MICHELE PERRET
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D'ocre et de cendres : Extrait, comptes-rendus
Terre du vent : synopsis, extrait, comptes-rendus.
Bibliographie
Littérature
France

D'OCRE ET DE CENDRES

Extrait

 

(Illustration Kay Wernert)

En ces temps-là, les lessives ne se faisaient qu’à la main.

Et la pauvre Halima était laveuse. Tous les jours, elle mobilisait sa douloureuse carcasse pour aller trimer chez des colons ou des bourgeois, commerçants ou notables, espagnols, juifs, ou français. On la traitait bien, on la traitait mal, ça dépendait des maisons, mais c’est le travail surtout qui était épuisant.

Dans les buanderies, moites de vapeurs chaudes, on mettait en savon des linges sales, draps tâchés, serviettes douteuses, et même, dans les familles où il n’y avait pas beaucoup de pudeur, linges intimes ensanglantés. Sur le rebord ondulé des bacs à laver, il lui fallait frotter au savon de Marseille et à l’eau froide tous ces tissus rêches (et plus c’est rêche, plus c’est solide, disaient les patronnes) avec ses pauvres mains gercées, frotte que je te frotte, et à la main et à la brosse en chiendent. Il fallait ensuite prendre ce linge humide et froid et le jeter dans les lessiveuses qui bouillottaient sur les grosses cuisinières à bois – un jus d’eau et de cendres et de je ne sais quoi encore. Et après, vas-y que je te remue, avec un grand morceau de bois, l’eau bouillante et les lourdes pièces de drap ! Ça durait des heures, la face cuite par la vapeur de cendre.

Mais le pire, le pire du pire, c’était de sortir à pleins bras ces draps presque bouillants, alourdis d’eau, et de les tordre pour les égoutter dans le lavoir, de mettre toute sa force pour en exprimer l’eau. Et je te recommence, et je te rince à l’eau froide, et je tords à nouveau, et je te mets le linge dans une bassine de fer blanc, et je vais t’étendre tout ça pieds nus sur les terrasses brûlantes, les bras en l’air, avec les épingles à linge dans la bouche...

Et surtout, surtout, malheur supplémentaire, Halima était noire, dans ce pays ou tous, du plus fanfaron au plus pauvre, appréciaient plus que tout la blancheur de la peau. « Beau ou belle comme un Turc », disait-on des bienheureux au teint pâle. Halima, au corps usé par le travail et les maternités, était noire, d’un triste noir grisâtre et fatigué. Seul l’intérieur de ses mains et de ses pieds, où le henné s’était effacé à force de lessives, était vaguement blanc.  

                                                                                      

"D'ocre et de cendres" et la presse

Sans pathos, Michèle Perret ranime les merveilleux paradis de l’enfance pour mieux nous en chasser. La détresse des modestes, embarqués malgré eux dans une communauté de destin sans pitié, clôt ce recueil... Survient l'Histoire, les années sombres, la bêtise et l'horreur ensanglantent les dernières pages.
Des nouvelles attachantes, des récits sans faconde, une authenticité de ton. 

Charlotte Lorrain, Polemic.info, 8 mars 2012

...un petit bijou intimiste...l'indicible des éblouissements amoureux, des chagrins silencieux, des espoirs avorté, ces vies de femmes entre chien et loup, pénombre propice aux faux oublis, aux rêves avortés... C'était d'hier et c'est de toujours.

Mahia Alonso, Nananews.com, 28 mars 2012

Cette fois, Michèle Perret propose treize portraits de femmes. Elles sont oranaises. Des fragrances de vie émouvante, reflets d’une société kaléidoscopique anéantie par l’obscurantisme qui a sacrifié ce rêve algérien d’une société fraternelle, que beaucoup portaient en eux... tels Emmanuel Roblès, Mouloud Feraoun ou Albert Camus pour ne citer que les plus caractéristiques de ce temps-là.

                                                                                                     Rue Saint-Ambroise, Livres en vue, avril 2012

Les premières nouvelles donnent au lecteur l'impression de découvrir une société où, finalement, chacun a sa place (...) Dès lors, l'ambiance est celle que peut avoir, factuelle, la relation de destinées de femmes rêvant à l'amour ou à ce que celui-ci peut offrir en termes d'ascension sociale. Et progressivement, dans une démarche chronologique sans en avoir l'air, il est question des massacres parisiens, ou des pieds-noirs dont l'intégration n'a rien d'évident (le mot "pied-noir" lui-même n'intervient qu'en page 110 sur 110, à la toute fin du recueil, ce qui n'est pas innocent) - à ce moment de la lecture, on songe à l'air "Der Leiermann", qui boucle le cycle de Lieder "Die Winterreise" de Franz Schubert... ne serait-ce qu'en raison du personnage du mendiant incompris, mais riche d'un passé intéressant que personne ne veut connaître, mis en scène ici.

 

Daniel Fattore, Fattorius;over-blog, 11 avril 2011        

                                                   

Dans cet ouvrege poignant, Michèle Perret nous enmène au coeur d'une Algérie en plein chaos...

Actualité de l'histoire, avril 2012   

 

 

Ces femmes tellement attachantes, nous les avons peut-être rencontrées un jour, qui sait ? Prises dans un ouragan de violence, elles sont devenues les fantômes qui rôdent dans notre mémoire collective. J'ai aimé chacun des personnages en imaginant leurs premières Amours, leurs traditions, leurs cultures, leurs espoirs, leurs silences et leurs cris, leurs combats.

Catherine Fallois, Le monde de Babou, blog, J'ai lu, j'en parle, 13 mai 2012

 

« Avec une écriture toute en finesse et très visuelle, Michèle Perret dresse des portraits de femme touchants, échelonnés dans la grande histoire et nous livre un  recueil  profondément humain ! »

Moi, Clara, et les mots, blog, 24 mai 2012

« …treize portraits de femmes oranaises, émouvantes, attachantes… »

Midi libre, 27 mai 2012

 

Cent quinze ouvrages, me souffle-t-on, sont parus ou vont paraître lors du cinquantenaire des Accords d’Évian. Parmi ceux qui relèvent de la « fiction », comme on dit, sans trop penser à ce qu’on dit, celui de Michèle Perret est l’un des plus marquants.

                                                                                 Michel Arrivé, Boojum, juillet 2012


Le ton grave et retenu, les descriptions envoûtantes (kaléidoscope d’odeurs, de couleurs et de saveurs), l’écriture nuancée donnent au récit une force poignante et rendent un bel hommage à « Eux »… tous ceux qui ont disparu !

B.F. et E.L.Notes bibliographiques, juin 2012

 

...si on regarde de plus près, on s’aperçoit que chaque nouvelle est une part d’un certain temps de l’Histoire. En effet, il me semble, qu’ici, l’objectif de Michèle Perret était de rentrer, ou de faire entrer, ces gens et la vie de ces gens, dans la mémoire collective, comme si c’est par cette porte, étroite, qu’on prévient l’oubli. Et si on entre, malgré tout dans l’irréversibilité du passé et de ce qui a fabriqué sa suite, son bouleversement et le définitif adieu, on n’enterre jamais le souvenir de ce qui s’est construit de la vie et de la mort dans le pays natal.

                                                            Behja Traversac, Etoiles d'encre, Octobre 2012

 

 

 


 



 

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