’enfant, elle joue chez Lorca le rôle de porteur ou cristallisation de l’angoisse. Tel est le cas de la cavale noire qui ne veut pas boire, dans « Bodas de sangre ». D’ailleurs ce poète espagnol a écrit une étude sur la « nana », chanson pour endormir et chanson qui dit la souffrance. Le très connu « p’tit quinquin » du Nord comporte des strophes qui, dans les corons, chantent la misère ouvrière. Nous voici loin de la mièvrerie.

L’envoûtement obstiné du balancier porte en lui la fraîcheur marine et la brûlure solaire ; chez Jacques Guigou, le temps mesuré et qui emporte à la frontière peuplée du vide. Pensons à Pierre Seghers qui, grâce à son sens du tragique, dit que « au loin déjà la mer était restée ». Les silences, les surprises, l’abandon momentané du port, le retour attendu (on n’oubliera pas le « comme un nageur qu’on attend plus » de Léo Ferré dans « C’est extra »), le sans-retour, voilà le charme, au sens profond pour rappeler que l’ordre naturel n’obéit à nulle injonction des dictatures humaines ou inhumaines.

Le flot mime le temps sans grimace, il donne le ton, il relie l’être humain à l’élément liquide, nous convoquant dans l’unité parfois tourmentée de la Méditerranée. Ce que le poète traduit par une intervention indispensable où l’œuvre écrite reconnaît la valeur de la parole, du « parler ». Magnifique spectacle « tant aimé », de l’écrivain qui ne se rabaisse pas à de vaines fioritures. Nous assistons à la double émotion du spectacle mouvant et cadencé et à l’épanouissement du poème : « La strophe / maintenant s’enfante / dans les saccades lointaines de la mer ». Le « travail » de celle-ci rappelle à l’évidence celui de la parturiente. La joie et la crainte nourrissent « l’inspiration » à un sens commun. D’où cette saisissante apparition : « L’homme au parler clos s’est levé / le cœur serré / sans motif ». Ces vers répétés rappellent aux mortels que nous sommes le devoir de vérité, de sincérité, cette dignité qui consiste à rester des « indignés ». Ils ont peur, mais ils tiennent. D’aucuns se sentent soutenus par la transcendance. Qui sait ? Un miraculeux condensé de vie à pleines mains, à pleines voix et ce cœur serré qui nous étreint au lever du jour.

Point n’est besoin d’insister sur l’admiration que suscite l’alternance des ensembles majestueux et des moments furtifs, essence d’une poésie habitable et intègre de présence au monde. Savourons sans tapage l’automne « à demi-mots » et les « algues émigrées », autant de placides compagnons de vie.

En cet attrayant mystère ne manque pas la sensualité discrète : « sa hanche / tant de fois suivie des yeux », qu’il s’agisse d’une femme ou d’une dune déplacée. L’alliance des eaux repousse le couchant en toute discrétion. Successivement se vide et se rempli le port. Le marin perdu a laissé son langage à flot. Une certaine atmosphère de regret, de nostalgie se double d’une satisfaction secrète d’acte inaccompli, cousin du désir. Aussi, en une allusion au terroir vigneron, cette remarque : « Ils résistent / ces raisins muscats / qui ne seront pas tous cueillis » ; est-ce oubli sur souche ou suggestion du choix de manger à vif, hors vinification ? Écrivain-poète, Jacques Guigou nous fait don de cette écriture spontanée (mieux qu’automatique).

Je me permets de lire pour serrement de cœur ce bouquet composite qui puise au souvenir du temps lointain et du présent vraisemblable. L’amoureux peut-être, l’observateur de finesse et rigueur, l’ami de l’arbre sacrifié et offert en lieu et place d’un message tel que l’aime le poète lorsqu’il lance :

Lettre inachevée

les rameaux du mûrier

arrachés par l’orage

raturent le rivage

 

 

SOUFFLE

vol.71, n°238-239 automne 2002, p.373-375.

 





Par les fonds soulevés



Ces Fonds soulevés sont une invite, impressionnante injonction. Cette « puissance salée » nous la contemplons depuis toujours, dans cet élan vital qui nous aide, j’espère, à résister. Mer dangereuse, porteuse d’inconnu. L’imprégnation musicale se mêle de façon charnelle à cette rumeur (Léo Ferré ne renierait pas cette musique du silence entrecoupée de colères justes, parfois inquiétantes).
Et le désir (tous les désirs) qui court en risée et pulsation. Gloire à cette mer qui précède le temps. Je ne t’apprends rien en disant que la musicalité du texte répond à celle de la nature confrontée. Sans mièvrerie, cela va de soi, comme en attestent quelques scènes saisissantes, telle l’irruption sur la plage par un mulet mort (je pense à un choc identique dans le Tambour).
 
Mais comme toujours, je suis touché par l’entre-deux, l’interrogation, l’inquiétude : pourquoi ces « cordages qui n’amarrent pas » ? À quoi bon savoir. Aragon n’a-t-il point célébré « le beau soir où l’univers se brise » ? La menace remue et fige l’homme, lequel jamais ne saura, mais agit — comme le poète — magicien capable « d’aimanter la mer » ou du moins le vouloir.
Ici
le sable qui caresse, le sable qui enfouit. Contradiction fertile de l’oxymore grenu de sève « calme sonore ».
 Parfois hisser grand-voile, savoir aussi respecter le clapotis.

 Gaston Marty

17/05/2010

 

 




Prononcer, Garder



Par email, le 4 décembre 2007

de Jacques Camatte

Cher Jacques,

J'ai toujours aimé la poésie parce qu'elle me disait quelque chose d'essentiel, un quelque chose que je comprenais limpidement à travers les mots, la mélodie, les suggestions, les intuitions. Mais la poésie plus récente m'émeut, mais ne me dit plus rien. J'ai comme l'impression que le poète me dit écoute, et ressens totalement ce qui de moi provient et, d'une certaine façon, je me sens dépossédé, altérisé et ce qui est dit n'est plus quelque chose qui retentit en moi, me fait percevoir l'autre, et me conduit à moi.

En lisant Prononcer, Garder, j'ai perçu un dire indicible; ce qui affleure mais ne s'épanouit pas, comme un tressaillement annonciateur de quelque chose de merveilleux. Cela m'évoque la nostalgie. Elle est non dite mais est vécue à travers les poèmes.

Prononcer pour moi est un dire solennel, le dire d'une essentialité, voire de quelque chose d'irrévocable. Prononcer implique une grande concentration sur le contenu de l'énoncé, sur la personne (ou les personnes) qui va réceptionner le prononcé.

   oui   prononcé
   puis pour elle
   à jamais gardé


Je me demande : est-ce celui qui prononce qui garde, ou est-ce celle qui reçoit le prononcé. D'après l'énoncé il semblerait que ce soit la première dynamique, toutefois à travers les divers poèmes, je me demande si la seconde ne s'impose pas également. Alors, là, cela me gêne parce que c'est comme une projection qui provoque un attachement en moi. Je dois conserver, garder, quelque chose. Or ce qui m'importe c'est de percevoir le retentissement en moi de ce qui est prononcé et d'avoir la possibilité de le transmettre. Je n'ai pas envie d'être attaché. J'aime ce retentissement qui peut m'affecter en m'amenant à connaître, à percevoir, à m'ouvrir à l'altérité.

M'interpelle:
le combat entre
les mots du temps
et
les mots de l'amour


et je me dis quel est le combat réel en lui, entre ce qui peut relever de la continuité et de l'éternité et la restriction, la limitation du temps. Et je pense à

pour que tu la rejoignes
à bord de l'esquif esseulant
du passage du temps


M'interpelle aussi:

c'est    sa  voix qui
révulse les regards
le port           alors
n'a plus d'ennemis


Quel rapport avec le combat dont il a été question précédemment? Te sentirais-tu arrivé au port où tu n'as plus d'ennemis?

Tu dis : « Prononcer, garder »,
puisque les sèves des syllabes
sont sur le point
de surgir


Là je retrouve la question de l'indicible. Que recèlent ces sèves qui ne seraient pas dans la salive de mes mots?

Voilà: j'ai essayé de te percevoir à travers ces poèmes et te le dis.

Fraternellement,

Jacques.

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Merci de m'avoir envoyé Prononcer Garder et son grand mouvement, son grand vent de parole, et, je le crois aussi, d'espérance. Nous avons tant besoin de croire à la parole (...) que dure le mugissement !

Gabrielle Althen

 

13/11/2007

 

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Avant de pouvoir te remercier pour ton envoi, j'ai tenu à lire et relire Prononcer Garder, beau recueil où la mer, le bord de mer, jouent leur rôle médiateur entre l'homme et le monde. Prononcer, l'écriture, la parole. Garder nous impressionne dans son ambiguïté : rétention, préservation du souvenir et de la présence. Générosité et menace s'entrelacent. L'éternel passager scrute le large immense, hume les parfums mêlés. Dansent les mots, danse la lumière. La conversation se poursuit sans solution... Beau texte, merci encore de me l'avoir fait connaître.

Gaston Marty,

 

21/11/2007

 

 

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Ton livre — ta belle fidélité à un lieu, à la mer — c'est-à-dire à un lieu infini (ce qui est en soi un oxymoron), trouve à chaque instant l'élan semble-t-il sans fin possible pour une parole qui de la mer sait dire -peut dire- les multiples apparitions et les dire, à chaque fois, selon le rythme nécessaire à leur être propre, le même toujours et toujours autre (je ne vais pas dire ‘toujours renouvellé’, ça sentirait trop la citation — mais c'est quand même bien de cela qu'il s'agit — c'est cela que tu fais). Merci de tout mon cœur.

Franc Ducros

 

20/12/2007

 

 

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Difficile de parler de la poésie de Jacques Guigou sans l’avoir entendu dire ses textes, avec cette autre voix qui hache le poème tout en lui rendant sa ligne de chaos, de rupture, de mouvement des origines.

Ainsi Elle là à l’instant des premières paroles dans le livre, ainsi elle qui fait entendre ce phonème fossile de sa langue-mère aq’wa aq’wa aq’wa.

Et, tout au long du chant, la mer avec ses odeurs, l’eau (pluie qui dit l’inceste du sable et de la vague), le mot de nuit (celui qui attend l’offrande d’une voix pour surmener la mer), la célébration de l’instant quand il faut soulever la paroles des algues.

C’est pour le poète le temps de l’arrêt (des arrêts) pour célébrer les heures de la mer. La poésie de Jacques Guigou nous conduit vers un authentique dépouillement de l’écriture.

 

Jean-Pierre Védrines

 

SOUFFLES,n°223, mai 2008, p.184-185.

 


 


Vents indivisant



Une parole singulière sur Vents indivisant
celle du poète Gaston Marty

Point final, immense et noble, de ce recueil de poèmes s'incarne dans le mot de lumière, impérieuse, comblant la main qui la « demande instamment ». Présence du corps et aspiration ardente de celui-ci. De la sorte communiquent le poète ‑ l'être ‑ et le monde dans maints de ses aspects privilégiés. Un échange amoureux tantôt demandeur et possessif tantôt mené d'égal à égal, qui ne saurait faire fi du poète et de l'enfant, deux importances sensuelles, deux réceptacles des sensations, spontanées et attentives, réfléchies et risquant le défi de l'ailleurs, de l'audace.

Car cet univers de Vents indivisant, n'ignore point les affrontements qui fragmentent et confondent les êtres dans un lent mouvoir ou un brusque et violent enlacement « l'instant déverse des accidents / soudain les deux quais ». Se rassemblent, se séparent tour à tour les éléments animés de vies personnelles, telles ces mains attirées vers les unités. Cet incessant affrontement s'infléchit d'une douceur et d'un apparat tout en esquive: « platanes qui concèdent le chant aux partisans du vent ». Domine la caresse, celle des hommes « proches des roseaux ». Toute forme d'amour s'y infiltre.

Et tout mystère souffle une haleine de poésie. Que s'abolisse la « finitude du littoral » sous la pression de l'ailleurs, que circulent les voix « venues avec les hautes eaux », flux et reflux dignes d'un battement. Le fond de la mer lui-même sait s'entrouvrir comme un miracle ; celle-ci est lieu de tragédie. Elle refuse d'avouer la cause de sa couleur nouvelle, changée ; liqueur, sang répandu ? Inquiétude et splendeur, la musique et ses paroles enchantent du même élan la page et le monde, constamment réciproques et intervertis. Car poésie il est ici, qui culmine en fascination autour de l'oiseau marin « Elle / mouette aimantée par sa visée sans cible ni flèche / elle veine ouverte / pour l'instant de ses visions ».

L’homme et son poème ‑ le « poème de la mer » rimbaldien ‑ s'avancent tout ensemble insurgés et assagis. Jusqu'à insuffler la force de l'évidence à ses présentations de vigueur sobre, ramassée, tel ce « rire à satiété de l'enfant » modèle de condensation vive. La proue de cet élan pourrait être ce môle tendu : idiomes « du môle renversé vers ses origines », donc imprégné de passé nourricier, mêlé aussi aux familiarités qui y sont énoncées, belvédère de la saison. Magique présence de l'enfant énonçant son parler « à la fenêtre du phare ». Il est surtout une source et qui porte l'appréhension primordiale jamais effaçable. Possède en commun avec l'eau d'être un lutteur contre la terre.

Ici se fiancent les charmes envoûtants, la mort, la grâce, les possibles assemblés capables de nous convaincre sans bavardage de cette infinie richesse du monde que vantait Octavio Paz. Un univers comblé qui inclut la parole, exhalée et fondatrice puisqu'elle remonte à « avant les vivants », de toute éternité.

Inversant les trop logiques termes du réel, la permanence infinie enchante l'instant, l'instant qui nous saisit. Soyons prévenus, le mot contient tout, ne se sépare de rien. Sans l'expliciter, Jacques Guigou fustige l'emphase qui prétend dominer. Il préfère, en confidence, le « dire des filets délaissés », une fête dont il connaît le prix, générée par l'incommensurable accessible de la vague. L’homme a ses commencements et sa vigoureuse présence.

 

Gaston Marty

Publié dans SOUFFLES, revue de l’association

Les Écrivains méditerranéens

n°210-211, octobre 2005, p.162-163. ISSN 09857427

 

 

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Merci, Jacques Guigou, de nous avoir donné à lire les poèmes de Sables intouchables et de Vents indivisant, deux ensembles, deux univers élémentaires à la fois présents et insaisissables. Sables, dunes, images d’un littoral où la vie commence ; lieu d’attente où une parole s’annonce. On retrouve dans Vents indivisant, comme en écho, la même attente d’une parole qui fête les naissances. Cueillette, récolte, assemblée, union, liaison... tout un vocable de rencontres qui peuplent cette quête incessante pour rapprocher les deux rives, celle de la parole et celle du silence. Quête de la poésie elle-même entre « le feu et l’eau ».

 

Georges Drano

 

12/04/2005

 

 

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Merci pour ton livre. Rythme qui monte à la lecture comme vague à l’écume.

 

Delphine Aguilera

 

10/12/2004

 

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Belle surprise avant-hier dans ma boite à lettre ! Merci pour Vents indivisant, pour « ce doute » et « cette liaison avec les langues intimes ». Franc se joint à moi pour dire qu’il trouve magnifique l’inspiration prolongée de la mer et des vents côtiers.

 

Gisèle Pierra

 

27/11/2004

 





Ici primordial 


 

Un mot d’une simplicité extrême : je vous remercie.

 

Kostas Axelos

 

15/01/2002

 

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Merci, Jacques, pour l’envoi de ton dernier livre, Ici primordial. J’aime bien, d’un livre à l’autre, cette mer qui ne te lâche pas ; ma foi, c’est ta « Sainte Victoire ». Elle est là avec tous ses crampons, elle les jette sur toi, tu es à l’épreuve de sa cruauté, de sa vérité, et c’est ta vérité...

 

Jacques Dartigue

 

29/01/2002

 

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Un grand merci pour ton envoi ; pour toi, qui découvre ‘l’axe du monde’ dans « les dictions du vent » (comme Mandelstam découvrait ‘l’axe de la terre’ dans les guêpes, « fortes et savantes »).

 

Franc Ducros

 

12/02/2001

 

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Comme tes précédents textes, notamment Une aube sous les doigts que j’avais adoré, j’ai trouvé Ici Primordial d’une très grande profondeur et d’une immense sensibilité. Ce lien entre la terre et la mer m’y semble perçu avec une puissance troublante. Ce lieu spécifique où nous vivons et que nous vivons est magnifiquement rendu. Mon entourage qui l’a lu le pense aussi. Merci pour les émotions ainsi procurées et pour le plaisir de ce don des mots.

 

Jacques Gleyse

 

10/01/2002

 


 Sables intouchables


Montpellier, le 2 avril 1999

Cher Jacques,

Merci de ton envoi. Et surtout merci de ce rapport, sans cesse renouvelé, aux éléments proches et inatteignables (« intouchables ») — les sables, certes, et l’eau, et l’air et la lumière, et tout ce qu’ils portent, dont nous, puisqu’ils sont notre séjour : tu y habites, et tu nous en restitues la présence, puisque tu nous y fais habiter.

 

Franc Ducros

 

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Après que vous m’ayez aimablement donné vos deux recueils, je me suis absenté longuement et je ne pense pas vous avoir remercié. J’ai ça et là rencontré les images tutélaires de nos rivages, les tamaris, les sables, la mer, ce paysage profané que seuls les poètes peuvent restaurer.

 

Frédéric-Jacques Temple

 

17/11/2000

 

 

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Merci pour ces Sables intouchables. Beau titre pour une avancée sur la grève, comme est votre écriture.

 

Yves Bonnefoy

 

7/04/1999

 

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Merci de votre livre. Il m’a beaucoup touché. Je crois que vous atteignez désormais une profondeur servie par une forte langue. (...) Votre voie est ouverte. Vous avez dû recevoir des consécrations amicales. La mienne vous suit.

 

Jean Todrani

19/07/1999

 

 

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Je lis « A l’impossible tous sont tenus/ Oui, tenus/ Mais tenus d’une main qui délie/ Tenus sans autre lien/ Que celui unissant/ Ce nuage de sable/ Au vent de Narbonne/ Qui argente la grève ». C’est avec cette sorte de main que nous rêvons d’écrire, une main : une pelure, qui nous dirige dans nos rêves, sorte d’ouïe très fine qui relaie nos perceptions, notre sensation selon des rapports entre les choses que l’expérience du poème, seule, découvre. Ils sont, ces rapports, la vie de tout langage, de toute pensée au plus profond de ce qu’ils peuvent nous apprendre : sur nous, sur les choses et le monde ; ils ne délivrent aucun savoir, ils sont de simples traces, des signes sur le sable quand la mer se retire.

 

Jacques Dartigue

3/05/1999

 



Temps titré

Cher Monsieur Guigou, je vous remercie beaucoup de m'avoir envoyé votre "Temps Titré". J'en fais la lecture selon vos préceptes, me semble-t-il, c'est-à-dire comme injonctions ou préceptes à méditer un à un. C'est pourquoi j'ai beaucoup tardé à vous écrire, cherchant par instants variables ce qui pouvait m'éclairer sur tel ou tel point. Vos énoncés sont des injonctions, des conseils, pas des spectacles. Vous renouez, sans oblitérer le temps, avec la sobre façon (en Chine comme en Grèce) d'énoncer une poésie des causes impromptues.
Excusez ces remarques insuffisantes. J'espère d'ailleurs pouvoir lire de nouveaux textes et vous remercie.
Avec mes sentiments cordiaux

Pierre Naville


Paris, 5 mai 1989


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Jacques Guigou, merci de m'avoir fait connaître vos poèmes en m'offrant ces trois recueils. Il y a là une rencontre avec des mots à la fois singulière et forte. Le sens aussi de l'inscription (prise de date du drame)...
J'espère avoir, de mon côté, offert à ces poèmes l'attention soutenue qu'ils réclament. Ils offrent le réel survolté et révolté. Oui, merci.

Robert Sabatier
Paris 29.01.1985


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La lectrice de "Temps Titré" a été plus particulièrement sensible aux quatre premières lignes, et aussi à :
"Le temps déshabille mes habitudes" (p.10)
"Mon regard aiguise" (p.12)
"Reins..." (p.15)
"Nuit ! Ô nuit tenace" (p.18)
"Silencieux élans" (p.24)
à la page 30, etc.
Mais pourquoi ces grandes majuscules ? Elles me semblent parfois compromettre la sensualité de certains passages. Je ne saurais mieux l'expliquer et sans doute ai-je tort de penser cela. J'espère que vous m'en voudrez pas d'avoir ainsi osé "mot-dire".
Nicole Bajulaz-Fessler

revue Texte en main
Grenoble, le 9/11/1990


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Cher Jacques Guigou, j'ai reçu "Temps Titré" et j'aurais dû vous mettre un mot tout de suite pour vous remercier. C'est peut-être parce que je ne suis pas rentré d'emblée dans votre livre que j'ai tardé à écrire ce mot ! En fait, il y a des tas de choses qui m'y plaisent, images ou mélanges intempestifs : "Le désêtre a passé son trenchcoat"... Mais d'autres fois je n'aime pas du tout :"L'ordalie matrimoniale s'égoutte...". Bref, j'avance dans votre livre un peu bousculé par ce que j'y trouve : une grande énergie d'écriture mais quelque fois, me semble-t-il, un peu théâtrale (à mon goût). Et, par exemple, l'impression en grandes capitales s'impose trop, je trouve, empêche de lire.
James Sacré
Paris le 20 janvier 1989



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(...) C'est une suite de poésie ambitieuse, très martellée, très forte dans son expression et nous aimons bien ces formulations à la fois sonnantes et précises.
Claude Frochaux
Lausanne, le 8 août 1988
éditions l'Age d'homme



CE MONDE AU NID


Paris, le 26 juin 1986
Cher Jacques
Merci pour Ce monde au nid bien niché entre deux fois douze autres textes qui,
par cette journée de chaleur enfantine, m'a rappelé un goût oublié : celui naturellement, du bonheur, de l'institution absente.
René Lourau







Grenoble, ce 28 juin 1986
Bien cher Monsieur et Ami
Merci de ce nouveau recueil et de sa dédicace. Il y aurait beaucoup à dire sur vos poèmes. J'ai retenu "Conium Maculatum" dans lequel j'ai apprécié : "en cas d'urgence ou d'accident grave, transporter directement la victime chez l'éditeur de garde" et aussi "À feu l'Europe attablée" pour leur humour ; et "Moment d'hymne orphique" pour ce goût du bonheur. Retenu aussi "Avis d'échéance", "Jamais ce titre" et surtout "Dire au livre, malgré tout".
J'admire cette source de vie jaillissante, cette joie de vivre, d'exister dans toutes les dimensions de l'être. Vous ne devez pas perdre un instant de cette vie, vous la brûlez à fond. C'est bien. Une bonne leçon d'existence pour les tièdes qui aveuglent le soleil par leurs peurs ou leur paresse quotidienne. Bien à vous.

Anne-Marie Petit






L'infusé radical


"Ne nous concerne pas. Nous vous le retournons. C'est très agréable à lire.
Le style rappelle celui de Saint Just."

Regain
Bottier Homme et Dame
28 rue de Douai  75009 Paris


{La poste a distribué ce livre par erreur au bottier "Regain" de Paris alors qu'il été adressé à la revue Regain à Paris !}




Castelnaudary le 18 février 1981
Bonjour Jacques Guigou
J'ai bien reçu "L'infusé radical". Je pense que c'est vous qui me l'avez fait envoyer par notre éditeur commun. Merci. J'ai particulièrement aimé "L'être fuseau/Lettre aficion". J'ai été sensible à ce mélange, cette fusion, ce composé entre l'acte sexuel, les éléments d'interrogations politiques et l'auto-combat contre vos propres mots.

Gabriel Cousin




Grenoble, le 15 juillet 1981
Cher Monsieur,
J'ai bien reçu "L'infusé radical" et vous en remercie. Mon retard à vous répondre n'a pour cause que deux séjours successifs au CHRU (accidents de voiture avec complications) qui m'ont tenu éloigné de toute activité pendant sept mois. Mais je ne vous oublie pas et je vous consacrerai, dans ma prochaine critique "Les poètes" (in, Le Dauphiné libéré) les lignes élogieuses que méritent vos poèmes.
L'authenticité se remarque, par exemple, dans :
"la houle profonde de ta voix me submerge, voluptueusement, je respire tes mots bleuis par le bouillonnement d'une chute infinie, errances impassibles...
Votre première plaquette retient aussitôt l'attention. Vous nous promettez une terre fertile, Jacques Guigou. Peut-être deviendrez-vous un guide exaltant à la découverte de cette condition poétique admirablement définie, il y a vingt ans, par René Ménard".

Christian Gali






Rodez le 29 août 1980
Cher Monsieur,
Jean Subervie me charge de vous remercier de votre envoi du 9 août. (...) On ne peut demeurer insensible à ces cris du cœur qui traduisent l'angoisse métaphysique de l'être qui s'interroge avec, en faible contre-poids, un humour jouant de loin en loin avec le mot. Le lyrisme ne manque pas de générosité, jusque dans les belles envolées sensuelles. Mais tout cela n'est-il pas encombré d'expression très recherchées (trop) qui enlèvent de sa force à votre poésie et la complique bien artificiellement ?

Paul Astruc
pour la rédaction de la revue Entretiens


 




 


DITS Sur l’ENSEMBLE DE LA POÉSIE

 

 

 

Á toi, Jacques, à ton poème

qui convoie crépuscule aux étangs,

sait disputer au midi ses sols

et autres recettes solaires.

D'eaux et de sables, ton vers.

Aussi suspendu parfois

que felouque d'un Souffle

et autres flamants flammés

de belles blessures.

A ta page qui sait l'écoute des voiles,

leurs isocèles chaleurs,

leurs prétentions d'équilibre

et de hérons cendrés

sur une patte.

Et puis cette dispersion soudaine

du vent, près de l'oreille…

Tu sais…

 
Envoi de Stéphen Bertand à Jacques Guigou

en dédicace au numéro 10 du tirage de tête

de son livre Ces voies qui nous empruntent

publié par les éditions LA DRAGONNE en février 2006 à Nancy.




 

Le Crès, 28.07.11

 

Je ne connais presque pas Jacques Guigou (on a dû se parler deux fois, presque gênés), mais je connais bien son « rapport au monde », c’est-à-dire la vie concrète des éléments en lui.

Il est poète intensivement et exclusivement : le réel lui est aussi familier que s’il en était le Dieu créateur (lui à qui sa religion du monde permet un athéisme sans négligence) !

C’est quelqu’un de très profond et humble : il est paradoxalement profond de discerner et classer toutes les surfaces et les lignes des choses ; il est d’autant plus humble qu’il est comme le confident officiel de la confiance en elle, de l’imprescriptible assurance que la Nature a.

Il ne vient pourtant pas devant les choses avec l’attirail du poète (les lauriers sur le front, les Muses en laisse), parce qu’il a d’abord la lucidité et le courage de l’esprit critique, et qu’ensuite il sait que l’univers même est fonctionnel, doit avoir un cours prosaïque pour subsister et garder équilibre et qu’il y a pour cela même quelque chose de fonctionnel aussi chez Jacques Guigou, comme s’il était secrétaire de la morphogenèse universelle, lobbyiste même des tendances immémoriales du monde.

Il connaît la nécessité première, son normal aveuglement, la place des choses pour être choses, leurs liens contraints. Il sait que la langue humaine vient, par contraste, fournir ses associations frivoles et il est poète, justement, parce qu’il vient faire retrouver au langage l’implacable enchaînement des choses, mais transfiguré.

Il sait donner à la danse des signes la nécessité du monde. Grâce à lui, en approchant notre oreille de cette « bouche » informe des choses, on saisit (mieux que par concepts et philosophiquement) les conditions vraies (le tarif, le lot) de toute émergence.

Jacques Guigou est comme un notaire (mais oui !) authentifiant le contrat que la nature passe inlassablement avec elle-même, donnant sa langue parfaite à cette façon inarticulée dont la nature se distribue, s’arbitre, se départage elle-même. Il remonte ainsi merveilleusement à la source de toutes les rencontres, comme rédigeant le menu du travail que les choses se doivent.

Il est comme un pendule cherchant infailliblement son milieu, rythmant les infatigables exceptions que sont les événements dans l’ordre des choses, formulant l’étrave exacte de tout accès. Il est comme un poisson dans la houle du sens.

C’est un homme que sa foi jurée au monde coupe sciemment de ses arrières, qui va, le cœur communicablement serré, perdre pied pour nous, explorant le large vrai, par où passent toutes choses.

Merci, Jacques.

Marc Wetzel

 

 


Montpellier, le 2 août 2011

Bonjour, Marc, et merci pour ces instants intenses et lumineux qui me saisissent à chaque lecture de ta lettre ; pour cette intelligence profonde et sensible avec laquelle tu perçois mes strophes.

Plus qu’explicitant, je reçois ton commentaire comme élucidant. Mon immersion dans les « éléments », les flux de la nature (avec un petit n) en moi sont certes impliqués dans l’existant, dans ce que tu nommes « l’implacable enchaînement des choses », mais ils le sont aussi à l’égard de ce qui advient, ce qui n’est pas attendu, ce qui n’est pas dans l’ordre des choses, ce qui « émerge ». Dans un cycle précédant d’écrits de poésie, au cours des années quatre-vingts, j’ai titré un livre : « Contre toute attente, le moment combat ».

Que mon obstination à qualifier les émouvantes coïncidences du vent, du sable, du ciel et de la mer avec le cours de la vie des hommes s’apparente à un acte notarié ne me gêne pas, au contraire : ne dit-on pas d’une écriture devant notaire qu’elle est « un acte authentique » ?

À choisir parmi les métamorphoses sous lesquelles tu me symbolises, je préfère toutefois celle du poisson ; certes « poisson dans la houle du sens », mais aussi poisson dans « le scherzo des flots », « dans le jazz de la vague qui déroule son phrasé »...

Et puis, il y a ce « savoir » que plusieurs fois tu m’accordes et qui opère le plus souvent à mon insu : cette certitude rayonnante d’être au monde, à la fois individualité intégrale et communauté humaine partagée. Serait-ce mémoire du chant originel de l’espèce ? Il me plaît de le croire.

Vives amitiés

Jacques

 


 

Stéphen BERTRAND et Jacques GUIGOU

CONSENTIE PAR LES EAUX

Dialogue sur la poésie de Jacques Guigou

L'impliqué - 2011

ISBN 978-2-906623-19-4

 Dialogue enregistré en vidéo et consultable ici

http://www.youtube.com/watch?v=QBxBWKK9KHY

http://www.youtube.com/watch?v=hzc3Eu3woBg

 

Stéphen Bertrand

Jacques Guigou, nous nous connaissons ; nous allons donc nous tutoyer au cours de cet entretien.

Jacques Guigou

Volontiers.

SB

Nous allons profiter de la sortie de ce livre, d’abord pour en entendre quelques extraits et ensuite approcher quelque peu cette oeuvre qui commence à être conséquente.

JG

Je lis quelques strophes de ce recueil intitulé la mer, presque.

SB

Ce sont des extraits de la mer, presque ou de... presque la mer, je ne sais pas ? Peut-être tu peux nous répondre ?

JG

Je préfère la formulation la mer, presque pour marquer, finalement, que la poésie n’atteint jamais ce qu’elle vise, et que donc, ici, la mer n’est pas un objet qu’il s’agirait de magnifier, de célébrer car je pense que la poésie n’a pas d’objet ni de sujet d’ailleurs. La mer est une présence et on pourrait dire avec ce « presque » qu’il s’agit d’une présence approchée de la mer. Je souhaitais que la mer soit dans le titre. Même si la mer est déjà fort présente dans mes précédents livres, cette fois je souhaitais qu’elle apparaisse dans le titre, ce qui n’est pas facile... et c’est devenu la mer, presque.

SB

Je voudrais rebondir sur ce que tu dis, là, maintenant, car à la faveur de cet entretien j’ai parcouru, au moins tes quatre derniers ouvrages et j’ai l’impression que pour illustrer ce que tu dis, il semblerait que ta poésie s’ancre, s’amarre à quelque chose qui par nature n’est pas stable : des sables, des rivages « grignotés par le vent » ou par la mer ou qui s’amarrent au vent. J’ai l’impression que cet aspect fugace et fuyant est souvent présent et je me demande si, au fur et à mesure qu’on tire le fil de cette pelote à la lecture de ces livres, on n’est pas dans une sorte de journal d’une parole qui n’a que rarement prise sans le consentement des éléments.

J’avais pointé une formule dans un des recueils précédents : « l’insuffisance fertile des mots » et ces éléments qui fuient, comme l’eau ou le sable qui fuit entre les doigts et puis aussi cette fascination qu’il y a dans ces paysages, qu’on retrouve dans toute ton oeuvre, qui sont des paysages de l’entre-deux ; entre terre et mer, entre mer et terre, on a l’impression qu’il y a constamment une lutte entre ces éléments et un troisième point qui me semble important (il y en a aussi un quatrième chez toi), c’est la lutte du langage pour advenir et pour prendre place dans ce monde.

JG

Oui. Ta manière de ressentir et de résonner à mes strophes me touche. Il y a cette évanescence, ce mouvement de décomposition et de recomposition et cela se joue, bien sûr dans les mots, dans le langage, je préfère dire dans la parole.

Dans ces moments de tension entre les éléments ; les éléments ne sont pas pour moi un support mais une immersion, une immédiateté ; c’est d’emblée que je me trouve dans cet univers, très physique, très immédiat, dans lequel les mots — une sorte de chant mais pas toujours organisé comme chant bien évidemment — surviennent de manière parfois dispersée, parfois en abondance, une immersion dans le monde qui abonde.

SB

Peut-être pourrions-nous — et cela n’est peut-être pas innocent — évoquer ce pays de l’enfance qui est un monde de terre et d’eau mélangé et de vent et donc proche de la mer, bien sûr, et dont on trouve la présence très forte dans ton oeuvre. Peux-tu nous en parler un peu ?

JG

Oui. Sans aucun doute, mes expérience de l’enfance y sont prégnantes ; ma vie au milieu des terres de la Petite Camargue, puisque de Vauvert j’allais souvent dans les marais où le vent, l’eau et la faune sont très proches et puis les étangs et la mer, ce lido du Grau-du-roi où j’ai passé tous les ans deux mois d’été depuis ma petite enfance jusqu’à mon adolescence. J’ai fait là une expérience assez fondamentale, bouleversante. Revenant plus tard sur ces terres et ces eaux, j’ai constaté que j’écrivais là ; ce n’était pas une recherche délibérée, mais c’est là que j’écris, et, de fait, je ramène du Grau-du-roi, parfois quelques strophes...

SB

... au-delà de la preuve du port...

JG

... oui, « au-delà du port et de ses preuves »...

 

SB

Il y a autre chose que je trouve important dans ta poésie, c’est la question du rythme et de la cadence. Tu l’évoques plusieurs fois ; tu fais même advenir la cadence, le rythme avant la parole, avant la syllabe. Le rythme c’est le temps. Il y a là quelque chose que je trouve intéressant. Je t’ai entendu lire en public et là également il y a quelque chose qui est travaillé au niveau du rythme et de la cadence et l’on retrouve cela également dans les répétitions, certaines assonances, les reformulations qui sont parfois mimétiques, qui font corps avec cette mer.... comment la nommer cette mer ? cette mer-mère.. ; qui te nourrit car dans ce dernier livre, la mer, presque il y a quelque chose d’hypnotique : « ce ballant, ce ballant, ce ballant » où l’on retrouve — langage-tangage — le roulis du poème dans cette mer et cette histoire de cadence qui vient même avant le sens, avant...

JG

Oui. Je suis très sensible à cette dimension du rythme, du tempo, de la cadence et donc de la musique. Bien sûr, je ne la dissocie pas du sens, car signe, son et sens sont liés, mais il y a un tempo primordial...

SB

...voilà, quelque chose qui précéderait...

JG

Oui, c’est de cet ordre-là et on le retrouve lorsque j’ai parlé du « jazz de la vague qui déroule son phrasé » ; mais il n’y a pas que le jazz ; beaucoup de musiques sont présentes.

SB

Dans ce recueil, comme dans d’autres, il y a beaucoup d’allusions à la musique ; on a entendu scherzo, tempo, on y trouve mi bémol, diatonique... il y a beaucoup de termes qu’ont retrouvent et qui sont liés à la musique...

JG

...le saxophone du vieux phare...

SB

Il y a-t-il un croisement, une correspondance avec une autre passion ?

JG

Oui, une correspondance avec le chant, avec la voix. Dès mon plus jeune âge, j’ai toujours été très sensible au chant. Ma mère chantait beaucoup, elle était musicienne, elle dirigeait une chorale, elle jouait de l’orgue. J’ai des souvenirs très anciens avec le chant et la voix ; la poésie orale m’a toujours intéressé. Dans mes essais adolescents c’était l’alexandrin de Hugo qui ronflait. Oui, il y a là une dimension très fondamentale qui est d’emblée toujours présente et que j’essaie d’harmoniser avec les contenus, avec le sens.

SB

Pour continuer sur cette voie, en mélangeant tous les aspects, musique, rythme avec les éléments que sont le vent, le sable, le sel, la mer et leurs interactions, il y a quelque chose qui apparaît souvent aussi dans ces titres : prononcer, garder - vents indivisant - la mer, presque - ici, primordial, il y a un premier rythme qui serait celui de la respiration, tout simplement, celui du battement du cœur et de la respiration : inspiration et expiration et qu’on retrouve par les fonds soulevÉs (un autre de tes titres), par ce mouvement de la mer et par ce côté corporel de la chose, puisque j’ai noté dans la mer, presque, « la bouche de la baie », du port, « les lèvres du littoral » ; on est près de la respiration, de ce qui entre, ce qui sort et qui serait la poésie première et le rythme premier, la première cadence ; il y a même le mot « placenta » ! On est là dans quelque chose où l’on travaille au plus près du langage...

JG

... oui, les origines... ce mot revient souvent. Oui, une sorte de...

SB

... de pulsation

JG

... oui, de pulsation ; une sorte de cri primal ; oui, essayer d’atteindre ces sensations premières de la vie ; le surgissement de la naissance, et même d’avant la naissance, peut-être aussi le moment de la conception — il peut y avoir une mémoire de la conception chez l’individu — oui, je suis très poussé ou attiré par ces manifestations d’une parole première — dont on sait qu’elle est sans doute mythique, qu’elle a, du moins, des dimensions mythiques — mais elle a aussi des dimensions très corporelles, très physiques...

SB

... très charnelles...

JG

... très charnelles...

SB

Je pensais vraiment aux chants chamaniques, aux respirations...

JG

Oui, c’est ça, une espèce de transe ; oui, des dimensions de cet ordre qui nous traversent, sans mysticisme ni ésotérisme, mais avec l’immédiateté de ce rythme premier, de cette parole première.

SB

Je pense qu’il serait intéressant d’entendre encore quelques strophes, notamment celles où apparaissent les oiseaux, les...

JG

Tu vas les lire...

SB

Allez, on va essayer...

 

 

Montpellier, ce 17 juillet 2011  

 

 

 

 


 

 

 

 

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