FAUT-IL RESSUSCITER SAYAT-NOVA EN EUROPE ?

Serge Venturini

Paris, mi-février 2005.
Cher Philippe Sollers,
Avez-vous vu Sayat-Nova ? Je parle du film, du chef-d’œuvre de Sergueï Paradjanov ?
Quant au poète de la Transcaucasie du XVIIIe siècle, vous ne risquez pas de l’avoir lu, il n’existe aucune belle infidèle digne de ce nom, aucune traduction de cet auteur qui s’exprimait en trois langues, d’où la grande difficulté pour le traduire. Seulement quelques broderies ou cartes postales…, point de version intégrale en Europe.
C’est quelque part au nom des Chrétiens d’Orient ( et rien de moins ! ), entre l’Ararat et l’Elbrouz, au nom de ceux qui vivent dans cette région où Ulysse chercha la Toison d’or, que je vous écris. Ils aimeraient partager leurs trésors universels avec les Français.
Cet homme, ce Sayat, fut assassiné, refusant d’abjurer sa foi, faut-il le tuer une fois de plus ?
Voilà plus de cinq ans, j’ai entrepris de traduire avec Elisabeth Mouradian, ce poète peu connu des Européens, mais très vivant dans le Caucase. Nous pensions que les Editions Gallimard seraient intéressées par cette première traduction depuis le XVIIIe siècle. Et voici que confondant l’accessoire et l’essentiel, au nom de la soi-disant rentabilité de la nrf, la collection Connaissance de l’Orient, après avoir traduit de la poésie arménienne, ferme les portes à toute publication de poésie pour deux ans. Sayat-Nova a bien attendu deux siècles, pourquoi pas trois ou quatre ?
Brûlons-donc Sayat-Nova !
Une fois de plus il mourra !
Ceux qui occupent aujourd’hui les devants de la scène poétique en France, ne sont pas dignes des postes qu’ils occupent, et ce qui se publie ne mérite guère qu’on s’y intéresse.
Au-delà de la communauté arménienne, il y a je pense un public pour ce troubadour aimé jusqu’à nos jours de trois peuples, ( deux siècles après sa naissance ! ), lui qui se voulait un pont entre Géorgiens, Arméniens et Turcs du Caucase.
Or, c’est la guerre ! Et les affaires continuent…
Vu, ? pas vu, ? riez ou pleurez !
Faites ce que vous voulez !
Je vous joins ici quelques extraits de cette poésie vivante.
(…)
Avec férocité.

Serge Venturini


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