Anthropologie des politiques alimentaires et sanitaires en Afrique musulmane de l'ouest

Depuis le drame éthiopien de 1985, de spectaculaires opérations humanitaires d'urgence ont rendu célèbres plusieurs Organisations Non-Gouvernementales françaises. Ceux que les médias appellent aujourd'hui les french doctors se trouvent constamment confrontés à des résistances d'ordre politique, et surtout culturel, sur le terrain de leurs interventions. Il se trouve que les populations sinistrées comprennent mal le message des médecins d'urgence ; de nombreux malades échappent au "geste qui sauve". Nous tenterons précisément de comprendre comment sont perçus et reçus les premiers soins par les personnes souffrant de carences protéino-énergétiques.

Dans la perspective d'un suivi des interventions d'urgence, il semble possible d'étudier la typologie des nourritures telle qu'elle apparaît dans les traditions locales et musulmanes. Dans certains cas, le principe de la distinction de l'alimentation dite saine, halal, avec les substances considérées comme impures, haram, dépasse les simples considérations symboliques et religieuses. Le caractère opérationnel d'un principe de ce type reste à étudier en vue d'optimiser la prévention locale des risques de contamination. En effet, les chefs de la plupart des villages du pourtour saharien interdisent la consommation de la viande de charognes trouvées en brousse. Mais un inquiétant phénomène de destruction du tissu social des communes rurales, dû en partie à la modernisation du mode de vie, amenuise le pouvoir de ces médiateurs potentiels des médecins épidémologues avec la population locale.
Certaines règles primaires d'hygiène et d'alimentation ne sont pas respectées alors qu'elles existent dans la tradition locale. Il paraît désormais possible et utile de procéder à une anthropologie des politiques alimentaires et sanitaires des pays musulmans d'Afrique et du Maghreb.
Nous avons choisi de manière provisoire l'appellation Afrique du Nord-ouest en référence à l'histoire de la région, en l'occurrence la route transsaharienne des conquérants almoravides du XIIème siècle. Nous étudierons donc la partie ouest du Sahel et du Sahara. Cette région comprend le Mali, longe la frontière algérienne et s'étend jusqu'au sud du Maroc.
Le Mali et le Maroc constituent deux Etats dont les administrations centralisées se sont développées au XVIème siècle. Certains historiens disent du "vieux Mali" qu'il a subi la tutelle politique du Maroc jusqu'au début du XVIIIème siècle. On sait du moins que le Mali représente à l'époque un réseau de cités-Etats qui relie le Niger au Sénégal actuels.
De la Mauritanie, on peut dire ce n'est qu'au XXème siècle qu'elle devient un Etat souverain et indépendant. De l'époque almoravide à la colonisation, cette nation ne possède visiblement pas d'appareil d'Etat ni de régence importante ; rien de comparable au Makhzen du Maroc, au Pachalik de Tombouctou ou au Bey d'Alger...
C'est à la fin des années 70 que la Mauritanie concède au Maroc une partie du Sahara occidental. A cette époque une grande sécheresse paraît s'installer durablement dans la sous-région. Il semble que "quelques difficultés" dans l'organisation administrative des pays concernés aient provoqué des poches temporaires de famines. La plupart des acteurs locaux disent des populations nomades touchées par les crises alimentaires et fuyant par conséquent les zones sinistrées qu'elles ont contribué à provoquer plusieurs conflits transfrontaliers. Ceux-ci paraissent à ce jour en voie de résolution...
Depuis quelques années, une aide internationale a permis la prise en charge des personnes souffrant de malnutrition et vivant dans de mauvaises conditions sanitaires. Le rapatriement d'une partie d'entre-elles vers le Mali et le Niger s'est achevé récemment. Il fait suite à la résolution de la crise politique qui a opposé une jeunesse touarègue organisée en mouvements armés aux autorités centrales de ce deux pays...
Des Organisations Inter-Gouvernementales et Non-Gouvernementales accréditées par les Nations Unies ont procédé à d'importantes opérations de suivi des conditions de vie des populations touarègues. D'après des observateurs présents sur place, certains intervenants ont à plusieurs reprises rencontré de sérieux problèmes de communication avec les familles prises en charge. Les experts savent qu'il arrive fréquemment que des personnes sinistrées comprennent mal les messages d'information transmis par un personnel soignant étranger. En outre, des négligences inévitables dans la prise en charge des malades font que les enfants et les plus faibles échappent parfois au "geste qui sauve".
Comment dans la sous-région sont donc perçus et reçus les prem

Pierre-Alain Claisse, CIVISUR, rubrique Concertation

Bibliographie :
1998 KERDOUN (Azzouz) "Régionalisme et intégration en Afrique. Vers un nouveau groupement des pays sahélo-sahariens", in : Revue Juridique et Politique, Indépendance et Coopération, 1, pp. 48-64.
1996 BARGES (Anne) "Entre conformismes et changements : le monde de la lèpre au Mali", in : Soigner au pluriel. Essais sur le pluralisme médical / dir. J. Benoist, Paris, Karthala, 1996, pp. 281 et s.
1996 LE ROY (E.), KARSENTY (A.), BERTRAND (A.) : La sécurisation foncière en Afrique. Pour une gestion viable des ressources renouvelables, Paris, Karthala, 388 p.
1994 ALPHA GADO (B.), CHALARE (A.), ISSA (A.) : Développement à la base et participation populaire au Sahel. Discours et pratiques / dir. A. Gado, Niger, Etudes et Recherches Sahéliennes (R.E.S.A.D.E.P), 88 p.
1993 ALPHA GADO (Boureima) : Une histoire des famines au Sahel. Etude des grandes crises alimentaires (XIXe-XXe siècles), Paris, L'Harmattan, 201 p.

Communication transmise à La Conferenza Internazionale di Antropologia e Storia della salute e delle malattie ; 1ere Conférence internationale "Anthropologie, Nutrition et Santé"
Genova, Italy, Porto Antico, 4 avril 1998, 19h40. Par Pierre-Alain Claisse, au titre d'anthropologue du Droit, chercheur associé à l'Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (1, rue d'Annnaba, Rabat, Maroc)


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