Transparence de l'invisible
ou Le visage de Mandorla

Serge Venturini

Pour notre âme, les hommes sont des cristaux :
ils sont la nature transparente.
Novalis

La poésie est transparence de l'invisible. Elle est dans la recherche charnelle de la transparence aux lèvres sensuelles, au galbe des formes de la femme ronde, même si le plus souvent elle n'apparaît qu'en formes décharnées d'anorexique. Si la beauté est fille de l'invisible, elle occupe toute la place en sa rose iridescence nacrée. Pour le voyant, la beauté est irradiante.
Son impact est percussion et tumulte. Elle foudroie dans sa furtive fulguriance. Rétive comme l'amande en sa coque dure, elle n'offre son lait que l'espace-temps d'un regard éclair. Ses lèvres fascinent, son toucher brûle les doigts de désir.
Ses feux nourrissent, sa cosse recèle l'essentiel. Sous la verdeur de ses apparences, elle masque la réalité de son trésor, la source toujours cachée. Le poète ne cherche qu'à en briser l'écorce, à en déchirer le voile. Il veut embrasser ses lèvres entrouvertes dans sa contemplation, il brûle d'atteindre le secret de sa lumière, ― son éblouissant mystère.
Au cœur de la fragile vision de jaspe et de cornaline, il meurt d'enfoncer un doigt dans sa bouche, de caresser son noyau inviolable dans l'obscur. Sa lumière est pour le voyant révélation de son secret. Sa transparence met à jour la chair de l'invisible, ― elle provoque le poète aux tremblements sacrés de la parole.


Imprimer cet article