Burkini, la tragi-comédie de l'été

Alain Piot

Un drame inouï (Nice) puis un déguisement ridicule! L'un efface l'autre... Ne faisons-nous pas le jeu de l'Islam politique ?

Après la tragédie impensable de la promenade des anglais à Nice, l'été a oublié en nous précipitant sur la tragi-comédie du Burkini !
On aurait pu oublier ce costume de plongée submarine en s'en gaussant. On pouvait ridiculiser non pas les femmes mais le déguisement. Pourquoi avoir mis en branle les plus hauts dignitaires de l'Etat français comme les petits chefs communaux ou les pandores de l'ordre, ce dernier devenant moral quand il est bikini et immoral quand il est burkini.
Les porteuses de burkini, qui sont-elles ? De pieuses jeunes filles musulmanes voilant leur corps aux yeux d'hommes lubriques ? C'est ce que semble suggérer Jean Daniel. Mais des photos montrent qu'elles ont plutôt tendance à tout faire pour attirer les regards sur elles et… sur le burkini ! Sont-elles ainsi accoutrées sur ordre de leur papa, de leur mari, de leur grand frère, de l'imam du coin, et ce afin d'avoir accès à la volupté des vagues et des roulis ? C'est ce que nous prêchent de bonnes âmes : "Soyez charitables, comprenez les !"
Je me souviens de la plage du Chenoua dans les années 60, juste après l'indépendance de l'Algérie. Quelques femmes, timidement, venaient se baigner entièrement habillées, dans la mer généralement menaçante alors que d'autres, heureuses de s'être débarrassées du voile, s'ébattaient en une ou deux pièces sur des plages plus huppées et plus citadines.
On devrait bien oublier le burkini et passer aux choses sérieuses, surtout en ces temps où nous apprenons chaque jour qu'un attentat a été déjoué et que les auteurs potentiels sont de plus en plus jeunes. Etre djihadiste, un jeu d'adolescent, peut-être même d'enfant. Oublier ? Je ne crois pas. Il y a quelque chose qui nous échapperait. Interdire, légiférer, c'est tomber dans le piège d'un Islam qui sait, lui, ce qu'il fait. Le burkini, il s'en moque éperdument. Mais il s'en sert pour avancer ses pions : un voile + un burkini + un peu plus de soumission de la part des femmes. Plus de pudeur religieuse, plus de réclusion à la maison, plus d'ordre islamique qui est supérieur aux lois de la République, aux libertés laïques, à l'égalité entre les femmes et les hommes, y compris sur la plage… L'Islam politique sait très bien instrumentaliser les choses les plus banales. La religion, ce n'est pas le problème. Ce qui compte c'est le pouvoir sur les consciences, le plus loin possible des mœurs occidentales.
Eh oui, ils ont parfois raison hélas : le bikini a été une invention explosive (comme celle qui a eu lieu sur l'île du même nom et qui a été l'un des plus grands mensonges des USA). Le bikini n'a sans doute pas libéré la femme mais a permis de ramasser beaucoup d'argent, des fesses de B.B. à celles de Jayne Mansfield, des réalisateurs d' Hollywood aux publicitaires du monde entier. Mais ce sont d'autres actions, prises de conscience, lois courageuses etc. qui ont fait émerger d'autres valeurs aujourd'hui menacées par tous les intégrismes invoquant la religion comme on brandit un couteau à trancher les têtes.
A nous donc de nous débarrasser du burkini, peut-être à la manière de Charlie ; pourquoi pas ?


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