Ô PARNIMEDE, TOI AUSSI, TU AS FRANCHI LE SEUIL DU TRANSVISIBLE...

Serge Venturini

Les cavales qui m'emportent dans leur somptueux équipage, m'ont porté aussi loin que va mon désir, et leur célérité m'a conduit près d'une déesse, sur une route qui traverse les villages déserts des hommes. J'étais transporté par d'habiles limousines noires, des jeunes filles guidaient la véloce course, pour porter disaient-elles ; "celui qui sait voir". L'essieu brûlant, dont les moyeux jetaient un cri de flûte, ― strident dans l'espace-temps.
Les filles du soleil, quand derrière elles les demeures de la nuit furent abandonnées, hâtaient leur chevauchée vers la lumière. Et, d'une main gracieuse repoussant les voiles blancs qui couvraient leur tête, laissaient apparaître de beaux visages épanouis et rieurs. Là, les grandes portes qui s'ouvrent sur le chemin de la nuit et du jour se dressent. Tout en haut un large linteau, et en bas, un immense seuil de pierre. Avec leurs paroles de douceur, elles eurent vite fait de convaincre les gardes armées avec leurs kalachnikovs, elles repoussèrent l'axe qui verrouillait le barrage, et d'un coup, dégagèrent les portes. Avec fracas, les portes s'envolent, laissant tout béant l'espace. De ce fait après les virages du no man's land, ― nous arrivâmes.
Une autre déesse m'accueillit avec chaleur et bonté, elle prit ma main droite dans la sienne et me donna un baiser sur les lèvres. Elle me parla et me tint ce discours : ― Ô Homme mûr ! Tu as été le compagnon de tant d'immortelles cochères, tu arrives à notre maison, sois heureux, réjouis toi ! Je te salue puisque ce n'est pas un mauvais Destin qui t'a mené de l'avant sur ce chemin, car il est à l'écart de la grand-route des hommes. Mais c'est bien la Loi, et c'est Justice.
― Ô Comme ce voyage me fut doux.
Paris, 24 mars 2008


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