La presse en parle !

Médecin généraliste de profession, Jean-Marc Geidel entretient depuis des années une intense complicité avec Franz Schubert. Avec son roman « Le Voyage inachevé », paru en 2006 et tout juste réédité chez l'Harmattan, il embarque ses lecteurs pour une traversée bouleversante d'émotions à la rencontre de Schubert, au son de l'avant dernière sonate pour piano, du dernier quatuor à cordes. Mais surtout, du fameux Quintette en ut…

Resmusica : Votre livre vient d'être réédité chez l'Harmattan, presque un an après sa première publication ; vous devez naturellement être content de ce succès ; quelles réactions vous sont parvenues de la part des lecteurs ?
Jean-Marc Geidel : D'abord je retiens la réaction du grand pianiste Noël Lee, qui fut le premier à enregistrer l'intégrale des sonates de Schubert. Il m'a adressé un mot plein d'attention : « Ce qui frappe, c'est la façon dont vous pénétrez l'œuvre, l'esprit de l'œuvre, comment vous exprimez l'émotion qu'elle suscite, non par analyse, mais par intuition, substitution, et surtout par votre propre vécu… »
La plupart des lecteurs ont apprécié la précision de l'écriture, beaucoup ont été émus, je crois, par ce qui transparaît de Schubert, ce personnage mystérieux, mal affirmé, embarrassé par son propre corps, et qui dégage une telle humanité presque à son insu. La plupart ont eu envie de découvrir ou d'approfondir la musique de Schubert, de mettre ce qu'ils lisaient en résonance avec ses œuvres. D'autres au contraire s'en sont tenus pour quitte, considérant que leur propre sensibilité s'éveillait mieux à l'évocation écrite de la musique qu'à son écoute. Mais ce qui m'a le plus frappé, ce sont les remarques concernant l'intimité, la pudeur, la sensualité.
Beaucoup ont lu entre les lignes, peut-être à travers leur propre imagination, cherchant à capter les non-dits, à décrypter les énigmes. J'apprécie que l'on s'interroge sur le trouble que provoque en nous la musique. C'est très loin en dedans de nous, et tout à la fois dans un monde parallèle, à la frontière de nous, comme antérieur à nous. La musique ébranle quelque chose dans notre moi souterrain et le fait remonter à la source.
La jouissance que l'on ressent à l'écoute de certaines œuvres, c'est quelque chose de très équivoque. C'est sans doute cette ambiguïté fondamentale qui a frappé certains de mes lecteurs, comprenant que le narrateur, si effacé en apparence, se livre parfois autant qu'il parle de Schubert, notamment dans ces lignes du chapitre cinq, à l'écoute du Quintette. « J'écoutais cette musique surgie de la musique, pourtant à côté de la musique, une poésie du son à la texture indéfinie, proche de la chair peut-être, chargée d'un sentiment d'extase et qu'accompagnait l'impression floue de côtoyer un grand péril… » Enfin, je dois reconnaître que certains lecteurs sont restés au bord de ce voyage, ils ont jugé l'écriture trop hermétique, le récit trop abstrait. Aurais-je dû me laisser aller à une écriture plus simple, plus narrative ? Sans nuire à la magie ? C'est une question qui reste ouverte mais je ne le crois pas.
RM : Comment est né votre amour pour Schubert, quel est votre premier souvenir de sa musique ?
JMG : Cet amour pour Schubert est à la fois très ancien et chargé d'émotions nouvelles dans un passé récent. Je n'ai pas de premier souvenir de la musique de Schubert, en dehors d'une impression de musique mozartienne, mais un peu dissonante. Je pense que mon oreille reconnaissait ses changements fréquents de tonalité, ses glissements d'une atmosphère à une autre.
Il y a trente ans, j'ai compris que j'avais pour Schubert une passion qui dépassait la simple hiérarchie des goûts musicaux. Avant Schubert, Beethoven était mon compositeur préféré. Mais Schubert n'est pas devenu, après Beethoven, mon compositeur préféré. Il est devenu une part de moi. Je reconnaissais, à travers ce que je sentais de sa musique, comme un rayon de lumière sur la nuit qui m'habitait. Ce qui me frappait, c'était la proximité de l'homm


Articles de presse
POÈME, MÉDITATION, DÉCHIFFRAGE


La musique de Schubert invite à rêver puisque souvent le rêve est son domaine, le rêve qui est un voyage. Jean-Marc Geidel ne nous propose pas une biographie de Schubert, ni une étude musicologique, mais, pas à pas, nous invite à entrer dans son univers et trouvent les mots qui éclairent cette approche. Comment définir ce petit livre hors du commun ? Poème, méditation, déchiffrage de ce qui est à la fois évident, par sa beauté, et caché parce que le silence y a une grande part, et en tout cas le secret ?

Le monde la musique, octobre 2006
SCHUBERT OU LE MYSTÈRE DU QUINTETTE EN UT


C’est un voyage fabuleux que nous propose Jean-Marc Geidel, un voyage inachevé mais cependant éternel, un voyage hallucinatoire dans les limbes de la conscience, fruit de l’imaginaire, du rêve et de la sensation, de l’émotion modulatoire que nous procure la musique de Schubert. Par l’image, la métaphore littéraire, le pouvoir créateur de l’imagination fabulatrice, l’auteur se laisse accompagner par son hôte dans le tunnel sonore où il foule la singulière beauté des différents paysages musicaux qui s’offrent à sa perception, d’où naissent tout un cortège de sensations et de représentations fantomatiques et imaginaires, un jeu d’ombres et de lumières, un camaïeu de couleurs et de motifs des plus variés. L’aventure contemplative n’est cependant pas sans soulever certaines interrogations : quel est le sens de ce voyage errant ? Dans quelle direction partir ? Où trouver la clé de l’énigme que pose la musique de Schubert ? Les réponses passent par une connaissance plus intime de Schubert l’homme, l’artiste, le rêveur, le compositeur. S’instaure entre le narrateur et son acteur principal un dialogue davantage fait de silences que de mots, de sons que de paroles. Ce dont on ne peut parler il faut le taire : là où s’arrêtent les mots, là commence la musique. Le pouvoir émotionnel de la musique n’a pas d’équivalent littéraire, la musique nous parle dans une langue que notre raison et son apanage de concepts ne comprend pas. La musique précède le monde, peut-être nous délivre-t-elle un message ancestral sur son origine ; quoi qu’il en soit, ce qui est sûr c’est qu’elle agit sur nous, en nous, notre âme, nos sens, notre esprit. Dans le cas de Schubert, une identification psychologique de l’auditeur avec la substance sonore qu’il écoute ne fait qu’amplifier davantage son émotion esthétique, et comprendre Schubert, ses célestes pensées, son rapport singulier au monde, au temps, à l’éternité, c’est déjà réduire de moitié l’énigme que pose sa musique ; « c’était son intimité brisée qui miroitait dans l’universalité ». Aussi Schubert ne composait-il que lorsqu’il se sentait emporté par une inspiration créative naturelle et spontanée, « il voulait ne pas vouloir ». Aucune pseudo-vérité, mais une toute entière authenticité, une innocence et un véritable génie naturel et sincère.

C’est vers le mystérieux motif du Quintette pour cordes que nous conduit finalement la prose de M. Geidel, le chef-d’œuvre absolu de Schubert, un petit motif présenté comme la clé de toute l’énigme de l’Histoire de la Musique Occidentale. Hallucination auditive ou expérience mystique ?... Allez savoir, après la lecture de ce petit livre - d’une richesse et d’une concision remarquables - peut-être n’écouterez-vous plus jamais le Quintette de Schubert de la même manière…

Richard Holding
Resmusica, août 2006


Le voyage inachevé, une fantaisie sur Schubert
de Jean-Marc Geidel
L'Harmattan, Paris, collection écritures, 94 pages
ISBN : 2-296-00628-0

LE REGARD D'EVE RUGGIÉRI


"Mais qu’est-ce qui fait courir Jean-Marc Geidel ? Schubert, bien sûr. Un Schubert qui, loin de toute démarche classiquement biographique s’attachant à un quotidien décrypté avec soin, se révèle être musique. Totalement. Viscéralement.

Un pur génie dont Jean-Marc Geidel ne cherche pas à analyser le Quintette pour deux violoncelles ou la Symphonie inachevée, mais qui nous fait percevoir à quel point ces œuvres sont Schubert, inéluctablement.

Voilà pourquoi il ne mêle pas récit de la vie du musicien et étude de son œuvre mais les fait dialoguer, en un texte profondément original et bouleversant, comme le sont ceux qui associent à l’esprit le cœur".

Eve Ruggiéri
mai 2006
Sur Internet
SCHUBERT : LA VIE, LA MORT, LA VIE !



Blog De braises et d'ombre, novembre 2018

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