SUR LE SEUIL DE LA PORTE, VISIONS DU TRANSVISIBLE

Serge Venturini

Chemin : vers le haut, vers le bas, un ― et le même.
Héraclite d'Éphèse, fragment 60

L'œil frontal outrepasse la limite entre l'extérieur profane et l'intérieur sacré de la demeure. Le poète avec son double visage de Janus bifront est entre le monde des vivants et celui des morts, il frappe le seuil du bâton de sa voix. Il appelle la parole tremblée, lui, ― le dieu gardien de la porte des images.
Si les ténèbres extérieures existent, au centre flambe la lumière de la parole. La porte solaire franchie, la porte étroite et basse, celle où le chameau passe par le chas de l'aiguille, sous l'arc-en-ciel du devenir, l'homme chaotique du dehors transforme son regard et devient l'homme du dedans selon son ordre.
Il n'est plus la porte. La porte s'est envolée. Il marche vers la révélation de son être tout entier. Dans le terrestre, il voit le céleste. Toujours dans l'imminence de l'accès, l'œil en alerte, vif, les clefs ne sont plus nécessaires. Quelqu'un s'avance… Est-ce un homme, ou bien une panthère, ou bien un serpent ?
Présence tantôt, absence aussi, rien qu'un acte, du levant au ponant. Court est le chemin dans l'espace dérobé cinglant d'éclairs, ― mystère vivant à la vie brève, sur la frêle frontière dissipée de brume, il n'est plus que deux jambes qui marchent.
Les portes se referment. ― Diastole, systole. ― Souffle coupé.
Paris, le 4 avril 2008


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