Chaudron noir !
Je suis flèche, je suis foudre, je flamboie

Serge VENTURINI

pour Hrant Dink, assassiné par un nationaliste turc

Sauf que certains visages apparaissent et signent l'envoûtement. Ils tournoient et virevoltent, seuls les voyants les voient ! J'entends leurs voix pernicieuses et leur clapotis d'écriture, comme en un souterrain où le salpêtre suinte. - Ne sont-ils pas des esprits supérieurs, les envoyés de Dieu lui-même ?
Que dire de leurs pas de matons, leurs voix d'étouffeurs avec leurs grandes mains mortifères. Ô Non ! Ils n'ont pas le pas du danseur, leurs godillots de massacreurs résonnent au fond de mon crâne, j'écoute leurs voix fielleuses, leur haine de toute musique, de toute beauté. Ils aiment surtout le chaos !
Ils n'ont ni visage, ni couleur, leurs discours extrémistes ont ce goutte à goutte de la torture, leurs papotages clabaudent dans la confusion de leurs rires caverneux. Ils sont le Mal ! Ils ne savent plus parler, ils criaillent, puis aboient en meutes. Ils n'ont pas idée que je puisse n'être atteint par leur cancan.
Et, - leur chuchotis, digne des frères cruels de l'Inquisition, derrière leurs obscures cagoules, a ce bruissement de vase s'écoulant, ils tuent sans état d'âme, comme on égorge un mouton. Ils vont chaque jour se multipliant par leur parole dissoute où la mort se lit à tous les mots, sur tous les fronts décomposés, là où règne la terreur. Ils ont trop vite oublié qu'ils seront bientôt poussière, fumée, - sel de pierre.


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