Contre la haine de la poésie : résistance !
Lettre aux castors

Serge VENTURINI

Souvenez-vous des castors. Vous êtes dispersés sur les bords du fleuve : assemblez-vous, entendez-vous, et vous aurez bientôt opposé une digue inébranlable à ses eaux rapides et profondes.
(Le livre du peuple, XV. Lamennais, 1782-1854)

Ce matin Paris était sous la neige, j'ai porté mon livre chez l'éditeur. J'aimerais dire l'indifférence à la poésie et au livre en ce monde de voyeurs où tout est truqué, où tout n'est plus qu'image. - L'image à en vomir !
Monde du bruit et du cri où le silence même est devenu une injure, où les anges qui passent n'ont plus droit de cité, où la force est du côté de celui qui fera le plus de bruit, où les directeurs de journaux vont manger dans la main d'un petit politicien à courte vue, monde où la corruption est à tous les niveaux si répandue au point que plus personne ne s'en étonne.
Je n'ai jamais ressenti une telle haine de la poésie.
Peut-être est-ce même naïf de décrire un tel état des choses, mais cela me paraît nécessaire au moins de le relever, de l'exprimer, même si la poésie n'a jamais pris auparavant cette irrésistible importance qu'elle a aujourd'hui dans ma vie.
Il n'y a plus de place en ce monde pour la poésie.
- Et pourtant, elle existe !
Certes, cela ne m'empêchera jamais d'écrire jusqu'à mon dernier souffle, rien ne pourra me détourner de ce but, car ma faculté de résistance est immense. Se tenir debout a été de tout temps le premier désir de l'homme libre.
Cependant, tel le boxeur dans les cordes, j'encaisse les coups, sachant que l'autre en face est le plus fort et que je ne réussirai pas à le fatiguer, pour ensuite réagir. J'ai tout basé sur ma capacité de résistance : l'endurance. Le rire est mon seul allié, non pas celui qui sauve, - mais celui qui tue !
Vu que les victoires se font dans la durée, il est vain de regarder le présent sans prévoir en stratège ce qu'il adviendra dans l'avenir. L'endurance inspire le respect, mais aussi le mépris, à quoi bon l'endurance quand c'est pour le pire ?
Point d'états d'âme donc, - rien que le combat !
À l'heure où le mot essentiel est l'ordre, assurer l'ordre partout ; à l'heure du nouvel ordre mondial après Yalta, quand le désordre règne sur l'ensemble de la planète, n'est-il pas urgent de désobéir ? Je crois au devoir de résistance des citoyens au nom de leurs droits, c'est cette noble résistance qui assurera la liberté contre le chaos qui vient, si rien n'est fait pour contrecarrer l'ultra-libéralisme.
C'est dans cette détermination à vaincre que ces lignes sont écrites, mon cœur chassant le sang dans les veines de mon corps, avec cette rage intacte de vivre, que nul ne peut, ni ne pourra briser. C'est ici le combat du jour contre…

Paris, 8 février 2007


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