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Chute du mur de Berlin : L’Afrique continue de conserver ses Murs

 

 

Aujourd’hui 9 novembre 2009, cela fait 20 ans que le Mur de Berlin, qui divisait la capitale de la République démocratique d’Allemagne (RDA) en deux, a été démantelé. On se souvient encore, comme si c’était hier, des images de nuées de Berlinois qui ont pris d’assaut ce mur de la honte dont la construction a commencé dans la nuit du 13 août 1961. Chacun d’eux voulait vraiment s’assurer qu’il était possible de traverser paisiblement cette « barrière de protection antifasciste », comme l’ont surnommée les Russes, longue de 155 km, surveillée en permanence par 14 000 gardes et 600 chiens. Ils ont été agréablement surpris de constater qu’ils pouvaient allègrement passer d’Est en Ouest sans se faire arrêter ou tirer dessus comme des lapins. Le Mur de Berlin, en tombant, a donc brisé des chaînes de servitude. Et, il n’y a pas qu’en Europe de l’Est que ses secousses ont été ressenties. L’Afrique a aussi senti la terre bouger sous ses pieds. Le vent nouveau qui souffle s’est traduit par une ouverture des espaces de liberté. Les partis uniques, en vogue depuis les indépendances, vivaient leurs derniers instants de domination des scènes politiques nationales. Sous les coups de butoir du nouvel ordre, ils ont fait place à de multitudes de partis créés par des citoyens à qui de nouvelles constitutions reconnaissaient ce droit. Dans la foulée, les monopoles des Etats dans le domaine de la presse ont aussi disparu laissant place à une presse plurielle. Partout sur le continent, on n’avait que le mot démocratie à la bouche et aucun régime ne pouvait résister à cette vague déferlante. Certes, si tout ce remue-ménage a été déclenché par le discours de La Baule de juin 1990, il n’en demeure pas moins que ses causes sont à rechercher plus loin. En effet, la chute du Mur de Berlin y est pour grand-chose. Il ne faut pas perdre de vue que ce fameux discours du président français de l’époque, François Mitterrand, liant l’aide à la démocratie, a lui-même comme fondement les coups de pioches et de bulldozers qui ont terrassé le Mur de Berlin. Ce 20e anniversaire du démantèlement de cet ouvrage donne aussi l’occasion de jeter un coup d’œil sur le processus démocratique en Afrique dont il a contribué au déclenchement.

 

Le tableau qu’offre le continent sur ce plan est diversifié. Les bons exemples côtoient les moins bons et les mauvais. Grosso modo, trois situations se présentent. Le premier est constitué des pays où on peut dire que le processus marche bien, que son déroulement est acceptable. On citera en bonne place le Ghana, le Bénin, le Mali et, dans une certaine mesure, le Sénégal. Dans ces pays, l’alternance au pouvoir s’est déjà réalisée. Le deuxième est constitué des pays où on ruse avec les règles, où la démocratie n’existe que dans les textes et les discours des dirigeants. Il s’agit de tous ces pays où, par des tours de passe-passe, l’alternance est rendue impossible, les élections sont tout le temps truquées pour permettre aux partis au pouvoir de gagner. Conséquences : les mêmes dirigeants sont là depuis des lustres et rêvent de mourir au pouvoir ou de le transmettre à leurs progénitures. C’est la catégorie dans laquelle se trouvent beaucoup de pays. Pêle-mêle, on citera la Tunisie, l’Algérie, le Togo, le Burkina, le Gabon, etc.

 

La troisième et dernière situation est celle des pays où le processus démocratique a connu une interruption pour cause de coups d’Etat. C’est avec étonnement et peine que l’on assiste à cette façon de prendre le pouvoir alors que l’on dit qu’avec la démocratie, c’est la fin des coups de force tel qu’on les a connus entre 1960 et 1990. Malheureusement, il arrive que les militaires que l’on a décidé de renvoyer dans les casernes fassent irruption sur la scène politique pour "sauver la Nation" comme ils le disent souvent. Les pronunciamientos étant désormais mal vus par la communauté internationale, les putschistes se dépêchent de relancer la machine démocratique sans toutefois se mettre en dehors du processus. Les exemples de la Mauritanie et de la Guinée illustrent parfaitement cette situation. Par ailleurs, les tripatouillages avérés ou pressentis des Constitutions sont légion et dans certains pays comme le Niger, la loi fondamentale a été purement et simplement renvoyée dans les cordes avant d’être mise K.O. pour les besoins d’une cause : le renouvellement forcé du bail présidentiel. Cela s’appelle coup d’Etat constitutionnel avec pour conséquence un grand recul démocratique. En ce 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin, le bilan de la démocratie en Afrique est mitigé. Pire encore, le continent noir continue à conserver ses murs. Ces murs qui empêchent, par l’absence de vision des chefs d’Etat, l’intégration sous-régionale et régionale des peuples d’Afrique.

Par Séni DABO

 

Déclaration du FMI sur l’enquête relative à l’incident intervenu au Sénégal

Communiqué de presse No. 09/369


Le 26 Octobre 2009

A la lumière des récentes allégations relatives à un cadeau offert à un membre du personnel du FMI par les autorités sénégalaises, le Directeur général a demandé au responsable du Bureau d’éthique du FMI, de conduire une enquête indépendante sur cette affaire. Le responsable du Bureau d’éthique a déclaré que, sur la base d’informations fiables qu’il a reçues, aussi bien à l’intérieur qu’ à l’extérieur du FMI, il est arrivé aux conclusions factuelles, résumées ci-dessous. Le responsable du Bureau d’éthique a autorisé le Département des Relations Extérieures, dans un souci de transparence, à publier ce qui suit:

• Dans la soirée du 25 septembre, Alex Segura avait un vol prévu pour Paris à la fin de son séjour de 3 ans au Sénégal comme Représentant-résident. Il a été invité à dîner avec le Président Wade du Sénégal avant son départ. Après le dîner, un cadeau lui a été remis que le Président a décrit comme un cadeau d’adieu.

• A la suite du dîner et en route vers l’aéroport, M. Segura a fait un bref arrêt à la résidence officielle du Représentant-résident pour prendre ses bagages. C’est seulement à la résidence qu’il a découvert que le cadeau consistait en une forte somme d’argent.

• Pendant qu’il était à la résidence, M. Segura a informé la nouvelle Représentante-résidente qu’il avait reçu une somme d’argent. Ils se sont accordé sur la nécessité d’en informer le Bureau d’éthique du FMI. Etant donné que la somme paraissait importante, ils ont décidé que pour des raisons de sécurité, l’argent ne devait pas rester dans la résidence.

• Ayant peur de rater son vol et craignant qu’il n’y ait pas d’endroit sûr où laisser l’argent au Sénégal, M. Segura décida de monter à bord de l’avion avec l’argent.

• M. Segura est parti pour Barcelone, sa destination finale, en transitant par Paris. Contrairement aux informations publiées par la presse. il n’a pas été arrêté ou détenu, ni par les autorités françaises ni par les autorités espagnoles.

• A son arrivée à sa destination à Barcelone, le 26 septembre, M. Segura a compté l’argent, et a déterminé que le montant était de 100.000 euros et de 50.000 dollars américains.

• M. Segura a appelé le siège du FMI ce même jour pour rendre compte de l’incident. Des discussions ont immédiatement commencé sur la manière de rendre l’argent, conformément aux règles du FMI.

• Le FMI a par la suite placé l’argent sous la garde d’une société spécialisée dans la sécurité à Barcelone en attendant que des dispositions puissent être prises pour le rendre. Au moment de remettre l’argent à la société de sécurité, le montant a été vérifié de manière indépendante et sécurisé.

• Il a été décidé que la solution la plus adaptée serait que les autorités sénégalaises récupèrent l’argent à Barcelone. Le Secrétariat du Président du Sénégal a été contacté pour faciliter le transfert.

• Le 6 octobre, l’Ambassadeur du Sénégal en Espagne est arrivé à Barcelone pour récupérer l’argent, qui lui a été remis, après les vérifications appropriées par la société de sécurité.

• M. Segura est par la suite retourné à Washington.

Le Président du Sénégal a confirmé au FMI avoir organisé la remise d’un cadeau en argent à M. Segura. Le Président a expliqué que l’argent avait été remis en guise de traditionnel cadeau d’adieu à M. Segura en reconnaissance de sa contribution au Sénégal, et n’était destiné en aucune manière à influencer ni M. Segura qui quittait définitivement le pays, ni le FMI. Il a reconnu que le montant du cadeau était une erreur.

Caroline Atkinson,

Directrice des Relations Extérieures du FMI

 

 

 

PROFESSEUR BOUBACAR BARRY, HISTORIEN : « Il faut une conférence de réconciliation nationale en Guinée »  

Retraité de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Le professeur d’histoire, Boubacar Barry est triste, consterné mais pas surpris de ce qui se passe en Guinée. Les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry étaient prévisibles dit cet historien sénégalais d’origine guinéene. Auteur de plusieurs ouvrages notamment sur les pays de la Cedeao face aux défis de l’intégration sous régionale, le Pr Barry, dans cette interview, fait plus que remonter l’histoire mouvementée et tragique du pays qui l’a vu naître. Il propose comme solution de sortie de crise une conférence de réconciliation nationale dont le fondement sera la vérité des faits.

La répression sanglante à laquelle on a assisté le 28 septembre en Guinée était-elle prévisible ?

Avant tout, je m’incline devant la mémoire de tous les disparus. Ce sont des personnes innocentes qui ont été massacrées avec une barbarie sans égale. Oui, je pense que c’était prévisible en soi compte tenu de la tradition de violence, de brutalité et d’impunité que la Guinée a connue depuis pratiquement un demi-siècle. Tous les ingrédients étaient là pour aboutir à ce drame. C’était le devoir de l’autorité actuelle de prévenir. Malheureusement, elle ne l’a pas fait. Le massacre du 28 septembre complique davantage l’impasse politique dans laquelle la Guinée s’est accommodée depuis son indépendance en 1958.

Comment voulez vous que Dadis Camara et le Cndd (Conseil National pour le Développement et la Démocratie) préviennent si eux-mêmes sont des produits de cette tradition de violence que vous venez de décrier ?

En réalité, c’est toute la Guinée qui est malade d’elle-même. Elle est malade des 26 ans du régime de Sékou Touré qui a conduit la dictature du parti unique, du parti Etat et qui a mis en place tous les ingrédients qui ont abouti au régime militaire du général Lansana Conté. Naturellement, Dadis est le produit de ce système et son régime n’est qu’une continuation du régime militaire de Conté. D’ailleurs, il se dit héritier de celui-là. Il y a là tout un engrenage. La Guinée vient de fêter ses 50 ans malheureusement sans avoir tiré les leçons des drames qui ont jalonné son histoire.

Dans ces conditions peut-on dire qu’il existe encore un Etat en Guinée avec des institutions qui fonctionnent ?

Evidemment. Comme tous les Etats voisins, l’Etat guinéen a existé du fait de l’accession à la souveraineté nationale à partir des indépendances sur la base de frontières héritées de la colonisation. Maintenant, qu’est-ce qu’on a fait de cet Etat ? C’est là, la véritable question qu’on ne peut élucider en peu de temps, compte tenu de la complexité de l’évolution historique de la Guinée. Il faut toute une recherche pour voir par quelle étape cet Etat est passé pour aboutir à la situation actuelle.

Beaucoup pensent que le père de la Nation, Sékou Touré est responsable de la situation actuelle de la Guinée. Êtes-vous de cet avis ?

Le rôle de Sékou Touré dans la situation actuelle est primordial dans la mesure où il a présidé aux destinées de la Guinée pendant un quart de siècle. Sous son règne, ce pays a connu différentes étapes vers la constitution du parti Etat, d’une dictature politique fondée sur diverses idéologies socialiste, marxiste et enfin religieuse avec l’Islam mis en avant. C’est Sékou Touré qui a instauré la terreur politique et idéologique en Guinée. Pourtant le vote unanime du peuple guinéen en 1958 avait suscité beaucoup d’espoir à la fois à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. C’est ce qui explique que beaucoup de patriotes africains comme le burkinabé Joseph Ki Zerbo et le Sénégalais David Diop ont volé au secours de la Guinée en 1958 parce que c’était le seul pays qui avait voté non au référendum du général de Gaulle. Et justement du fait de cette prise de position, la Guinée a fait partie des pays dits révolutionnaires avec le Ghana. Rejoints plus tard par le Mali, ces pays ont constitué le fer de lance du mouvement d’émancipation de l’Afrique. Par conséquent, la Guinée y a joué un rôle-phare. Mais la première rupture sur le plan interne, c’est la grève de 1961. L’ensemble des élèves et étudiants guinéens avaient protesté contre l’arrestation des membres du bureau du syndicat des enseignants qui réclamaient de meilleures conditions de travail. Ce qui, aux yeux des autorités, était considéré comme étant un complot contre la sureté de l’Etat.

Ce fut alors la répression des intellectuels dont une grande partie opta pour l’exil...

Cette grève de 1961, qui a vu l’ensemble des collèges et lycées de Guinée fermés - suite à la répression et à l’emprisonnement des syndicalistes - est la première rupture entre le Parti démocratique de Guinée (Pdg) de l’époque et son aile gauche, surtout les intellectuels.

A partir de ce moment, il y a une trajectoire vers la violence politique, la dictature du parti unique justifiée par une idéologie révolutionnaire contre l’impérialisme. C’est tout cela qui a conduit à la politique d’embrigadement de la population à laquelle on a assisté. Celle-ci s’appuyait sur des bases très ambigües comme le militantisme qui servait de tremplin pour avoir des positions dans l’Etat, de l’armée et de l’ensemble des institutions. Progressivement, on a abouti à la primauté du parti sur les compétences. Cette politique de complots successifs a été maintenue sur la tête des Guinéens comme une épée de Damoclès les obligeant soit à accepter le fait accompli soit à partir. L’exode des Guinéens, en particulier des intellectuels, date de cette époque où notre génération a quitté pour la plupart la Guinée. Voilà comment le parti a pris la primauté sur l’Etat. Sous le prétexte d’une série de complots au cours desquels différentes tranches de la société, y compris certains membres du Pdg ou d’anciens leaders de ce parti ont été envoyés au Camp Boiro.

Cette terreur politique suivie d’emprisonnements et de pendaisons publiques consécutives aux événements de 1970 a donc donné à Sékou Touré la possibilité d’organiser la violence interne engendrant la mort des centaines de personnalités politiques.

Justement, au regard de tout ce qui passe en Guinée, est-ce qu’on peut parler d’une victoire de l’armée sur l’intelligentsia dans ce pays ?

Non, ce n’est pas une victoire de l’armée. Parce qu’il y a eu, un moment donné, un complot contre l’armée. De nombreux officiers de l’armée guinéenne, le chef d’état-major, Kaman Diaby, avec le ministre de la Défense Fodé Ba Keita, ont été emprisonnés par Sékou Touré. Donc, c’est tous les secteurs de la société qui ont été touchés par ces complots, le plus souvent fictifs, qui ont donné l’occasion au régime de semer la terreur et de mettre en prison qui il voulait. Cela a créé une atmosphère de violences politiques et physiques. Il est vrai que différents corps de l’armée ont joué un rôle assez important dans cette répression. Mais eux aussi ont été divisés.

Il y a eu la milice de Sékou Touré qui avait plus de pouvoirs que les officiers de l’armée. Toute la hiérarchie militaire a été bafouée. Un caporal pouvait avoir plus de primauté politique qu’un général de l’armée. C’est cette décomposition de l’Etat et de la société guinéenne qui a permis à Sékou Touré de se maintenir au pouvoir jusqu’à sa mort en 1984. Autrement dit, c’est toute la structure de l’Etat qui était démantelée. Et dans cette situation, les cadres et autres intellectuels guinéens, qui n’avaient pas fui étaient soumis à cette logique du parti unique qui décidait de la base au sommet de tous les problèmes du pays.

Analysant les événements du 28 septembre, certains n’excluent pas une guerre civile en Guinée. Les craintes d’un conflit ethnique sont elles fondées ?

C’est très difficile de parler de problèmes ethniques en Guinée. Parce que c’est un cadeau empoisonné. C’est un couteau à double tranchant. Le problème de la Guinée n’est pas un problème ethnique en soi. Mais plutôt un problème de démocratie. La grande question est de savoir si les Guinéens sont aujourd’hui en mesure d’être des citoyens avec leurs droits : droits de se réunir, de s’exprimer, d’élire leurs dirigeants, de contrôler leurs dirigeants... C’est cela le problème majeur de la Guinée. Maintenant, lorsqu’il n’y a pas une vie démocratique, il y a danger et l’ethnie est toujours là pour être manipulée de droite à gauche pour justifier les actes de ceux qui sont au pouvoir ou de l’opposition. Donc, c’est l’absence de vie politique qui est aujourd’hui le véritable problème de la Guinée. En tant qu’historien, je n’ai aucun problème pour comprendre l’évolution de ces peuples à l’intérieur de cet espace territorial qu’est la Guinée. Pour moi, la Guinée est une sorte de prison parce que tous ces peuples qui y vivent aujourd’hui appartiennent aussi à des espaces sénégalais, Bissau-guinéen, malien, ivoirien, sierra léonais et libérien. Par conséquent, le problème ethnique est un poison que les Etats nations n’ont pas résolu. Ils n’ont pas osé l’aborder en face pour faire la différence entre la culture de ces populations et leur appartenance géographique à un moment donné de l’histoire. En Guinée, il existe un brassage ethnique depuis très longtemps et qui s’est même amplifié. Conakry est devenue une capitale cosmopolite qui renferme toutes les populations de la Guinée. Le fait qu’on ait mis en place un pouvoir centralisé, avec la capitale comme centre de gravité de toute la vie politique, économique et sociale, a engendré le déplacement de beaucoup de Guinéens vers Conakry comme c’est le cas à Dakar, Freetown, Abidjan.

La Guinée, comme tous les autres pays, est donc constituée effectivement, je ne dirai pas d’ethnies, mais de peuples qui étaient là avant la colonisation. Ces peuples ont une histoire dans des structures étatique, politique et sociale. Mieux, ils ont une histoire de migration dans cet espace depuis des siècles. Tout cela doit être pris en compte pour comprendre la situation et l’évolution de chacune des parties de ce corps social.

Quelles solutions préconisez-vous pour aider la Guinée à sortir de cette crise cyclique ?

Avec les tragiques événements du 28 septembre, la sortie de crise devient très complexe. La Guinée et les Guinéens ont eu trois chances dans leur vie. La première intervient en 1958 lorsque la Guinée accéda à l’indépendance sans effusion de sang. Toutes les forces politiques du pays, dans un élan unitaire, avaient dit non au général de Gaulle et voté pour l’indépendance. Mais le futur de la Guinée a été confisqué par le régime de Sékou Touré. Celui-ci, en mettant en place une idéologie obscure pour dire qu’il y a des Guinéens plus patriotes que d’autres, a sapé les fondements de la démocratie. Avec Sékou Touré, on a également assisté à une dévalorisation du mérite scolaire. Les tenants du pouvoir de l’époque avaient mis en œuvre une idéologie qui disait qu’on n’avait pas besoin d’aller à l’école pour gouverner. Tout cela a conduit, en 1984 (Ndlr : mort de Sékou Touré) au coup d’Etat militaire qui s’est également fait sans effusion de sang. Cette fois-ci aussi (deuxième chance) au lieu que le régime militaire mette en place des structures démocratiques, on a installé une dictature militaire. Lansana Conté est lui aussi mort au pouvoir. Il a gagné toutes les élections parce qu’il avait l’appareil d’Etat. Conté a gagné surtout parce qu’il avait le contrôle de l’armée. Son règne a été marqué par une exacerbation de la corruption qui a miné l’ensemble des structures de l’Etat. Aujourd’hui, malgré ses richesses minières, la Guinée n’a ni eau ni électricité. Mais ce ne sont pas seulement les populations qui sont victimes du régime de Conté. L’armée aussi a été paupérisée malgré le contrôle qu’il exerçait sur elle. C’est cette armée pauvre et déstructurée qui a pris le pouvoir après la mort du général Conté. Comme en 1958 et 1984, 2009 (troisième chance) était également une chance inouïe pour la Guinée. L’espoir suscité avec l’arrivée du Cndd et Dadis Camara était doublement fondé. D’abord, parce qu’il avait pris l’engagement de remettre la Guinée sur les rails en luttant contre la corruption. Ensuite et surtout il avait promis qu’il allait remettre le pouvoir aux civils après l’organisation d’élections libres et transparentes. Mais comme Sékou Touré et Lansana Conté, Dadis Camara a, lui aussi, déçu.

Il y a eu une sorte de tergiversation continue autour de la durée de la transition et une suspicion autour de sa candidature ou non qui ont conduit aux événements du 28 septembre. A présent, nous revenons à la case de départ.

Vous voulez dire que la Guinée est condamnée à vivre ces violences politiques ?

C’est justement là la question. Est-ce que la Guinée peut sortir de cette nouvelle impasse parce qu’il s’agit véritablement d’une impasse ? Est-ce que pour sortir de cette impasse, il faut un nouveau coup d’Etat militaire ? Non. Est-ce qu’il faut une intervention des forces internationales pour mettre sous tutelle le pays. ? Cette option aussi a ses avantages et ses inconvénients. Est-ce que c’est le peuple qui doit se soulever pour déshabiller son armée ? Cela posera sans nul doute d’autres problèmes. C’est dire la difficulté pour la Guinée de sortir de cette impasse. Toujours est-il que la classe politique regroupée au sein des « Forces vives » et le régime militaire doivent penser à ce peuple de Guinée en trouvant une solution à cette situation. Et cette solution ne peut être que politique.

Si je vous comprends, la classe politique doit accepter la main tendue du Cndd ?

Je ne peux pas dire sous quelle forme. Mais je pense qu’il y a urgence à régler le problème de l’avenir de la Guinée de façon juste. De façon juste avec l’aide de la communauté internationale et en particulier de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qui s’est d’ailleurs impliquée. Toutefois, il y a un certain nombre de conditions. A mon avis, il faut éclairer les circonstances dans lesquelles ces massacres ont eu lieu et aller vers une conférence de réconciliation nationale sur la base de la vérité des faits. Le peuple de Guinée ne peut plus tricher avec les faits. On ne doit plus accepter l’impunité. En outre, il faut absolument qu’il y ait une période de transition au cours de laquelle on mettra en place un gouvernement d’union nationale qui aura pour objectif de remettre en place les institutions.

Que vous inspire le blocus sur les armes décidé par la Cedeao contre la junte au pouvoir en Guinée ?

Le problème est de savoir la capacité de la Cedeao à agir sur le plan interne pour obliger les partis à observer les règles du jeu. Le dialogue est nécessaire mais il faut des moyens de pression en particulier sur le Cndd. Et je pense que l’embargo sur les armes contre la junte s’inscrit dans ce sens. La situation est devenue très complexe en Guinée et nous assistons de plus en plus à un recul du jeu démocratique. Autrement dit, la tâche du médiateur, Blaise Compaoré, est très ardue. Son succès dépendra justement des moyens qui seront mis à sa disposition pour amener les deux partis à un dialogue sincère.

Les « Forces vives » veulent un gouvernement d’union nationale excluant les militaires. Cela est-il envisageable dans le contexte actuel de la Guinée ?

C’est normal que les « Forces vives » mettent la barre très haut. Mais des compromis sont nécessaires pour la vie de toute nation. La Guinée ne peut résoudre ses problèmes en un jour ni en une semaine. La sortie de crise demande un long processus parce que le mal est profond. La vie démocratique est un état d’esprit et l’équation du 28 septembre était simple : c’était le droit de pouvoir manifester pacifiquement. Si ce droit était accepté par les autorités guinéennes, on n’aurait pas eu ces tueries. Donc, c’est le droit fondamental d’expression des citoyens qui a été bafoué. Nous sommes toujours, en Guinée, dans un pays où une seule radio et une seule télévision existent et qui diffusent le point de vue de l’Etat, quelle que soit la tyrannie politique en vigueur. Je vis avec ce mal dans la chair. C’est pourquoi, le plus important, aujourd’hui, est certainement de trouver un compromis entre les « Forces vives » et l’armée guinéenne qui est partie prenante de toute solution. Avec ou sans Dadis Camara. Je pense qu’il y a urgence d’assurer la sécurité des populations et un minimum de vie démocratique. Mais aussi l’élaboration d’une feuille de route. Aujourd’hui, la Guinée n’a ni Assemblée ni élus locaux. C’est pourquoi, le retour à l’ordre constitutionnel passera nécessairement par une concertation, à long terme, entre toutes les couches sociales de la Guinée. Personne ne souhaite que la Guinée tombe dans l’anarchie. C’est pourquoi, il faut que les Guinéens soient mis dans les conditions de sécurité pour discuter sereinement de leur avenir.

Quel profil doit avoir un président d’un pays comme la Guinée ?

Il faut éviter cette tendance à penser qu’une personne est comme un messie qui va résoudre d’une baguette les problèmes. Cette idée de l’Etat nation incarnée par la personnalité d’un président qui a pouvoir sur tout, de vie et de mort, qui nomme à toutes les fonctions doit être bannie. C’est cette centralisation à outrance qu’on a vécu depuis les indépendances qui crève les nations et les mine. Dans nos pays, tout est concentré dans les capitales. Je pense qu’il faut revenir à une restructuration de l’espace territorial qui donne une grande autonomie aux régions. Notre relation avec le pouvoir qu’il soit civil ou militaire doit changer. Cela est valable aussi bien pour la Guinée que pour les autres pays de la Cedeao.

Vous posez un vieux débat sur la viabilité des micros Etats issus de la colonisation ...

Je pense que l’Etat nation tel qu’il a été conçu et consolidé dans le cadre des frontières héritées de la colonisation pose problème Il y a urgence de remettre en cause l’Etat colonial qui était fait de violences et qui fait que nous avons aujourd’hui un Etat et des sujets et non des citoyens. Nous devons reposer le rapport entre l’Etat et le citoyen. Quelle est la place du citoyen dans la définition de cet Etat ? Quelle est la capacité du citoyen d’élire à tout moment ses dirigeants. Comment il doit les contrôler ? C’est cela le problème de fond dans nos pays. Donc, la crise guinéenne est une crise cyclique qui est déjà passée dans d’autres pays de la Cedeao. Malheureusement, la Guinée n’a pas tiré les leçons de ce qui s’est passé chez ses voisins. Aujourd’hui, en Guinée et dans la plupart des pays africains, il n’y a pas une séparation des pouvoirs. Le syndrome est contagieux et peut arriver à tous pays de la sous-région. En Guinée, comme dans la plupart des pays africains, les conditions d’une démocratie véritable ne sont pas aujourd’hui créées pour que le peuple choisisse son leader.

Propos recueillis par Abdoulaye DIALLO  


 

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