Que vive l'homme-foudre !

Serge VENTURINI

Les éclairs sont mes cris, les foudres sont ma voix…
Victor Hugo, « Fulgur »

L'homme-foudre n'est pas d'hier, il vient de loin avec son long pénis, comme le prouvent les aborigènes d'Australie ! Il sera d'après-demain. Frère de l'homme-volcan, il est poète avant tout. C'est un homme inspiré, son verbe en témoigne, un homme-chant, tout entier vibrant, de toute sa carcasse, avec ses lèvres émouvantes, à la parole au tranchant d'obsidienne, avec son œil d'outre-tombe et sa voix unique dans son siècle.
Il ramasse en son style une somme d'humanité, un sommet de la parole humaine qui dit que l'homme est sans cesse perfectible, au-delà du Bien et du Mal. S'il manifeste de la haine envers certaines grandes crapules de la gent littéraire, en particulier celles de son temps, c'est que nombre d'entre elles sont des écrivains surestimés et piétinent allègrement les livres des autres, tout en empêchant la parole de ceux qui mériteraient certes un peu d'égards et d'écoute, à l'heure où triomphe la Marchandise et la grande Cochonnerie.
L'homme-foudre n'écrirait pas dans la colère et n'aurait que faire d'eux, s'ils ne lui barraient pas son chemin de traverse aux temps des ténèbres, et surtout de l'indifférence à la poésie et à la littérature. « Pourquoi tant de hargne ? » grommèleront quelques esprits aveuglés ! Ceux-là sont des naïfs, ils ne voient pas. Tout est pourtant fait pour que leurs chants demeurent dans l'ombre à jamais, car, ils pourraient prendre la place tant lucrative de ces foutriquets qui fauteuillent, chez Gallimard comme ailleurs.
Comme si l'homme-foudre jalousait leur soi-disant influence de cyniques, leur réseau de convaincus, alors qu'il ne les regarde même pas, solitaire vivant en son babil d'innocence. Oui, ils auront tout fait pour l'enterrer vivant…
Que pourrait-il partager avec eux ? Il les croiserait dans la rue, il ne leur adresserait pas la parole, toujours pressé qu'il est de retrouver le rythme de ses pas, la foulée de son style, de porter toujours plus loin l'interrogation brûlante de sa poésie. Ces mirliflores spectaculaires sont responsables de l'éloignement de la poésie et des hommes.
L'histoire littéraire attestera un jour de leur responsabilité sur ce fait précis, à l'heure où la barbarie refleurit de toutes parts jusqu'à nos portes, puisqu'ils n'auront rien fait d'autre que profiter de leur place de roitelets des Lettres, au lieu d'appeler à l'insoumission et de pousser ce qui reste d'esprit au soulèvement. Certes, ils gouvernent, ils prétendent faire autorité en la matière, en ce monde de borgnes ils régissent pour leur propre compte, - et non pour celui d'autrui.
Il suffit ! Contre tout le verbiage formaliste, celui qui a tant nuit à la vraie poésie par son sens de l'abstraction langagière, celui qui écarte d'elle tous les amoureux du Verbe, écoutons donc la parole fulgurante de l'homme-foudre.

Marseille-Paris, fin décembre 2006


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