À CHAQUE DEGRÉ, L'INACCOMPLI
(extrait de Éclats d'une poétique de l'inaccompli)
LIVRE IV

Serge Venturini

…sous les marées et au haut des déserts de neige,
suivre ses vues, ses souffles, son corps, son jour.
Rimbaud

Par degrés, d'un degré l'autre, ça avance. Ni ennemis, ni amis, ni contre, ni pour, ni neutre pour autant, ― ailleurs. Vers l'irisation des couleurs, ni noir, ni blanc. Mais la palette des gris, la clarté des argents. J'entre dans la nuance et, dans une légère pénombre, j'avance. À l'heure où tout s'accélère, la vie est détail. Et non dans les plans d'ensemble. Vers la fusion.
Parfois la clarté est dissimulée, une infinité de teintes toutes de finesse, intimes, secrètes, ciel d'Île-de-France au matin de pluie, jour à l'éclat argenté de délicatesse. Variations irisées sur la peau des nuages, des corps scintillants, des miroirs infinis de l'espace. Comme une parole retenue dans la force du dire… ― Ô Lèvres incandescentes de silence, ― diamants.
Moi, l'iridescent, moi le nacré, l'opalin, je vis dans les reflets moirés, ma vie cette étincelle, morceau de fil qui joue avec la lumière, la trace d'un papillon sur le ciel, sa blancheur éclatante dans la rumeur d'été. Plus de trait, mais une variation diaprée, une transmutation lente du regard, ― de grain en grain.
― Et, l'inaccompli surgit dans ses habits d'aube.
Paris, le 6 juin 2009


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