MICHELE PERRET
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Biographie
D'ocre et de cendres : Extrait, comptes-rendus
Terre du vent : synopsis, extrait, comptes-rendus.
Bibliographie
Littérature
France
TERRE DU VENT
Une enfance dans une ferme algérienne
1939-1945 
 

     

 Récit d'enfance et conte fantastique :

    "Je vous parle d'un monde qui n'existe  plus.
Là où le flot est passé, la terre est redevenue pure,
 le soleil commence à craqueler de grandes plaques d'argile.

Nulle ombre, nulle trace.
Plus tard repoussent d'autres herbes.
Terre des ombre, terre du vent, terre prêtée le temps d’un songe…
Qu’est-ce que c’était ? Où c’était ?"

 


 
Synopsis

Ce livre n’a rien à voir avec la guerre d’Algérie.

C’est l’histoire d’une petite fille privilégiée, panthéiste et très indépendante d’esprit, qui vit à la campagne, dans une ferme isolée, pendant la guerre de 1939-1945. Il se trouve que cette ferme est en Algérie et non en Sologne, d’où l’évocation des oueds, des bourricots, de la poussière et du vent, des vignes, des tentes bédouines, des chacals, des casuarinas et des caroubiers. Dans cette ferme et aux environs vit, dans une assez bonne entente, une petite communauté de toutes les nationalités, de toutes les religions, musulmans, chrétiens ou juifs, et de toutes les opinions politiques, pieuses dames pétainistes, rouges espagnols, nationalistes algériens, fascistes mussoliniens. On y rencontre encore des jeunes filles amoureuses, des femmes battues, une réfugiée juive, une sadique gouvernante allemande, des prisonniers italiens, un instituteur violent, un ouvrier ambitieux, une grande bourgeoise patriote… et même quelques fantômes. Et surtout des enfants – une nuée d’enfants, garçons et filles, arabes, espagnols et français, qui vivent en grande amitié, turbulents et joyeux malgré le dénuement de la plupart d’entre eux.

Comme c’est la guerre, la ferme vit repliée sur elle-même, dans un état de relatif équilibre, alors que l’horreur se déchaîne en Europe. L’enfant se forme au milieu des restrictions, des hymnes au Maréchal et du lever des couleurs, du débarquement américain, du départ des jeunes hommes mobilisés ou engagés dans l’armée d’Afrique, de l’arrivée de prisonniers italiens, de l’éveil du gaullisme, des échos de la libération de Paris, elle exerce son jeune jugement en essayant de déchiffrer cette histoire qui la dépasse.

La petite fille observe tout cela, essaye de comprendre l’univers des adultes et la misère qu’il génère souvent ; elle s’émerveille aussi de ce paradis qui lui est donné et qu’elle peuple de présences invisibles, sensible aux saisons, à l’humeur du temps, aux infimes modifications de son jardin d’Eden. Elle mûrit, si bien qu’elle va même finir par prendre conscience, sur le mode onirique, du fait qu’elle n’est qu’un maillon de la chaîne des générations qui se sont succédées et se succèderont sur ce petit bout de terre, qui ont aimé et aimeront ces quelques arbres et ces quelques trous d’eau. Si bien qu’elle finit par percevoir, aussi, qu’il lui faudra un jour s’en séparer, comme l’ont fait et le feront tous les autres.


 

Extrait

Le vent dans les casuarinas, le bruit du vent dans les casuarinas, doux, doux, il ne s'est jamais arrêté pendant toutes ces années — il ne fallait même pas de vent, les aiguilles, toutes seules, dans l'air tiède, dansaient et chantaient — et le murmure, c'était comme le mot lui-même, suhuu…, la respiration légère du vent.[...]

Ils chantaient l'immobilité de tout, hommes et plantes, pour ne pas déplacer cet air dense et caresseux — l'attente des bassins, les géraniums engourdis, l'affaissement des acanthes. Et les rais de soleil qui s'écrasent sur le sable, la torpeur des chiens, la somnolence des touffes de lierre, des pervenches et des rosiers grimpants.

Ils chantaient le silence et qu'eux seuls veillaient.

Ils murmuraient, les grands guetteurs, que leur ombre gagnait, que leur ombre s'étendait et que l'heure venait où, après le grincement des portes, les cris des enfants allaient rompre leur enchantement, briser le recueillement transparent qu'ils avaient tissé.

Et aux rires et aux jeux, au jet d'eau rouvert, à la porte claquée, aux petites sandales courant sur les pierres, ils souriaient avec indulgence, et mouvaient infiniment leurs plus hautes branches pour bercer l'ombre paresseuse.


 

Comptes rendus et commentaires


http://www.babelio.com/livres/Perret-Terre-du-vent--une-enfance-dans-une-ferme-algerie/402619

Connue surtout comme linguiste, Michèle Perret signe ici un roman plein de charme qui retrace l’itinéraire d’une petite campagnarde sensitive et drôle, dans une société multiculturelle en équilibre instable, au moment du débarquement américain en Algérie et de l’entrée en guerre de l’armée d’Afrique, sur une terre somptueusement chargée d’odeurs, de couleurs et de lumières. Ce personnage attachant, l’évocation réussie des émotions de l’enfance, l’humour léger et la sensualité latente, la description sans concession mais pleine de tendresse du monde hiérarchisé des adultes, le refus de toute appropriation du paradis d’enfance font de la lecture de ce livre remarquablement écrit un moment de pur plaisir littéraire.

(Amazon, 13 novembre 2009)

 

Un livre de tendresse et de générosité, d’humour et d’émotions retenues, toute la beauté des paysages du Maghreb, les odeurs, les couleurs, les saveurs, et le rires de ses enfants évoqués dans une écriture superbe. Le livre apaisé que nous attendions pour panser les blessures de l’Histoire. A lire pour retrouver son enfance, même pour ceux qui ne viennent pas de « là-bas »…

(Amazon, 1 décembre 2009)


 

(…) Enfin, j’ai croqué avec Michèle Perret les vinaigrettes, tiges acides de petites fleurs jaunes cueillies au bord des chemins, j’ai marché le long de la voie ferrée désaffectée, j’ai vu cigognes et caroubiers, entendu le bruit caillouteux des roulements à billes les « cacharoulos », écrit Michèle Perret, j’ignorais ce mot-là. Mais je n’ai pas entendu la chanson de la conquête « Fermez les portes et les volets car les Arabes vont passer ». Un récit qui permet de comprendre que les colons n’ont pas tous été, comme un certain nombre dans le grand colonat, des propriétaires racistes, exploiteurs, inhumains… On peut relire, à ce sujet, les livres de Jean Pélégri Les oliviers de la justice et Le Maboul après Terre du vent.

(Leïla Sebbar : Voyages en Algéries autour de ma chambre, octobre/novembre 2009)

(...) souvenirs remodelés, enrichis, thésaurisés au gré d'une imagination nourrie d'une sensibilité aiguë. (...) tableaux où la plus délicate poésie s'exprime par les mots comme par les images. Et nous sommes séduits. 

(J. et Y. Naz,L'Algérianiste, mars 2010) 

Un joli premier roman dans la collection Graveurs de mémoire, qui dépeint avec beaucoup de poésie la vie quotidienne d’une enfant du bled, fille de propriétaires terriens. Elevée avec les enfants des journaliers de la propriété, au milieu des champs et des terres cultivées, elle perçoit, dans les brumes de l’enfance l’atmosphère d’un monde familier pour elle. Ouvriers, du forgeron au vendangeur, tout un peuple d’animaux et d’insectes, la grande marée des sauterelles dévoreuses, les labours, la cueillette, les événements du quotidien agreste. Tous les habitants travaillent avec ardeur malgré la chaleur. Les Allemands sont évoqués de loin, terreur des enfants. Des prisonniers italiens, pas bien dangereux, contribuent aux travaux des champs. La rumeur de la guerre ne parvient que de loin sur cette « terre du vent qui fait rouler les ronces sèches dans le lit des oueds… »

(Marie-Claire Micouleau, Mémoire plurielle, n°63, juin 2010)

Tout l’inconscient collectif d’un univers envolé nous est brossé en touches subtiles.  En puriste de la langue française, Michèle Perret sait ciseler ses mots ; les chapitres coulent dans un ordre alangui, écrasés de soleil, à l'ombre bleue des casuarinas...

Chapitre après chapitre, comme on feuillette un vieil et cher album rempli de photos précieuses, on s'attarde sur les images et on n'a surtout pas envie de terminer le livre. Et puis la dernière page tournée, reste un trouble venu de si loin, du pays mystérieux de l'enfance, avec ses légendes, ses vieilles peurs et son espérance.

(Maia Alonso, Etoiles d'encre, octobre 2010)

 

Michèle Perret est une magicienne des mots, une poète de la nature. Les exquises descriptions du monde de la « petite princesse » rendent la lecture presque ensorcelante. Et l’histoire pourrait en rester là. Mais ce serait compter sans l’introduction brutale et cruelle (qu’il faut bien relire à la fin du roman). Ce retour sur la réalité choquante d’un pays qui "recrachait sa crasse" remet l’histoire dans son contexte.  Les journées enchantées de Choune, les sous-entendus qu’elle ne comprend pas – tout cela saute comme une "grenade éclatée" dans l’introduction. Rien ne reste du monde d’avant – rien, sinon le souvenir raconté à travers un regard naïf. Terre du vent est loin d’être une simple évocation onirique de l’enfance, c’est un récit pour lecteurs aux yeux bien ouverts sur la cruauté du monde.

(Nicole Dufresne, Mondes francophones )

 L'émotion est diffuse, prégnante dès les premières lignes. Fiction ou document de vie, on est tour à tour sur les deux niveaux, dans un dédale d'images finement ciselées, une écriture charnelle douée d'une âme libre.

                                  (La dépêche du midi, 23 oct. 2010)

 

Voir aussi La Dépêche du Midi (Gers) des 10 octobre 2010 ; 20 octobre 2010.

 

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