Articles de presse
B COMME BRUXELLES ET... BELFAST


Qu'y a-t-il de commun entre Bruxelles et Belfast ? Une cohabitation, plus ou moins réussie, entre plusieurs communautés mais aussi une dualisation de la ville, une revitalisation urbaine et … le regard d'un journaliste. Dans son livre Un été à Belfast, Baudouin MASSART nous invite à découvrir la géographie d'une ville en tension, partagée entre deux communautés. Interview.
Qu'est-ce qui a suscité votre intérêt pour Belfast?
Baudouin MASSART: Après une première visite en 1999, j'ai gardé des contacts réguliers avec Belfast. J'ai constaté que nos médias parlaient très peu de la situation en Irlande du Nord (Ulster) dès lors que les tensions politiques se calmaient. Pourtant, les enjeux de la réconciliation sont importants tant au niveau économique, social que politique. J'ai donc voulu rencontrer les personnes de terrain qui travaillent à la réconciliation au quotidien. Ce fut passionnant car elles sont constamment dans une logique de dépassement. Elles travaillent à une pacification entre les communautés depuis longtemps, bien avant les accords de paix de 1998. Ces artistes, ces travailleurs "communautaires" (1) désamorcent des émeutes, travaillent au processus de paix au jour le jour. Mon livre est un hommage à ce travail de longue haleine, il donne la parole à ces héros du quotidien, de ces gens dont on ne parle pas.
Qu'est-ce qui vous a le plus frappé?
B.M.: D'abord, il faut rappeler que ce conflit n'a plus rien de religieux, il est, aujourd'hui, davantage d'ordre communautaire. Les "Protestants" (Loyalistes, Unionistes), descendants des colons écossais, défendent le maintien de l'Irlande du Nord au sein du Royaume Uni. Les "Catholiques" (Nationalistes, Républicains), descendants des habitants colonisés, défendent le rattachement à la République d'Irlande. C'est la théorie mais, en pratique, il y a évidemment beaucoup de nuances, avec des modérés et des radicaux, et avec l'instrumentalisation des partis politiques par leur branche armée...
Ce qui m'a frappé c'est qu'il existe toujours en Europe, à notre époque, un apartheid entre communautés. Cela se concrétise dans la ville par des peacelines: des frontières qui divisent Belfast. La mobilité dans la ville est conditionnée par ces peacelines (lire encadré). Le touriste ne s'en rendra pas nécessairement compte mais les habitants n'iront pas ou ne travailleront pas dans un quartier appartenant à une autre communauté.
Ces séparations communautaires ont-elles une chance de disparaître un jour?
B.M.: Comme je l'ai dit, les travailleurs sociaux oeuvrent au rapprochement. Les maisons et rues avoisinantes des peacelines font partie d'une zone conflictuelle que l'on veut "neutre" et qu'on appelle interface. Les autorités essaient donc que ces zones deviennent des pôles sociaux (formations, emplois, services de proximité, centres de santé), voire économiques (centres d'entreprises) et culturels (associations d'artistes). Une zone mixte au service de tous. II faudra sans doute encore une génération pour que les populations se mélangent. Le centre-ville, également zone "neutre", connaît une formidable revitalisation urbaine et le tourisme commence à redémarrer.
Ceci nous conduit à une autre réflexion. La dualisation de Belfast est surtout sociale.
En effet, les discriminations (emploi, études, logement) dont ont été victimes les Catholiques (et qui aujourd'hui sont combattues par l' "ethnic monitoring") sont évidemment plus marquées dans les quartiers défavorisés que dans les quartiers riches. Aujourd'hui, on revitalise le centre-ville et la paix profite aux classes moyennes. Les émeutes ont lieu dans les quartiers pauvres et en crise, où les gens vivent confinés dans leur communauté mais aussi dans leurs difficultés ! On parle à Belfast d'"émeutes récréatives" : des jeunes qui s'ennuient, qui n'ont plus rien à perdre (cf. en France)... Il y a des rues où les émeutes sont journalières et les médias n'en font plus grand cas. Pour les gens, cela fait même partie de la norme.
Peu

Revue "Syndicats" de la FGTB, mars 2006


(1) travailleurs sociaux par communauté.
CRISE DES BANLIEUES : S'INSPIRER DU MODÈLE NORD IRLANDAIS ?


Les émeutes françaises ont fait l'actualité durant plusieurs jours. On ne reviendra pas sur les différences qui font que ces événements ne se déroulent pas chez nous (du moins pour l'instant). Les analystes ont beaucoup comparé ces événements à mai 68 ou encore à l'Intifada palestinienne. Ces comparaisons sont en fait de faible portée, tant par les motivations des acteurs que par le contexte économique, social et politique qui ont fait émerger cette crise des banlieues françaises.

Mais personne n'a fait le rapprochement avec ce qui se déroule en Irlande du Nord depuis une trentaine d'année. Un des journalistes de l'Agence Alter, Baudouin Massart, a récemment publié un livre aux Editions l'Harmattan qui fourni un aperçu de la situation nord irlandaise1. Sous la forme d'un carnet de voyage, il évoque les conflits urbains sur la base d'interviews de travailleurs communautaires.

Certes, les contextes historique et social sont extrêmement différents, mais certaines similitudes sont troublantes. Parmi les particularités, on retiendra qu'elles sont uniquement le fait de jeunes "Blancs" et qu'elles s'inscrivent dans un contexte de "guerre de religion". Un contexte qui tend d'ailleurs à passer au second plan dans la mesure où ces émeutes se déroulent dans le cadre d'un processus de paix en cours depuis 1998.

Concernant les similitudes, on peut en épingler quelques-unes.

Première similitude : le « caillassage ». Ce néologisme se traduit en Irlande du Nord par « jets de pierre ». Certains observateurs européens se hâtent souvent de comparer le phénomène à l'Intifada. A tort ! Tout d'abord, parce qu'avec l'Irlande du Nord, ils disposent d'un modèle beaucoup plus proche et plus ancien. Ensuite, parce que la pierre est la plus veille arme du monde. Ceci dit, le cocktail molotov suit rapidement dans les deux cas.

Deuxième similitude : le jeune âge des émeutiers. Beaucoup d'observateurs s'étonnent que de très jeunes enfants (10-14 ans) participent aux incidents. À Belfast, cela semble «relativement normal». Les émeutiers peuvent avoir jusqu'à 8 ans. Certains travailleurs sociaux sont même en mesure de déterminer l'âge d'un enfant rien qu'en fonction de la taille d'une pierre et de son poids.

Troisième similitude : l'aspect ludique. De plus en plus, on entend des professionnels de terrain français expliquer que nombre de jeunes ne voient qu'un jeu dans les émeutes. A Belfast, Neil Jarman, de l'Institute for Conflict Research, n'hésite pas à parler d' « émeute récréative » : « Aujourd’hui, le moteur principal des émeutes, c’est l’ennui. Parce que les jeunes n’ont rien d’autre à faire, ils traînent près des endroits à risque, s’arrangent pour se battre entre eux et se lancer des pierres. Ce sont seulement des problèmes de jeunes désœuvrés, qui ne savent pas quoi faire, ne disposent pas d’argent ou de revenus, et qui sont peu scolarisés. »

De part et d'autre, les jeunes ne sont pas seulement cloisonnés dans les cités ou des quartiers, on les a aussi cloisonnés dans l'ennui. Les jeunes n'ont pas d'avenir, mais surtout ils n'ont pas de présent. Ils n'ont strictement rien à perdre. Ce que confirme un article relatant les propos de jeunes pyromanes, paru dans Le Monde début novembre : "On n'a pas le choix. On est prêt à tout sacrifier puisqu'on n'a rien , se justifie Bilal. "On a même brûlé la voiture d'un pote. Ça lui a foutu les boules, mais il a compris."

L'Irlande du Nord s'est aussi habituée. Aujourd'hui, à Belfast, les émeutes n'empêchent plus de vivre. Elles font partie du quotidien. On observe une série de comportements d'adaptation de la ville et des gens. Elle a aussi développé des méthodes pour gérer ces débordements, que ce soit au niveau policier ou social. A ce titre, l'Irlande du Nord est un laboratoire de pointe pour le travail social en milieu ubain. Outre des dispositifs pour atténuer la discrimination à l'embauche, de nombreuses initiatives utilisent la création culturelle pour gérer les conflits. Il n'est p

Agence Alter
Alter-Echos, novembre 2005


Baudouin Massart, Un été à Belfast, collection Carnets de Ville, éd. L'Harmattan, 2005.

www.alterechos.be/crise-des-banlieues-sinspirer-du-modele-nord-irlandais--va12472.html
LIBRAIRIE - UN ÉTÉ À BELFAST


Pierre Gras, qui collabore régulièrement à Urbanisme, a eu la bonne idée de créer aux éditions L’Harmattan la collection “Carnets de ville” qui publie son douzième titre : Un été à Belfast, par Baudouin Massart (136 pages, 13 euros). Journaliste et chercheur belge, l’auteur relate son second séjour dans cette ville divisée et en situation latente de guerre. Certes, les quartiers protestants et catholiques sont bien délimités et relativement étanches entre eux, mais à cette géographie explicite s’articule une géographie moins visible, celle des tensions ordinaires. “Dès que j’ai évoqué les peacelines, Chris m’a parlé des ‘interfaces’. Il en existe trois sortes : l’enclave, la frontière nette et radicale (soit la peaceline), et enfin la zone tampon, constituée d’une communauté mixte séparant les deux communautés.” Plusieurs de ses interlocuteurs le rassurent en expliquant que “tout ne va pas si mal à Belfast”, nonobstant ces cicatrices tenaces qui séparent plus qu’elles n’unissent les populations... Comment pacifier une ville dont les murs sont encore imprégnés de violences meurtrières ? Par l’art, répondent plusieurs amis de l’auteur, qui œuvrent précisément à changer l’image que les habitants ont de leur propre cité par des installations d’artistes, des interventions sur l’espace public... À l’opposition entre deux religions, il convient d’ajouter, pour compliquer l’affaire, les inégalités sociales, la puissante homophobie ambiante, les rivalités communautaires. Si l’art pouvait à la fois panser les plaies et disperser les cendres, cela ne serait pas mal, mais l’optimisme de notre voyageur est plus que mesuré.

Thierry Paquot
Revue Urbanisme, octobre 2005

www.urbanisme.fr/numero/344/Lib/librairie.html
EN BREF - VOYAGES


Un des avantages de la présence de Ryanair en Belgique est de mettre à portée de toutes les bourses la découverte des villes européennes. Le journaliste belge Baudouin Massart en a profité pour faire, en juin 2002, le trajet de Belfast qui donne aujourd'hui ce plaisant livre qui n'a rien d'un guide. L'éditeur s'est donné pour objectif de «renouer avec la tradition des voyages philosophiques», de faire découvrir les pulsations des villes. Belfast s'y prête bien avec ses peacelines et ses communautés déchirées. Le lecteur ne s'effarouche pas de ce récit écrit à la première personne, où on apprend, par petites touches, les choses de la vie quotidienne d'un Belfast en pleine rénovation. Ce livre est un grand reportage qui trouve refuge dans un livre. Il lui manque, seulement, une petite carte pour aider le lecteur à se retrouver.

Supplément "Lire" - La Libre Belgique, septembre 2005


Un été à Belfast
L'Harmattan, coll. «Carnets de ville», 135 pp., env. 13 €


www.lalibre.be/article.phtml?id=5&subid=103&art_id=237387
UN ÉTÉ À BELFAST : UN RÉCIT LUCIDE


Deux amis se rendent en Irlande du Nord à Belfast. Ensemble, ils découvrent et apprennent à maîtriser la géographie et les frontières internes d'une ville en tension, partagée entre deux communautés, mais aussi à dialoguer avec une cité vivante. Catholiques et protestants se haïssent, se battent et s'ignorent mais se retrouvent parfois autour de projets communs. L'espoir renaît, mais le feu couve toujours sous la cendre. Un récit lucide qui revêt une actualité particulière avec l'engagement de désarmement pris par l'IRA. Notons au passage que l'IRA ne rend pas les armes mais a décidé de les «mettre hors d'usage»... Il s'agit à présent de reconstruire des passerelles entre les deux communautés. Un travail de longue haleine qui pourrait ne porter ses fruits que pour la génération suivante. Baudouin Massart observe ainsi que pour certains, la fin du conflit apparaît plus déstabilisante que le conflit lui-même. Après des années de violence organisée, la normalisation est vécue comme déstructurante. Les gens - souvent désoeuvrés - s'interrogent: «Tout ça pour ça?»

Jean-Paul Bombaerts
L'Echo - Rubrique "Les livres de l'été", août 2005

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CARNET DE VILLE : UN ÉTÉ À BELFAST


Baudouin Massart, journaliste et nouvelliste, s’est rendu à deux reprises à Belfast à la rencontre des travailleurs sociaux et à l’occasion d’un échange interculturel. Ce sont les habitants de cette ville en tension, partagée entre deux communautés bien plus qu’entre deux religions, qui lui ont permis de découvrir un autre Belfast.

Dans ce premier récit de voyage, l’auteur nous emmène dans ses flâneries, nous fait profiter de ses nombreuses rencontres, nous livre ses émotions parfois intenses dans cette ville où le conflit entre catholiques et protestants “revient comme un boomerang” lorsqu’on a tendance à se laisser aller à l’oublier. Entre les enclaves, les “peacelines” et les zones tampon, le touriste néophyte a parfois du mal à se retrouver. Sincère et lucide, ce récit très agréable à lire ne manque ni d’humour ni d’émotion.

“Je profite de mes derniers moments à Belfast en traînant dans les rues (…) J’éprouve quelques regrets. A nouveau cette impression d’avoir ignoré certains aspects de la ville.”, nous livre l’auteur en fin de récit. C’est que dans un carnet, on n’a jamais trop envie d’écrire le mot FIN.

Françoise Robert
En Marche - Le Journal de la mutualité chrétienne, juillet 2005

www.enmarche.be/Tourisme/Carnet-Voyage.htm