UN REMÈDE DU PASSÉ REVISITÉ : "LA BOUSE DE VACHE"
Quand l'industrie pharmaceutique n'existait pas...

Bernard BELIN et Dr Monique RAIKOVIC

Nous regardions pendant des heures, les vaches ;
nous regardions choir, éclater les bouses ;
on pariait à celle qui fienterait la première.
André GIDE
Les Nourritures terrestres (1897)

I. HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIE (*)
L'utilisation de la bouse en médecine a constitué une médication quasi-universelle dont on aurait tort de croire qu'elle se perd dans la nuit des temps. En effet, en 1978, les autorités indiennes ont jugé utile d'informer qu'il convenait de "ne pas appliquer de bouse de vaches sur les inflammations provoquées par la vaccination antivariolique". Géographiquement plus près de nous, en 1975, René Gandilhon, in La bouse de vache, Etude d'ethnologie, cite le Dr Louis Chabert, d'Albi, témoignant de l'utilisation, en 1925, de la bouse de vache en tant que topique lors d'une blessure au pied occasionné par le mauvais maniement d'une fourche, ceci dans une ferme de Réalmont (Tarn). La guérison suivit sans infection. Il n'y a aucune raison que cet "acte médical" dont témoigne le Dr Chabert ait été le dernier du genre et, en conséquence, on est en droit de penser que de telles pratiques se sont prolongées plus près de nous dans le temps.
Pour ce qui est des utilisations premières de ces pratiques, - si l'on se reporte à la littérature -, Pline L'Ancien y fait référence au long du chapitre "Des remèdes particuliers tirés des animaux et classés par maladies" du Livre XXVIII de son Histoire naturelle dans lequel l'auteur se donne pour rôle de "vulgariser les connaissances qu'il a recueillies au cours de sa longue enquête". Rappelons que nous sommes dans la seconde moitié du Ier siècle après J.-C.
Pour avoir une monographie sur la bouse et ses différentes utilisations en France, il faudra attendre 1974 et La bouse dans le folklore de Joseph Vaylet et surtout, en 1975, René Gandilhon (ibidem) dont la volonté est d'établir un "constat de croyances et d'usages qui existèrent en France et en divers pays et qui subsistent encore". Pour ce faire Gandilhon procède à d'importants dépouillements bibliographiques : Œuvres complètes d'Ambroise Paré (1579), Nouvelle chirurgie médicale et raisonnée de Michel Ettmüller (1691), Pharmacopée universelle de Nicolas Lémery (1697), La médecine et la chirurgie des pauvres de Dom Nicolas Alexandre (1714), Dictionnaire œconomique de Noël Chomel (1720), Histoire générale des drogues de Pierre Pomet (1735)… et de très nombreux souvenirs de voyages, revues d'archives et de sociétés savantes, études ethnologiques et folkloriques locales, etc.
II. DICTIONNAIRE DES PREPARATIONS MEDICAMENTEUSES A BASE DE BOUSE ou "QUAND L'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE N'EXISTAIT PAS" (*)
En cette aube du XXIe siècle, l'industrie pharmaceutique, l'Etat et l'assurance maladie collaborent à la mise en place d'une politique industrielle pour le secteur pharmaceutique… Avec le développement des biotechnologies les grands laboratoires travaillent à l'industrialisation de ces "biotech" en vue notamment d'une thérapie génique annoncée… Aussi paraît-il curieux - voire provocateur - de "revisiter" un remède du passé aussi dépassé ! Entendons-nous bien, il ne s'agit pas de vouloir restaurer l'utilisation de la bouse. Mais il était intéressant de "communiquer" sur une médication ancienne "médiatisée" jusqu'alors avec des méthodes d'apothicaires !
Une COMPOSITION affichée, un énoncé clair des Données Cliniques [INDICATIONS - POSOLOGIE - MODE D'ADMINISTRATION - PRÉCAUTION D'EMPLOI] et un exposé des Propriétés Pharmacologiques [PHARMACODYNAMIE - PHARMACOCINÉTIQUE]… et ne voilà-t-il pas - à l'image du Dictionnaire Vidal utilisé usuellement par le corps médical - un "Dictionnaire des préparations médicamenteuses à base de bouse de vache" mettant la connaissance à la portée de tout un chacun :
1. BOUSE DE BŒUF FRAÎCHE [buz, buzo, buza, boza, boëza, fé, flat, héms de bako, péto, merd de vac (de bœuf)]
FORMES ET PRÉSENTATION
Bouse fraîche (vert kaki).
COMPOSITION
La bouse de bœuf fraîche s'entend toujours provenant d'un bœuf en bonne santé, jeune, puissant, nourri en divers prés, surtout pas en ville [N. LÉMERY - 1707].
La bouse de bœuf contient plus d'azote et de phosphates que la bouse de vache. (La vache emploie ces éléments à fournir du lait ou à produire un veau) [E. MENAULT - 1881].
Adjuvants : feuilles ou poudre de Savinier.
DC INDICATIONS
Gynécologie : "Hémorroïdes qui naissent chez les femmes au col de la matrice".
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
Application directe de bouse fraîche chaude mélangées avec des feuilles ou poudre de savinier [A. PARÉ - 1579 (avec quelques réserves) / P.A. MATTIOLI - 1680].
2. BOUSE DE BŒUF SÉCHÉE [bousette, coipiaux, quaipeaux, argol, bouzat (de bœuf)]
FORMES ET PRÉSENTATION
Bouse séchée in situ (sur prés) : bousette [de bœuf].
Bouse séchée in vitro : coipiaux, quaipeaux [de bœuf].
Gâteaux de bouses pétries et moulées séchés au soleil : argol, bouzat [de bœuf].
COMPOSITION
La bouse de bœuf séchée s'entend toujours provenant d'un bœuf en bonne santé, jeune, puissant, nourri en divers prés, surtout pas en ville [N. LÉMERY - 1707].
La bouse de bœuf contient plus d'azote et de phosphates que la bouse de vache. (La vache emploie ces éléments à fournir du lait ou à produire un veau) [E. MENAULT - 1881].
DC INDICATIONS
Dysenterie, coliques pituiteuses.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
Voie orale : l'absorption d'un bouillon contenant de la bouse de bœuf séchée délivre promptement de la colique ; l'absorption d'un bouillon contenant du jus de bouse de bœuf séchée fait que les personnes s'en trouvent mieux [N. ALEXANDRE - 1714].
PP PHARMACOCINÉTIQUE
Une étude clinique ayant consisté à faire absorber à plusieurs personnes, à leur insu, soit le bouillon avec bouse séchée, soit le bouillon avec jus de bouse séchée, a mis en évidence les effets positifs de la bouse de bœuf [N. ALEXANDRE - 1714].
3. BOUSE DE GÉNISSE FRAÎCHE [buz, buzo, buza, boza, boëza, fé, flat, héms de bako, péto, merd de vac(hette)]
FORMES ET PRESENTATION
Bouse fraîche (vert clair).
COMPOSITION
La bouse de génisse fraîche s'entend toujours provenant d'une génisse en bonne santé, puissante, nourrie en divers prés, surtout pas en ville [N. LÉMERY - 1707].
Adjuvants : Cloportes.
DC INDICATIONS
Coups de soleil.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
Application directe de bouillie de cloportes cuite dans de la bouse fraîche de génisse [C. BINET].
4. BOUSE DE VACHE FRAÎCHE [buz, buzo, buza, boza, boëza, fé, flat, héms de bako, péto, merd de vac]
FORMES ET PRESENTATION
Bouse fraîche (vert kaki).
COMPOSITION
La bouse de vache fraîche s'entend toujours provenant d'un animal (vache, taureau, bœuf) en bonne santé, jeune, puissant, nourri en divers prés, surtout pas en ville [N. LÉMERY - 1707] ou, comme on le conseille en Inde, d'une vache qui se déplace beaucoup, maigre, mais plus résistante que la vache d'étable.
Adjuvants : eau de mauve, bon vin, vinaigre, fleurs de rose, fleurs de camomille, fleurs de mélilot, feuilles de vigne, feuilles de choux, grains d'orge, lait, crème, beurre, graisse de porc, lièvre.
DC INDICATIONS
Bouse fraîche :
* Asthme bronchique.
* Diabète.
* Maux d'oreille, brûlures, érysipèle du nourrisson, coupures, plaies saignantes, maux de gorge, douleurs de sciatique, douleurs de piqûres d'abeilles, mouches à miel, frelons, araignées et autres.
* Gynécologie : Hémorragies survenues lors d'un accouchement.
* Engelures, maladies de la peau, lèpre.
* Maux de dents.
* Abcès et furoncles.
* Douleurs de goutte.
* Entorse, enflure des pieds, méningite.
Bouse fraîche chauffée :
* Hydropisies.
* Inflammations causées par des plaies.
* Ecrouelles et glandes scrofuleuses, abcès, furoncles et panaris.
Bouse fraîche cuite ou calcinée :
* Tumeurs.
* Douleur de sciatique.
* Enflures du visage.
* Inflammation et phlegmons des testicules.
* Enflures des pieds.
* Rhumatismes.
* Engorgements lymphatiques accompagnés de phlegmons.
Bouse plus très fraîche :
* Rhumatismes et goutte.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
Bouse fraîche :
* Asthme bronchique :
Voie orale : Bouse fraîche utilisée en une "certaine dilution" [Inde].
* Diabète :
Voie orale : mélange de grains d'orge donnés à manger aux vaches et ressortis non digérés, avec un peu de bouse accompagnant ces grains [W. MALLISON - Inde].
* Maux d'oreille [VAN GENNEP - Dauphiné - XIXe siècle], brûlures [Kikuyu - K. BLIXEN / Morvan], érysipèle du nourrisson [Dr G. BARRAUD - 1928], coupures, plaies saignantes [Ch. LANDRÉ - 1573 / A. PARÉ - 1841], maux de gorge [Haute-Bretagne], douleurs de sciatique [P.A. MATTIOLI, B. GUNDA], douleurs de piqûres d'abeilles, mouches à miel, taons, frelons, araignées et autres :
Application directe de bouse fraîche sans adjuvant.
* Gynécologie : Hémorragies survenues lors d'un accouchement [Rouergue - XIXe siècle] :
Application directe de bouse fraîche sans adjuvant.
* Engelures, maladies de la peau, lèpre :
Enfoncer le membre souffrant directement dans la bouse fraîche [XIXe siècle - Grèce, Inde, Sibérie].
* Maux de dents :
Cataplasme de bouse fraîche retenu par un grand mouchoir de campagne entourant le visage et noué sur le crâne [VAN GENNEP - XIXe siècle - Dauphiné].
* Abcès et furoncles :
Cataplasme avec un mélange de bouse fraîche et de crème entre deux feuilles de choux.
* Douleurs de goutte :
Cataplasme de bouse fraîche mélangée avec du beurre [A. AYMAR - 1911].
* Entorse, enflure des pieds, méningite :
Cataplasme obtenu par mixtion de bouse fraîche avec de l'eau de mauve [Pr LOUKATOS - Grèce] ou avec du vin [N. ALEXANDRE - France].
Bouse fraîche chauffée :
* Hydropisies :
Cataplasme de bouse fraîche chauffée appliquée sur l'enflure [A. PARÉ - 1841 / Auvergne].
* Inflammations causées par des plaies :
Cataplasme de bouse fraîche, enveloppée dans des feuilles de vigne ou de choux, chauffée dans la cendre [Ch. LANDRÉ - 1573 / A. PARÉ - 1841].
* Écrouelles [CHOMEL et A. PARÉ] et glandes scrofuleuses, abcès [M. NIKITINE - 1930], furoncles et panaris [XIXe siècle - Bourbonnais] :
Suppuration provoquée par cataplasme de bouse fraîche chauffée, mêlée avec du vinaigre.
Bouse fraîche cuite ou calcinée :
* Tumeurs :
Cataplasme de bouse fraîche cuite dans une poêle avec des fleurs de camomille.
* Douleur de sciatique :
Cataplasme de bouse fraîche cuite avec des feuilles de vigne ou de choux.
* Enflures du visage :
Cataplasme de bouse fraîche fricassée avec un peu de lait sur la partie enflée, trois ou quatre fois par jour [Abbé SOL - Quercy].
* Inflammation et phlegmons des testicules [N. ALEXANDRE (1714) et A. PARÉ] :
Application sur les testicules de la bouse fraîche fricassée dans une poêle avec des fleurs de roses, de camomille et de mélilot.
* Enflures des pieds :
Cataplasme obtenu "en mettant de la fiente de vache ou de bœuf fraîche dans un pot avec du bon vin, en faisant bouillir jusqu'à ce qu'il s'épaississe et en appliquant sur le mal, le plus chaud qu'on le pourra souffrir, continuant trois ou quatre fois" (La médecine et la chirurgie des pauvres).
* Rhumatismes :
Voie orale : pincées de poudre d'un mélange "lièvre et bouse fraîche" cuit au four dans une terrine en terre cuite avec couvercle jusqu'à carbonisation, puis pilés finement [XVIIe siècle].
* Engorgements lymphatiques accompagnés de phlegmons :
Cataplasme de bouse fraîche cuite dans un poêlon avec de la graisse de porc [Dr MAIGROT - 1782].
Bouse plus très fraîche :
* Rhumatismes et goutte :
Enfouir rhumatisant ou goutteux jusqu'au cou dans le tas de bouse de la cour de la ferme [B. GUNDA - Hongrie].
DC CONTRE-INDICATIONS
Ne pas appliquer sur les inflammations provoquées par la vaccination antivariolique [Inde - R. GANDILHON - 1978].
DC MISE EN GARDE ET PRÉCAUTION D'EMPLOI
En cas de persistance des troubles, la situation doit être évaluée par un médecin.
DC EFFETS INDÉSIRABLES
A été rapporté un cas où un cataplasme de bouse, placé sur un bouton, aurait entraîné la mort du malade du tétanos.
PP PHARMACODYNAMIE (!)
Au XIXe siècle, en Afrique Orientale, un médecin indigène (sic) soigne un Cafre blessé d'un coup de fusil par une balle pénétrant dans le huitième espace intercostal du côté droit sortant du côté gauche sous la dernière fausse côte. Le praticien, utilisant une corne de vache dont la pointe avait été coupée, inséra le petit bout dans un des orifices de la plaie et expulsa en soufflant les malpropretés qui pouvaient s'y trouver. Il ramassa des bouses de vache et en fit deux cataplasmes qu'il apposa sur les deux plaies. L'état général était bon au bout du six jours et la guérison assurée quelques jours plus tard [Revues scientifiques, Chirurgie des sauvages (sic), 1901, n°2].
En 1925, à Réalmont (Tarn), la fillette d'un cultivateur s'était enfoncée dans le pied les dents d'une fourche. Le père enduisit largement ledit pied avec de la bouse fraîche et enveloppa le tout avec un linge. La guérison suivit et il n'y eut pas d'infection [Dr L. CHABBERT d'Albi à R. GANDILHON].
5. BOUSE DE VACHE SÉCHÉE [bousette, coipiaux, quaipeaux, argol, bouzat]
FORMES ET PRÉSENTATION
Bouse séchée in situ (sur prés) : bousette.
Bouse séchée in vitro : coipiaux, quaipeaux.
Bouses pétries et moulées en gâteaux séchés au soleil : argol, bouzat.
COMPOSITION
La bouse de vache séchée s'entend toujours provenant d'un animal (vache, taureau, bœuf) en bonne santé, jeune, puissant, nourri en divers prés, surtout pas en ville [N. LÉMERY - 1707].
Adjuvants : Oignons de lys, Miel.
DC INDICATIONS
* Rhume de cerveau.
* Varices, inflammations et menaces de suppuration.
* Fortifiant.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
* Rhume de cerveau :
La fumigation des voies respiratoires à partir de la combustion de bouses est excellente pour guérir les rhumes de cerveau [P.J. HÉLIAS - Bretagne - 1976].
* Varices, inflammations et menaces de suppuration :
Application locale de la pommade obtenue en cuisant, avec des cendres de bouses, des oignons de lys récoltés soit à l'automne, parce qu'à ce moment la plante a fait provision de tout ce qu'elle pouvait puiser dans la terre, soit au printemps juste avant que les réserves soient utilisées pour fabriquer feuilles et fleurs, mélange additionné d'un peu de miel de montagne [PLINE].
* Fortifiant :
Bains donnés aux enfants malingres ou se développant mal, dans de l'eau où l'on a fait bouillir préalablement des cendres de bouse placées dans un sac en tissu [I. WELLMANN - Hongrie].
DC CONTRE INDICATIONS
En Vendée, la fumigation des voies respiratoires à partir de la combustion de bouse "altère la santé des hommes" [J. CAVOLEAU - 1844].
DC MISE EN GARDE ET PRÉCAUTION D'EMPLOI
"Une femme devient grosse si, couchant avec son époux, elle a sur elle de la bouse de vache et de la corne de cerf réduites en poudre" (Les Secrets du Grand Albert).
6. EAU DE MILLE FLEURS BVF [distillat de bouse de vache fraîche]
FORMES ET PRÉSENTATION
Solution buvable.
COMPOSITION
Distillat, au mois de mai, de bouse fraîche ramassée à cette époque de l'année où la vache, nourrie au pré, broute un grand nombre d'espèces de fleurs et où "les bouses ont alors une odeur agréable contenant, d'après les chimistes, du benjoin" [M. ETTNULLER - 1691].
DC INDICATIONS
* Coliques néphrétiques, rétention d'urine et fièvre, hydropisie, rhumatismes, goutte de sciatique.
* Plaies.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
* Coliques néphrétiques, rétention d'urine et fièvre [J. SCHRÖDER - 1649], hydropisie, rhumatismes, goutte de sciatique [N. LÉMERY - 1843] :
Voie orale (Posologie essentiellement individuelle).
* Plaies :
Application.
7. EAU DE MILLE FLEURS UV [urine de vache]
FORMES ET PRÉSENTATION
Solution buvable.
COMPOSITION
Urine recueillie au mois de mai, époque de l'année où la vache nourrie au pré, broute un grand nombre d'espèces de fleurs, et où "l'urine est un véritable extrait des parties salines les meilleures et les plus salutaires des plantes que les animaux ont mangées" [N. LÉMERY - 1707].
DC INDICATIONS
* Maux d'oreille, affections des yeux.
* Asthme.
* Jaunisse, rhumatismes, goutte, sciatique, hydropisie.
* Goître.
* Ver solitaire.
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
* Maux d'oreille [S. DALE - 1751], affections des yeux [J. de LA CHESNAYE - Bas-Poitou - 1908] :
Application d'une solution aqueuse d'urine de vache (posologie essentiellement individuelle).
* Asthme, jaunisse, rhumatismes, goutte, sciatique, hydropisie [N. LÉMERY - 1697], goître [G. LÉVI-PINARD - XVIIIe siècle], ver solitaire [A. BARDET - 1934] :
Voie orale : absorption, le matin, d'un verre d'urine de vache pure.
8. EAU DE TOUTES FLEURS DE BATEUS [distillat de bouse de vache fraîche]
FORMES ET PRÉSENTATION
Solution buvable.
COMPOSITION
Distillat, au mois de mai, d'un mélange de 1/3 de limaçons avec leur coquille et de vin blanc et de 2/3 de bouse fraîche ramassée à cette époque de l'année où la vache, nourrie au pré, broute un grand nombre d'espèces de fleurs et où "les bouses ont alors une odeur agréable contenant, d'après les chimistes, du benjoin" [M. ETTNMÜLLER - 1691].
DC INDICATIONS
Hydropisie, rhumatismes, goutte de sciatique, rougeurs, démangeaisons, taches de visage [N. LÉMERY - 1843].
DC POSOLOGIE ET MODE D'ADMINISTRATION
Voie orale (Posologie essentiellement individuelle).
A la lecture des divers modes d'administration de ces préparations médicamenteuses à base de bouse ou d'urine de bovins, on serait tenté d'en déduire que nos anciens avaient une robuste constitution ! Ce qui devait d'ailleurs être vrai, la sélection naturelle aidant.
Il convient néanmoins de rappeler - avec le Dr Georges Barraud, médecin qui exerça de longues années en Vendée - que l'empirisme peut avoir du bon quand il s'en tient à l'observation rigoureuse des faits… et que nos aïeux n'observaient pas si mal (Gazette médicale de France, 1928).
D'ailleurs dès 1697, Nicolas Lémery, apothicaire, - écologiste avant l'heure -, ne prévenait-il pas que la bouse utilisée en tant que remède s'entend toujours "provenant d'un animal en bonne santé, jeune, puissant, nourri en divers prés… et surtout pas en ville".
Est-il besoin de confirmer qu'il ne s'agit pas de vouloir restaurer l'utilisation de la bouse… que nous nous félicitons de l'existence de la recherche et de l'industrie pharmaceutiques… et que nous souhaitons que les progrès de celles-ci puissent être rendus accessibles à toutes les populations de la planète.
III. LA BOUSE, UNE APPROCHE ALCHIMIQUE ou "CONSIDERATIONS SUR LA VACHE MOINS ALAMBIQUEES QU'IL N'Y PARAÎT !"(**)
Manger. Manger et ne pas être mangé. Emplir le tube digestif, ce tunnel reliant l'intérieur du corps au milieu extérieur, de tout ce que la bouche accepte et broie. A l'autre extrémité du tunnel digestif, l'anus où aboutit tout ce que le corps élimine et restitue au milieu extérieur.
Manger. Manger pour vivre et assurer la déclinaison des autres fonctions du corps. Cette impérieuse nécessité, commune à tous les êtres vivants, d'avoir à absorber, métaboliser, assimiler des corps étrangers pour entretenir son propre corps, a poussé l'Homo sapiensà expérimenter, à se socialiser et à dominer le monde. Notre appétit de savoir, notre culture, tous nos acquis s'originent, comme nos instincts, dans cette faim animale. La quête de nourriture fonde l'histoire de l'humanité.
Sélectionner les substances les mieux tolérées par l'organisme a été, sans nul doute, une des premières notions déterminant les décisions de nos plus lointains aïeux, la nourriture s'étant avérée simultanément leur unique remède mais également le véhicule possible de dangereux poisons. Mus par le besoin et par la peur, ils ont appris rapidement. Ainsi savaient-ils que le lait que fabriquait la femme pour nourrir son petit était indispensable à la survie de celui-ci et que cette secrétions se tarissait dès qu'il devenait capable de s'alimenter par lui-même.
Ayant domestiqué les bovins - et introduit du même coup Mycobacterium tuberculosis dans l'espèce humaine… mais cela est une autre histoire -, nos aïeux ne pouvaient qu'établir un judicieux rapprochement entre le lait de la femme et celui de la vache, non sans s'étonner peut-être que la vache puisse leur donner du lait tous les jours, un lait d'autant plus onctueux que l'herbe dont elle se nourrissait était plus épaisse et abondante. Tous n'ont pas vu en la vache la mère de tous les hommes, tous n'en ont pas fait une divinité, mais tous semblent s'être attachés à ce généreux animal qui devait leur inspirer confiance et reconnaissance, qui a été longtemps leur seule richesse.
Ils ont bien dû penser que dans les bouses que la vache semait sur son passage, se trouvait tout ce qui, dans l'herbe broutée, ne lui avait servi ni à produire le lait, ni à se nourrir. Eux qui brûlaient l'herbe ont bien dû penser que, séchée, cette bouse composée d'herbes ferait un bon combustible. Ils ont bien dû se dire également que plutôt que de ramasser des mousses pour colmater les interstices dans les parois de leurs huttes, mieux valait employer la bouse, cette inépuisable matière première. Probable aussi que les troupeaux ne comptaient guère de têtes et qu'un animal aussi utile n'était pas destiné à la nourriture ordinaire des hommes, qui continuaient à chasser un gibier abondant.
De progrès en progrès, nos aïeux sont parvenus à accroître leur durée de vie, se trouvant du même coup d'avantage exposés à l'épreuve de la maladie. Tandis que des médecins talentueux identifiaient, au fil de siècles, nombre de syndromes, repérant même les causes de ces derniers quand des usages imprudents, des mœurs désordonnés ou des carences évidentes pouvaient en rendre compte, la thérapeutique, elle, ne se dégageait pas de l'emprise de l'imaginaire, des croyances, lesquelles continuaient à étouffer le bon sens, le plus sûr des conseillers encore. Certes, en posant que les maladies étaient des conséquences des fautes de l'homme et en interdisant la dissection des cadavres, les trois religions dominantes au Moyen Orient et en Occident ont dû grandement entraver le développement des connaissances en ce domaine. Mais l'Orient n'a pas fait mieux. Partout dans le monde, les médecins pratiquaient l'écoute et l'inspection, inspection des corps mais aussi des urines et des selles de leurs patients. L'infiniment petit n'étant guère accessible à l'inspection, l'alchimie ne se muait pas en chimie non plus. Ce qui n'empêchait pas la préparation des potions les plus saugrenues à base de métaux, de poudre de pierres précieuses et de plantes rapportées de pays lointains. Avec quelques succès quand même, tels ces pilules de mercure efficaces sur le tréponème pâle. A côté de ces médecines de riches, les médecines de pauvres, parmi lesquelles diverses préparations à base de bouse, circulaient largement, véhiculées tant par la médecine officielle que par les innombrables charlatans qui tiraient profit de la crédulité des riches et des pauvres, la vache, quant à elle, continuant les uns et les autres en lait et en bouses.
Au décours de ces siècles voués à l'inspection, il s'est certainement trouvé quelques observateurs de bon sens pour s'intéresser aux excréments d'un animal capable de produire un aliment aussi essentiel que le lait. Ils ont bien dû goûter la bouse, boire les urines de la vache. Et ils n'en sont pas morts.
Des sociétés capables de concevoir l'alambic ne pouvaient avoir une approche autre qu'alchimique du travail de transformation et de sélection digestive de ce mammifère familier. Expérimentateurs subtiles, ils ont sans nul doute fait varier les pâturages où paissaient leurs animaux. Ils ont dû relever aussi que, par delà la nature de l'herbe broutée, la vache en bonne santé présentait des urines et des bouses différentes de celles d'une vache malade. Dans leur constante recherche d'un soulagement de leurs maux, considérant que cette substance contenait des végétaux digérés donc assimilables, nos aïeux ont sans nul doute misé que la bouse de vache en bonne santé devait renfermer des éléments susceptibles de répondre à leur attente.
Comme ils l'ont bien observée cette bouse, nos aïeux ! Ils ont su très tôt qu'elle s'altérait rapidement une fois émise par une vache saine et devenait alors impropre à la consommation sous quelque forme que ce soit, que son ingestion exigeait qu'elle soit très fraîche - et produite par un animal en bonne santé, bien entendu - ou bien qu'elle soit brûlée, carbonisée puis réduite à l'état de poudre. Ils avaient remarqué qu'urines et bouses changeaient de consistance suivant les saisons, les heures de la journée, la période considérée de la vie de l'animal et que ces produits différaient également les uns des autres selon qu'ils étaient émis par une vache, un bœuf ou un taureau ! Ils annonçaient ainsi la chronobiologie, l'endocrinologie et l'épidémiologie !
Ces observations d'un autre temps paraissent ridiculement rudimentaires à notre culture technico-scientifique qui les rejette dans leur totalité, sans même prendre la peine d'analyser, non pas le résultat de la démarche d'observation et d'expérimentation mais la démarche elle-même, brute de tout carcan méthodologique. Dommage !
(*)Bernard BELIN et (**)Dr Monique RAIKOVIC
……………………….
UTILISATION ACTUELLE DE L'URINE DE VACHE EN INDE,
(Extrait de la Lettre d'un sâdhu (***) adressée à Bernard BELIN le 22 mai 2000).
Ayant vécu dans l'Inde rurale et très traditionnelle durant plus de 25 ans (entre 1973 et 1999), j'ai pu constater et expérimenter les effets, non de la bouse de vache, mais de l'urine. L'absorption de l'urine de vache - outre que ce soit un rite sacré - est une pratique encore très vivace et que l'on retrouve dans toutes les couches de la société, des plus riches aux plus pauvres.
Le fait que la vache soit un animal sacré a un très grand effet psychologique, ce qui ne veut pas dire que cela diminue ses effets curatifs. Pour nous Européens, le seul fait de penser à avaler de l'urine fait naître en nous un certain dégoût, certains préjugés mentaux qui bloquent - à mon avis - a priori le processus de guérison. C'est dons encore pire pour la bouse. Dommage, on ne sait pas ce que l'on perd.
D'après les expériences dont j'ai pu être témoin, l'urine de vache - de préférence de génisse - se boit en très petite dose (10 grammes) le matin à jeun et on ne mange ni ne boit rien pendant l'heure qui suit. La cure s'accompagne d'une alimentation végétarienne.
Je veux souligner que la préparation psychologique à ce genre de traitement me semble très très importante, mais que les résultats sont garantis […]. C'est sûr qu'il ne faut pas être extrémiste et que la médecine et la chirurgie aussi font des miracles. Et il m'était souvent difficile de convaincre les gens d'aller à l'hôpital.
Personnellement j'ai toujours utilisé l'urine de vache comme désinfectant… Où que je sois, pour la moindre petite égratignure ou coupure, je mets tout de suite de l'urine dessus. Ça brûle un peu, mais c'est une garantie contre les infections et, en Inde, il ne faut pas grand-chose pour se retrouver avec une plaie béante en quelques jours. L'urine de vache est aussi beaucoup utilisée pour asperger (en Inde on dit "purifier") à l'intérieur des maisons, à l'extérieur aussi, en toute occasion de doute […]
(***) Ascète hindouiste - connue de Bernard BELIN - qui a renoncé à toutes les attaches de la vie moderne pour se consacrer à la recherche spirituelle et, en conséquence, conserve l'anonymat.

Bernard BELIN, "Quand l'industrie pharmaceutique n'existait pas, Un remède du passé revisité", Pharmacien Hôpital N° 48, Supplément à Décision Santé N° 155, janvier 2000.
Bernard BELIN et Dr Monique RAIKOVIC, "Un remède du passé : La Bouse", Ethnozootechnie N° 65, Varia N°5, juin 2000.


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