Critiques Presse

THEATRAUTEURS
Critique de Simone ALEXANDRE

"Le soleil a rendez-vous avec la lune, mais la lune n'est pas là..." Nous connaissons tous cette chanson que reprendra tel un leitmotiv, cette femme (plus très jeune), qui serre incroyablement un nounours sur son cœur. Est-elle folle ?... Qui est-elle ?... Où sommes-nous ? Quelqu'un est couché à proximité enfoui sous une couverture. Arrive une autre femme sorte d'assistante sociale, à l'allure décidée bien sûr, qui ne tardera pas à annoncer une visite... Mystère !
En réalité nous sommes sur un quai de gare, désert à part ces quelques-là, si on ajoute ce voyageur un peu inquiet qui attend désespérément qu'un train arrive... Mais un haut-parleur annoncera ponctuellement des retards allant crescendo. Léa, c'est ainsi que se nomme la dame-qui-chante-et-parle-tout-le-temps, commence à sérieusement agacer le jeune homme (Bruno). Et puis il y a Mathias sorti de son sommeil...
Une ambiance mâtinée de Sartre et de Beckett se met en place mais pas seulement. Au fil des confidences livrées de plus ou moins bonne grâce, l'impression que ces personnages se trouvent dans une sorte de Purgatoire va peu à peu devenir évidente. Le spectateur constate alors que ce diable de jeune auteur le fait passer par tous les sentiments. - Irritation : quand il ne comprend pas encore, - Inquiétude : à force de se demander ce que tout cela signifie et quelle sera la suite ? - Tendresse, voire émotion quand nous en saurons un peu plus et que deux êtres vont se retrouver... un temps.
Mathias quant à lui est un inadapté à la vie. Il ne la supporte pas, n'aspire qu'à retrouver le néant dont chacun est issu. De tous, au final, un personnage pourra dire " Le ciel peut attendre. " Beaucoup d'humanité ressort de ce texte dont le caractère dérangeant (car dans son sillage, nous devrons bien nous poser quelques questions à tendance métaphysiques !) ne saurait tuer la poésie.
Ghislain Geiger reste parfaitement concentré sur son rôle... Et puis, nous retrouvons Annie Vergne sur scène où elle se fait trop rare à notre goût et c'est un réel moment de bonheur. Beaucoup sortiront avec en tête un certain refrain pour le reprendre là où ils l'avaient laissé, "... Et le soleil l'attend. " "


RCJ
Critique par Odette COURNOT dans l'émission "Entracte" sur RCJ
"C'est une très jolie pièce, émouvante, remplie d'espoir, avec des personnages aux caractères fouillés, et très bien jouée, avec beaucoup d'émotion et de vitalité."

Théâtrothèque
Critique de Philippe DELHUMEAU
"Un concentré émotionnel et tellement authentique…
Le texte de Julien Séchaud traite de façon très convaincante la question de la mort, avant, pendant et après le coma. Avec des mots simples, "Aimez-vous la nuit ?" pose les limites de l'inconscient. Le sujet évoqué est grave et sérieux. Cependant, l'émotion caresse la peur dans le jeu des répliques toujours bien amenées, pimentées à petite dose de dérision et épicées de drôleries.
Dans une mise en scène percutante et soignée, les comédiens donnent le la sur le comportement humain, un ut relatif à la remise en question personnelle et un fa pour l'amour porté aux autres. L'interprétation est juste, une présence constante maquillant la nuit par une lueur d'espoir marque l'assurance de leur prestation."

Le courrier de Yolande
Critique de Yolande VALENTIN
"Deux chaises en fond de scène. Un petit matelas par terre. Une femme assise dort avec un ours en peluche serré contre elle. On entend des bruits, ceux d'une gare. Un bruit de train, une voix qui annoncera régulièrement que tel train est supprimé ou aura du retard. La femme au nounours se réveille et commence à parler. Vont s'intégrer au fur et à mesure plusieurs personnages dans ce "hall de gare très particulier". Il y aura Léa - Bruno un jeune chef d'entreprise arrogant, impatient, impétueux - Mathias un jeune rejeté, à la fois rebelle et poète - Madame Nosieco qui rend visite à ces personnages, et un étrange "partenaire" LA VOIX qui décide du départ ou d'un certain retour. Pour ne pas dévoiler l'originalité et enlever le suspense de cette pièce on n'en dira pas plus.
Il est important de préciser que cette pièce a été écrite par un jeune auteur qui emmène le spectateur dans une réflexion non dénuée d'intérêt. Pour celles et ceux qui ne pourraient pas voir la pièce, on peut se procurer le texte aux éditions de L'Harmattan. L'auteur a su habilement associer différents "ingrédients" (humour, sensibilité, poésie, émotion) qui font de cette pièce un spectacle de qualité dont on ressort à la fois bouleversé et joyeux.
Chaque personnage est interprété avec justesse et passion par la troupe. On notera entre autre la prestation très émouvante d'Annie Vergne dans le rôle de Léa qui signe également une mise en scène sobre et percutante sur une scène qui n'est pas très grande. Ainsi que celle de Ghislain Geiger qui donne toute son intensité au personnage de Bruno qui va apprendre à s'ouvrir aux autres et sortir de sa carapace égoïste. Alors allez découvrir avec bonheur et délice cette "nuit" très particulière et à votre tour vous poserez vous la question."


Froggy's delight
Critique de Nicolas ARNSTAM
"Une pièce authentique qui sort des sentiers battus avec humanité.
Dans une gare qui semble un peu à l'abandon, des personnages attendent pour un énigmatique voyage, surveillés par une présence mystérieuse dont seule la voix nous parvient.
On peut être dérouté par l'originalité de la pièce de Julien Séchaud qui traite d'un sujet délicat, le coma, mais évoque aussi le manque d'amour, l'échange, le pardon et la mort bien-sûr, le tout sans pathos excessif, oscillant constamment entre réalisme et onirisme.
"Aimez-vous la nuit ?" recèle une vraie atmosphère et de jolis moments de poésie portés par des comédiens investis et d'une sincérité sans faille, en particulier Ghislain Geiger, qui montre une sensibilité déchirante dans un jeu puissant d'une belle générosité. Il est enthousiasmant. Le propos est indéniablement sincère et confère à ce spectacle une émotion constante…"

Mondesfrancophones.com
Critique de Selim LANDER
"Un Huis-Clos à l'envers !
Un nouvel auteur de théâtre est né ! Comment ne pas se réjouir ? Sa première pièce témoigne d'une surprenante maturité pour un auteur de vingt-six ans… Ambiance glauque comme chez O'Neill, avec cependant davantage de comédie… Thèmes graves traités dans le cadre d'une situation dramatique par excellence... Construction telle que notre compréhension de l'histoire et des personnages progresse tout du long…

Cela fait déjà beaucoup d'atouts. Lorsqu'en outre l'interprétation s'avère sans faille, tous les ingrédients sont réunis pour faire un spectacle mémorable.
On peut et l'on doit saluer la virtuosité d'Annie Vergne qui a mis en scène et tient le rôle principal. Au premier abord un peu déroutante, elle prend en quelques répliques la dimension de son personnage un rien démiurgique. Comédienne expérimentée, qui passe aisément du comique au drame, de la chanson aux larmes. Elle est entourée par deux jeunes comédiens qui lui donnent fort honorablement la réplique : l'auteur, Julien Séchaud, fait preuve d'une étonnante présence dans le rôle d'un gros balourd, rustre d'apparence mais au fond plein de sensibilité. Ghislain Geiger joue quant à lui, avec toute la fragilité qui convient, un chef d'entreprise impatient et travaillé par le remord. Anne-Chantal Bourdillat, qui intervient sporadiquement pour faire avancer l'action, contribue efficacement à l'impression d'étrangeté. Enfin une voix off imite avec un réalisme saisissant celle qui, dans les gares de France, annonce si souvent désormais le retard ou l'annulation des trains… la pièce ayant en effet quelque chose à voir avec une gare et des trains..."

Un fauteuil pour l'orchestre
Critique de Rachelle DHÉRY
"Coluche disait "Y-a-t-il une vie avant la vie ?". Le Professeur Raymond Moody s'est penché, quant à lui, sur la question de "La vie après la vie". Julien Séchaud propose, dans Aimez-vous la nuit ? sa propre vision de la NDE (Near Death Experience), ou ce qu'il arrive lorsque un être tente de mettre fin à une vie trop douloureuse et qu'il se retrouve plongé dans le coma. Ce jeune auteur dépeint un lieu d'attente sous la forme d'un quai de gare, pour ceux qui ont refusé de faire face aux épreuves rencontrées sur leur chemin et qui se retrouvent coincés entre la vie et la mort. Deux voies. Deux destins. Vivre ou mourir. Combattre ou abandonner. Pardonner ou s'enfermer dans la haine, et forcément, dans la souffrance. Parler ou taire la vérité.
Ces sujets graves sont traités par l'auteur sous une plume légère, poétique, cinglante et parfois drôle.
Julien Séchaud confie la mise en scène à Annie Vergne, actuelle directrice du théâtre Le Guichet Montparnasse. Ainsi, pour représenter ce lieu onirique, elle choisit le réalisme (les personnages sont vêtus comme au quotidien), et la sobriété, (seuls des chaises, blanches comme à l'hôpital, et un matelas sont disposés sur le plateau.)
Les effets de lumière et les divers placements des comédiens sont sobres mais efficaces. Pas besoin de fioritures. Les mots ont une place centrale et suffisent à incarner le lieu et les émotions ambiantes.
Le jeu des acteurs oscille entre vérité et illusion. Le décalage scénique existant notamment entre Léa, l'ancienne patiente, (la voix de la sagesse, aérienne, songeuse, consciente de son état), et Bruno, le nouvel arrivant, (fougueux, impétueux, terre à terre et évoluant dans son propre mensonge) reflète bien ce perpétuel mouvement de va-et-vient. Dans le personnage de Mathias, le jeune rebelle incompris, et qui renonce à la vie, incarné par l'auteur lui-même, on devine une sorte de mise à nu, un lien fort avec le sujet, ce qui touche notre âme au plus profond. La maturité du traitement de ce thème, pourtant difficile, ici abordé sans pudeur, en est la preuve…"

La revue du spectacle
Critique de Gil CHAUVEAU
"Quand la voix se fait l'écho de l'âme... Quand la parole devient, mot après mot, maux après maux, le subtil sculpteur du labyrinthe des non-dits, des absences, du manque... et des espérances, celles qui forment la trame de nos rêves, qui bâtissent peu à peu nos vies, nous faisant avancer...
"Le soleil a rendez-vous avec la lune / Mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend..." Deux faces éclairent l'étrange dualité du texte de Julien Séchaud ; entre le réalisme cynique de notre société, à l'heure où l'arrogance de l'argent l'emporte souvent sur la rébellion et la poésie, et la densité des enjeux que l'âme humaine met en scène au moment des choix essentiels, entre vie et trépas, amour et amitié, pardon et oubli… Choix qui irrémédiablement laissent des traces indélébiles.
Pour dessiner petit à petit les contours complexes de nos limbes, Julien Séchaud nous emmène dans ce monde étrange - que l'on ne peut qu'imaginer - stationnaire, provisoire... du coma. Il y a ceux qui ne font que passer -mais ne le savent pas- (Bruno, Mathias), celle (Léa) qui ne sait plus si elle "reste" (c'est la plus ancienne) et la passeuse qui, obéissant à la "Voix", ne connaît que deux chemins, le retour à la vie et "l'Ailleurs".
De e texte inclassable, Annie Vergne s'est emparée... avec passion. À la mise en scène, mais également comme comédienne, interprétant le rôle "centra" de Léa. Et elle apporte, avec une extrême délicatesse, beaucoup de sensibilité et d'intériorité à son personnage. Celui-ci, au carrefour des rencontres, est un fil ténu et tendu tissant une toile où la justesse des sentiments mais aussi leur violence trouvent crédibilité et force dans la sobriété élégante de sa mise en scène. Décor simple, voire dépouillé, nous laissant juste deviner l'esquisse d'un quai de gare d'un côté et une chambre d'hôpital de l'autre ; direction d'acteurs tout en finesse, sans effets appuyés, pour simplement jouer sur la corde sensible et intérieure de chaque comédien. Que ce soit Laurence Allainmat, Anne-Chantal Bourdillat, Ghislain Geiger ou Julien Séchaud, tous sont parfaitement calés sur cette partition si délicate où la mélodie parfois douce, parfois violente, nous donne à entendre la genèse de l'amour et de l'amitié, sentiments universels ayant construit l'Homme depuis ses origines. Sans jamais glisser dans le pathétique, cet univers de questionnements et de rencontres se construit dans une ambiance à la fois poétique et humoristique, où la dérision a sa place.
"Aimez-vous la nuit ?" est un chant théâtral particulier, rare, écrit par un jeune auteur, Julien Séchaud, qui fait montre ici d'une grande (incroyable) maturité et mit en scène par une artiste qui, en puisant au fond d'elle-même la chair d'évènements douloureux, a su emmener une troupe à exprimer (à poser) avec un immense talent, les questions fondamentales qui construisent nos existences. Évidemment, on ne ressort pas intact d'une telle mise en abîmes des âmes mais, ici pas de tristesse, car jusqu'à la fin et au dénouement des "départs", le cœur se fait léger et heureux des réconciliations abouties. Le travail d'Annie Vergne et de l'ensemble des comédiens est d'une rare finesse, d'une très grande précision et surtout distille une puissante émotion à aucun moment surfaite.
Le Théâtre du Guichet Montparnasse (et sa directrice) prouve, si besoin était, qu'il reste un haut lieu de la création contemporaine, aujourd'hui... et cela depuis plus de vingt ans."