Hérissons-nous !

Serge VENTURINI

C'est la guerre, mortels, l'oubli ! Ô vous, les lucides !
Aux plumes dressées ! Contre les cycles de la Haine,
seule importe ici, la hargne littéraire contre les excès du formalisme, le plus cérébral comme le plus sophistiqué,
le formalisme sous toutes ses formes et ses effets.
Comme nous sommes loin de cette émotion appelée poésie… selon Pierre Reverdy.
Dans cette poésie dont nous nous réclamons, le mauvais caractère de l'irascible et solitaire hérisson par ses épines fait symbole.
- Or, ne suis-je pas le hérisson foudroyant ?
Je me dresse contre les soi-disant institutions, les Sollers, les Velter et leurs nombreux acolytes gallimardiens
qui ont muselé l'expression des poètes vivants, - les hautes figures de la Résistance en poésie qui vécurent dans la dignité des marges,
- interdits de toute parole publique. Ils fleurirent au soleil des grandes ombres ! Celles des maudits de tous les temps !
Oui, il faut quelque hargnerie, un goût fort pour les grondantes querelles, la verte polémique,
l'humeur agressive du tigre pour survivre en ces jungles.
- Oh ! comme elles brillent les pointes du style, (comme ils scintillent les beaux oursins des mots, les aigus piquants).
Ne vous approchez pas, - il vous en cuira !...
- Ah ! moi, l'épineux et moi l'impur, le chardon. Du vent ! car, je n'ai guère le fumet des martyrs !
Tout hérissé de poésie je suis. Brûlante est ma piqûre.
Comme le rayonnant héros de la paix, armé je suis !
Jamais n'aurai toute la sagesse du serpent, mon ennemi,
- moi, le vindicatif ! Aux dards qui sont les miens, qui s'y frotte…
D'ailleurs, ne suis-je pas de l'île de la châtaigne ?


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