SONS ET VISIONS DU TRANSVISIBLE

Serge Venturini

Si quelqu'un a des oreilles, qu'il voie,
si quelqu'un a des yeux, qu'il entende !
Hans Arp (1887-1966)
Le transvisible est tout un monde de sons et de visions.
Un déclencheur souvent est à l'origine d'une vision : un grand bruit tout autour, un bruit diffus qui vient heurter les tempes comme une vague, une onde de choc. Puis, la naissance d'un rythme, d'une phrase. Cela avance, et peu à peu, cela sort de l'informe, comme lentement une forme surgit du brouillard. ― Du visible nous passons alors à l'invisible.
L'ouïe effectue ainsi un travail considérable. On peut avancer le terme de transaudible. Comme le marteau d'un tramway sonne le démarrage, la mise en mouvement donne le signal. Il s'agit donc maintenant de regarder, de lire, d'écouter ce qui est vu. Car les fulgurances sont nombreuses dans la célérité du translisible, ― comme une pluie d'étoiles filantes.
Le corps s'anime, s'échauffe, atteint sa turbulence laminaire. Les visions s'accélèrent, se multiplient, s'entrecroisent en autant de contradictions. Que déchiffrer, que décrypter, et surtout que retenir. Les mots viendront après le feu de la vision. Les mots ne sont que la cendre des visions. Ils sont en retard. Ils sont comme les carabiniers qui cherchent à remettre de l'ordre. ― Tout ne sera plus qu'au passé.
Seule une musique concrète peut s'approcher du transvisible. Courts-circuits et déflagrations engendrent un malaise dans l'esprit. Comme si le cerveau était incapable de suivre un pareil régime. L'avancée dans l'espace-temps s'opère dans l'in-accompli. Dans ce type de travail, il n'y a pas d'unité possible, ― l'essentiel est de savoir-être un fidèle et subtil réceptacle.
Transcrire le feu, transe-écrire, écrire la transe, dire le trans-cri. De "trans" et de "scribere", ― il s'agit là d'enregistrer les passages éclairants, ― stupéfiants, les seuils franchis, les éblouissements. Ensuite, il faudra maçonner et déployer la mosaïque. D'une langue l'autre, celles des images à celle des mots, des sons. Le combat contre l'ange, sous peine de transir.
Paris, le 26 avril 2008


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