De la haine médiatique de la poésie contemporaine
Lettre ouverte à monsieur Philippe Sollers

Serge Venturini

Ces lèvres qui remuent sont hors de votre atteinte.
Ossip Mandelstam

Voilà ce qu'on pouvait lire dans la page "littéraire" * en peau de chagrin du journal Le Monde du 09-01-04 :
" Il faut se battre dit Philippe Sollers contre ce qu'il nomme la servitude volontaire, ou même le masochisme des poètes qui acceptent, et surtout militent en faveur de leur marginalisation". Ainsi parlait l'Institution Sollers.
Mais les aigles jamais n'ont perdu plus de temps, qu'en écoutant les leçons du corbeau. A bon entendeur, Maître de la marchandise, avec esclaves and coo, et ils sont nombreux...
Lui, grand amateur de Rimbaud, d'Hölderlin et du Dante n'a pour son grand malheur jamais pu écrire un seul poème. Du ressentiment, et même de la haine de la Poésie existe chez cet homme, - mais inavouée. Samuel Beckett dans sa jeunesse écrivit de beaux poèmes. André Breton avait une poésie... précieuse, mais il aimait la Poésie.
Mais qu'a-t-il donc fait, lui, le pauvre Sollers, maintenant papiste, pour la poésie et pour les poètes de son temps ? - De cela pas un mot ! Tout pour le roman... Bien peu de choses en vérité, car Monsieur Sollers déteste poètes et poésie d'aujourd'hui, à quelques rares personnes près, qui ne sont par ailleurs guère des êtres d'exception.
Ennemis de la grande poésie, de plus en plus nombreux en ces temps d'enténébreurs, vous, dont la parole n'atteindra jamais une certaine hauteur, Ennemis de la poésie contemporaine, ayez quelque peu le courage de vos idées secrètes ! Ne maudissez point ce que vous êtes impuissants à créer. Je n'ai que mépris pour vos sophismes à courte vue.

Et, cessez donc à la fin de parler de votre très mauvaise réputation , bourgeois que vous êtes, vous n'êtes point le frère d'Antonin Artaud, ou d'Isidore Ducasse malgré tout ce que vous pouvez écrire, et encore moins le frère de Pierre François Lacenaire ou de Maistre François Villon. Avec ou sans commission, votre réputation n'est plus à faire.

* " ...ce journal dont la page littéraire est quelque chose d'effrayant et si fourbe, quand elle n'est pas désespérante et odieuse dans la médiocrité. "
Ces lignes datent du 15 juillet 1985. Elles sont de René Char à... André Velter. Cela s'est encore fort avili depuis...


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