La presse en parle

Il aurait eu cent ans cette année : Pierre Guingamp fait revivre Michel Warlop
Michel Warlop ? Un nom oublié aujourd'hui. Et pourtant, ce brillant musicien douaisien, qui aurait eu cent ans cette année, mérite mieux que ça. L'écrivain Pierre Guingamp lui a consacré un livre passionnant.
Dans l'ouvrage Michel Warlop (1911-1947), génie du violon swing, publié aux éditions L'Harmattan, l'écrivain Pierre Guingamp rend hommage à un grand musicien douaisien qui aurait eu cent ans cette année.
Pierre Guingamp, Parisien, mais "Nordiste de coeur", explique qu'avant de se lancer dans cette aventure littéraire, il n'avait jamais entendu parler de Warlop. "Tout a commencé par une émission sur FIP (France Inter Paris), où il était question de cet artiste injustement oublié. Ça a fait tilt dans ma tête. Mon côté Zorro, sans doute..." Mais la quête n'a pas été simple. "À ce moment-là, on ne trouvait pas de CD de lui..." Alors, il a pris de contacts à Douai, où il n'avait aucune attache, "sauf la bière !". "Ça a été difficile. J'ai eu des moments de découragement. J'ai restitué l'histoire dans le contexte politique de l'époque. La période swing, j'adore !" Et puis, il a découvert un personnage "Qui picole, qui se drogue... Qui est génial !" Pour Warlop, le jazz, c'était l'école de la liberté. Et l'auteur d'expliquer que la mère de l'artiste, elle-même musicienne, l'avait poussé vers le classique. Il avait fait le conservatoire de Douai. Avait été admis à celui de Paris, amassé les premiers prix.
"Il avait le même prof que Yehudi Menuhin. Celui-ci explique qu'il aurait été alors incapable de dire lequel des deux était le meilleur. C'est dire !" Seulement Menuhin a poursuivi la carrière internationale qu'on sait. Et Warlop a tout plaqué pour se lancer dans le jazz.
"À 20 ans à peine, il découvre Pigale, la vie nocturne, avec tous les excès qui vont avec... Et comme c'était un mec sympa, il a vite été adopté. Il avait enfin trouvé une famille qui lui ressemblait..." Ce n'était pas un coureur. Il préférait l'amitié. "Mais ce n'est pas parce qu'il a cohabité avec Grappelli qu'il était homo pour autant..." Il vivait la nuit, avec ses copains, un verre à la main, pour des conversations sans fin. C'était ça, sa vie... "Il avait un potentiel énorme." mais s'est laissé emporter par l'alcool. "Il a très mal digéré aussi la peine - même symbolique - d'indignité nationale, à laquelle il a été condamné, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, juste parce qu'il avait été joué dans un orchestre qui s'était produit sur Radio Paris (NDLR : la voix de la collaboration)".
Il fallait bien vivre. D'autres artistes ont subi le même sort, et s'en sont très bien remis. Pas lui. Il quitte Paris et n'y retournera plus.
Et puis Warlop, c'était le swing. Or, au sortir de la guerre, la musique jazz change. Place au Be Bop... "Jouer du violon dans un groupe de Be Bop, c'était difficile. Même Grappelli a connu sa traversée du désert..." Mais Grappelli a survécu cinquante années à Warlop. Il a eu le temps de rebondir et de cultiver son image. "Warlop s'en foutait. Il n'a pas du tout bossé sur sa notoriété. Il aurait pu faire des tournées internationales. Il ne l'a pas fait... Tous ses amis disaient qu'il avait une aisance dans les aigus qu'aucun d'eux n'avait. C'était un surdoué, qui avait les fêlures de son génie..." Son problème ? "Il picolait sec", et c'est ce qui a fini un jour par le tuer, avec une phtisie galopante, en prime, alors qu'il était parti jouer dans les Pyrénées. C'est là qu'il est enterré, à Bagnères-de-Luchon. Personne n'est venu l'y rechercher. Reste de lui un style, une rue au faubourg de Béthune, et un violon. Légué à Grappelli, il est aujourd'hui à la Cité de la Musique, à Paris. La Voix du Nord, 13 novembre 2011


L'auteur a participé à l'émission SI BEMOL & FADAISES sur TSF JAZZ Ecoutez l'émission
http://www.tsfjazz.com/programme-detail.php?idd=5125


Articles de presse
LE RÉPUBLICAIN LORRAIN 27/11/11




 Télécharger l'article