Combat

Serge Venturini

Où ils font un désert, ils disent qu'ils apportent la paix.
TACITE

O grande est la paix des déserts ! Ainsi parlent les poètes. J’habite Paris, un immense désert, un désert de la pensée, où chacun est un désert plus ou moins peuplé d’ombres et de spectres. Ce vent de nuit qui siffle ne remue qu’un peu d’air et de poussière. Les démons sont bien là, barbus et bombeurs, égorgeurs, les esprits sont en lutte, ― que dis-je en guerre. Le barbare, c'est toujours l'autre !
Les déserts s’accroissent et la pleine lune s’avance derrière les nuages, elle glisse sur un aride paysage de solitude. Cette rumeur qui semble tomber de quelques étoiles, que dit-elle ? Rien ! Le vide ! ― Rien que le vide ! Celui de la plus grande lucidité, de la plus noire peste, ― déréliction !
J’entends l’écho fusillé, silence que rien ne vient troubler, sauf le déplacement du serpent sur le sable. Pourtant dans ce pays de la soif, je peux non sans mystère parler sans être écouté, compris, peut-être le serai-je plus en plein désert ? ― Non ! Je ne serai qu’un étranger de plus parmi les étrangers. Rien de plus !
À l’heure de la mondialisation, Paris n’est qu’un bled, un trou, la France, une zone de l’Europe marchande. Chaque citoyen que l’on croise ne rêve que d’oasis, d’une vaste Thébaïde, tout en sachant que dans ce chaos tout n’est que mirage, havre d’illusions. Ceux qui gardent l’espérance en ce monde du mensonge chaque jour organisé ne croient qu’aux chimères, ― les malheureux !
La vérité n’étant qu’une apparence, tout est trompe-l’œil, ― simulacre et l’Europe des libéraux une Putain avec ses maquereaux. Les gouvernants ne veulent pas de la vérité, ils ne désirent que du spectacle. ― Où est donc passée l’Europe des nations, l’Europe des peuples ?
Nous vivons dans un mensonge permanent entretenu comme un feu par une classe politique à bout de souffle, de plus en plus éloignée de la vie des citoyens, les élites sont dévoyées, sans aucune dignité, avec des médias-valets, ― les uns comme les autres, au service du Kapital.
Mais, d’autres sont habités de visions, hantés de mots, porteurs du souffle. Ces exilés de la vraie vie ne travaillent qu’à l’oreille et ces quelques voyants ne désarment pas. Bien au contraire, ces précaires croient à l’impossible, à la fracassante Parole et à la sortie du désert. ― Vite, une palmeraie ! ― Un peu de ce pays de cocagne… Apollon !
Une brise agite les palmes près d’un brasier, des dattes d’or collantes et brillantes sont à portée de doigts, des feuilles de menthe recouvertes de rosée parfument la nuit. Je vois les larges yeux du tigre, les yeux tendres du tigre brûlant, du tigre flamboyant que je chevauche dans le temps.
Et quoi, à l’horizon, cette lumière violette … Le jour, déjà.


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