ALLER AU-DELÀ DU TRANSVISIBLE

Serge Venturini

Il y a dans la brume une infinie présence, ― comme un mouvement d'ailes, un battement de plumes. Seule une arche du pont demeure visible, l'autre partie de l'arc noir semble comme enfoncée dans le brouillard. La vapeur d'eau de la cascade en amont engloutit tout sur l'autre rive. Impossible de voir l'autre côté, tant la brume scintillante en ce val est épaisse. Impossible de passer. ― Seuls les morts franchissent le pont.
Du ciel tombe des morceaux de feu accompagnés de cendres noires. Impossible de traverser à la nage, plus en aval, le courant du fleuve emporte tout sur son passage. Je demeure interdit sur la rive humide, errant autour des rochers, yeux grands ouverts jusqu'à la tombée. ― Des cris d'hommes par moments cornent le silence argenté des appels sans retour.
Parmi les lambeaux effilochés du brouillard, une femme nue a surgi de cette fumée d'eau, ses pieds légers dansaient sur les pierres rondes. Je crus croiser le regard d'un ange. Ses longs cheveux laissaient s'échapper les soleils, sa peau blanche m'éblouit de beauté, ― elle avait un sourire aux lèvres de rose violette. Elle disparut du fleuve comme elle était venue, elle revenait sans doute de l'autre côté, du côté lumineux de la rive, là où brille une lumière ardente. La réalité ouatée du val fut l'ombre d'un instant éclairée par d'obscurs rayons chus d'une éclipse. ― Signe d'une autre présence qui me métamorphosa.
Paris, le 15 mars 2008


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